‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 354 sur 527 · BOUQUIN — BOURBON · texte numérisé non relu

BOUQUIN — BOURBON

Lions de l'ennemi avec les États du midi de l'Allemagne.

L'armée que conduisait le général Bourbaki dans cette expédition élail forte de 150,000 hommes. Il arriva à Dijon le 4 janvier 1871, et se dirigea sur Belfort par la route de Vesoul. Le 9, il attaqua à Villercexel l'armée du général de Werder. Après un combat qui dura toute la journée, la position fut enlevée par l’armée française; elle coucha sur le champ de bataille. Le lendemain, elle marcha en avant de Villersexel, occupa, le 12, Lure, Gray et Vesoul, enleva, le 13, à la baïonnette les villages d’Arcey et de Sainte- Marie, et s'empara, le 15, de Montbéliard, Une nouvelle attaque’tentée, le 16, contre l’armée de Werder fortement retranchée au nord-est de Montbéliard, resta infructueuse ; elle recommença le 17, mais les ennemis, qui avaient reçu des renforts considérables, repoussèrent si vigoureusement les troupes françaises que Bourbaki dut commencer son mouvement de retraite vers les positions qu’il occupait le 14. Poursuivi par le général de Manteuffel, qui avait été envoyé au secours de Werder, et qui cherchait à le cerner ou à le rejeter sur la Suisse, il réussit d’abord à continuer sa retraite sur deux lignes : lui-même, avec le gros de ses troupes, marchait vers Besançon, par la rive droite du Doubs, tandis que le général de Bressolles, avec deux divisions, passait le Doubs à Clervay et descendait le long de la frontière suisse, par Marteau et Pontarlier. Le 27 janvier, Bourbaki arrivait à Besançon; le froid était intense; les soldats manquaient de vivres et de munitions; l'ennemi, en occupant, la veille, Saint-Vit et Quingey, ne laissait à l’armée française d'autre moyen de salut que de fuir vers la Suisse par les défilés des montagnes. Dans cette situation critique, le général Bourbaki, se laissant aller au désespoir et craignant d'être accusé de trahison, se tira un coup de pistolet dans la tête, après avoir désigné le général Clinchant pour son successeur. Ou le crut perdu; toutefois on réussit à le transporter à Lyon. On désespéra de sa vie pendant près de quinze jours. Il était à peine guéri lorsqu’en juillet 1871 M. Thiers l’appela au commandement du 6° corps d'armée et de la 8° division milie taire, ayant son quartier général à Lyon.

BOURBON (Maisons de). Plusieurs familles ont porté ce titre emprunté au Bourbonnais, qu'elles posséilèrent en fief. On sait que la dernière arriva au trône de France. ‘ Première maison de Bourbon. Childebrand 1°’, frère puiné de Charles Martel, aïeul de Charlemagne, et tous deux fils de Pépin d'Héristal, fut père de Nibelong °°, qui vivait en 805. Celni-ci laissa deux fils, Théothert, père de Robert le Fort, bisaïeul de Hugues Capet, et Childebrand If, souche de la première maison de Bourbon. En 814. celui-ci donna aux religieuses d'Yseure, près Moulins, un fonds de terre qui lui était échu de l'héritage de son père, ce qui prouve que sa famille possédait une partie du Bourbonnais.

AnchamBauLT Itr, sire de Bourbon, vivait en 959, et mourut en 985. C’est de lui probablement et de quelqu'un de ses successeurs que le château de Bourbon prit le nom de Bourbon l'Archambault,

AnCHAmBAULT II, son fils, mourut après 1025, ayant en AncrameauLT ILE et Aymon, archevêque de Bourges, mort en 1071.

ARCuAMBAULT IV, surnommé Le Fort, entreprit de restreindre les envahissements des moines de Souvigny sur la juridiction de ce lieu, et y établit à son profit de nouvelles coutumes. Cet acte d'autorité était sur le point de lui attiter les foudres de l’excommunication, lorsque saint Hugues, abbé de Cluny, parvint à conjurer l'orage, dans l'espoir de rendre ce seigneur plus traitable, Archambault, au lit de la mort (1078), consentit à renoncer aux droits de sa maison sur les biens l'ligieux.

