BOUILLOTTE — BOUILLY
ui double la carre du premier, et ainsi de suite; le dernier ui décarre son voisin reste seul carré. La carre produit cet flet, que celui qui est définitivement carré emporte les njeux , dans le cas où tous les joueurs passent.
Celui qui a la main donne ensuite une par une, trois artes à chacun et à lui-même, puis il en retourne une qui st la seizième. Le premier à la droite du donneur a la arole, à moins qu’il ne soit carré, cas où elle passerait au second. Le premier à parler examine son jeu : s’il ne le rouve pas bon, il passe; s’il le trouve passable, il dit qu’il verra le jeu simplement, c’est-à-dire sans augmenter enjeu ; si son jeu est de nature à lui faire espérer un succès ‘omplet, il dit qu'il verra le jeu avec tant de jetons en sus, *e qui s'appelle ouvrir Le jeu. Si personne ne tient, le ‘ontenu de la corheille appartient à celui qui a ouvert le jeu.
Le jeu étant ouvert, celui qui a parlé le premier peut tre relancé par un des autres joueurs, c’est-à-dire par un joueur qui offre de jouer plus que celui qui a ouvert; le relanceur peut être relancé à son tour par un autre qui offre un enjeu plus fort, et ainsi de suite, jusqu’à concurrence du va-tout ( somme dont on s'est cavé, c'est-à-dire que lon a placée devant soi en entrant au jeu ). Ceux qui ont passé avant que le jeu soit ouvert peuvent malgré cela tenir ce qui est proposé et même relancer.
Si la somme proposée par le dernier relanceur n’est pas tenue, le contenu de la corbeille lui appartient, et le dernier relancé lui donne en outre autant de jetons qu’il y en a eu au jeu.
S'il y a un ou plusieurs {enants , tous les joueurs abñitent
leur jeu. Le tenant qui a un as prend dans les cartes abattues, celles qui sont de la couleur de son as; à défaut de l'as, c’est le roi qui appelle, et ainsi de suite. Chacun compte le point ainsi obtenu, et celui qui a le plus fort gagne. En eas d'égalité, le premier en cartes l’emporte. Cependant le brelan l'emporte encore sur le plus haut point. On nomme brelan trois cartes semblables, comme trois as, trois rois, etc. Le brelan d’as estle plus fort; celui de rois vient après, et ainsi de suite. Le joueur qui a brelan, ou s’il y en a plusieurs, celui qui a le plus fort, recoit deux mises de chaque joueur en sus du contenu de la corbeille. Enfin, lorsque l’on a brelan de la carte qui retourne, cela s'appelle avoir brelan carré, et ce brelan l'emporte sur tous les autres. Le joueur qui a brelan carré reçoit outre le contenu de la corbeille quatre-mises de chacun des autres joueurs.
BOUILLY ( JEax-Nicoras }, était né en 1763, à La Coudraye ( Indre-et-Loire ). Élevé au collége de Tours, il vint à Paris, dans un moment où les gens de lettres occupaient encore une place importante dans la société. Quelques-uns de ses jeunes amis tenaient au parti royaliste, 1 manifestales mêmes sentiments dans le premier ouvrage qu'il donna aux Italiens ( Opéra-Comique) , le 13septembre 1790, Pierre le Grand, comédie en quatre actes et en prose, mêlée dariettes, musique de Grétry, pièce à la fin de laquelle il mit un couplet renfermant une allusion en faveur de la reine, allusion que le public saisit avec enthousiasme. Ce fut le dernier térnoignage d’affection publique que recut cette malheureuse femme. Touchée de cet hommage spontané, elle envoya à son auteur une fabatière ornée de son portrait et de celui du roi. Quelques années après, Bouilly crut devoir en faire le sacrifice à la société des jacobins de Tours.
