BOULEVARD
Lancry, il nereste plus de traces d’un théâtre qui a eu des phases brillantes, lorsque, sous le titre de Variétés amusantes, Volange-Jeannot y faisait Jlorès, puis eu 1790 ° lorsque devenu Thédtre Français Juliet y commençait sa réputation dans Nicodème dans La Lune. Sous le titre de Théâtre des Jeunes Artistes celte salle eut encore divers succès. Vis-à-vis est la nouvelle salle del’Ambigu Comique. Celle de la Porte-Saint-Martin, bâtie en 1781, par Lenoir, élaît la plus ancienne de toutes celles de Paris lorsqu'elle fut entièrement consumée par le feu qu'y avaient allumé les défenseurs de la Commune le 25 mai 1871 ; elle a été reconstruite sur un plan nouveau en 1872 au même endroit en même temps que s'élevait*à côté un nouveau théâtre dit de La Renaissance. Les portes Saint-Martin et Saint-Denis sont plutôt des monuments d’orgueil que de reconnaissance.
Hors de la porte Saint-Denis était le théâtre de la Trinilé, où l’on joua, depuis 1402 jusqu’en 1539, les Mystères qui furent le début de l’art dramatique en France. Sur le boulevard de Bonne-Nouvelle, le local où était la ménagerie de Marlin fut un instant l’église catholique française de Vabbé Auzou. Voici le bazar Bonne-Nouvelle, avec ses perpétuelles loteries de bienfaisance et ses cafés concerts. Le Gymnase dramatique et son célèbre marchand de galette sont plus loin, près de la rue Hautevill& Au bout de cette rue on aperçoit en perspective l’église Saint-Vincentde-Paul.
Sur le boulevard Poissonnière est la rue Saint-Fiacre, où l’on voyait naguère le Néorama de M. Alaux. Le boulévard Montmartre avait autrefois deux Panoramas, qui n'existent plus. Le théâtre des Variétés s’y trouve situé près du passage des Panoramas. De l’autre côté, le passage Jouffroy mène au faubourg Montmartre. Le jardin de Frascati, où les gens du bon ton allaient sous l'empire se promener, s'étaler, prendre des glaces , entendre des concerts et voir des feux d'artifice , a disparu entièrement. Vis-à-vis est l'hôtel Merci, dont les bals, jusqu'à l’époque du consulat, rivalisaient avec ceux des hôtels de Richelieu, de la Michaudière, de Marbeuf, etc. 11 est occupé aujourd’hui en grande partie par les gentlemen âu Jockey-club.
Le boulevard Italien avait pris autrefois son nom du voisinage du Théâtre-[talien, qui en est maintenant un peu éloigné. En revanche l'Opéra et l’Opéra-Comique sont tout près sans avoir de façade sur ce boulevard. Le passage de l'Opéra y conduit à notre première scène lyrique. La partie du boulevard Italien où s'ouvre le passage de l'Opéra reçut de lopposition royaliste, pendant la révolution, le nom de Coblentz, de la ville où se réunissaient les émigrés, qui portaient les armes contre leur patrie. Immédiatément après est le boulevard à qui les légitimistes de 1815 donnèrent le nom de Gand, qui perpétuera le souvenir de le fuite des Bourbons devant lépouvantail de l'ile d’Elbe, Sur ce boulevard, au coin de la rue Laffitte, était le café Hardy, le premier lieu de réunion des agioteurs, après la chute des assignats, lé prersier café où l'on ait donné des déjeñners à la fourchette. Cette rue prit en 1791 lenom d’un député à lassemblée législative, l'exjésuite Cerutti, qui venait d'y mourir, A la Restauration on : lui rendit son nom de rue d’Artois; elle le perdit en 1830, pour prendre celui de Laffitte, qui y avait son hôtel, Au bout on voit Notre-Dame-de-Lorette; au coin est la maison qu'on appela Dorée, à cause de ses dorures extérieures. Tout près est le café Tortoni; en face le café Anglais.
