‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 34 sur 527 · BERNIS — BERNOULLI · texte numérisé non relu

BERNIS — BERNOULLI

plus à la France que par sa qualité d'ambassadeur près le saint-siége. Lors de la promulgätion de la constitution civile du clergé en 1791, il protesta avec la presque totalité des prélats et des grands bénéficiers de France, déciarant schismatiques ceux qui prêteraient serment à la nouvelle constitution.

Il avait commencé en 1737 un poëme intitulé : La Religion vengée, qu’il n’acheva jamais. Ses œuvres poétiques , d’un genre tout opposé, contribuèrent beaucoup à son avancement en lui oavrant les portes de l’Académie Française. On sait qu’à ce propos Voltaire l'avait appelé Babel la Bouquetière par une double allusion aux fleurs mytholo-

iques dont il semait beaucoup trop ses vers et à une grosse ouquetière en vogue qui se tenait à la porte de l'Opéra.

Les voyageurs que Bernis recevait dans son palais avec la plus bienveillante politesse, les artistes français ou étrangers, qu’il accueillait ou encourageait avec une générosité rare, n'ont parlé de lui qu'avec l'expression de la reconnaissance. I mourut à Rome dans un âge très-avancé, en 1794. Sa correspondance avec Pâris-Duverney, depuis 1752 jusqu’en 1769, a été imprimée pour la pre aière fois en 1790. Ces lettres offrent des détails intéressants sur les principaux personnages et les principaux événements du règne de Louis XV. Les neveux et petits-neveux du cardinal de Bernis, aidés de la l‘gation française à Rome, firent exécuter par un habile artiste italien un beau mausolée où ils déposèrent le corps de leur oncle. Ce monument a été plus tard transporté en France et placé dans la cathédrale de Nîmes.

Durey ( de l'Yonne).

BERNOULLI ou BERNOUILLI. Cette famitle a produit une foule d'hommes distingués, surtout dans les mathématiques , et dans l’espace d’un siècle l'éclat de leur nom a rejailli sur notre Académie des Sciences, qui de 1699 à 1790 a toujours compté quelque Bernoulli parmi ses membres associés.

Les Bernoulli descendent de Jacques BERNOULLI, mort en 1583, qui avait émigré d'Anvers à Francfort, à la suite des persécutions religieuses exercées dans les Pays-Bas par le duc d’Albe, Son petit-fils, Jacques BEerNouLut, fut,

‘en 1622, reçu citoyen de Bâle, où il vint s'établir, et où

son fils, Nicolas BErNouLLi, occupa bientôt une charge importante. Quant à la branche de la famille fixée à Francfort, on n’a conservé que le nom de Léon BERNOULLI, qui accompagna Oléarius dans l'ambassade que le duc de Holstein envoya en Perse, et dont Varnhagen von Ense a raconté les aventures dans ses Monuments Biographiques (4° vol., Berlin, 1846), à propos de la biographie de Paul Flemming.

BERNOULLI ( Jacques), le premier qui commença l’illustration de sa race, naquit à Bâle, le 27 décembre 1654, de Nicolas Bernoulli, dont nous avons parlé plus haut. Destiné par son père au ministère sacré, il reçut une éducation toute littéraire. Mais, entraîné par un penchant invincible vers les mathématiques, il les étudiait à la dérobée, et parvint sans secours à comprendre les plus hautes théories de l'astronomie. Après avoir parcouru une grande partie de l’Europe, il revint dans sa patrie se livrer exclusivement à l'étude des sciences. En 1680, l'apparition d’une comète fut l'occasion de son premier ouvrage, et il y donna la portée de son génie en démontrant l'opinion, déjà indiquée par de grands géomètres , que les comètes sont des corps éternels, dont les retours peuvent être prédits. En 1684, Leibnitz ayant publié les premiers essais du calcul différentiel, qu’il venait d'inventer, Jacques Bernoulli et son frère Jean comprirent toute l’importance de ce nouvel instrument donné à la science, et se l’approprièrent tellement par d’heureuses recherches et de profonds développements, que Leïbnitz disait avec une généreuse candeur que cette dé-

