BOULOGNE — BOULONNAIS
La ville possède dans le hois des pépinières et des serres pour la multiplication des fleurs qu'elle emploie à la décoration des jardins publics, ainsi que de vastes glacières. :
Le bois de Boulogne a été presque entièrement détruit d'un côté par les travaux de défense qu'exigeait le siége de Paris, de l'autre par les nombreux combats que s'y livrerent en 1871 les fédérés et l'armée de Versailles. A la fin de septembre 1870 on abattit un grand nombre d'arbres, on tua à coups de fusil les cygnes et les canards des lacs ainsi que les chevreuils et les biches parqués dans les bois. « Par intervalle, racontait un journaliste, un abattis d'arbres, qui mêlait l’image de la dévastation et de la mort aux idées de civilisation élégante qu'évoquait de toutes parts l'aspect de ces lieux charmants. Les troncs élaient reliés l’un à l’autre par d’invisibles fils de fer, qui formaient un inextricable réseau, où les pieds s'embarrassaient aisément et trébuchaient. A mesure que nous avancions du côté des remparts nous rencontrions des bücherons et des soldats armés de haches, et nous entendions les coups sourds du fer sur les troncs qui pliaient et tombaient avec un bruit de bois qui se déchire. Nous eûmes en voyant mourir ce bois, qu'on appelait si justement Le bois, le bois par excellence, comme un funèbre pressentiment de la grande ville disparue. » Grâce aux efforts de l’administra- {on municipale le bois a repris à peu près sa physionomie d'autrefois ; de brillantes courses de chevaux y ont eu lieu en juin 1872, et le Jardin d’acclimatation a été rouvert.
BOULOGNE (ETIENNE-ANTOINE ), évêque de Troyes, archevêque élu de Vienne, pair de France, était néà Avignon , le 26 décembre 1747. Fils d’un tailleur, il reçut son éducation élémentaire chez les Frères, qui lui procurèrent les moyens de compléter ses études. En 1773 il remporta le prix d’éloquence proposé par l'académie de Montauban sur ce sujet : Z/ n’y a pas de meilleur garant de la probité que la religion. Venu à Paris en 1774, il ne tarda pas à se faire remarquer par son talent pour la prédication ; mais des rapports obscurs sur ses mœurs le firent interdire par l'archevêque, M. de Beaumont, en 1778. L'année suivante, il remporta un prix pour l'éloge du Dauphin, père de Louis X VI. Malgré ce succès, avant de lever l’interdit, l’archevèque exigea que l’abbé fit une retraite à Saint-Lazare, d’où il ne sortit qu’à la mort du prélat.
Grand-vicaire de Châlons-sur-Marne, puis chanoine et archidiacre, Boulogne prononça en 1782 le Panégyrique de saint Louis devant les Académies, puis il précha devant la cour et devant l'assemblée du clergé. Caché dans une maison de santé de Gentilly après le 10 août 1792, et pendant les massacres de septembre, l'abbé Boulogne fut ensuite arrêté trois fois; il obtint enfin sa liberté le 7 novembre 1794. I1se mit alors à continuer les Annales Religieuses, qui s’appelèrent successivement Annales Catholiques, Annales Philosophiques, Annales Littéraires et Morales, etc. Ce journal fut supprimé après le 18 fructidor, et le rédacteur n’échappa à la déportation qu’en se cachant. Les Annales reparurentaprès le 18 brumaire, et cessèrent à la fin de 1801. Boulogne travailla alors à /a Gazette de France, à l'Europe Liltéraire, au Journal des Débats. Après le concordat, il fut nommé grand-vicaire de Versailles, et recommença ses prédications à Paris. En 1803 il reprit son journal, auquel il cessa de travailler en 1807. 11 y avait traité peu favorablement le Génie du Christianisme de Chateaubriand.