Les bains Chinois, se maintinrent longiemps dans leur domaine, et étaient peut-être les plus anciens de Paris; mais l'emplacement qu'ils occupaient représentail une valeur . telle qu'en 1857 une grande maison tout ordinaire [vint faire disparaître ce dernier vestige des boulevards que nous avait fait l'époque du Directoire, Le jardin qui joignait le pavillon de Hanovre a l'hôtel de Richelieu a disparu depuis longtemps, Là fut établi en 1797, par le frère du comé-
BOULEVARD -— BOULGARIE
dien Juliet, le premier jardin-café où l'on donna des glaces et des concerts ; deux ans après, il fut éelipsé, écrasé par Frascati.
Nous passerons rapidement sur les boulevards des Capucines et de la Madeleine, noms tirés des couvents qu ils avoisinaient au siècle dernier. De belles maisons les bordent; on y a construit le Grand Hôtel et le nouvel Opéra; de belles rues y aboutissent, comme la rue de la Paiex Enfin léglise de la Madeleine, couronne noblement la promenade du boulevard, considérablement embellie par l'abaissement de son sol, l'extension de sa largeur sur quelques points. Elle était devenue plus commode pour les piétons par le bituminage des contre-allées ; l'empierrement de la chaussée en {849 lui a rendu, pour peu qu’il pleuve, ses fondrières et sa fange. Peu de promenades offrent cependant autant de charme par la quantité et la beauté des magasins, des cafés, des bazars qui la bordent presque d’un bout à l’autre. C’est une sorte d'exposition permanente des produits des arts et de l'industrie.
Pour achever de peindre le boulevard , il est bon de rappeler que c’est là que passent toutes les mascarades du carnaval; que défilent les voitures qui sont censées faire le pèlerinage de Long-Champ. C’est là qu’on est sûr de rencontrer tous les cortéges dans les cérémonies religieuses, civiles et militaires ; là se réunirent les vainqueurs de la Bastille; ce fut par ce chemin que Louis XVI fut conduit à l’échafaud ; ce fut sur ce boulevard qu’on célébra la pompe funèbre de Michel Lepelletier, un de ses juges ; là ont défilé toutes les troupes nationales, royales, étrangères ; à Charles X, à son avénement, se montra au peuple; là ont eu lieu déjà bien des revues de troupes et de gardes nationales ; là ont éclaté bien des cris d'enthousiasme ; là ont passé toutes les émeutes populaires, là a coulé déjà bien du sang ; là ont passé les convois de Louis XVIII, de Casimir Périer, du général Lamarque, et de tant d’autres. Les victimes de Fieschi y passèrent pour aller aux Invalides ; les victimes de Juillet et les victimes de Février y passèrent en sens inverse pour aller sous la colonne de Juillet, Que de choses n’a-t-on pas vues sur ce boulevard! quelles philosophiques réflexions on peut faire en s’y promenant !
BOULGARES, nom d’une secte de Manichéens, qui se montra vers le milieu du neuvième siècle, sous l’empire de Basile le Macédonien, et qui s’appela ainsi du lieu dont ils tiraient leur origine. Leurs dogmes n’admettaient que le Nouveau-Testament et niaient la nécessité du baptême. Un de leurs articles de foi refusait tout espoir de salnt au mari qui remplissait ses devoirs naturels envers sa femme; de là le soupçon du vice infâme imputé à cette secte et l’épithète de bugari ou bugeri, traduite tous Jes jours dans la bouche du peuple, mais qu'aucun dictionnaire n’a osé définir. Dans la suite des temps, on donna indistinctement le nom de Boulgares à beaucoup d’autres sectaires, tels que les Patarins, les Cathares, les Joviniens, les Vaudois, les Albigeois, les Henriciens, etc., etc., parce que ces différentes sectes reconnaissaient un même chef spirituel, qui tenait son siége dans la Boulgarie, et se gouvernaient après ses décisions. Lorsque la rigueur des conciles et les ordonnances de saint Louis eurent dispersé ou anéanti ces hérétiques, le nom de Boulgares fut donné aux usuriers, qu’on appelait plus communément Zombards, quand ils étaient de la religion hébraïque. LAÎNÉ.