ArcaamBauur V, sire de Bourbon, fut un prince entrepreuant, querelleur et violent. 11 emprisonna le légat du

BOURBON

pape, Hugues de Die, archevêque de Lyon, tint longtemps captif Hugues, seigneur de Montigny, et donna de vives inquiétudes aux moines de Souvigny, qui, comimne tous les autres moines, sous le prétexte de défendre les droits du peuple, ne cessaient de s’arrondir aux dépens des seigneurs. N fallut que le concile de Clermont s’interposât pour qu'il les laissât en repos, car la présence du pape Urbain IT à Souvigny n'avait fait que suspendre son activité à ressaisir tous les droits que sa maison avait perdus. Archambault V finit ses jours en 1096, laissant un fils en bas âge, nommé ArcuamBauLr VI, sur lequel Aymon II, son oncle, surnommé Vairevache, usurpa le Bourbonnais. Le roi Louis le Gros ayant inutilement ajourné Aymon à sa cour, pour rendre compte de sa conduite envers son neveu, lève une armée, assiège Aymon dans le château de Germigny (1115), oblige

à lui venir demander pardon à genoux; et, l'ayant emmené -

à Paris, il le traduit devant le conseil des pairs, qui condamne Aymon à restituer à Archambault VI son héritage. Celui-ci étant mort en 1116 sans avoir été marié, Aymon II se remit en possession du Bourbonnais par droit héréditaire.

Son fils et son successeur, ARCHAMBAULT VII, avait été marié à Agnès de Savoie, sœur d’Adelaide, femme du roi Louis le Gros. En 1137 il fonda Villefranche, à trois lieues de Montluçon, et lui accorda des coutumes. Dix ans après il accompagna le roi Louis le Jeune, son neveu, à la Terre Sainte, d’où il était de retour en 1149. 11 mourut en 1171. ArcuamBauLT VIII, son fils et son successeur, fut nommé, par le roi Philippe-Auguste (1200), gardien de toutes les terres et forteresses que ce monarque avait conquises l’année précédente dans le comté et le dauphiné d'Auvergne. Archambault VIII mourut la même année, et ne laissa qu'une fille, Mathilde, ou Mahaut de Bourbon, qui fut re- Mariée en secondes notes (1197) avec Gui 11 de Dampierre, seigneur de Saint-Just et de Saint-Dizier en Champagne, avec lequel elle succéda dans la baronnie de Bourbon.

Seconde maison de Bourbon. Gui de Dampierre, reçu vassal-lige du roi Philippe-Auguste en 1202, fut mis à la tête de l’armée que ce monarque fit marcher contre le comte d'Auvergne. Cette guerre, qui dura trois ans, valut au sire de Bourbon un accroissement de domaine, ainsi que la garde pour le roi de toutes les conquêtes qu’il avait faites dans cette expédition. Guy mourut en 1215, laissant plusieurs enfants de Mahaut de Bourbon, décédée le 20 juin 1218, entre autres ARCHAMBAULT IX ; ce prince, à qui sa valeur et sa générosité ont mérité le surnom de Grand, quitta le nom et les armes de sa famille pour prendre ceux de Bourbon. La comtesse Blanche de Champagne, voulant donner un ferme appui au jeune comte Thibaud, son fils mineur, nomma le baron de Bourbon connétable de ses États (1217). D'un autre côté, le roi Philippe-Auguste lui transmit le gouvernement général des places que son père avait conquises en Auvergne. Il paraît qu’Archambault continua la guerre dans ce pays, car son maréchal conclut une trêve, en 1226, avec le comte Guillaume. Le baron de Bourhon, ayant accompagné Alfonse, comte de Poitiers , dans une expédition contre la Guienne, fut tuéàlabataille de Taillebourg, le 21 juillet 1242. Ce seigneur a laissé en Bourbonnais de nombreuses traces de sa libéralité et de sa bienfaisance, et ce fut à lui que la ville de Gannat fut redevable de son affranchissement (1236). De son mariage avec Béatrix, héritière de Montluçon, sa parente, il laissa ArcamBauLT X, qui éleva au plus haut degré, par une grande altiance , la fortune de sa maison, déjà considérablement accrue par la valeur de ses pères. 11 épousa Yolande de Chastillon, qui laissa à ses enfants les comtés de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre, les scigneuries de Montjay , de Thorigny, la baronnie de Donzy, et les terres de Broigny et de Saint-Aignan. Ayant accompagné saint Louis à son premier voyage d’outremer, il mourut dans l’île de Chypre, le 15 janvier 1249, ne

