‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 326 sur 527 · BOUILLÉ · texte numérisé non relu

BOUILLÉ

ennemie aux ordres du due de Brunswick, qu'il la culbuta, Jui prit onze pièces de canon et dix-neuf drapeaux ou étendards. Chargé de porter au roi la nouvelle de cette victoire, il fit l'éloge le plus flatteur de ses camarades. Le prince alors, l'interrompant, et s'adressant aux courtisans qui l'entouraient, leur dit : « M. de Bouillé n'oublie ici qu'une chose, c’est qu'on lui doit, en vrande partie, les résultats de cette brillante affaire; » et il le nomma au grade de colonel, avec promesse du premier régiment vacant. En 1768 Bouillé fut nommé gouverneur de la Guadeloupe, et il administra cette colonie avec tant de sagesse et d'habileté, que le roi, pour le récompenser , le créa, en 1777 , maréchal de camp, et lui donna le gouvernement général de la Martinique et de Sainte-Lucie. Il reçut en même temps le pouxoir de prendre le commandement de toutes les autres îles du Vent, aussitôt que commenceraient les hostilités entre la France et l'Angleterre , dont on était alors menacé.

Lorsque , l'année d'ensuite (1778), la guerre d'Amérique éclata, la France s'étant déclarée en faveur de la cause des insurgés, Bouillé reçut l’ordre de s'emparer de la Dominique, qui, par sa position entre la Martinique et la Guadeloupe, était d’une grande importance. Cette expédition, tentée par le temps le moins favorable, fut couronnée d’un plein succès. Cinq cents hommes, qui composaient la garnison, furent faits prisonniers, et remirent aux vainqueurs cent soixante-quatre pièces de canon et vingt-quatre mortiers. Bouillé s’empara de même successivement de Saint-Eustache, de Tabago, de Saint-Cristophe, de Niève et de Montserrat; mais son plus beau titre de gloire est d’avoir su défendre aïors et conserver nos nombreuses possessions dans les Antilles, menacées tour à tour par les Anglais, en l'absence de l’armée navale, qui était allée en 1781 protéger le siége d’York en Virginie, et malgré les obstacles que lui suscita la jalousie du comte d'Estaing.

De retour en France, à la paix de 1753, ses services furent récompensés par le grade de lieutenant général et par le collier des ordres du roi. Non-seulement il avait toujours fait preuve du plus grand désintéressement dans l'exercice de ses divers commandements, mais il avait encore contracté au service de la France pour plus de 700,000 fr. de dettes. Le roi voulut les acquitter; mais il n’accepta point cette faveur, ou plutôt cette justice, qui eût été une charge pour le prince et pour PÉtat dans les circonstances où ils se trouvaient. Dans l'intervalle qui s’écoula entre la paix et les premiers mouvements de fa révolution, le roi le nomma membre des assemblées des notables, qui furent convoquées en 1787 et 1788, et il fut un de ceux qui se montrèrent le plus disposés aux sacrifices que le salnt de l'État réclamait ; mais il les voulait conformes aux lois fondamentales de la monarchie. Nommé en 1790 général en chef de l’armée de Meuse , Sarre-et-Moselle, l’effervescence produite par les premiers événements dela révolution avait rendu son poste extrêmement pénible. Néanmoins, par sa fermeté, il sut mairtenir l’ordre et la discipline, que ses troupes respectèrent toujours. Chargé par Louis XVI de faire exécuter les décrets de l’Assemblée nationale, méconnus par la garnison et par la plupart des habitants de Nancy, il marcha à la tête de quatre mille cinq cents hommes contre les séditieux, dont le nombre s'élevait à plus de dix mille. 11 les défit le 31 août 1790, et étouffa par cette mesure rigoureuse une insurrection qui menaçait l’armée entière , et pouvait devenir le signal de la guerre civile. L'Assemblée nationale lui vota des remerciments, et le roi lui écrivit qu’il avait sauvé la France, et avait acquis des droits éternels à son estime et à son amitié. Ce prince lui offrit le bâton de maréchal de France; mais Bouillé crut devoir refuser un honneur qui eût été le prix du sang de ses concitoyens.

