‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 327 sur 527 · BOUILLON · texte numérisé non relu

BOUILLON

de manége, moins exposés que les autres à se mouiller les pieds, sont particulièrement sujets à cette maladie, laquelle s'exprime, en termes de métier, en disant que La chair souffle sur les fourchettes.

En termes de passementier, le bouillon est une espèce de cordon d’or ou d'argent, tortillé sur un fil de laiton en forme de petits anneaux, que l’on place au milieu des fleurs en broderie. On s’en sert aussi pour en composer des crépines.

Bouillon. est aussi le nom du fil d’or que îes boutonniers roulent très-serré sur un autre fil, qui sert alors comme de moule. Après l'avoir retiré on le coupe pour en faire des épis, des roues et autres ornements,

On nomme encore bouillon une bulle d’air qui s’introduit dans le verre ou les métaux lorsqu'ils sont en état de fusion.

Les poëtes se sont aussi emparés de ce mot pour peindre les grandes agitations de l’âme ct pour exprimer une chaleur d'action portée jusqu’à l'excès.

On dit, par hyperbole, que le sang coule ou sort à gros bouillons :

Le sang à gros bouillons sort de sa bouche impure.

Le mot bouillon a enfin reçu une dernière acception : lorsque, par suite d’une spéculation, on fait une perte, ce s'appelle boire un bouillon. C’est le commerce de la librairie qui a le premier employé cette expression; elle est de là passée dans les autres professions industrielles, mais elle n’en est pas moins tout à fait triviale.

BOUILLON (Maison de). Bouillon est une ville du Luxembourg belge, peuplée de 2,600 habitants, où l’on fabrique du tulle et du drap ; on y trouve aussi plusieurs tanneries; etil s’y fait un commerce de bétail et de ferronnerie, C'était autrefois la capitale du duché du même nom; elle st défendue par un château fort (l’ancien château des ducs de Bouillon). j

La seigneurie, ensuite duché, de Bouillon se détacha sous la seconde race du comté ou de la marche d’Ardennes; au onzième siecle c'était une dépendance du duché de Lothiers ou de Basse-Lorraine, Godefroy de Bouillon, fils d'Eustache de Boulogne et héritier de Godefroy le Bossu, duc de Bouillon, son oncle, pour se procurer les moyens de partir à la croisade, vendit son domaine en 1095 à l’évêque de Liége, qui le transmit à ses successeurs dans le même siége. En 1482 Guillaume de La Marck, connu dans l’histoire sous le nom de sanglier des Ardennes, s'empara du pays de Bouillon, et en investit son frère ROBERT.

Le fils de celui-ci, nommé également RorerT, soutint la lutte que son père avait entreprise contre l’évêque de Liége, pour conserver ce que la conquête lui avait donné , et devint par la médiation du roi de France véritablement seigneur de ce pays, considéré dès lors comme une souveraineté, sur laquelle toutefois l'Autriche prétendit, à diverses reprises, avoir les droits régaliens. Ce Robert, célèbre, comme son oncle, par ses déprédations, surnommé, comme lui, le grand sanglier des Ardennes, servit la France, et contribua par sa valeur indisciplinée à la perte de la bataille de Novarre. C’est lui qui, selon Brantôme, faisant peindre sa patrone, sainte Marguerite, sur .une bannière, lui avait mis aux mains deux cierges, dont l’un était voué à la sainte et l’autre à monsieur le diable, avec cette légende impie : Si Dieu ne me veut aider, Satan ne me saurait manquer.

RoserT IL, fils du précédent, fut, comme ses prédécesseurs, un fidèle serviteur de la France. 11 fut pris à la bataille de Pavie, avec François 1°°, qui récompensa plus tard ses exploits par le bâton de maréchal. Il est plus ordinairement ecnnu dans nos annales sous le nom de maréchal de Fleuranges, et il a laissé d'assez curieux mémoires,

Roserr IV, son fils, s’attacha également au service de nos rois. Henri IL le créa maréchal de France, et, ayant conquis la seigneurie de Bouillon, qui était retombée au pouvoir de

l'évêque de Liége, il la lui conféra avec le titre de duc. Ce prince fut par conséquent le premier duc de Bouillon. Pris par les Espagnols, en 1552, au siége d'Hesdin , il mourut empoisonné, dit-on, quatre ans après, alors que, délivré sur parole, il s’occupait à se procurer la somme de 60,000 écus à laquelle avait été fixée sa rançon.