Toute la vie dramatique de Bouilly fut comme la suite de Pierre Le Grand. Son début théâtral avait été la mise en scène d’un personnage illustre, et, à fort peu d’exceptions près, son volumineux théâtre a été consacré à la représentation des hommes et des femmes célèbres, à divers titres, de toutes les époques. Également, dans sa vie publique, Bouilly, qui avait été et avait cessé d’être royaliste, montra les mêmes fluctuations au milicu de toutes les cir- <onstances politiques qu’il eut subséquemment à traverser ; |
il adressait ses ouvrages, selon les temps, soit à l’impératrice, soit à la duchesse de Berry, soit à la duchesse d'Orléans. Reçu avocat, il s'était lié avec Mirabeau et Barnave, Malgré le succès de son premier ouvrage, il n’embrassa pas encore exclusivement la carrière des lettres. 1] occupa d’abord dans sa province diverses places adminis tratives et judiciaires. Rappelé à Paris après le 9 thermidor, il fit partie de la commission d'instruction publique avec Arnault, Parny, La Chabaussière, et contribua à la réorganisation des écoles primaires.
Lancé pourtant dans la voie de la biographie dramatique, il ne s'arrêta plus. En 1791 il fit représenter au Théâtre-Italien, Jean-Jacques Rousseau à ses derniers moments, comédie en deux actes et en prose; et successivement, pendant un espace de vingt années environ, on vit jouer de lui au Théâtre de la République ou Théâtre-Français : Rene Descartes, en deux actes et en prose (179€) ; L'abbé de l'Épée, en cinq actes et en prose (1800) ; Madame de Sévigné, en trois actes et en prose (1805); au théâtre de l’Opéra- Comique, Favart ou Feydeau : Le Jeune Henri, en deux actes, musique de Méhul, et dont il n’est resté que l’ouverture, chef-d'œuvre symphonique; Les deux Journées, en trois actes, musique de Cherubini (1800); Françoise de Foix, en trois actes, avec Dupaty, musique de Berton (1809); Valentine de Milan, en trois actes, musique de Méhul; au théâtre du Vaudeville : Téniers (1800), Berquin( 1801), Florian, Fanchon la Vielleuse, en société avec Pain (1803); au théâtre de la Cité, avec Cuvelier : La Mort de Turenne; Les Irlandais Unis (1793).
Outre ce répertoire biographique, probablement incomplet, Bouilly est auteur de quefques autres ouvrages, qui n’ont point pour sujet des personnes célèbres, savoir : au théâtre de l’Opéra-Comique : /a Famille Américaine, en un acte, musique de Dalayrac (1796 ); Léonore, ou lAmour Conjugal, en deux actes, musique de Gaveaux (1798); Zoé, ou la Pauvre Pelite, en un acte, musique de Plantade (1800) ; Une Folie, en deux actes, musique de Méhul (1802) ; au théâtre du Vaudeville : Æaine aux Femmes, en deux actes (1808); Le petit Courrier, ou Comment les Femmes sevengent, en deux actes, avec Moreau (1809).
Ce bagage littéraire, quelque considérable qu'il soit, n’est pas le seul dont Bouilly se soit enorgueilli; il a composé en outre un grand nombre d'ouvrages, chacun en plusieurs volumes, sous les titres de : Contes à ma Fille, Les Jeunes Femmes, les Encouragements de la Jeunesse, Les Mères de Famille, Contes offerts aux Enfants de France, Portefeuille de la Jeunesse, Contes populaires, Conseils à ma fille, Contes à mes Petits-Enfants, les Adieux du Vieux Conteur, etc., etc. Certes, ce n’est point la stérilité qu’il serait possible de lui reprocher; car il y a peu d’existences d'hommes de lettres qui aient été plus laborieuses, plus remplies que la sienne, et presque tous ses ouvrages obtinrent à leur apparition un grand succès.
On a peine aujourd’hui à comprendre ce succès. L'étude fait découvrir, il est vrai, dans ses œuvres une certaine habileté de combinaison, un mécanisme de dispositions scéniques, par lequel les effets et les surprises sont à propos ménagés; mais ce talent ou ce mérite est le résultat de l’habitude du travail ; qu’en reste-t-il à la lecture? Rien. Et ce qui résulte de cette lecture, c’est le vide du cœur et de l'esprit. Les actions et le langage des personnages de Bouilly ne présentent que faux caractères, sentiments niais, ou fardés, spiritualités prétentieuses, manières et expressions de mauvaise compagnie; en un mot, tout l’attirail, tout l'entourage, toute l’enluminure du faux bel-esprit. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce quatrain sur Buffon :
Entre le chène ct l’églantier, Buffon , caché sur la verdure, Écrivit son ouvrage cnlier Sur les genoux de Ja Nature,
Les contes et historiettes de Bouilly, dédiés à tous les pouvoirs qui se sont succédé en France, ont moins profité à sa réputation qu’à sa fortune. Ils renferment certainement une morale pure, et offrent parfois des tableaux touchants ; mais l’affélerie du style et la recherche systématique des effets y. sont poussés plus loin encore peut-être que dans ses œuvres dramatiques. Très-inférieur à Berquin sous tous les rapports, Bouilly avait été qualifié par ses contemporains de Conteur lacrymal : la postérité aurait ratifié ce jugement, si ses historiettes n'étaient déjà oubliées. Bouilly, qui était membre de presque toutes les sociétés littéraires et académies de province, ne fut point de l’Institut. Ami intime de Legouvé, celui-ci lui confia en mourant la tutelle de son fils unique.