BOULGARIE, province de la Turquie européenne, d’une étendue de 957 myriamètres carrés, séparée, au nord, par le Danube, de la Valachie, de la Moldavie et de la Russie; au sud, par le Balkan, de la Roumélie et de la Macédoine ; bornée, à l’est, par la mer Noire, et à l'ouest par la Servie. Sa population s'élève à trois millions d'âmes. Deux caps, le cap Gülgrad et l'Emineh, s'avancent dans la mer Noire, qui reçoit les deux cours d’eau les plus considérables de la Boulgarie, la décharge du lac Ramsin et le Kamesik. Le pays offre l'aspect d'un plateau qui des rives escarpées du Danube s'élève graduellement
jusqu'aux contre-forts hoisés et impraticables du Grand- Balkan à l'ouest et du Petit-Balkan à l'est. Le Danube recoit le Timok, l’Isker, le Vid, l'Osma, le Lom et le Taban, qui coulent dans de profonds ravins et nuisent plus qu'ils ne servent aux commugications. La partie orientale diffère sous plusieurs rapports de la partie occidentale, Au nordest s'étend entre le Danube et la mer une espèce de presqu'ile, la Dobroudscha, plaine élevée couverte en partie de
| broussailles et de steppes, en partie de vastes champs cul-
tivés. On n’y trouve que quelques forêts peu considérables ; mais elles se multiplient à mesure qu’on approche du Balkan. La partie occidentale est moins uniforme, et ressemble moins aux steppes; les forêts y sont plus grandes, et plusieurs districts fort bien cultivés. Le printemps amène à sa suite des pluies qui rendent presque impossibles les communications, mais qui donnent une grande vigueur à la végétation. La sécheresse de l'été prête à tout le pays un aspect désolé, et tarit quelquefois jusqu'aux sources, Comme les saisons , le jour et la nuit offrent une température toute différente ; ces variations endurcissent les habitants, mais les exposent à de fréquentes maladies. L'agriculture est assez négligée; toutefois la population est si clair-semée qu'elle a en abondance les choses nécessaires à la vie. Les riches pâturages des montagnes et des vallées nourrissent de nombreux troupeaux de moutons et de bœnfs, dont une partie s’exporte. Les autres articles d'exportation sont les grains, le vin, le fer, le minerai exploité dans les montagnes, le bois, le miel, la cire, le poisson, le gibier.
La province est gouvernée par le beglerbeg de Roumélie, qui a sous lui les quatre sandjaks de Sophie, Nicopoli, Silistrie et Widdin. Le chef-lieu est Sophieou Triaditza. Les autres villes importantes sous le point de vue militaire sont Silistrie, Routschouk, Varna, Schoumla, Bourgas, Widdin, Nicopoli, qui défendent le petit nombre de points par où l'on peut pénétrer dans ce pays, théâtre de guerres san-glantes depuis le temps des Romains jusqu’à nos jours.
La Boulgarie était autrefois habitée par les Mœæsiens, qui lui donnèrent son ancien nom de Mœæsie. Longtemps ils luttèrent avec succès contre les Romains , ef plus tard, ligués avec les Goths et les Slaves, ils défendirent leur liberté contre les empereurs grecs. Pour garantir ses États contre leurs incursions, qu’ils poussaient jusqu’à Constantinople, l’empereur Anastase fit élever une grande muraille en 507. À leur tour, les Mæœsiens durent fuir devant les Boulgares, au septième siècle. Ces derniers, d’origine finnoise, s’avancèrent des bords du Wolga, où ils s'étaient établie, vers l’occident, tombèrentsous la domination des Avares, secouèrent leur joug en 635, et fondèrent le royaume de Boulgarie, qui s'étendait du Don et du Dniéper jusqu’au Danube. Les Boulgares finnois se mêlèrent peu à peu aux peuplades slaves établies dans la Mæsie et la Dacie depuis la grande migration des peuples ; dès l'an 800 ils avaient perdu leur nationalité et adopté la langue et les mœurs des Slaves, ne conservant que leur nom. Gouvernés par leurs propres rois, sous la protection des empereurs grecs depuis 1018, ils s’aperçurent bientôt que l’Empire avait plus besoin de protection que la Boulgarie, et dès 1185 leur roi, Asan, rompit toute relation avec Constantinople. Ce fut un malheur pour le pays ; car les rois de Hongrie prétendirent alors en, être les suzerains. Une longue guerre dépeupla la Boulgarie, qui ne put résister aux Turcs, et perdit son indépendanceen 1392. Quoique des guerres continuelles aient fort diminué la population, on y compte encore trois millions d'habitants.
