UD
justice. Mais le tyran voulait le sang de celle qu'il avait aimé si éperdûment, et à laquelle il avait sacrifié les droits de la nature, ceux du trône et des lois. Cependant lord Percy, tremblant pour ses jours, n'avait point rempli l’attente de la reine. Il avait communié dans une église en présence de plusieuis membres du conseil du roi, et devant eux il avait juré swr son salut ou sa damnation éternelle que jamais il n’avait existé entre la reine et lui aucune union charnelle, aucun contrat qui eût engagé leur foi.
Ce fut sous l'empire de cette terreur que Henri répandait autour de lui que le supplite ordonné par la première cour fut fixé au 19 mai. Dès ce moment une juste compassion s’attache aux derniers moments de l’infortunée Anne de Boulen. A peine eut-elle connaissance de cet irrévocable arrêt de la férocité de son époux que, se jetant aux genoux de la femme du commandant de la Tour, où elle était enfermée : « Allez, lui dit-elle, et dans la même posture où je suis devant vous , allez de ma part demander pardon à la princesse Marie pour tous les maux que j'ai attirés sur elle et sur sa mère. »-On prétend qu’elle écrivit au roi une lettre qui se terminait ainsi, après l’avoir remercié de sa clémence et de ses bienfaits : « De simple particulière, vous m’avez faite dame, de dame marquise, de marquise reine, et ne pouvant plus m'élever ici-bas, de reine dans ce monde vous allez me faire sainte dans l’autre. » Ce bizarre madrigal dans une semblable extrémité prouve suffisamment la supposition d’une pareille lettre et la platitude du goût de cette époque. Mais ce qui est hors de doute, c’est l’aliénation mentale complète qui ne cessa dans sa prison de torturer son esprit et son cœur. Elle passait des prières les plus ardentes au rire le plus insensé; elle parlait de la t'rreur que lui causait sa mort prochaine, puis, mesurant avec sa main la petitesse de son cou, elle riait en pensant qu'étant si mince il serait facilement tranché par la hache du bourreau. Cependant, au moment du fatal départ, Anne s’éleva tout à coup au-dessus de son désespoir, et, reprenant sa qualité de reine, en traversant la foule, elle s’irrita de ce que sur son passage, au lieu de recevoir des marques de respect, elle ne recevait que des outrages : « Je mourrai votre reine, dit-elle au peuple, dussiez-vous en crever de dépit. » Sur l’échafaud, elle eut la dignité de ne parler ni de son innocence ni de ses fautes : « Condamnée par la loi, dit-elle, je viens subir mon jugement, » Un sage eût envié ces paroles. Puis elle souhaita de longues années au roi, implora les prières des assistants, et, rangeant sa robe avec la pudeur de Polyxène, elle reçut le coup mortel.
Ne semble-t-il point, au simple récit de la fin d’une femme dont la vie avait été prostituée dans les voluptés, et l'incroyable élévation ainsi que la chute marquée du sang de tant de victimes , qu'aux derniers moments la vie entière se purifie dans le châtiment qui la termine, et que les vertus, refoulées par les passions, reparaissent au moment où les passions ne sont plus pour servir de cortége à uu être à qui le malheur seul est resté? Pendant qu’Anne de Boule expiait si noblement sa vie, qu'avait fait, que faisait le roi son époux? Il avait froidement réglé la marche et le cérémonial du supplice; il avait, pour l’exécution, appelé le bourreau de Calais, dont probablement la dextérité lui était connue; lui-même avait nommé les pairs et les officiers publics qui devaient ôtre témoins du supplice; enfin, du haut d’un tertre, que l’on montre encore dans le parc de Richmond, il attendait de la Tour de Londres le signal de la mort de celle qu’il avait si tendrement aimée. Ce n’est pas tout : après avoir livré, par clémence, à la hache du bourreau les quatre gentils-hommes , à la potence le musicien Smelton, et épargné à la reine le supplice du feu, l& même monstre couronné ordonnait pour le lendemain la fête de son mariage avec Jeanne Seymour, et passait des voluptés de l’échafaud à celles du lit nuptial. Le