‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 350 sur 527 · BOU-MAZA — BOUQUET · texte numérisé non relu

BOU-MAZA — BOUQUET

Hini, caïd des Beni-Hidjas, et le lendemain une bonne partie de ses fantassins fut sabrée par nos chasseurs. Le 15 mars cependant il avait réussi à relever le courage des Beni-Zeroual et autres tribus du bas Dahra, et tenait de nouveau la campagne avec trois ou quatre cents cavaliers et autant de fantassins. Atteint sur l’Oued-Ksa par le colonel Saint- Arnaud, ses troupes furent dispersées, et lui-même fut blessé dans ce combat d’une balle qui lui fit perdre presque entièrement l'usage d'un bras, et qui le mit pour longtemps hors de combat. Le 24 avril il vit périr son lieutenant Ben- Naka, qui le suppléait depuis sa blessure. [1 fallut se résigner à la fuite. Couché sur un mulet, dont les mouvements occasionnaient de cruelles douleurs à son bras brisé, Bou-Maza traversa furtivement le Chélif, et rejoignit dans l’Ouarensenis le kalifa El-Hadj-Seghrir; puis tous deux, trompant par une fausse nouvelle notre agha des Flittas, gagnèrent la vallée de l’'Oued-el-That, sortirent du Tell aux environs de Frendab, et rejoignirent enfin l’émir à Stittema pour le suivre à la déira.

La mésintelligence éclata bientôt entre les deux sultans déchus ; sauvé des embüches que lui tendait son rival, et rejoint à grand’ peine par quinze de ses plus fidèles cavaliers, Bou- Maza à partir des premiers jours de novembre parcourut toutes les tribus du petit désert; il soutint chez les Ouled Djellal, le 10 janvier 1847, un combat meurtrier contre la colonne du général Herbillon; enfin, déçu dans toutes ses espérances, échappé avec peine à l'attaque inopinée du lieutenant Marguerie près de Teniet-el-Had, il vint se remettre, le 13 avril, aux mains de son plus constant adversaire, le colonel Saint-Arnaud.

Amené bientôt en France, il fut interné à Paris. Le ministre de la guerre lui fit une pension de 15,000 francs, et loua pour lui un appartement aux Champs-Élysées. C’est là que Bou-Maza se lia avec la princesse Belgiojoso, une trèsgrande dame ma foi! qui se chargea de son éducation, en même temps qu’un officier était placé auprès de lui pour le former à nos idées de civilisation ; et il fut décidément alors le lion du jour.

Après avoir subi quelques opérations douloureuses, car son bras le faisait toujours souffrir, Bou-Maza fut bientôt initié à nos mœurs et à notre langue. On pensa même un moment à lui donner le commandement d’un corps indigène en Afrique; mais l'opinion se révolta contre l’idée de faire obéir un seul de nos officiers à cet aventurier, qui n'avait déployé dans sa carrière militaire que lastuce d’un jongleur et la pertidie d’un chef de brigands, qui avait fait couper par morceaux une petite fille de sept ans trouvée dans une tente par les Arabes à l’attaque du camp des Gouges, brûler vifs onze malheureux soldats tombés entre les mains des Kabyles à l'affaire des Ouled-Jounès, et dépecer le corps mutilé du chef du bureau arabe de Tenez, afin que ces tristes débris promenés de montagne en montayne excitassent l’ardeur des révoltes,

Dans la nuit du 23 février 1848, Bou-Maza, profitant des événements , s'enfuit mystérieusement de Paris; mais il fut reconnu et arrêté à Brest. Alors il écrivit au ministre de la guerre pour le prier de faire venir auprès de lui sa femme, qui se trouvait à Orléansville. Le gouvernement provisoire, inquiet de la situation de notre colonie, et craignant avec raison que la présence de Bou-Maza en Algérie n’y devint une cause de trouble, crut devoir s'assurer de sa personne, et le fitrenfermer au fort de Ham, De nouveaux Bou- Maza parurent encore en effet en Afrique, Tous payèrent de leur vie leurs tentatives d’insurrection.