Les Boulgares n’habitent pas seulement l’ancienne Mœsie, la Thrace et la Macédoine ; ils occupent encore la partie méridionale de la Bessarabie russe. Quelques-unes des colonies qu’ils avaient fondées subsistent encore dispersées dans le midi de la Russie, la Moldavie, la Valachie, et même. la Hongrie méridionale. Le peuple gémit sous la plus dure oppression, et dans ces derniers temps ses souffrances onf
réveillé en lui le sentiment de la nationalité et de la liberté.
Depuis 866 la majorité des Boulgares professe les doctrines de l'Église grecque, dont l'administration est entre les wains d’un patriarche et de trois archevêques.
Langue.et littérature.
La langue boulgare est un dialecte de la langue slave; elle appartient à la grande famille des langues orientales , et a de l’analogie avec les langues russe et illyro-serbe. Des deux dialectes dont elle se compose, le vieux boulgare est la langue des livres saints pour l’Église slavo-grecque, et à ce titre elle ne s’est pas seulement propagée dans ‘tous les pays riverains du Danube, jusqu’en Servie et en Dalmatie, mais encore dans la Grande Moravie, et jusqu’en Bohême (dans le couvent qui s'élève sur les bords de la Sazawa), et en Pologne (à Cracovie).
Sous le rapport de la formation et des inversions, elle est la plus riche du dialecte slave, et réunit si bien tous les avantages particuliers aux autres dialectes, que.ceux-ci ne semblent plus en être que des débris. La littérature du vieux boulgare (voyez l’article CyriLLIENNE [littérature ]) est la plus antique des littératures slaves, et a été autrefois enrichie par presque toutes les peuplades slaves. Beaucoup de documents précieux sur cette littérature sont enfouis dans les bibliothèques des couvents; parmi les plus importants et les plus connus, on doit citer les travaux de Jean, exarque de Boulgarie, qui vécut dans le dixième siècle, composa une grammaire grecque et fit des extraits de Jean Chrysorhoas de Damas; le Nomocanon ou Kormtschaja Kniga , traduction du grec remontant en partie au neuvième siècle et contenant un recueil de toutes les règles des saints et des Pères de l’Église, sur leqnel le baron Rosenkampf a publié des éclaircissements critiques ( Moscou, 1829), etc. Le nouveau boulgare n'apparut qu’à la suite de la chute de l'empire boulgare , en 1392, au milieu des orages et des tempêtes politiques qui désolèrent la Boulgarie, Toutes lés langues voisines, mais surtout la valaque et l’albanaise, exercèrent sur ce dialecte la plus délétère influence, et lui imprimèrent une forme dans laquelle ne ‘se retrouve presque plus la moindre trace de l’idiome parlé par saint Cyrille. Comme le valaque et l’albanais, il a un article, mais qui se place après le nom ; des sept cas slaves, il n’a conservé que le nominatif et le vocatif; les autres sont indiqués par des prépo gitions. La conjugaison y est aussi incomplète qu’imparfaite.
Il n’existe point encore, à proprement dire , de littérature dans le nouveau boulgare, car on ne peut considérer comme telle un petit nombre de traités religieux en usage dans la seule Russie. Si cette langue inculte offre quelque intérêt, c’est uniquement par ses chants populaires, qui ressemblent cependant beaucoup, et pour le fond et pour la forme, aux chants serbes. Czelakowsky en a publié un recueil dans ses Chants populaires de toutes les tribus slaves (3 vol., Prague, 1822-27). Depuis que Sofroni a publié, en 1806, le premier livre de piété écrit en langue boulgare, on a bien, à la vérité, vu paraître une trentaine d'ouvrages religieux ou élémentaires écrits dans ce dialecte, parmi lesquels nous citerons les Évangiles de Sapurow etun Traité d'Éducation, par Néofyt; mais tous avaient été imprimés à l'étranger, à Boukharest, à Belgrade, à Ofen, à Cracovie, à Constantinople, et surtout à Smyrne, où la Société Biblique anglaise a fait imprimer, en 1840 sa traduction du Nouveau Testament en boulgare, et où se publie depuis 1844 une revue mensuelle, intitulée Philologia. Odessa paraît destiné à devenir ke grand foyer du développement intellectuel des Boulgares, et Aprilow y publie depuis 1843 un recueil périodique intitulé : l'Étoile boulygare. 11 a paru des grammaires de la langue boulgare, par Néofyt (1835), Christaki (1836) et Wenelin (1837) en russe, et par C. Riggs, missionnaire américain à Smyrne, en anglais. On annonce aussi la prochaine publication &e dictionnaires par Néolyt et Stojanowiez.