laissant d’Yolande de Chastillon, qui l'avait suivi dans ce voyage, que deux filles, Mahaut, dame de Bourbon, morte en 1262, n'ayant eu d'Eudes de Bourgogne, son mari, que des filles; et Agnès, femme de Jean de Bourgogne, seigneur de Charolais, frère d'Eudes. Il ne provint de ce mariage qu’une fille nominée Béatrix.

Troisième maison de Bourbon. Béatrix de Bourgogne , héritière du Bourbonnais en 1283, par la mort de sa mère, était mariée depuis l’année 1272 à son parent, Robert de France, comte de Clermont en Beauvaisis, sixième fils du roi saint Louis. Quoique ce prince, devenu possesseur du Bourbonnais, n'ait jamais porté d'autre titre que celui de comte de Clermont, qu’il avait eu en apanage, cependant, son fils aîné et sa nombreuse postérité adoptèrent exclusivement le nom de Bourbon. Robert de France n’a laissé d’autre souvenir mémorable que celui d’avoir été la souche d'une des plus grandes et des plus illustres maisons qui aient paru sur la scène du monde, II mourut le 7 février 1317.

Louis 1°, surnommé Le Grand, duc de Bourbon, appelé Louis Monsieur du vivant de Robert son père, et le seul de ses fils qui eut des enfants mâles, hérilier de sa mère en 1310, s'était signalé, dès l’âge de vingt-trois ans, en sauvant d’une destruction totale l’armée française, battue par les Flamands à Courtrai en 1302. Deux ans après il avait contribué avec neuf compagnies d'hommes d’armes à la victoire de Mons-en-Puelle. On vit ce jeune prince, secondé par Jean, sire de Charolais, son frère, remporter tous les

prix du magnifique tournoi célébré à Boulogne-sur-Mer lors

des noces d’Isabelle de France avec Édouard II, roi d’Angleterre (1308). A l’issue de ces fêtes, le prince Louis fut choisi, avec le comte de Valois, pour accompagner la jeune reine en Angleterre, et assister à son couronnement. Au retour de cette mission, le roi l’investit de la charge de chambrier de France, l’une des cinq premières de la couronne, et qui fut comme héréditaire dans sa maison jusqu'à la défection du fameux connétable de Bourbon. A la mort de Jean 1°" le sire de Bourbon sut faire respecter la loi salique et affermir la couronne sur la tête de Philippe le Long, malgré les efforts que firent le duc de Bourgogne et les comtes de Valois et de la Marche pour élever sur le trône Jeanne de France, fille mineure de Louis Hutin. Le sire de Bourbon, qui avait succédé à son père dans le titre de comte de Clermont, fut nommé généralissime de la croisade projetée en 1318, expédition qui n’eut pas lieu. Ce fut à cette occasion qu'Eudes de Bourgogne lui transporta le vain titre de roi de Thessalonique. Il en reçut un plus positif, et l'on peut dire plus éclatant, de Charles IV, surnommé le Bel, contre lequel il avait défendu la loi salique lorsqu'il n'était que comte de la Marche, par l'érection du Bourbonnais en duché-pairie du royaume (27 décembre 1327). Dans le cours de la même année le roi lui donna le comté-pairie de la Marche, naguère son apanage , en échange du comté de Clermont, mais ce dernier comté fut rendu en pur don au duc de Bourbon, par le roi Philippe de Valois, après les services qu’il lui rendit dans la guerre de Flandre, où on le vit, à la tête de ses neuf compagnies d'hommes d’armes, contribuer vaillamment au gain de la bataille de Cassel (1328). Ce fut ce prince qui, comme ambassadeur de France en Angleterre, parvint à faire désister Édouard III de la prétention qu’il élevait de n’être que vassal simple de la couronne, à raison de ses possessions françaises , et à lui faire reconnaître qu’il était lié envers le roi Philippe de Valois et ses successeurs par l’hommage-lige. L'ambition d'Édouard ayant amené une éclatante rupture, le duc de Bourbon accompagna Philippe de Valois dans ses campagnes , et le servit utilement de ses conseils et de son énée. Plénipotentiaire au congrès d'Arras (1340), il fit tous ses efforts pour rendre la paix à la France; mais il ne put obtenir qu’une trêve de deux ans, dont il ne vit pas le terme, étant décédé en 1342, Du mariage qu'il avait contracté, en