Bouilly est mort à Paris, en 1840, 11 avait publié quelques années auparavant, en 3 vol., sous le titre de Mes Récapitulations, des mémoires et souvenirs de sa vie littéraire pendant soixante ans. | A. DELAFOREST.
BOUIOUR-DÉRENH. Voyez Bouxoux-Déren.
BOURAREST ou BUCHAREST , c’est-à-dire la Ville de la joie, capitale de la Roumanie, siége du prince et d’un archevêque grec, est située sur la Dumbovitzan , qui la divise en deux parties, à huit myriamètres de l'embouchure decette petite rivière dans le Danube C’est une ville moderne, qui n'offre aucun vestige d'antiquités. Une chronique valaque en attribue la fondation, vers le commencement du treizième siècle, à Rodolphe le Noir, le plus ancien souverain du pays. Mais ce ne fut qu’en 1698 que le voivode Constantin Bessaraba y transféra sa résidence et le siége du gouvernement, abandonnant l’ancienne capitale, Tergowitsch, qui, malgré Pavantage d’une situation plus centrale et plus salubre, a toujours été depuis en décadence, et n’est plus aujourd’hui qu’un village. Boukarest pourrait aussi passer pour un grand village. Elle n’a point de murailles,
Bâtie dans un bassin de plusieurs lieues de tour, et sur un sol marécageux, qui, suivant la tradition, était autrefois un lac, elle occupe une vaste surface, parce que ses maisons sont éparses , placées sans ordre et entourées de cours et de jardins. On compte à Boukarest plus de 350 églises grecques, en y comprenant celles d’une trentaine de monastères ; il y existe aussi deux églises catholiques, un temple pour les calvinistes et un pour les luthériens. Ce mélange de maisons, d'arbres, de tours et de dômes, vu d'une certaine distance, est d’un effet pittoresque; et on ne peut nier qu’au printemps cette ville, avec son atmosphère embaumée par le parfum d’une multitude de fleurs, ne soit un séjour fort agréable, Mais on est bien vite désenchanté, lorsqu'on l’habite l'hiver ou l'été. L'humidité du sol y est entretenue par les fréquents débordements de la rivière. Ses rues, étroites et tortueuses, sont constamment couvertes d’une vase profonde et liquide, ou d’une poussière épaisse et noire, aussi pernicieuse peur les yeux que pour les poumons. Elles sont pavées avec de grosses pièces de bois, posées en travers et liées les unes aux autres. Ces madriers ont la surface unie dans quelques quartiers ; ailleurs, ils sont à peine dégrossis. Sous ce pavé, que les naturels appellent assez rationnellement des ponts, on à pratiqué des canaux qui reçoivent les immondices des maisons et les portent à la rivière : mais, comme ils sont sujets à s’engorger par l'accumulation des matières, ils produisent des exhalaisons infectes, qui occasionnent des fièvres putrides et malignes, et rendent plus funestes les ravages des épidémies, Aussi Boukarest a-t-elle beaucoup souffert de la peste en 1813 et 1814 et du choléra en 1830.