Louis XVI, qui connaissait sa fidélité et son courage, le

choisit pour seconder son départ secret de Paris, et pour

quiassurer une retraite dans son commandement. Bouillé s’é- DICT, DE LA CONVERS, — T, IH,

tait empressé de répondre aux désirs du monarque; il avait fait les dispositions nécessaires pour éclairer la route, et réunir autour de lui à Montmédi, avec un train d'artillerie de campagne , douze bataillons et vingt-trois escadrons que l’on croyait encore entièrement dévoués. Il attendait au milieu de ces troupes l'arrivée du roi, lorsqu'il fut informé-de son ar. restation à Varennes. Rassemblant aussitôt les troupes qu’il a sous la main, il les dirige sur cette ville, et s'avance luimême à la tête de Royal-Allemand cavalerie. Mais le monarque était déjà parti. Quoique gravement compromis par cette démarche il s'empressa de concourir à la fuite de Monsieur ( depuis Louis XVIII), et se rendit lui-même à Luxembourg, d’où il écrivit à l’Assemblée nationale une lettre dictée par son attachement à la personne du roi, mais dont le ton menaçant produisit un effet Lout différent de celui qu'il en attendait. Décrété d'accusation , et ne pouvant plus rentrer dans sa patrie, il se réfugia à Coblentz auprès des princes français, qui l’accueillirent avec distinction , l’admirent dans leur conseil, et le chargèrent de différentes missions importantes, dont il s'acquitta avec zèle. II remit aux princes 670,000 fr., restant d’un million en assignats qu’il avait reçu de Louis XVI pour le voyage de Montmédi, et dont il est question dans le procès du roi. Il se rendit ensuite à Pilnitz, où l'avaient appelé l’empereur Léopold et le roi de Prusse, afin d’y conférer sur les moyens à employer pour rendre la liberté au roi et rétablir la monarchie sur ses anciennes bases. Il était porteur de pleins pouvoirs de Monsieur. Il eut encore sur cesujet des conférences à Aix-la-Chapelle avec le roi de Suède, et lui fit goûter ses projets. L’impératrice de Russie était aussi entrée dans ses vues, et avait promis un renfort de 36,000 hommes, qui devaient, sous le commandement du monarque suédois et du général français, débarquer sur les côtes de Flandre; maïs le roi de Suède, Gustave III, ayant été assassiné le 29 mars 1792, Catherine oublia ses promesses , et Bouillé, qui voyait s’évanouir ses projets ef ses espérances, se réfugia en Angleterre, où bientôt, accablé d’infirmités et voué par elles à Pinaction, il ne s’occupa plus que de la rédaction de ses Mémoires.

Ces Mémoires, qui ont paru à Londres en 1797, d’abord en anglais, puis en français, ont été réimprimés plusieurs fois depuis. Ils sont, dit Mallet du Pan, écrits avec la simplicité d’un militaire et la véracité d’un honnéle homme. En effet, ils peignent la chute de la monarchie, les causes et le commencement de la révolution, avec une franchise et une loyauté dont on se plait à tenir compte à l’auteur, alors même que l’on ne partage pas toutes ses idées, ou que l’on n’approuve pas toutes ses opinions.

BOUILLÉ (Louis-JosePn-Amour, marquis DE }), fils aîné du précédent, né au fort Saint-Pierre de la Martinique le 1° mai 1769, servait d’aïde de camp à son père, lors de la tentative faite pour favoriser l'évasion de Louis XVI. Compromis, comme son père, dans cette circonstance, il le suivit dans sa fuite, et entra au service de la Suède en qualité d'aide de camp de Gustave III. Devenu libre par la mort de ce prince, il joignit l’armée de Condé, et passa, après la déroute de Valmy, dans celle de Prusse, avec laquelie il fit le siége de Mayence, où il fut blessé. Dès qu'il se vit guéri, il leva un régiment de hulans britanniques, qui le suivit à Rouez (Sarthe), où il reçut encore une blessure, et à l’Ile- Dieu. Réformé l’année suivante, il resta dans l’inaction jusqu’en 1802.

Profitant alors de l’amnistie, il rentra en France, où il prit du service, fit la campagne de Naples, se distingua au siége de Gaète, et joignit la grande armée sur la fin de 1806. 11 assista aux divers combats qui furent livrés en Pologne, battit le prince d’Anhalt, lui prit son artilierie, et l'empêcha, à la tête de quelques chevau-légers, de secourir les places qu'il voulait dégager. Employé l’ane suivante en Espagne, comme chef d'état-major de la division du général Sébastiani, ilcontribua au succès du combat de Ciudad-Real.