Ses descendants HeNRI-ROBERT et GUILLAUME-ROBERT, conservèrent ce titre, quoique momentanément privés par diverses vicissitudes de la possession du duché. Guillaume- Robert en mourant légua à Charlotte de La Marck, sa sœur, tous ses droits sur la seigneurie de Bouillon; et Charlotte étant morte sans enfants, en 1594, en elle s'éteignit la première maison de Bouillon.

La seconde a pour tige HENRI DE LA TOUR d'AUVERGNE, vicomte de Turenne, héritier d’une maison déjà célèbre, et époux de Charlotte de La Marck, qui lui laissa par testament ses possessions. Attaché depuis l’année 1575 au parti calviniste et à la cause du roi de Navarre, il devait ce riche mariage à l'intervention de Henri IV, qui lui conféra, en 1592, le bâton de maréchal. Sa reconnaissance ne répondit pourtant pas à tant de faveurs. Depuis la conversion du roi, le maréchal de Bouillon se regardait comme le chef des réformés. Il s’engagea en 1602 dans la conspiration de Biron, et se tint prêt à marcher à la tête de ses anciens compagnons d'armes. Pendant le procès de Biron et après son supplice, le roi invita le maréchal de Bouillon à se rendre à la cour, lui promettant son pardon, pourvu qu'il avouât ses torts. Le duc crut qu’il était plus sûr de partir pour le Languedoc, puis pour Genève, et enfin il se retira chez son beau-frère, l'électeur palatin. En 1606 Henri IV résolut enfin de le punir ou de le forcer à s’humilier ; il voulut surtout lui enlever la forteresse de Sédan. Cette résolution sérieusement manifestée suffit pour déterminer Bouillon à entrer en composition. Le 6 avril il eut une conférence amicale avec Henri, et lui remit, en gage de soumission, la garde de Sédan pour quatre années.

Après la fin tragique de ce prince, son ambition et son humeur inquiète donnèrent tour à tour de l’ombrage à la régente et aux réformés; car, dans l'espoir d’être appelé au ministère, il flotta longtemps entre les deux partis. Après avoir été le confident du maréchal d’Ancre, il se déclara contre lui, et devint l'âme de toutes les intrigues de Condé et des princes. Ses espérances ne s'étant pas réalisées après l’assassinat de Concini, il se tourna du côté de la reine mère, retirée à Blois, déclarant que Za Cour était toujours la même auberge, qu’elle n'avait fait que changer de bouchon. Ce fut d’après ses conseils que Marie de Médicis se détermina à suivre d'Épernon à Angoulême. Ses menées continuelles inquiétèrent gravement de Luynes, le nouveau favori; enfin, il mourut à Sédan, le 25 mars 1623. D'Élisa beth de Nassau, qu'il avait épousée en secondes noces, il eut plusieurs enfants, et dans le nombre Frédéric-Maurice, qui Jui succéda, et l’illustre Turenne.

FRÉDÉRIC-MAURICE fit avec distinction la guerre des Pays- Bas, sous les princes d'Orange, ses oncles maternels, passa ensuite au service de la France, ct fut fait maréchal de camp; puis il commanda en 1637 les troupes hollandaises au siége de Breda. Quatre ans plus tard, partageant la haine du comte de Soissons contre le Cardinal de Richelieu, il détermina ce prince à accepter les secours de l'Espagne et à commencer la guerre civile. Il combattit à ses côtés à La Marfée. Bientôt abandonné des Espagnols, il courut sc renfermer dans Sédan, et eut l’adresse quelque temps après de conclure avec le roi une paix avantageuse. En 1642 il partit pour l’armée d'Italie comme lieutenant général ; mais, accusé d’avoir favorisé le conspiration deCinq-Mars, il fut arrêté à Casal et conduit à Lyon. Trouvant dans le danger que courait son mari une soudaine résolution, la duchesse de Bouillon se jeta précipitamment dans Sédan, qu’elle menaça de livrer aux Espagnols, Cet acte de courage et cette com- 06,