Lorsque le président de la république alla visiter le chAteau de Ham, le 22 juillet 1849, il ordonna la mise en liberté de Bou-Maza, qui dut continuer cependant à habiter cette ville, avec une forte pension du gouvernement, Libre d'en sortir en 1852 il se trouvait à Villers-Cotterets lorsqu'il obtint de prendre part à la guerre d'Orient à Ja

tête d’un corps de bachi-bouzouks et avec le litre de colonel. Depuis cette époque il a continué de servir dans l'armée ottomane.

BOUMERANG ou Boomerang, armé de jet dont se servent à la chasse ou à la guerre les indigènes de l’Australie, C’est un morceau de bois, légèrement recourbé, arrondi aux deux bouts et dont la courbure forme au centre un angle très-ouvert, ce qui lui donne l'aspect d’un arc sans corde; il est plat d’un côté, bombé de Pautre; les bords en sont émoussés; sa largeur est d'environ 6 centimètres, son épaisseur atteint un centimètre à peine, et il est long de plus d’un demi-mètre, Le bois dont on le fait est dur et pesant, et on le durcit encore en l'exposant au feu, L'emploi de cette arme singulière consiste dans la manière de la lancer. L'Australien saisit le boumerang par un des bouts en tournant en bas la face bombée, et en haut la face convexe, et le lance droit devant lui comme s'il visait un but quelconque à trente mètres de distance. Au lieu de s'élever avec vitesse, comme on devrait s’y attendre, puis de tomber en droite ligne à terre, l’arme monte lentement, en tournoyant sans cesse et en décrivant une ligne parabolique jusqu’à ce qu’elle atteigne une hauteur considérable ; puis elle commence à rétrograder, revient en tournoyant vers celui qui la lancée, et finit par tomber derrière lui. Ce mouvement extraordinaire est produit par la courbure du projectile. Mais il n’en faut pas moins une main exercée pour savoir proportionner la force du coup a la distance du but, car le boumerang pourrait en revenant blesser ou tuer celui qui l'aurait maladroïtement envoyé. Les indigènes font avec ce morceau de bois de véritables prodiges d'adresse, et ils atteignent jusqu'à de petits oiseaux cachés dans les buissons ou le feuillage des grands arbres. P. Louisy.

BOUQUER, vieux mot, dérivé du latin bucca,bonche, ne se dit au propre que de l’action d’un singe qu’on forc à baiser quelque chose qu'on lui présente,

En termes de chasseur, faire bouquer un renard, c’est le fawesortir de son terrier, en lançant deschiens à sa poursuite.

Les marins emploient aussi le mot bouqguer pour dire se rebuter d'un travail long et fatigant, ou se rebuter de la monotonie des vivres, voir passer son appétit.

BOUQUET. L’acception de ce mot s’est rétrécie graduellement ; il désigna d’abord un pefit bois, puis tout simp'ement un groupe d'arbres, puis enfin, plus coquet, plus mignon, le mot bouquet, tout frais, tout parfumé, servit à indiquer un assemblage de fleurs. Maintenant encore nous appelons bouquet d'arbres quelques arbres réunis, et les Italiens nomment un bouquet boschetto (petit bois).

Le bouquet, se mélant aux différents usages des peuples, s’est associé à presque toutes les époques de la vie, comme pour la rendre plus riante. Nous devons placer au premier rang le bouquet de mariée. Une demi-couronne de fleurs d'oranger, appelée chapeau, et un bouquet semblable, forment la parure distinctive des mariées. Mais souvent la pauvre couronne est reléguée dans un petit coin de la coiffure, et s'aperçoit à peine au milieu du voile et de la guirlande. Le chapeau de fleurs d'oranger se place encore sur les cercueils des jeunes filles. Cet usage nous vient sans doute des Grecs, qui posaient des couronnes sur les tèles des cadavres; car chez eux la Mort était coquette et mettait des fleurs pour cacher ses ossements. Les bouquets servent encore à parer les tombes; nos cimetières ressemblent à de larges corbeilles de fleurs : il semble que tous les jours ce soit fête chez les morts.