Élevé, pour les services qu’il avait rendus en cette circonstance, au poste de chef d'état-major général du 4° corps, il se distingua dans diverses rencontres, et ajouta encore, le jour de la bataille d'Almon acid, à la réputation de valeur et de capacité qu'il s'était fäite. Cette brillante conduite lui valut le grade de général de brigade, qu’il obtint en 1810, et le commandement d’un corps de dragons, avec lequel il battit, le 19 avril 1812, le général Freire, qu’il tailla encore en pièces le 17 mai suivant. Forcé-par le mauvais état de sa vue de quitter l’armée d’Espagne sur la fin de cette année, il fut fait lieutenant général à la rentrée des Bourbons et mis à la retraite. Il est mort en 1850. M"* de Bouillé avait été dame du palais de l’impératrice Marie-Louise,

. Outre une relation fort curieuse de l’évasion de Louis XVI, on doit au général une Vie privée el militaire du prince Henri de Prusse (1809); des Pensées et Réflexions morales et poliliques dédiées à son fils (1826); enfin des Commentaires sur le Traité du Prince, de Machiavel, et sur l’Anti-Machiavel, de Frédéric II (1827).

Son - fils unique, le comte René de BouiLLé, après avoir été officier de cavalerie , quitta le service en 1826, et s’occupa de travaux littéraires. 11 fit imprimer un volume de fables et de poésies diverses, puis il publia une brochure politique intitulée Lettres chinoises, et inséra dans la Revue des Deux mondes (juillet 1830) un article sur le système pénitentiaire établi dans la prison de Genève. Entré ensuite dans la carrière diplomatique, il remplit successivement des missions auprès des cours de Dresde, de Hanovre, de Weimar, de Cassel et de Darmstadt, et résida pendant plus de deux ans à Carlsruhe en qualité de ministre plénipotentiaire, Il est rentré dans la vie privée en 1835. Il a fait paraître en 1853 un Essai sur la vie du marquis de Bouillé, son grand-père.

BOUILLEURS ( Tuyaux ). Dans la construction des machines à feu on remplace souvent les chaudières dans lesquelles se produit la vapeur par un système de tuyaux appelés bouilleurs ou chaudières tubulaires. Pour s’en faire une idée, il faut se figurer un gril formé de canons de fusil communiquant entre eux par leurs extrémités; si on les remplit d’eau, et que l’on place du feu dessous, le liquide passera plus tôt à l’état de vapeur que s’il était contenu dans une chaudière unique, attendu que les surfaces chauffantes seront plus multipliées. On fait aussi des bouilleurs d’un seul tuyau contourné en hélice, en spirale, etc. Les locomotives qui roulent sur les chemins de fer sont alimentées par des systèmes de tuyaux bouilleurs. Mais M. Séguin y a apporté un changement important, en faisant passer la flamme dans les fubes, ce qui a permis de rendre les locomotives inf niment plus légères. Voyez Va- PEUR ( Machines à ).

BOUILLIE, farine délayée et bouillie dans du lait, nourriture grossière et indigeste, qu’une routine aveugle persiste encore à donner trop généralement aux enfants, dans quelques provinces, malgré les avis des gens éclairés et les résultats funestes de ce mode d'alimentation. Le plus grand nombre de ceux qui sont ainsi nourris sont effectivement sujets aux aigreurs, aux vers, aux engorgements et aux obstructions des glandes du ventre, au carreau, aux coliques, au dévoiement et aux convulsions. La farine de froment est ordinairement celle que l’on choisit pour faire la bouillie, et c’est surtout celle dont il faudrait s’abstenir en ce cas; le gluten qu’elle renferme, et qui est si essentiel à la fabrication du pain, donne à la bouillie un caractère qui en fait un aliment fade et indigeste, que les sucs de l'estomac ne pénètrent qu'avec beaucoup de travail et qui passe bientôt, par son poids, dans les entrailles, sans avoir accompli l'œuvre de Ja nutrition. L'orge, le maïs, l’avoine et surtout le sarrasin, dont le pan est infiniment plus grossier que celui de froment, fournissent une bouillie plus délicate, mais qui n’est pas encore sans inconvénients; le riz lui-même,

BOCILLÉ — BOUILLON

pour devenir digestible, doit éprouver un mouvement de fermentation.