plication imprévue firent taire la hainedu Cardinal et ouvrir la prison du duc. Toutefois, il dut céder au roi sa principeuté de Sédan pour prix.de sa liberté, Il se convertit au catholicisme en 1634 , suivant quelques historiens, en 1644 selon M. Villenave; il se rendit à Rome à cette époque, et y commanda les troupes pontificales. 11 ne rentra en France qu’en 1649. Ayant inutilement tenté de recouvrer Sédan, le mécontentement le jeta dans le parti de la Fronde, où son frère, le maréchal de Turenne, était déjà engagé. C’était l'homme le plus habile du parti des princes, mais il ne songeait guère qu’à reconquérir Sédan, et sa femme, qui avait un grand empire sur lui, était toute dévouée à l'Espagne. Cependant, n'ayant pas à se louer de Condé, il se décida en 1651 à faire sa soumission à Mazarin. Par un traité d’échange, on lui donna les comtés d'Auvergne, d'Évreux, et les duchés-pairies de Château-Thierry et d’Albret, avec d’au- {res terres considérables en dédommagement de Sédan et de Raucourt. Tous ses droits sur le duché de Bouillon, en partie occupé par les Espagnols, en partie retenu par l’évêque de Liége, étaient réservés à Frédéric-Maurice. Il mourut l’année suivante, laissant des mémoires intéressants.

Son fils, Goperroy-Maurice, se signala dans les grandes guerres de son temps, et rentra en possession du duché de Bouillon, que Louis XIV conquit en 1676, et qui fut définitivement concédé à cette maison par les traités de Riswick et de Nimègue. I finit ses jours en 1721; il avait été revêtu de la charge ‘de grand chambellan. En 1662 il avait épousé Marie-Anne Mancini, nièce du cardinal Mazarin, qui fut compromise par les révélations de l’abbé Le Sage dans l’affaire de la Voisin, et traduite devant la cour des poisons.

Emmanuez-TnÉODOsE, cardinal de Bouillon, frère du précédent, naquit en 1644. Revêtu de la pourpre romaine avant l'âge de vingt-six ans, puis nommé grand aumônier, il fut rapidement pourvu de plusieurs riches abbayes. La haute faveur dont il jouissait, et qui n’était qu’un hommage rendu par Louis XIV aux services de Turenne, alluma sa vanité et son orgueil. Convoitant pour un de ses neveux le titre de prince dauphin d'Auvergne, il fit avec le duc d'Orléans un marché pour l'acquisition de la terre du Dauphiné d’Auvergne, marché que le roi refusa de ratifier. Dans son désappointement il écrivit une lettre injurieuse pour le roi, qui tomba entre les mains de Louvois et lui attira la colère de Louis XIV. Le crédit du grand chambellan réussit à grand’ peine à la calmer. En 1694 il tenta vainement de se faire élire prince-évêque de Liége. L’appui des jésuites lui valut ensuite l'ambassade de Rome; mais lors des débats qui s’engagèrent sur le jugement du livre‘le Fénelon, les Maximes des Saints, il employa tous les moyens pour en prévenir la condamnation, malgré les instructions qu’il avait reçues de France, Cette conduite lui valut son rappel, avec injonction de se rendre à Cluny ou à Tournus, dont il était abbé. Mais comme il aspirait à succéder an doyen du sacré collége, dont la mort était attendue à chaque instant, ike’cbstina à rester à Rome, et le roi, irrité, lui fit donner l’ordre d'envoyer sa démission de sa charge de grand-aumônier, d'en quitter le cordon bleu et d'enlever les armes de France de dessus son palais. Le cardinal, devenu doyen du sacré collége, se crut tellement grandi qu'il n’hésita pas à commencer avec le roi une lutte ouverte, Ses biens furent saisis ; il lui-fallut obéir et se rendre à Cluny, où s’accrurent ses ennuis et ses ressentiments, malgré la levée de la saisie, Enfin, après dix ans d’un exil auquel il ne voyait point de terme, le cardinal prit une résolution désespérée, sortit de France, et serendit à Tournai, auprès du prince Eugène et de Marlborougb, qui laccueillirent avec distinction. Le parlement le décréta alors de prise de corps, et le séquestre fut mis sur ses abbayes. Enfin, après avoir longtemps erré à l'étranger, après avoir envoyé à Versailles de nombreux mémoires pour se justifier, il obtint la restitution de ses revenus et la permission de se retirer à Rome, où il mourut en 1715,

-pouilla en 1816, et une partie du territoire fut donnée, à titre

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