Boukarest est la ville de l'Orient qui pour les mœurs et les usages ressemble le plus à celles de l'Europe, et diffère le plus des autres villes de la Turquie, On est frappé de la diversité des costumes, et surtout de la quantité de voitures qu’on y rencontre ; il est peu de familles, même parmi celles du second rang pour la noblesse et l'opulence , qui n’aient carrosse. Beaucoup de ces équipages ne le cèdent en rien
BOUILLY — BOUKAREST
pour la richesse des livrées et la beauté des chevaux à ce qu’on peut voir dans les capitales de l'Europe. On trouve à Boukarest des cafés turcs et des cafés européens, ià carrossiers, des failleurs, des cordonniers, des magasins d’étoffes, de quincaillerie et de nouvautés , tenus à l’européenne. L'incendie qui consuma la plus grande partie de cette ville, en 1802, a contribué-à son embellissement. La: plupart des édifices qui étaient en bois ou en terre, recré pis de plâtre en dedans et en dehors, et couverts de bardeaux ou de chaume, furent alors reconstruits en briques et en pierres, avec des toits en tuiles ou en fer. Les hôtels de plu” sieurs boyards se font remarquer par l’élégante originalité de leur architecture et par leur magnificence intérieure. Ces maisons, comme celles des gens du peuple, n’ont qu’un étagé, et les rez-de-chaussée sont ordinairement occupés par des boutiques. L'ancien palais des hospodars de Valachie n’a vait rien de remarquable; celui que le prince Alexandre Morousi fit bâtir, en 1804, sur une hauteur, à l’une des extrémités de ra ville, devint la proie des flammes en 1813, ét n'est plus qu'un monceau de ruines. Le chef du gouverne ment habite deux vastes hôtels de boyards réunis en un seul Boukarest, divisée en soixante-dix quartiers, contenait, en 1850, 124,734 habitants.
La plupart de ses nombreuses églises sont petites, irrégulières et si sombres, à cause de leurs fenêtres étroites et garnies de barreaux de fer, qu’on peut à peine distinguer les peintures grossières qui les décorent. Plusieurs ont été fon: dées par des princes ou de riches particuliers, dont on y voit 1e. fombeaux en marbre et les portraits, ainsi que ceux de leurs familles. Toutes les sectes du christianisme sont tolérées à Boukarest; on y trouve aussi beaucoup de juifs; les musulmans seuls y sont privés de l’exercice public de leur religion. Cette ville, où existent une bibliothèque publique et deux hôpitaux, possède, outre de nombreuses écoles pri=" maires, une université, de création récente, avec trois fa= cultés pour les sciences, le droit et les lettres , ainsi qu’une école de médecine, Dans les énvirons on remarque un chàteau de plaisance appelé Golontina, et les belles ruines du, couvent de Kotocerny.
Le commerce de Boukarest consiste en vins, grains, suif, cuirs, chanvre, tabac, etc. L’Angleterre, la France et d’autres puissances y entretiennent des agents diplomatiques.
Cette ville, cédée à l'Autriche en 1718, futrendue aux Turcs par la paix de Belgrade, en 1739. Souvent prise par les Russes, ils l'ont toujours restituée à la Porte-Othomane, Le traité de paix qui y fut conclu en 1812 (voyez l’article suivant ) est demeuré célèbre dans les annales de la diplomatie. Au début de la guerre d'Orient, elle fut occupée par un corps d'armée russe (juillet 1853); mais un mois plus tard, les envahisseurs, battus à Silistrie et à Giurgewo, commençaient leur mouvement de retraite, et Omer pacha fit, le 22, aôut 1854, son entrée dans la ville. En vertu de la convention du 8 août précédent Boukarest, ainsi que dix autres. places de la Valachie, fut occupée par les Autrichiens , qui” y demeurèrent jusqu’en janvier 1857. C’est là qu'eut lieu en février par l'assemblée nationale l'élection du prince Cousa. Depuis l’acte du 23 décembre 1861, qui a réuni les principautés sous le nom de Roumanie , Boukarest est devenu la capitale du nouvel État et le siège du gouvernement. 1
BOUKAREST (Congrès el Traité de), Deux congrès ont. eu lieu dans celte ville,
Le premier s'ouvrit en octobre 1772, sous le règne de Ca» therine IL en Russie et de Mustapha IN à Constantinople." Les ministres de Prusse et-d’Autriche essayèrent vaine-. ment de se faire admettre à ces conférences, et l'ambas-" sadeur de France à Constantinople employa tout son cré-. dit et ses efforts pour rompre ce congrès, en relevant le cou rage des Turcs par la perspective d’ine guerre de Finlande, n* l'assurance de la diversion d'une escadre française
BOUKAREST
dans le Levant. Par suite de ces intrigues, les conférences n'eurent aucun résultat ; les négociateurs se séparèrent au mois de mars 1773, et les hostilités furent immédiatement reprises, jusqu’à la paix dite de Kaïnardiji.