1310, avec Marie de Hainaut, il laissa deux fils, Pierre 1°, et Jacques 1°’ de Bourbon, comte de la Marche et de Ponthieu, connétable de France, que sa bravoure fit surnommer la fleur des chevaliers. C’est dé lui et de Jeanne de Chastillon Saint-Paul, dame de Condé et de Carenci, qu'il épousa en 1335, que sont sorties les branches de la maison de Bourbon qui régnèrent en France, et qui règnent en Espagne et à Naples, la branche de Parme et celles d'Orléans, de Condé et de Conti, celles-ci récemment éteintes.

Prenre 1°, duc de Bourbon, comte de Clermont, né en 1301, accompagna le duc de Normandie, héritier de la couronne, dans la guerre contre Jean, comte de Montfort, compétiteur de Charles de Blois au duché de Bretagne (1341). Les rapides succès du jeune prince furent en partie le fruit des sages conseils du duc de Bourbon. Celui-ci, nommé capitaine-souverain dans la Guyenne, et parti seul’ sans troupes et sans argent, eut bientôt créé une armée respectable et reconquis toutes les places de la Guyenne française que les Anglais avaient envahies. Rappelé en Beauvaisis l’année suivante, pour tenir tête au roi d'Angleterre, qui, chargé des dépouilles de la Normandie, dirigeait sa retraite vers la Flandre, le duc de Bourbon le harcela et le tint en échec jusqu’au moment où le roi Philippe de Valois put venir le joindre avec une armée de .cent mille hommes, 11 fut témoin, le 26 août 1346, du désastre et de la perte de cette belle armée dans les plaines de Crécy. Étranger à des dispositions prises contre son avis, il voulut du moins réparer par des prodiges de valeur la honte d’une aussi éclatante défaite. 11 combattit vaillamment à côté du roi, et fut grièvement blessé. A celle de Poitiers (19 septembre 1356), plus funeste encore pour la France, il périt d’une mort glorieuse, en faisant de son corps un rempart contre les coups dont le roi Jean était assailli, La duchesse Isabelle, sœur du roi Philippe de Valois, survécut au duc Pierre jusqu’en 1383. Elle en avait eu Louis II et cinq filles. Les principales étaient Jeanne, femme du roi Charles V, et Blanche de Bourbon, mariée à Pierre le Cruel.

Louis II, surnommé Le. Bon, duc de Bourbon, comte de Clermont et de Forez, succéda à son père. Il était né le 4 août 1337. Choisi pour l’un des otages que le roi Jean fournit à Édouard pour recouvrer sa liberté, l’inexécution du traité de Bretigny le retint pendant huit ans en Angleterre, Pendant cette longue absence, ses barons et ses chevaliers eurent continuellement les armes à la main pour réprimer les brigandages des grandes compagnies, et non contents de payer de leurs vies , ils prélevèrent encore sur leurs fortunes les sommes énormes exigées pour le cautionnement du duc et pour les engagements qu’il avait contractés pendant son séjour en Angleterre. A son retour il institua pour la noblesse de ses États l'ordre de chevalerie de l’Écu-d’Or. Lors de la cérémonie où il leur conféra celte décoration, Huguenin Chauveau , son procureur général, s’agenouillant à ses pieds, lui remit un registre énorme de tous les délits commis par ses nobles et ses chevaliers pendant son absence. L’'inflexible magistrat n'avait pas fermé les yeux sur une seule infraction, et chacune entraînait la confiscation des fiefs. « Chauveau, lui dit alors le duc, avezvous aussi tenu registre des services qu’ils m'ont rendus? » et, saisissant le registre sans l'ouvrir, il le jeta dans un grand brasier.