BOULGARIE — BOULGARINE
BOULGARINE (Tuapnæus), l’un des plus célèbres écrivains russes contemporains , est né en 1789, en us nie, et fut, dès l’année 1798, élevé à l’école des cadets , « Saint- Pétersbourg, où sa mère avait été obligée de se 2e. fugier par suite du malheureux état auquel l'avait réduite l'issue de la lutte entreprise en Pologne sous les ordres de Kosciusko ; lutte à laquelle son mari avait pris part. Une fois à Saint-Pétersbourg, Boulgarine eut bientôt désappris sa langue maternelle; mais en revanche il fit de rapides progrès dans l’étude des sciences et des lettres. En 1805 il entra dans le régiment des hulans du grand-duc Constantin, et fit la campagne contre la France, puis celle de Finlande contre la Suède. Des circonstances particulières le déterminèrent alors à quitter le service russe, et il se rendit d’abord à Var- . sovie, puis en France, où il prit du service. En 1810 il faisait partie de l’armée d’Espagne. Grièvement blessé au début de la campagne de 1814, il fut fait prisonnier par les Prussiens; mais il ne tarda pas à être remis en liberté, et se rendit alors au quartier général de Napoléon, qui lui confia le commandement d’un détachement de volontaires.
A la chute de Napoléon, il vint se fixer à Varsovie, et écrivit en polonais , langue à tous les secrets de laquelle il s'était bientôt réinitié, plusieurs œuvres poétiques et humoristiques. Un voyage qu'il fit à quelque temps de là à Saint- Pétersbourg le détermina à se fixer en Russie, Renonçant alors complétement à sa nationalité, il se livra avec l’ardeur la plus vive à l’étude de la langue russe; travail dans lequel il fut puissamment secondé par son ami Gretsch, dans le journal duquel pärurent ses premiers essais, En 1823 il commença la publication des Archives du Nord, recueil d’abord exclusivement consacré à des travaux d’histoire, de géographie et de statistique, mais qui plus tard accueillit desarticles de littérature proprement dite.
Ses essais satiriques et humoristiques le mirent bien vite en réputation comme écrivain russe, En 1825 il entreprit avec Gretsch la publication de l’Abeille du Nord, et la même année il publia le premier almanach dramatique qu’on eût vu en Russie ; il était intitulé : Ruskaja Talija. Dans une édition complète de ses œuvres (Pétersbourg, 1827 ), il fit un choix de ses. meilleurs articles et contes. On y trouve aussi ses Souvenirs d'Espagne, qui parurent pour la première fois en 1823. Ses esquisses sont quelquefois, il est vrai, heureusement empruntées à la vie réelle ; mais il y a quelque chose de vieilli dans sa satire, et son coloris est plutôt éblouissant que vigoureux. De même ses descriptions pèchent trop souvent par le maniéré et ses caractères manquent d’individualité. Après avoir publié les Tableaux de la guerre de Turquie en 1828, il fit paraître son Zwan Wuishigin, ou le Gil-Blas russe ( Pétersbourg, 1829), qui a été traduit dans toutes les langues, puis la suite de cet ouvrage, Pierre Jwanowilch Wuishigin (1830)et enfin Rostaflef, ou La Russie en 1812. Dans ces trois ouvrages, son talent sans doute a pu prendre un essor plus élevé et tracer un vaste tableau des mœurs et du caractère du peuple russe ; mais son impuissance à comprendre ce que la vie russe a d’intime et de particulier s’y trahit encore. Dans les deux romans qu'il fit paraître ensuite, Démétrius et Maseppa, les caractères sont infiniment mieux saisis et développés, et il s’y sert en même temps avec habileté de l'élément historique, Cependant ils ne satisfont guère mieux que leurs devanciers les idées qu'on se fait du roman dans le reste de VEurope; et ils répondent peu au goût du publie russe. à
Indépendamment de l’Abeille du Nord, Boulgarine publia encore quelques autres recueils périodiques, tels que Le Daguerréotype et les Moucherons. C'est de tous points un écrivain habile; sa critique est incisive et assez souvent même passionnée, quand sa vanité blessée s'en mêle, 1] a encore publié {a Russie sous les rapports historique,
BOULGARINE — BOULLANGER
statistique, géographique et littéraire (Riga, 1839-1841, 3 vol. in-8°), et ses propres Mémoires (Saint-Pétersboury, 1846-1850, 3 vol.), son meilleur ouvrage. — Cet écrivain est mort le 13 septembre 1859, près de Dorpat.
