BOULEAU — BOULEN
terre et y retourna une personne qui parvint d’une manière si éclatante à la royauté, » Les historiens ne s'accordent presque pas davantage sur les circonstances de sa vie, jusqu’au moment où le sanguinaire et débauché Henri VII la fit monter sur son trône par un crime, et l’en précipita par un autre. À cette époque, où le catholicisme et la réforme partageaient les esprits et pervertissaient aussi les consciences, les jugements sur Anne de Boulen devaient porter le caractère d’une partialité d'autant plus forte que cette princesse avait abjuré pour devenir l'épouse du roi. Par conséquent, les catholiques ne lui pardonnèrent jamais une apostasie qui couvrait déjà si mal celle de son honneur. Il parait, quoi qu’on ne puisse l’affirmer , qu’Anne naquit en Angleterre, en 1500. Elle était le dernier enfant issu du mariage de sir Thomas de Boulen, avec une fille du duc de Norfolk, Cette famille était devenue l’un des apanages de la lubricité d'Henri VIIS, qui eut un commerce de galanterie avec lady Boulen, et ensuite avec sa fille aînée. Un certain . chevalier Bryan, l’une de ces âmes damnées de la corruption des princes, et que le roi appelait pour cette raison son lieutenant d'enfer, s'était servi de l'amitié qui le liait avec sir Thomas pour le déshonorer doublement au profit de son maître, Ù
Telles étaient les relations de ce prince au moins avec lady Boulen, lorsqu'Anne, sa plus. jeune fille, âgée de quinze ans, accompagna en France la princesse Marie d’Angleterre, qui.s’y rendait pour épouser Louis XII. Après deux ans et demi, Marie, devenue veuve, revint en Angleterre. 11 serait difficile de comprendre pourquoi Anne, sa fille d'honneur, alors âgée de dix-sept à dix-huit ans, n’y suivit point cette princesse, et passa au service de madame Claude de France, fille de Louis XIT, mariée à François 1°", si l’on n’admettait comme motifs {rès-plausibles de cette conduite, soit les bruits répandus sur elle avant son départ d’Angleterre, que dès l’âge de quatorze ans Anne avait déjà passé des bras du maître d'hôtel de son père dans ceux de son chapelain, soit enfin l'amour qu’elle avait inspiré au nouvean roi de France. Livrée aux séduclions de cette cour voluptueuse, une fille du caractère d’Anne de Boulen ne pouvait balancer entre leurs jouissances et l’intérieur modeste de la veuve de Louis XIT, bien que Marie, jeune aussi, ne fût pas ennemie des plaisirs. D'ailleurs, le soin de sa réputation devait peu toucher une personne que la jeunesse de la cour de France nommait grossièrement la Aaguenée d'Angleterre ou La mule du roi. Aussi, après la mort de la reine Claude, on vit Anne de Boulen s’attacher encore à la duchesse d'Alençon, sœur de François 1°", Sa beauté, son esprit, sa folle gaieté, ses succès, ses plaisirs en tout genre, la liaient chaque jour davantage à une cour dont elle faisait et partageait les délices. Aussi peu chaste, dit-on, dans ses discours que dans ses actes, elle trouvait au sein de cette cour licencieuse une satisfaction si complète à ses penchants, qu'il est impossible de concevoir quel fut enfin le motif de son retour en Angleterre. Les historiens gardent le silence sur cette circonstance très-importante d’une vie qu'elle semblait avoir consacrée à la France : peut-être Anne de Boulen, déjà àägée de vingt-cinq à vingt-sept ans quand elle quitta la cour de François I", y fut-elle avertie que son rôle était fini.
Quoi qu’il en soit, à son retour à Londres, après une aussi longue absence et malgré la publicité des désordres de sa jeunesse, Anne de Boulen entra au service de la malheureuse Catherine d’Aragon, femme de Henri VIN, tant il était de sa destinée d’être toujours fille d'honneur. L'empire que l’ancien ami de sa famille, le chevalier Bryan, conservait sur le roi ne contribua pas peu sans doute, en dépit des échos de la cour de France, à la faire attacher à la reine. De plus, cet ardent entremetteur des débauches du roi ne voulait pas plus que son maître laisser échapper le plaisir de compléter dans la personne d’Anne de Boulen la