BOULONNAIS — BOU-MAZA
évita dès lors, et porta ses coups sur les tribus soumises ; mais le {1 juin le kalifa Sidi-Darribi l’atteignit chez les Beni- Zeroual, et extermina près de 300 de ses fantassins. Les colonnes de Mostaganem, d’Orléansville et de Tenez, imitant sa propre tactique, négligent un ennemi insaisissable, et font une guerre sans relàche aux tribus qui le soutiennent. Le chérif abandonne alors le champ de bataille, traverse le Chélif, et remonte rapidement la vallée de l’Oued-Riou, vivement pressé par notre agha Hadj-Ahmed, qui lui enlève son trésor, ses bagages et lui tue plusieurs cavaliers. Le bruit de sa mort se répand, et le pays recouvre une apparente tranquillité.
On était au 17 juillet 1845 ; l’agha Hadj-Ahmed, escorté par un goum nombreux et brillant, revenait de Mazouna, où il était allé chercher la fiancée de son fils, lorsqu’en face de lui se présente un goum semblable. L’agha croit reconnaître son collègue des Sbeha, qui vient lui faire honneur; il s’avance sans défiance en disposant sa troupe pour recevoir et rendre une fantasia, lorsque tout à coup la troupe opposée s’élance et décharge à bout portant ses armes sur le cortége. Tout se disperse , l’agha succombe après une résistance désespérée.
Bou-Maza révélait sa résurrection par celte audacieuse surprise. Le même jour il essayait de faire enlever l’agha des Sbebha, qui ne lui échappait, pour périr assassiné deux mois plus tard, qu’à force de courage et de vigueur. Toutefois cette nouvelle levée de boucliers présenta peu d'incidents remarquables. Les tribus étaient fatiguées, les colonnes de Mostaganem et d'Orléansville faisaient au chérif une poursuite continuelle, Bou-Maza, après s'être caché quelque temps dans le Dabra, finit par aller chercher une retraite plus sûre chez les Cheurfas des Flittas, et ne fit plus sur la rive droite du Chélif que de rares apparitions. On vit alors paraître dans diverses parties de l'Algérie différents agitateurs dont les tentatives furent assez facilement réprimées, mais auxquels la rumeur publique chez les Arabes, par calcul peut-être et pour nous induire en erreur, se plut à assigner le surnom uniforme de Bou-Maza. Plusieurs furent pris ou livrés, et payèrent de leur vie leurs folles entreprises.
Cependant une tempête plus sérieuse se préparait : des frontières du Maroc l’émir Abd-el-Kader avait préparé une insurrection qui devait éclater simultanément dans tout l’ouest de Algérie. Le pays était inondé de ses lettres. Bou- Maza, sans accepter la suprématie de l’émir, était d'accord avec lui pour engager la lutte contre nous, sauf à lui disputer plus tard le prix de la victoire. Le 21 septembre, au moment où Abd-el-Kader franchissait la frontière pour assaillir à Sidi-Brahim le téméraire lieutenant-colonel de Montagnac, le général de Bourjolly essuyait dans les défilés des Flittas une attaque furieuse, renouvelée encore avec plus d’ardeur le lendemain, et dans laquelle succombaient deux de nos plus braves officiers supérieurs, le lieutenant-colonel Berthier et le chef de bataillon Clère. Bou-Maza accomplissait une seconde résurrection. A la suite de ces deux combats, la colonne de Mostaganem fut réduite à la défensive derrière la basse Mina. Bou-Maza put un jour se porter jusque dans les jardins de Mostaganem, qui ne fut préservé de malheurs sérieux que par l’audace de son commandant supérieur.
11 domina pendant quelque temps presque sans opposition dans tout le pays des Flittas et dans le Dahra, non sans expier toutefois de temps à autre par d’assez rudes échecs la témérité de ses entreprises. On recommença patiemment à poursuivre et à réduire une à une les tribus révoltées. De bons résultats ne tardèrent pas à récompenser la persévérance denos généraux et de nos troupes. Le chérif, battu dans toutes les rencontres, fut abandonné successivement par tous ses partisans, et réduit à un petit nombre de cavaliers. Aiteint le 29 janvier 1846, près de Tadjena, par le lieutenantcolonel Canrobert, il vit périr son principal appui, Ben-