BOULIMIE, besoin impérieux de prendre une grande quantité d'aliments, On dit aussi faim canine : dans le langage familier, cette dernière expression, comme le mot fringale, ne désigne qu'une très-grande faim purement accidentelle et n'ayant qne passagèrement l'apparence de l'affection morbide qui fait le sujet de cet article.
La boulimie reconnait différentes causes : tantôt elle est liée à un état nerveux particulier de l'estomac, et on voit alors le malade se gorger d’aliments qu’il est bientôt contraint de rejeter ; tantôt elle n’est que le symptôme d’une autre maladie (le plus ordinairement lhystérie ou la chlorose); quelquefois elle caractérise la présence d’un tænia dans le tube digestif, ou encore, chez la femme, le commencement de la grossesse; quelquefois aussi elle survient dans des maladies qui ne laissent aucun espoir de guérison, comme le montrent des phthisiques, qui, arrivés au dernier terme de la consomption, demandent des aliments à grands cris et les mangent avec avidité la veille même de leur mort. La boulimie peut tenir encore à un vice organique : ainsi, à l’autopsie d’un homme mort en proie à cette affection, on a constaté l’absence de la vésicule du fiel, en sorte que la bile devait être versée continuellement dans le duodenum. La boulimie est surtout fréquente dans ces irritations de l’estomac et des intestins qu’on ne considère généralement pas comme graves, mais qui, bien que n’excitant pas de fièvre, entretiennent un état valétudinaire. Ces affections très-communes, seulement accompagnées de malaise, d’étouffement, de constipation, de morosité, se compliquent ordinairement d’une sensation pénible analogue à la faim, et qu’on appelle vulgairement besoin d'estomac. Les personnes qui éprouvent cette nuance de la boulimie mangent souvent et sans ressentir le bien-être qui résulte de la satisfaction d’un besoin réel ; les aliments aggravent même leur malaise.
La boulimie n’est:donc pas cause, mais seulement effet de diverses maladies. Cependant, c’est encore une altération de la santé à laquelle les personnes étrangères à la médecine prétendent remédier, dirigées par deux opinions bien plus dangereuses encore que l'ignorance : l’une qui attribue la boulimie à une faiblesse de l'estomac, l’autre qui æonsidère cette affection comme purement nerveuse. Ces deux opinions induisent à traiter la boulimie à l’aide de substances stimulantes, telles que les vins généreux, le café, les amers , les eaux minérales, les oxydes de fer, Le cachou, l’éther, etc. On ne saurait croire combien ces traitements échauffants font de victimes. Aussi conseillerons-nous d’eraployer seulement les moyens rafraîchissants en attendant qu’on invoque le secours d’un médecin. Au lieu de faire usage de substances excitantes, plus propres à irriter les nerfs qu’à les calmer, les personnes atteintes de boulimie trouveront un avantage réel à se nourrir d’aliments légers, tels que des viandes blanches, des légumes doux, des (écules; à se priver de vin pur; à refroidir souvent l’ectomac avec de l’eau plus ou moins froide , qu’on prendra par cuillerée, ou mieux avec un chalumeau. Si ces moyens ne procurent point la guérison prompte et complète des maladies qui causent la boulimie, du moins ils ne les aggraveront pas ; dans un grand nombre de cas ils amenderont un état souvent très-pénible; ils n’anéantiront pas les ressources de l'art, celles de la nature, comme aussi celles du temps, -qui peut guérir les malades qu’il ne tue pas.
BOULINE. On appelle ainsi, en termes de marine, la corde qui sert à tendre et à effacer la voile de telle sorte que la route faite par le navire se rapproche le plus possible de la direction du vent.