Le second congrès de Boukarest se tint en 1812, sous le règne d'Alexandre et de Mahmoud IT.
Le général Sébastiani, envoyé de Napoléon à Constantinople, avait rétabli, en 1806, entre la Porte et le cabinet de Saint-Cloud la bonne harmonie qu'avait troublée depuis neuf ans l'invasion de l'Égypte par Bonaparte. Le sulthan, soumis à cette nouvelle influence , ferma le Bosphore aux vaisseaux anglais, et refusa de renouveler l’alliance qu'il avait faite en 1799 avec le cabinet de Saint-James. Il retira en même temps au commerce russe le droit de naviguer sur les vaisseaux musulmans et de les couvrir de son pavillon. Bientôt le divan destitua les hospodars de la Moldavie et de la Valachie. L’empereur Alexandre protesta contre ces mesures, qu’il considérait comme contraires au règlement de 1802, et donna l’ordre au général Michelson d'entrer en Moldavie avec l’armée du Dniester. Sélim voulut arrêter la marche des Russes par le rétablissement des hospodars; mais, soumis encore à l’ascendant du ministre de France, il demanda par compensation que le tsar renonçât au passage de ses vaisseaux armés par les Dardanelles. Alexandre ne voulut point consentir à cette
condition humiliante; mais la nécessité où il était de secourirla Prusseaprès la bataille d’Iéna, et de faire face à l'invasion que lui faisait craindre la défaite de son allié, lui laissait peu de moyens de soutenir la guerre contre les Turcs , et le chevalier Italinski, ministre de Russie à Constantinople, eut ordre de négocier le rétablissement des anciennes conventions et de ruiner l'influence du ministre français. Italinski, pressé par le divan de justifier l'invasion de la Valachie par le corps de Michelson, protesta qu’il en ignorait les motifs. Le ministre anglais Arbuthnot tint le même langage. Mais l’armée de Michelson n’en poursuivait pas moins ses avantages, et, après avoir mis les Turcs en déroute, le 23 décembre, au combat de Grodno, était entrée le 27 à Boukarest.
La marche de Czerni-Georges, sur Belgrade, et bientôt après la prise de cette place, coïncidant avec la prise de Boukarest (31 janvier 1807) par le corps russe, justifia aux yeux du divan l’assertion de l'ambassadeur français, qui aceusait la Russie et l’Angleterre de fomenter les troubles de
Servie, En conséquence la Porte déclara la guerre à la Russie par son manifeste du 7 janvier 1807, où elle étala tous les griefs qu’elle avait depuis un siècle contre le cabinet de Saint-Pétersbourg. Italinski fut forcé de quitter Constantinople. Arbuthnot essaya de soutenir l’allié de Angleterre en rejetant sur Napoléon cette levée de boucliers. Mais le général Sébastiani triompha de ce nouveau rival, et le força de quitter à son tour la capitale de Sélim. L’amiral anglais Duckworth força bientôt les Dardanelles, brüûla près de Gallipoli une escadre ottomane, et jeta l'ancre devant Constantinople, le 20 février, menaçant de vengêr sur celte ville l’insulte faite à l'ambassadeur d'Angleterre, Le général Sébasfiani s’empressa de calmer les terreurs du Divan. Dix officïers français, arrivés de la Dalmatie, élevèrent sur la plage des batteries formidables. Cent mille Tures prirent les armes, etSélim LIT opposa des réponses énergiques aux prétentions de l'amiral Duckworth , qui avait perdu le temps en vaines négociations et laissé à son ennemi tout le loisir nécessaire à cet armement. Il proposa délai sur délai, rabattit successivement de ses prétentions, toujours repoussées., et, après avoir dix fois menacé Constantinople d’un bombardement, il finit par lever l'ancre le 12° mars, et par repasser les Dardanelles sans avoir effectué ses menaces. Duckworth se vengea sur l'Égypte de cette humiliante retraite, Il s’empara d’Alexandrie ; mais, repoussé deux fois devant Rosette, et voyant son infanterie pressée par le pacha Mohammed-Ali, il fut forcé d'abandonner sa conquête.