Jean de Montfort, duc de Bretagne, s’était ligué avec les Anglais, qu’il avait appelés dans ses États. L'armée française, commandée par Du Guesclin, marcha contre ces alliés, et fit derapides conquêtes, Appelé par leroi en Guyenne au secours du duc d’Anjou, Louis 11 emporta d'assaut Brive-la-Gaillarde sur son passage, et ayant rejoint le duc d’Anjou, il contribua par ses conseils et son épée à la conquête de l’Agénais, du Condomois, du comté de Bigorre et d’une partie de la Gascogne. La vie entière de ce prince n'offre qu'une longue continuité de services rendus à sa patrie. Lié d'une étroite

BOURBON

amilié avec Du Guesclin, ce fut lui qui déjoua, par son crédit sur l’esprit du roi Charles V, les trames ourdies pour éloigner et perdre ce grand capitaine. Chargé, avec les ducs d'Anjou, de Bourgogne et de Berry, de la tutèle du roi Charles VI (1380) et de l’administration du royaume, le duc de Bourbon fut le seul de ces quatre princes du sang qui s’acquitta de cette grave mission d’une manière louable et désintéressée. En 1382 il accompagna le jeune roi dans la guerre de Flandre, et fit des prodiges de valeur à la bataille de Rosebecque, où 800 hommes d'armes et 200 arbalétriers, levés à ses frais, combattaient sous sa bannière, L’année suivante, il contribua à la prise de Bourbourg.

Cette guerre terminée, une foule de guerriers de toutes les nations se réunirent pour aller combattre les Sarrasins d'Afrique. Tous d’une seule voix choisirent le duc de Bourbon pour leur chef. A son retour, le duc de Bourbon parcourut les armes à la main le Poitou et la Saintonge, chassant les Anglais de toutes les places dont ils s'étaient emparés après avoir rompu la trêve. Au siége de Verteuil, où il éprouvait une résistance opiniâtre, il voulut ranimer le courage de ses soldats par un fait d'armes personnel. 11 change de vêtement et d’armure, impose le silence sur son nom à quelques chevaliers qui l’accompagnent, et, s’avançant par une mine qui conduisait à la place, il va défier le plus brave de la garnison de venir se mesurer avec lui à la hache et à l’épée. Le gouverneur, Renaud de Montferrand, vint aussitôt s’offrir pour le combat. Déjà les deux champions sont aux prises et se portent les plus rudes coups, lorsqu’au mépris des ordres du duc, un Français, effrayé du péril auquel s’exposait le chef de l’armée, s’écria : Bourbon! Bourbon Notre-Dame! À ce cri de guerre des Bourbons, Montferrand recule, baisse son épée, et, transporté de l'honneur que lui fait le prince, il promet de lui remettre la place s’il consent à l’armer de sa main-chevalier. Ce trait, qui peint les mœurs et les préjugés de cette époque, donneune haute idée dela réputation guerrière du duc de Bourbon. Lorsqu’en 1390.la république de Gênesimplora le secours de ia France pour mettre un frein à la piraterie des Maures d'Afrique, le duc Louis IL fut nommé au commandement en chef de l’armée expéditionnaire, sur sa demande et celle des ambassadeurs génois. Cette armée, conduite au rivage africain par quatre-vingts vaisseaux, débarqua devant Carthage le 21 juillet 1390, et commença aussitôt l'attaque de cette place. Quatre furieux assauts repoussés avec une perte considérable, et la mortalité causée par l’excessive chaleur de ce climat ne permettaient plus de prolonger un siége qui durait avec des combats presque journaliers depuis neuf semaines. Le duc de Bourbon, sur l'avis de son conseil, en ordonne la levée; mais, pour ne pas perdre entièrement le fruit de cette expédition, il marche droit à l’armée que les rois de Bougie et de Maroc avaient envoyée au secours des assiégés, force son cam retranché , et la bat complétement deux fois dans la inême journée. Intimidé par cette double victoire, le roi de Tunis consent à mettre en liberté tous les esclaves chrétiens qui sont dans son royaume; il s’oblige à payer dix mille besants d’or pour les frajs de la guerre, et promet de ne plus troubler la navigation des Francs dans la Méditerranée,