Faire courir la bouline était un châtiment usité à bord es bâtiments de guerre. On faisait ranger l'équipage sur deux
DICT. DE LA CONYERS. — T. III
haies, entre lesquelles le coupable, nu depuis la tête jusqu’à la ceinture, était ubligé de passer, et recevait de chaque homme un coup de garcette sur le dos. Nous ferons envisager ce genre de punition, aboli au reste depuis 1848, sous un double caractère : l’atrocité de la peine et la flétrissure qu’elle imprimait aux hommes qui y étaient condamnés, C'était un cruel spectacle que la marche du malheureux sous la volée des cordes qui tombaient alternativement et en cadence régulière sur son dos : il recevait ordinairement les premiers coups avec une sombre résignation; le sentiment de la honte, de l’indignation et de la rage dominait en lui le sentiment de la douleur ; mais quand chaque coup laissait sur ses reins une trace noire, quand la peau se déchirait, que le sang ruisselait, la douleur alors devenait si accablante que souvent la victime tombait sur les genoux avant d’avoir parcouru toute la carrière de son supplice.
Autrefois, les matelots français recevaient la punition de la corde comme les malfaiteurs en Russie celle du knout : la douleur passée, tout était oublié. Mais depuis que la révolution de 1789 avait commencé à introduire de nouvelles idées dans les esprits, on regardait les coups de corde comme une punition dégradante. Les officiers ne l’appliquaient même que rarement lorsque la révolution de 1848 est venue la rayer à jamais du code maritime.
BOULINGRIN, terme de jardinage, imité de l’anglais bowling green, jeu de boule en gazon. Les boulingrins sont en effet des parties de terrain légèrement baissées et en- {ourées de glacis semblables à ceux qui terminent les jeux de boule, afin d'empêcher les boules de sortir. La forme de ces renfoncements et des glacis qui les accompagnent varie suivant le gont de l’ordonnateur du jardin et les circonstances du terrain. Souvent leur superficie est coupée par de petits sentiers sablés, ou bien ornée de plates-bandes de fleurs et d’arbustes formant des compartiments. Cette nature de bouïingrins se nomme coupés, par opposition aux boulingrins simples, qui sont fout en gazon.
Il y avait autrefois un boulingrin célèbre à Saint-Germain ; il en existe encore deux dans le jardin de Saint-Cloud, entre la grande cascade et la Seine.
BOULLANGER ( Anpré), plus connu sous le nom de Petit père André, né à Paris, en 1577, et mort dans la même ville le 21 septembre 1657, à l’âge de quatre-vingts ans, était d’une famille honorablement connue dans la magistrature. Entré de bonne heure dans l’ordre des Augustins réformés, il se fit un nom dans l’art de la charre, que les grands prédicateurs du siècle de Louis XIV n’avaient pas encore portée au degré de gloire où il s’est arrêté depuis. Son style se ressentait donc un peu de ces formes, ordinairement plus triviales que naïves, dont les Menot et les Maillard ont laissé des exemples nombreux. 11 mélait quelquefois des plaisanteries mondaïnes à la morale évangélique, et les comparaisons les plus communes aux grandes vérités du christianisme. On a signalé surtout, dans ce genre, la comparaison des quatre docteurs de l’église latine avec les quatre rois du jeu de cartes : saint Augustin, selon lui, était le roi de cœur par sa grande charité, sant Ambroise le roi de trèfle par les fleurs de son éloquence, saint Jerôme le roi de pique par son style mordant , et saint Grégoire le Grand le roi de carreau par son peu d’élévation. Mettant de côté le peu de convenance et quelquefois même de justesse de ces espèces de comparaisons, surtout dans la bouche d’un ministre du Dieu de vérité, nous devons faire la part de Pesprit qui régnait encore au siècle où vivait le Petit père André, et reconnaître que les moyens oratoires qu'il em ployait, et qui seraient regardés aujourd’hui comme de trèsmauvais goût, avaient une espèce d’à-propos et d'utilité, pulksqu’ils disposaient les esprits à l'entendre ; et c’est bien injustement, selon nous, que le commentateur de Boileau (Brossette ) en a pris l’occasion de prêter à cé prédicateur populaire tant de contes ridicules, Du reste, la conduite du
Petit père André fut irréprochable. On n'a conservé de lui que lOraison funèbre de Marie de Lorraine, abbesse de Chelles. La eine mère se plaisait à ses sermons, et le grand Conde gvûtait sa manière de précher.