Déjà chapelain de l’empereur, il fut nommé, en 1807, évêque d’Acqui en Piémont; mais il refusa d’aller dans un pays dont il ignorait la langue. Appelé l’année suivante à l’évêché de Troyes, il prononça bon nombre de discours flatteurs pour Napoléon; mais la harangue qu’il fit à l'ouverture du concile convoqué à Paris en 1811, et dont le sujet était l'influence de La religion sur La destinée des empires, déplut au grand homme. Le concile fut dissous, et en 1812
l’évêque de Troyes se vit arrêté avec les évêques de Gand et de Tournay. On les enferma au donjon de Vincennes, où ilg furent mis au secret. Ils n’obtinrent leur liberté qu’en donnant leur démission. L'évéque de Troyes eut ordre d’aller résider à Falaise. Un décret impérial lui donna un successeur en 1813, ce qui causa un schisme parmi le clergé du diocèse ; ayant refusé de souscrire une déclaration portant qu’il n’était plus évêque de Troyes, il fut ramenéà Vincennes, puis conduit à la prison de la Force. L'entrée des alliés à Paris lui rendit son siége épiscopal. Il prêcha aussitôt devant Louis XVIII, et s’en retourna à Troyes. Pendant les Cent- Jours il se tint caché à Vaugirard , et parmi les discours qu’il prononça l'hiver suivant on distingua celui qui roulait sur ce sujet : La France veul son Dieu; la France veut son roi! D'après l'invitation qui en fut faite à tous les évêques, il se démit de son siége; mais le pape désapprouva cette démarche, et Boulogne demeura à Troyes, quoiqu'il eût été nommé archevêque de Vienne en 1817, par suite du concordat conclu cette année-là, mais qui ne fut pas exécuté.
Appelé à la chambre des pairs en 1823, il y défendit la cause de la religion et surtout les intérêts du clergé, En 1825 il reçut du pape Pautorisation de porter le pallium et le titre d'archevèque-évêque; mais il mourut le 13 mai de la même année, Ses œuvres complètes ont été imprimé:s après sa mort (1826 et suiv. ).
BOULONNAIS. Ce pays, qui a aussi porté le nom de comté de Boulogne, et qui se trouve aujourd’hui compris dans le département du Pas-de-Calais, faisait autrefois partie de la province de Picardie. Boulogne en était la capitale. A l’époque de la conquête des Gaules par César, il était habité par les Morini. Incorporé à la fin du quatrième siècle dans la deuxième Belgique, dont il formait le douzième diocèse , il devint après l’invasion des Francs une petite royauté, qui passa avec beaucoup d’autres de ce genre sous la domination de Clovis. Le Boulonnais suivit alors les destinées de la Neustrie, puis il fit partie du Ponthieu jusque vers le milieu du neuvième siècle. A cette époque, Helgaud I*, titulaire du comté de Ponthieu, en détacha le Boulonnais, et le donna comme dot de Berthe sa fille à Hernequin, neveu du comte de Flandre. Hernequin fut donc le premier comte de Boulogne ; il mourut en 882, et eut plusieurs successeurs, parmi lesquels Eustache III, frère aîné de GodefroideBouillon. A la mort d’Eustache IIJ, en 1125, ce comté passa à Étienne de Blois, depuis roi d’Angleterre, et à ses descendants. Puis, après avoir été transporté successivement par quatre héritières dans autant de mai-sons différentes, il devint la propriété du comte d'Auvergne Robert V (1267), dont l’arrière-petite-fille Jeanne, mariée en secondes noces à Jean le Bon, roi de France, le laissa à Philippe de Rouvres. Une autre Jeanne, petite-fille de ce dernier, légua les deux comtés d'Auvergne et de Boulogne à sa cousine Marie de Mongascon ; mais à sa mort ( 1422) Philippe le Bon, duc de Bourgogne , s'empara du comté de Boulogne, et le garda en vertu du traité d’Arras (1435). Charles le Téméraire, son fils, le posséda après lui. A la mort de ce prince, en 1477, Louis XI le reprit, et le rendit au petit-fils de Marie de Mongascon, Bertrand II, comte d'Auvergne, qui le lui céda l’année suivante, en échange du duché de Lauraguais. Louis XI imagina alors un expédient digne de lui pour laffranchir de la suzeraineté du comté d'Artois, dont il relevait. Ce fut de transporter, en verlu de son autorité royale, l'hommage de ce comté à la Vierge de Boulogne. Il déclara par lettres patentes la sainte Vierge seule souveraine du Boulonnais, et se reconnut son vassal par le relief d'un cœur d’or du poids de treize marcs, que lui et: ses successeurs lui payeraient à leur avénement au trône. El effectivement, tous les rois de France, jusques et y compris Louis XV, ont depuis fait acte de vasselage envers l'image de l’église de Boulogne, en se conformant aux pres criptions des lettres patentes de Louis XI.