Les bouquets ornent aussi les vases de l’église ; il semblait naturel de choisir les fleurs pour fêter Dieu : c’est le luxe de sa création, et leurs parfums semblent monter à lui avec la prière et l’encens. Mais les églises n’ont maintenant que des fleurs artificielles. Les autels n’ont plus de parfums, et des morceaux de batiste faillés par quelques pauvres ou-

vrières remplacent les bouquets naturels que Dieu lui-même a nuancés.

Toutes les femmes connaissent ces bouquets ronds et plats, ornés de beaux camélias , de cercles de violettes et de roses du Bengale, qu'on nomme bouquets à la duchesse. Ne serait-ce pas à la duchesse de Berr v qu'ils devraient leur nom? L'habitude qu’elle avait d’en tenir un à la main chaque fois qu’elle paraissait en public, et son goût pour les camélias n’autoriseraient-ils pas à le présumer?

Après tous ces bouquets, viennent encore ceux des marraines, ceux des fêtes dans leurs cornets de papier blanc. On en retrouve partout où il y a du plaisir, Ce n’est pas leur destination d’orner des cercueils et des tombes. Vivent les joyeux bouquets de noce, de bal et de fête! Les fleurs sont faites essentiellement pour le bonheur; elles sont fraîches et riantes comme lui, et se fanent aussi vite.

Anaïs SÉGALAS.

Les bouquets servent souvent aussi de messages d'amour, messages d'autant plus discrets que c’est le cadeau qui tire le moins à conséquence. On peut toujours accepter un bouquet. On en donne aux fêtes, aux bals; les femmes en portent même aux soirées, en voiture, à la promenade. Ils ornent la table d’un grand repas, l'appartement d’une femme comme il faut aussi bien que la mansarde d’une grisette. Les poètes en décorent leurs héroïnes.

Pour toi sa main d’albâtre et choisit et moissonne La pâle violette et la riche anémone,

Joint la fleur du narcisse aux parfums du muguet Et d’heureuses couleurs nuançant ton bouquet, Entrelace avec art et mollement oppose

L’hyacinte au pavot, les soucis à la rose, (T1ssoT.)

On fait aussi, tant pour l’ornement que pour la parure, des bouquets en fleurs artificielles, bouquets qu’un poëte appelle :

Des bouquets sans parfums, enfants de l’imposture,

En littérature on nomme encore bouquets de petites pièces de vers adressées à une personne le jour de sa fête.

De là sans doute aussi les noms de bouquet à Iris, bouquet à Chloris, bouquet à Philis, donnés à tout rondeau, chanson ou madrigal adressé à quelque beauté imaginaire. De tous les peuples modernes, ce sont les Français qui ont dépensé le plus d’esprit dans ce genre; mais il s’en faut qu'ils aient toujours été heureux. Les chansons des troubadours et des trouvères , pleines de recherche et d’affectation, ne eélèbrent que l'amour, maïs ne sont guère propres à l'inspirer, On devine trop en les lisant que leurs auteurs chantent pour chanter et n'aiment que pour rimer. Même chose advint plus tard, lors de la renaissance des lettres, sous François 1°, A l'exception de quelques traits plus naturels que passionnés, Marot et ses successeurs semblent toujours plaisanter de ce qu’ils éprouvent. Plus tard le génie espagnol, introduit en France par Anne d’Autriche, nous apprit à raffiner sur tous les sentiments, fit école à la ville “et à la-cour, et provoqua des avalanches de bouquets qu'on recueillait avec amour dans cet hôtel de Rambouillet où régnait Voiture, bel esprit souple et brillant, qui, admis, malgré sa naissance, auprès des grandes dames, ne s’occupait qu’à amuser leur esprit, n’osant viser plus haut.

Froidement ingénieux, ce langage, adopté par la mode, devint celui de tout le monde. Chacun dut soupirer par air, et les femmes accueillirent d’autant plus volontiers ce genre d'hommages que, en flattant leur vanité, il pouvait servir à cacher sous des sentiments feints un sentiment réel. On ferait une bibliothèque de tout le fatras poétique qui encombra alors les ruelles et le Parnasse sous le nom de bouquets. Après avoir longtemps fleuri, les bouquets à Iris passèrent äleur tour, remplacés par l’épitre badine et les petits vers des Dorat et des Pezay.

Parmi ces pièces de vers qui faisaient les délices d'une

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