BOULLIAUD (Isuarz), et non Bouillaud, né le 28 septembre 1605, à Loudun, mort à Paris, le 25 novembre 1694, à l’âge de quatre-vingt neuf ans, à l’abbaye de Saint-Victor, où il s'était retiré depuis 1689. Ce savant, né calviniste , s'était converti au catholicisme à vingt et un ans, et à vingt-cinq avait reçu l’ordre de prêtrise. fl s’appliqua fortement à l'étude de ka théologie, de l’histoire sacrée el profane, et principalement aux mathématiques et à l'astronomie, Après avoir été attaché successivement à Dupuy, garde de la bibliothèque du roi, et au président de Thou, qu’il suivit et seconda dans son ambassade en Hollande, il voyagea en Ilalie, en Allemagne, en Pologne et au Levant. Parfaitement accueilli par la reine de Pologne, Louise-Marie de Gonzague, il reçut de cette prineesse un présent considérable, et depuis entretint avec elle, par l'intermédiaire de son secrétaire Desnoyers, une correspondance retrouvée à Lyon par l’abbé Mercier de Saint-Léger, et que l’on corserve , en 5 volumes manuscrits, à la Bibliothèque Impériale.
C’est surtout comme mathématicien et astronome que Boulliaud s’est distingué. Nous citerons parmi ses ouvrages : 1° De Natura Lucis Liber (Paris, 1638, in-8°); 2° Philolaus, seu de vero systemate mundi ( Amsterdam, 1639, in-4°); 2° Theonis Smyrnæi Mathematica : le texte grec est accompagné d’une traduction latine et de notes par Boulliaud; 4° Astronomia Philolaica, etc. (Paris, 1645, in-f°): si l'en en croit le père Nicéron, le mouvement des planètes est fort bien expliqué dans cet ouvrage; 5° Astronomix Philolaicæ Fundamenta explicata et asserta adversus Selhi Wardi impugnationem, etc., etc.
Delambre reproche à Boulliaud d’avoir méconnu l’importance des lois de Kepler et dénaturé les idées de ce beau génie. Il loue cependant le mathématicien français d’avoir défendu avec constance le mouvement de la terre , qui avait encore de nombreux adversaires, même parmi les astronomes, et d’avoir seul jusqu’à présent donné une explication raisonnable du phénomène du changement de lumière observé dans quelques étoiles, par une révolution sur leur axe, qui nous montre successivement des parties obscures ou lumineuses. II signale aussi comme singulière l’idée émise par Boulliaud , dans son traité Sur la Nature de la Lumière, que celle-ci est une moyenne proportionnelle entre les substances corporelles et les substances incorporelles. Newton rendait plus de justice que Delambre au mérite de Boulliaud , à qui, en répondant aux critiques de Hooke, il attribuait la loi du carré des distances, comme à Borelli celle du mouvement elliptique produit par l'attraction.
Parmi les ouvrages de Bouiliaud étrangers aux sciences exactes, il faut citer deux dissertations composées en 1649 et 1651, en faveur des Églises de Portugal, à l’occasion des différends survenus entre la cour de Rome et le roi Jean IV. Elles furent mises à l'index. Nous citerons encore parmi les travaux de ce savant la publication au Louvre, in-P, de l'Histoire Byzantine de Ducas, en grec, avec une version latine et des notes de sa composition ; un Catalogue en 2 vol. in-8° de La bibliothèque de Thou (1679), et deux lettres sur la mort de Gassendi à Albert Portner, imprimées dans un recueil intitulé : Lessus mortualis, etc. Boulliaud était un ge ces hommes dont la grande réputation ne diminue point la modestie, AUBERT DE Viry,
BOULLONGNE. Plusieurs peintres français ont portéce nom. Le premier qui nous soit connu est Louis BOULLONGNE, né en 1609, .mort en 1674. Peintre du roi et membre de l’Académie, il exécuta plusieurs tableaux pour la cathédrale de Paris,
Mais celui qui jeta le plus d'illustration sur sa famille fut Bon BouiLoncne, son fils, Né à Paris en 1649, il mourut le