BOUQUIN
chez les fripiers, chez les marchands de chiffons, voire même chez la beurrière et l’épicier, qui en font des cornets de papier : Aabent sua fala libelli.
De, bouquin est venu le verbe bouquiner, qui signifio chercher et acheter des bouquins, Aimer à bouquiner, s’'amuser à bouquiner, c'est passer son (temps à chercher dans les vieux livres pour en trouver de bons, à les parcourir, à les lire sur les étalages ou dans les échoppes des marchands. Il y a des curieux qui ne font toute leur vie que bouquiner. Puis de bouqguiner sont venus bouquineur el bouquiniste. Le bouquiniste est le vendeur de bouquins, le marchand de vieux livres; le bouquineur est celui qui en cherche, qui en achète. Le bouquineur arpente tous les jours, du matin au soir, les quatre coins de Paris pour déterrer les vieux livres; il visite les quais, les ponts, les boulevards, et de préférence les rues les plus sales et les plus étroites du centre de la capitale; il s'arrête partout, il entre partout où il aperçoit des livres noirs ou poudreux ; il bouleverse, il ramasse ceux qui sont étalés pêle-mêle dans la poussière ou dans k boue; il pénètre jusqu’au fond des plus sombres boutiques. C'est là qu’à force de peines et de recherches, il trouve des livres rares ou des volumes dépareillés qui lui complètent quelques ouvrages précieux. En tout cas, il n’y a pas loin du bouquineur aubibliomane, On le voit rentrer chez lui les poches pleines de ses acquisitions, qu’il entasse souvent pélé-mêle, et qu’il n’est pas toujours en état de retrouver.
11 y a aussi une autre classe de bouquineurs, qui achète rarement, et qui fait des quais et des ponts son cabinet de lecture ; fouillant dans tous les étalages, ces gens-là passent leurs journées à lire gratis les volumes du pauvre bouquiniste.
Si les bouquineurs font vivre les bouquinistes, on peut dire aussi que sans les bouquinistes il existerait peu de bouquins. C’est à leur zèle opiniâtre et assidu que les bibliothèques les plus précieuses doivent leur origine; c’est aux soins vigilants des bouquinistes et des bouquineurs que les sciences, les lettres et même la religion doivent la conservation d’une foule de livres rares et précieux que sans eux l'eau , le feu et les vers auraient détruits dès longtemps. On ne connaît pas assez les obligations que l’on a envers ces homunes dont la manie et Le fanatisme pour les vieux livres sont pour les gens du beau monde un objet de ridicule, de mépris et de dégoût.
Malheureusement, la race des uns ct des autres commence à s’éteîndre. Les plus fameux bouquineurs des temps modernes n'existent plus. 11 est mort depuis plus de soixante ans ce marquis de Méjanes qui, après avoir bouquiné dans toute la France, après avoir formé d’immenses dépôts de bouquins à Aix, à Arles, à Avignon et à Paris, en avait tellement encombrél’appartement qu’il occupait près de la place Vendème, que sa femme était obligée de passer avec peine à travers deux longues palissades de livres, pour aller se coucher dans une alcove de bouquins. Ces livres et ces bouquins précieux forment aujourd’hui la bibliothèque publique d’Aix, l’une des trois plus considérables de France après celles de Paris. Il est mort, ce bon et savant Boulard, qui avait renoncé à son étude de notaire, à toutes fonctions civiles, législatives et administratives, afin de se livrer à sa passion pour les bouquins ; qu’on ne rencontrait jamais sans qu'il en eût les poches pleines; qui les achetait en bloc, à tant la hotte, à tant la charretée, sans choix, sans examêén et sans compter, mais souvent aussi dans une intention bienfaisante. Forcé de donner congé à tous ses locataires, au fur et à mesure qu'il avait besoin de leurs boutiques et de leurs appartements pour y loger ses livres, il avait fini par en encombrer toute sa maison, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au grenier. Iest mort aussi, C.-M. Pillet, qu’on voyait chaque soir dans les ventes de livres acheter des lots de bouquins et de brochures, poussant les enchères, sans lever les yeux des épreuves de la Biographie universelle, quil corrigeait. Pour
satisfaire sa manie de bouquins, il se privait de vêtements et de nourriture. Courbé sous le faix, il revenait journellement, sans chapeau, ajouter son butin à celui qu’il avait entassé dans son galetas, et sous lequel son grabat était enseveli. Suivant ses dernières volontés, deux chargements complets de voitures de roulage ont porté ses livres et ses bouquins aux jésuites de Chambéri, sa patrie. Tous ces bouquineurs sont morts. M. Corbière, qui durant son ministère entrava ef vexa la presse moderne, comme l'ont fait au reste tous ses successeurs, n’encourageait que le commerce des bouquins, et donnait ses audiences du haut de léchelle d’où il arrangeait sur les rayons de sa bibliothèque ses Æ/zévirs etses Variorum.