Les Russes furent plus heureux. Le comte Goudovitch
battit, le {8 juin, le seraskier d'Erzeroum, sur la rivière d’Arpatschaï, vers les frontières de la Perse, et l'amiral Siniavin détruisit le 1°’ juillet la flotte ottomane dans les parages de Lemnos. La guerre du Danube était moins active. L'empereur Alexandre avait besoin de toutes ses forces pour lutter contre Napoléon; et celui-ci n’oublia point son allié de Constantinople dans le traité de Tilsitt. L’évacuation de ja Moldavie et de la Valachie par les Russes y fut stipulée ; l’'adjudant-général Guilleminot se rendit au camp des Turcs pour négocier un armistice, qui fut signé au château de Slobosia, le 24 août 1807. Mais la paix qui devait en résulter fut retardée par les intrigues de l’Angleterre, Mustapha IV ayant succédé à Sélim 111, l'ambassadeur anglais Robert Adair fit entendre au divan que Napoléon étant devenu l’allié de l'éternel ennemi de l’empire othoman, la Porte devait se méfier de la France; et l'or de la Grande- Bretagnè acheva cette révolution diplomatique. Les anciens traités furent renouvelés entre le divan et le cabinet de Saint-James; et l’entrevue d’Erfurt confirma dans l'esprit des Turcs toutes les préventions que le ministre anglais leur avait suggérées.
Napoléon ayant effectivement, par une faute inconcevable, permis à son ami Alexandre de s'emparer des provinces du Danube, le ministre russe à Jassy demanda aux Turcs la cession de la Moldavie et de la Valachie ainsi que l'expulsion de Robert Adair. C'était déclarer la guerre. Le divan ne voulut point accepter ces préliminaires étranges; et l’armée russe occupa de nouveau ces provinces sous le commandement du prince Prozorovsky. Le 8 août 1809 cette armée passa le Danube. Ce général étant mort pendant la campagne , Bagration prit sa place, s’empara d’Ismaïil le 26 septembre, et livra le 3 novembre la bataille sanglante de Silistrie, où les deux partis s’attribuèrent la victoire. Kamenskoï IT succéda, en 1810, à Bagration, et pénétra dans la Bulgarie. Charkoff et Kamenskoi 1 battirent à Basardjik, le 15 juin, le séraskier Pehglwan-Pacha. Le comte de Langeron s’empara le 23 de Silistrie après un siége de sept jours. Sabanaïef défit le 25 le pacha Terour-Mohammed sur les hauteurs de Rasgard, prit l’hospodar Callimachi, et s’'empara peu de temps après de cette place. Kamenskoï II fut cependant repoussé par le grand vizir dans l’attaque des forts retranchements de Schumla , après une bataille de deux jours, où les Russes firent de grandes pertes, et la fortune parut rentrer sous les drapeaux de Mahomet. Mais Kamenskoï II rallia ses principales forces. 11 gagna, le 19 septembre, la bataille de Batyne, et força Moukhtar de chercher un refuge auprès du grand vizir, avec le faible reste de ses troupes. Les Russes s’emparèrent de Szistowa, de Gladowa, de Routchouck, de Giurgewo, et restèrent maîtres de toute la rive droite du Danube. Les secours qu’ils purent diriger alors sur la Servie assurèrent partout le triomphe des insurgés. Le vieux Joussouf-Pacha, qui avait contemplé tous ces désastres de son camp retranché de Schumla, ne songea plus qu’à négocier. Mais les prétentions de la Rassie révoltèrent le divan. Joussouf fut déposé; le nouveau grand vizir, Ahmed-Pacha, amena un renfort de 50,000 hommes, et prit le 12 avril 1811 le commandement de l’armée turque.