Il serait bon de remplacer la bouillie par des panades préparées avec des biscottes de Bruxelles, ou bien avec du pain trempé ou bouili d’abord dans de l’eau, puis bien essoré, que l’on mêle avec une quantité suffisante de lait nouveau légèrement sucré et non bouilli. On peut recommanderencore avec Parmentier, pour la première alimentation de l’enfance, l’usage de l'orge mondé ou de l'orge perlé, qui ont tous” deux des qualités inappréciables soug une foule de rapports; l'enfant le plus faible y trou: vera uñ aliment aussi salutaire que l’homme le plus robuste; c’est ce qu'une expérience de plusieurs siècles a constaté, particulièrement chez les habitants des montagnes, qui en vivent pendant une grande partie de l’année.

Les papetiers donnent aussi le nom de bouillie à la pâte liquide avec laquelle ils fabriquent le papier.

Proverbialement, faire de la bouillie pour les chats, c'est prendre une peine inutile, se tourmenter beaucoup pour faire une chose dont on ne tirera aucun profit.

BOUILLON, aliment liquide préparé par l’ébullition, dans l’eau, de la chair des animaux ou de certaines plantes. Si l’on soumet à cette ébullition la chair de bœuf, les sels solubles, la gélatine et l’osmazômese dissolvent, l’albumine s’élève à la surface du liquide en se coagulant, la graisse se fond, et, par sa pesanteur spécifique, vient également à lasurface. Darcet avait imaginé de faire des bouillons avec des os seuls; on traitait ceux-ci par l'acide hydrochlorique, afin dedissoudre les matières terreuses qu’ils renferment; la gélatine était ensuite lavée, et cuite avec peu de viande et beaucoup de légumes. Mais on a constaté que ces bouillons n’avaient rien de nutritif. 100 kilogrammes de viande en ébullition dans l’eau ne donnent que 50 kilogrammes de bouilli; ils procureraient 67 kilogrammes de rôti; par ce dernier moyen on a. donc un cinquième de profit. 100 kilogrammes de viande donnent 50 kilogrammes de bouïilli et 200 litres de bouillon, 100 kilogrammes de viande, dont 25 mêlés à 3 kilogrammes de gélatine d'os, donneraient 200 litres de bouillon et 12. kilogrammes et demi de bouillis les 75 kilogrammes restant donneraient 50 kilogrammes de rôti. De cette manière, on a une quantité égale de bouillon, 50 kilogrammes de rôti et 12 kilogrammes et demi de bouilli, La gélatine réduite en tablette constitue le bouillon portatif, qui, uni à quelque peu de jus de viande et des légumes, improvise un bouillon passable.

Le veau, le poulet, soumis à l’ébullition dans l’eau constituent des bouillons légers, qui, par cela même qu'ils contiennent très-peu de molécules nutritives, sont rafraichissants et souvent conseillés dans les affections inflammatoires. Les bouillons de tortue et de grenouilles sont fortifiants , analeptiques ; on les conseille dans les maladies chroniques et surtout dans la phthisie pulmonaire. .

Les bouillons pharmaceutiques sont, ou des décoctions. de jarret de veau , dans lesquelles on fait infuser des plantes médicamenteuses, ou des bouillons d'herbes ; qui sont laxatifs et rafratchissants, et le plus souvent composés avec de l'oseille, de la poirée, du pourpier, du cerfeuil, ete. On les donne souvent pour favoriser l’action des purgatifs, [

On fait avec l'extrait de viande de Liebig un excellent bouillon, sans graisse et avec peu de gélatine.

En hydraulique, bouillon sert à désigner de petits jets d'eau s'élevant à peine de quelques centimètres audessus du tuyau. Dans la décoration des jardins, où 1 eaux forment un des accessoires les plus agréables, garnit les cascades, goulots et rigoles avec des jets 0 bouillons, qui paraissent ainsi sortir comme d'une source:

En médecine vétérinaire, on nomme bouillon une excrois= sance de chair qui s'attache à la fourchette des pieds des chevaux. Comme cette tumeur parvient souvent à la grosseur d’une cerise, elle fait boîter l'animal, Les chevanx,

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