La partie septentrionale de ce pays, avec les villes de Calais, Guines el Ardres , portait particulièrement le nom de Calaisis ou Pays Reconquis.
BOULTON (Marruew), célèbre constructeur de machines, naquit en 1728, à Birmingham, où son père, propriétaire d’une fabrique d’acier, avait acquis une grande fortune. Une excellente éducation l'avait admirablement préparé à la carrière qu’il devait suivre. Il était encore très-jeune lorsque, à la mort de son père, il dut prendre la direction de sa fabrique, aux travaux de laquelle il donna un vigoureux élan et qu’il accrut considérabiement en 1762, en la transférant sur des terrains qu’il acheta alors à Soho. En 1769 il s’associa avec James Watt pour fonder une manufacture de machines à vapeur, qui fut pendant longtemps en possession presque exclusive de fournir l’Europe de ses produits. Tous deux, par l’invention d’un nouveau balancier, contribuèrent singulièrement à améliorer la fabrication des monnaies. Plus tard ils fondèrent encore à Smetwick, et en société avec leurs fils, une fabrique dans laquelle ils apportèrent, au moyen de nouveaux procédés, de notables perfectionnements à la construction des machines à vapeur.
Entre autres inventions ingénieuses dont on est redevable à Boulton, nous devons mentionner ici un procédé mécanique qu'il indiqua dès l’année 1773 pour imiter à s'y méprendre les tableaux à l’huile. 11 mourut à Soho, le 17 août 1809. Sa longue vie avait été consacrée tout entière aux progrès des arts utiles et au développement des intérêts commerciaux de sa patrie. C'était un homme du caractère le plus noble et du commerce le plus agréable.
BOU-MAZA (S1-MonaAMMED-BEN-ABDALLAu, dit), c’est-à-dire le Père à La chèvre, surnom qui lui vient d’une
chèvre qu’il emmenait avec lui dans ses expéditions, et.
dont le lait devait, selon lui, nourrir tous les croyants qui le suivraient. Né vers 1820, au milieu des tribus qui habitent <ntre Tlemcen et Mascara, il s'était de bonne heure affilié à la secte religieuse des Huley Taïeb, secte très-répandue dans l’ouest de l'Algérie, et qui reconnait pour chef le chérif de <e nom membre de la famille impériale de Maroc.
Depuis la bataille d’Isly, Abd-el-Kader, réfugié dans le Maroc, perdait de son influence; et cependant les tribus ne supportaient qu'impatiemment le joug français. De grandes chaînes de montagnes avaient même encore à peine entrevu notre drapeau; des tribus entières se groupaient toujours près de l’émir, à qui l’empereur de Maroc, en dépit du traité conclu avec la France, laissait toute liberté, Un soulèvement se préparait. Bou-Maza en donna le signal dans le Dahra, où il vivait depuis trois ans de la vie austère des derviches. Convoquant un jour les Cheurfas, il leur déclare qu’il a entendu la voix d’en haut, qu’i: est le Muley Saa (maitre de l'heure) annoncé par les prédictions et envoyé pour exterminer les chrétiens. La foule le suit. 11 se déclare invulnérable, garantit le même privilége aux croyants irrépro- -chables, le ciel à ceux qui, moins purs, succomberont dans la lutte, des richesses à tous ceux qui auront combattu ou contribué au succès.
En peu de temps il a réuni frois ou quatre cents fantassins et autant de cavaliers. Tout le Dahra se soulève, et le 20 avril 1845 Bou-Maza attaque un camp de travailleurs sur la route de Tenez à Orléansville. Cette ville était menacée par l'insurrection de toute la vallée : une colonne sort de Mostaganem. Le chérif ne pouvant pas dès lors rester dans l'impasse formée par le bas Chélif et la mer, soulève l’Ouarensenis. Orléansville est attaquée par une foule de fanatiques, convaincus que son enceinte va s’écrouler à la voix du chérif, Cette attaque, repoussée sans peine, nécessite cependant le retour de la colonne lancée à sa poursuite,
Après cet échec la guerre fut reportée dans le Dahra. Le 31 mai la petite armée du sultan subit près de Tenez une nouvelle et sanglante défaite. Rebuté par le mauvais succès de ses rencontres avec nos troupes, Bou-Maza les