Quant aux bouquinistes, il n’y en a plus, à proprement parler, à Paris depuis que des libraires instruits leur ont coupé les vivres en se mêlant de ce métier, en accaparant tous les vieux livres qu'ils rencontrent sur leur route, qui surgissent dans les ventes.publiques, et que les amateurs n’ont pas osé surenchérir. Les étalagistes qu’on veut bien encore appeler bouquinistes, et qui tapissent les boulevards, les quais et les carrefours, ne sont que des marchands de livres, achetant et revendant indistinc{ement le vieux et le neuf, sans connaître leurs marchandises, et presque sans savoir lire, à peu près comme s'ils vendaient des gâteaux de Nanterre, des allumettes, de l’amadou. Ils en savent tout juste assez pour faire la séparation de leurs brochures et de leurs bouquins, et pour les crier et afficher depuis deux ou quatre sous la pièce jusqu’à un franc,
BOURACAN, étoffe non croisée, espèce de camelot tissu de poil de chèvre, mais d’un grain beaucoup plus gros que celui du camelot ordinaire, qui sert à faire des manteaux pour se préserver de la pluie en voyage.
BOURBARKI (Cnanves-Denis-Sorer), général français, né le 22 avril 1816, à Paris, est d'origine grecque. En sortant de l’École de Saint-Cyr, il alla servir en Algérie, où il fit de nombreuses campagnes et où ses brillants traits de courage rendirent son nom en quelque sorte légendaire. Sous-lieutenant de zouavos en 1836, lieutenant au 1°" régiment de la légion étrangère en 1838, capitaine de zouaves en 1842, il devint en 1846 chef de bataillon des tirailleurs indigènes, en 1850 lieutenant-colonel au 7e de ligne, en 1851 colonel de zouaves, et général de brigade le 14 octobre 1854. Il se signala dans les plus importantes affaires de la campagne de Crimée, fut élevé au grade de général de dixision le 12 août 1857, et fit l'expédition d'Italie en 1859. Lorsque la guerre eut été déclarée à la Prusse, en juillet 1870, il reçut le commandement de la garde impériale, avec laquelle il fit partie de l’armée sous Metz, commandée par le maréchal Bazaine. A la suite de l'intrigue nouée par M. Edmond Regnier auprès du maréchal, qui ne repoussa pas cet agent mystérieux favorisé par la Prusse, le général Bourbaki fut envoyé vers l'impératrice Eugénie. Arrivé en Angleterre, il ne tarda pas à comprendre qu'au lieu de travailler à une négociation honorable et avantageuse pour la France, il était le jouet d’une intrigue obscure. Les Prussiens, qui lui avaient donné un sauf conduit pour s'en aller, refusèrent, quand il voulut rentrer dans Metz, de lui laisser franchir les lignes; il se rendit en conséquence à Tours, où il arriva le 14 octobre, et offrit son épée au gouvernement de la défense nationale. Nommé, le 17 octobre, commandant en chef de l’armée du Nord, il arriva à Lille le 21, travailla à l’organisation des troupes, et, quoique ses forces fussent encore très-pen considérables, annonça, le 20 novembre, au général Trochu, qu'il était prêt à marcher. Mais, par suile des événements, fandis que le général Faidherbe lui succédait à l’armée du Nord, il fut appelé à « mmander l'armée du Centre, dont le quartiers général se trouva d’abord entre Nevers et Bourges, et qui devint l'armée de l'Est lorsqu'il fut chargé, vers la fin de 1870, d'aller couper, du côté de Belfort, les communica-