couverte leur appartenait aussi bien qu’à lui. C’est Jacques

Bernoulli qui a donné les premiers exemples du calcul

intégral, cette source de tant de belles découvertes. 1] préparait sur le calcul des probubilités un grand uvrage, où il comptait non-seulement approfondir les chances des jeux, mais aussi éclairer la morale et la politique, lors qu’il mourut, le 16 août 1705. Comme Archimède, il voulut que son plus beau titre de gloire fût gravé sur sa tombe On y mit une spirale logarithmique, genre de courbe qui se reproduit sans cesse dans ses développements, avec ces mots : £adem mutlala resurgo, mots que l’on pouvait prendre pour la profession de foi du chrétien mourant. I] réunissait au génie des mathématiques le talent de la poésie et faisait des vers latins, allemands et français. Il professa depuis 1687 jusqu’à sa mort les mathématiques à l’univi rsité de Bâle , avec une élégance et une clarté qui attiraient à ses leçons un grand concours d’auditeurs.

BERNOULLI (Jean), son frère, lui succéda dans cette chaire, Né à Bâle, le 27 juillet 1667, il avait été destiné au commerce; mais, se sentant appelé par la nature à l’étude des sciences, il suivit l’exemple de son frère, se fit son disciple, et fut bientôt son égal. 11 partage avec lui la gloire d’avoir étendu et fécondé la belle découverte de Leibnitz. Pendant deux ou trois ans une noble émulation, resserrée par les liens du sang, de l’amitié et de la reconnaissance, anima les deux frères dans leurs travaux. Mais, pleins d’orgueil tous deux, tous deux âpres disputeurs, ils furent insensiblement conduits par la jalousie à la haine; les premiers torts appartinrent à Jean. C’était alors l’usage parmi les géomètres de se proposer des problèmes difficiles à résoudre, et cette guerre savante avait l’avantage d’enrichir la science d’utiles résultats. Les deux Bernoulli parurent souvent avec honneur dans la lice; mais la lutte finit par s'établir entre eux, et Jean fut vaincu, non pas par impuissance, mais par une légèreté orgueilleuse qui ne lui permit pas de donner à ses solutions une assez longue attention.

Comme Jacques avait adopté de bonne heure les principes de la philosophie newtenienne, Jean, en haine de son frère, défendit toute sa vie les principes de la physique céleste de Descartes, et il faut reconnaître qu’il déploya en faveur de cette mauvaise cause toutes les ressources d’un grand génie. 11 fut aussi en discussion avec la plupart des géomètres de son temps; car il jugeait avec dureté les ouyrages des autres mathématiciens, et se montrait très-chatouilleux sur les siens. Il n’épargna pas même son fils Daniel, dont il accueillit fort mal les premiers essais; et ce fils ayant partagé avec son père le prix de l’Académie des Sciences, celui-ci lui reprocha avecamertume ce qu’il appelait « son manque de respect ». Depuis lors il conserva contre Daniel une jalouse rancune ; et lorsque ce géomètre publia son fameux Traité d'Hydrodynamique, il se hâta d’en composer un pour détourner à son profit le concert d’éloges que ce beau livre attirait sur son auteur.

I1. ne faut pas croire cependant que Jean Bernoulli fût ur homme insociable. Un caractère dominateur et emporté le jetait tout d’abord dans une querelle , puis Porgueil l'empêchait de revenir sur ses pas. Mai. il eut des amis, le grand Leibnitz entre autres, qu’il défendit avec une chaleureuse habileté contre les attaques des géomètres anglais, et l’illustre Euler, son disciple, dont il encouragea les débuts. Il combattit à armes courtoises le chevalier Renau, ingénieux inventeur des bombardes, sur sa Théorie de La Manœuvre des Vaisseaux, et après une discussion aussi savante que polie, il triompha par la publication de son grand traité sur celte partie si importante de l’art de la navigation.

Jean Bernoulli avait étendu sa puissance d'assimilation bien au delà du cercle des mathématiques, comme Île prouvent ses écrits sur la physique, la physiologie, la métaphysique et ses poésies latines et grecques. Ses excursions dans le domaine de la physiologie méritent d’être signalées. Il avait publié une dissertation sur la nutrition, dans laquelle il prouvait que les corps se transforinent sans cesse, s’en-

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