Une diversion puissante s’opérait en sa faveur dans le nord de l'Europe. Napoléon avait à peu près rompu avec Alexandre, Il rassemblait son armée sur la frontière dela Pologne ; et le {sar avait rappelé à la hâte une grande partie des divisions qui combattaient sur le Danube. Les effets de cette rupture s'étaient fait sentir dans le divan, où l’influence du cabinet de Saint-Cloud reprenait son activité, et des officiers français dirigeaient l'artillerie musulmane. Les Russes avaient perdu leur général Kamenskoï II, et Koutouzof en avait pris le commandement. Trop faible désormais pour lutter contre un ennemi renforcé, à détruisit toutes les places de la rive droite du Danube, à l’exception
de Routchouck ; il y concentra ses forces, et résolut d'y attendre Alumed-Pacha. Ce nouveau vizir vint l’attaquer le 16 juillet, et il aurait détruit l’armée russe si Langeron ne l’eût sauvée par une habile manœuvre. Ahmed jeta de forts partis dans la Valachie, et passa bientôt lui-même sur la rive gauche avec le gros de ses troupes. Mais le général russe Markof, repassant plus bas sur la rive droite, le 16 octobre, fondit sur lé camp et sur les réserves des Turcs, les mit dans une complète déroute et coupa la retraite au grand vizir. Celui-ci, forcé de courir à ce nouveau danger , laissa son avant-garde avec Tchaban-Oglou sur la rive gauche , et vint au secours de ses réserves. Koutouzof l'apprit, et résolut de profiter de son éloignement. 11 cerna Tcbaban-Oglou , et le força de capituler le 20 décembre.
Ce fut là le terme des succès de l’armée othomane : une promple paix fut son unique ressource, et un congrès s’ouvrit à Boukarest dans le même mois. En vain Napoléon essaya-t-il de traverser les négocialions en concluant avec l'Autriche une aliiance dont une des conditions principales assurait l'intégrité de l’empire de Turquie; en vain s’efforçat-il de ranimer le courage des Turcs. La médiation de la Suède et de l’Angleterre, l’'insouciance perfide de PAutriche, l'attitude de Koutouzof et la modération d'Alexandre l’emportèrent sur la diplomatie française ; le traité de Boukarest fut signé le 28 mai 1812. Par l’article 2 de cette paix, le Pruth jusqu'à son embouchure dans le Danube, et le Danube jusqu'à la mer Noire furent assignés comme les limites des deux empires. Le tiers de la Moldavie et loute la Bessarabie, les forteresses de Khoczim, de Bender, d'Ismail et de Kilia furent ainsi données à la Russie, et la navigation du fleuve devint commune aux deux peuples, ainsi que la faculté de couper du bois dans ses îles. Les stipulations de l’article 4 de la paix de Jassy furent confirmées. L'article 6 rétabliten Asie les frontières qui existaient avant la guerre. L'article 8 rendit à la Porte la souveraineté de la Servie sous la condition d’une amnistie générale et d’une administrätion nationale, telle que le sulthan l'avait offerte en 1807, moyennant un simple tribut annuel. L'article 12 confirma les précédents traités dans ce qui regardait le commerce; et l’article 13 promit à la Russie la médiation de la Porte pour terminer ses différends avec la Perse.
Cette paix fut fatale à l’armée française dans sa désastreuse retraite. L'armée russe du Danube put remonter vers le nord; elle vint porter le dernier coup aux soldats de Napoléon sur les rives glacées de la Bérézina; et la Porte n’obtint de son éternel ennemi qu’un court intervalle de repos. VIExNET , de l’Académie Française.
BOUKHARA ou BOKHARA, résidence du khan des Ouzbeks, est une ville très-ancienne, bâtie dans une oasis entourée de déserts, au confluent du Waskân et du Zer-Afschän. Elle est entourée de jardins et de vergers, et présente la forme d'un triangle d’un myriamètre d’étendue, ceint d’un rempart de terre d’environ six mètres de haut, muni de tours et de fossés. Des canaux et des fontaines en grand nombre fournissent l’eau nécessaire à la consommation des habitants. Les rues sont étroites, les maisons bâties la plupart en briques, les mosquées nombreuses, ainsi que les medressès et les bazars. La population s’élève à 70,000 âmes.
Le palais du khan, avec deux hautes tours à l'entrée, est construit sur une colline voisine. Parmi les plus beaux monuments de la ville on doit citer la mosquée Mirgharab, qui forme un carré de quatre-vingt-treize mètres de longueur avec une coupole haute de trente et un mètres. Elle est couverte de tuiles enduites d'un vernis bleu de ciel, et tout près se trouve un haut minaret en briques représentant toutes sortes de figures artistement exécutées. Dans les environs s'élève l'école bâtie par le khan Abdullah. La population se compose en majeure partie de Boukhares ou Tadjiks, le reste est formé par des Ouzbeks, des Afghans,
BOUKAREST — BOUKHARIE
des Persans, des Turcs, des prisonniers russes, des Kal. mouks, des juifs, elc.
Depuis des siècles Boukhara est le foyer de la civilisation dans l'Asie centrale, et lé grand entrepôt du commerce de l'intérieur de l'Asie. Les marchandises de toute nature y afluent de toutes les parties de ce vaste continent. Les principaux articles de commerce sont les fruits, les chevaux, les ânes, les fourrures, surtout les peaux d'agneau teintes, les tissus de soie, de coton, le verre, le cuir, la quincaillerie, le papier, le musc, les parfums, etc. Boukhara est le centre d’un commerce important avec la Chine, la Russie, les Indes, l’Irân, Khiwa, les Kirghiz, Kaboul, Kaschmir et Khokand. C’est aussi un marché considérable d'esclaves, où les Turcomans et les Ouzbeks amènent « les Persans qu'ils ont enlevés.
BOURHARIE ou BUKHARIE, c'est-à-dire Pays de l’est. On désigne sous ce nom différentes contrées situées au delà de l'Amou, l’Oxus des anciens; vaste territoire appelé autrefois Sogdiane et Transoxiane, puis par les Arabes du moyen âge Mawar-en-Nahr, et situé entre 35° et 41° de latitude nord, et 61°-68° de longitude est.
La Grande Boukharie forme l'extrémité sud-est du Turkestan, qu’habitent des peuplades d’origine turque. On la nomme aussi kkanat de Boukhara. Par Petite- Boukharie on entend quelquefois la province chinoise de Thianchan-Nanlou, ou le territoire du lac de Lop et du fleuve Tarim; mais c'est là une dénomination fautive, puisque elle est complétement inconnue dans la contrée à laquelle on l’applique. Les Chinoïs, qui en sont les maîtres, nomment ce pays Sinkiang, Nouvelles-Frontières. Quelques écrivains russes le désignent sous le nom de Turkestan oriental, qui est parfaitement conforme aux données ethnographiques.
Quelques auteurs, comprenant le Xharezme ou Khowarazm dans la Grande Boukharie, ont donné à cette étendue de pays le nom commun de Djagatai ; et elle figure encore sur nos cartes sous celui de pays des Ouzbeks. L'un et l'autre, à la vérité, ont fait partie de l'empire de Djagataï, l’un des fils de Djengiz-Khan, et plus tard ils furent recouvrés sur les descendants de Tamerlan par les Ouzbeks, issus du premier de ces deux fameux conquérants. Mais depuis près de trois siècles ils ont formé des États distincts, qui ont cu leurs souverains propres, leur histoire particulière, et qui ont été souvent divisés par la politique, la guerre et des intérêts opposés. La Grande Boukharie elle-même a subi de fréquentes modifications dans son organisation et dans ses limites. La province de Balkh, démembrée du Khoraçän, et incorporée à la Grande Boukharie, en a été souvent séparée, et en est encore tribufaire plutôt que sujette. Elle n’a même pas été constamment soumise aux Ouzbeks.
La Grande Boukharie est bornée, au nord et au nord-est, par le fleuve Sihoun, ou Sir-Daria ( Zaxartes des anciens), qui la sépare des Kara Kalpaks et du Turkestän; à l’est, par la Petite-Boukharie; au sud, par le Petit-Thibet et par les khanats de Balkh et de Badakhschân; à l’ouest, par le fleuve Amou, qui la sépare de la Perse, et par la mer d’Aral. Elle peut avoir 110 myriamètres du nord au sud, et 8 de l’est à l’ouest, dans sa plus grande étendue. Ses principaux fleuves sont le Djihoun ou Amou, et le Sikou nr ou Sir-Daria. Le Zer-Afchân ( l'ancienne Sogd ) est la rivière la plus considérable qui arrose l'intérieur de la Boukharie. Elle prend sa source dans les montagnes près de Fani, à 22 myriamètres environ à l’est de Samarkand, passe devant cette ville, ainsi qu'à Boukharah, et va se perdre dans le lac de Kara-Koul, près de l'Amou, après un parcours d'environ 66 myriamètres. x ;
La partie orientale de cette contrée est entrecoupée pat plusieurs chaînes de hautes montagnes, dont les sommets sont souvent couverts de neige. Dans la partienord, à quelque distance du Sir-Daria et au centre, on trouve d'assez grandes