L'état de démence où tomba peu de temps après le roi Charles VI allait livrer le gouvernement de la France aux maisons d'Orléans et de Bourgogne. Leur funeste rivalité mit le royaume à deux doigts de sa perte : elle eût été entièrement consommée sans la médiation du duc de Bourbon. L’assassinat du duc d'Orléans (1407) et plus encore peutêtre la lâche impunité de ce crime déterminèrent le due de Bourbon à se retirer dans ses États. Il y réprima les entreprises de quelques aventuriers soudoyés par le duc de Bourgogne et lé comte de Savoie, et mourut à Montluçon, le 19 août 1410, avec la réputation d'un grand capifaine et du plus honnête homme de son siècle,

BOURBON

D'Anne, dauphine d'Auvergne, qu'il avait épousée en 1371, il laissa un fils, JEAN 1°", due de Bourbon et d’Auverge, né en 1381, qui lui succéda au milieu des complications les plus malheureuses. Le meurtre du duc d'Orléans n'avait point abattu son parti : il reparut bientôt plus redoutable sous Bernard, comte d’Armagnac, qui eut la triste gloire de lui donner son nom. Au défaut des grandes qualités de son père, le duc Jean offrit à ce parti l'appui de son nom, de son courage, souvent trop téméraire, et un dévouement que les plus dures épreuves ne purent jamais ébranler. Mais il fut l'un des signataires du honteux traité de 1412, qui devait consommer au profit de l’Angleterre les immenses cessions lerritoriales imposées par celui de Bretigny, et sa fatale présomption lui fit payer par dix-huit ans de captivité à Londres le malheur d’avoir contribué par ses conseils et son exemple à la désastreuse défaite d'Azincourt (1415). Trompé trois fois dans l'attente de recouvrer sa liberté, après avoir payé successivement trois rançons de cent mille écus, le désespoir d’une si longue captivité lui fit promettre, pour voir briser ses fers, jusqu’à l’infamie : il s'engagea à livrer aux Anglais les principales places de ses domaines et à reconnaître Henri VI pour son souverain légitime. 11 mourut à Londres, en 1434, couvert de mépris et renié par sa propre famille, qui ne voulut jamais entendre parier de ce traité ignominieux.

Son fils, CnanLes I°', né en 1401, demeura attaché au parti des Armagnacs, et fut fait prisonnier avec son frère Louis lors de la surprise de Paris par le duc de Bourgogne, le 29 mai 1418. Jean sans Peur, après avoir tenu quelque temps les deux frères captifs dans la tour du Louvre, fit rompre à Charles ses fiançailles avec Catherine de France, et lui fit épouser sa fille, Agnès de Bourgogne, qui n’était point encore nubile. Se croyant délié par la mort tragique de Jean sans Peur, de tous les engagements qu'il avait contractés par force, le duc de Bourbon renvoya la jeune Agnès au nouveau duc Philippe le Bon, son frère, et embrassa avec chaleur la cause du dauphin, qui était celle de la France. Nommé capitaine général en Languedoc et en Guyenne, la terreur qu'inspirait sa valeur impétueuse et son inflexible rigueur envers les places occupées par les ennemis de l’État, Anglais ou Bourguignons, lui en firent soumettre un grand nombre. Après avoir affermi l’autorité du dauphin, devenu Charles VII, dans les provinces du midi, il passa, en 1423, au gouvernement de celles du Nivernais, Bourbonnais, Forez, Maconnais, Beaujolais et Lyonnais. Le mariage de Bonne d’Artois, sa sœur utérine, avec le duc de Bourgogne, rapprocha les deux familles, et le 17 septembre 1425 Charles 1° épousa la mêre Agnès de Bourgogne qu’il avait renvoyée sept ans auparavant. Mais cette alliance n’ébranla point son dévouement envers sa patrie, Il leva dans ses terres un corps de trois mille hommes, qu’il amena au roi au moment où les Anglais commençaient le siége d'Orléans (1428). La même année il fut battu avec Dunoïs, dans la fameuse journée dite des Harengs. Plus tard, il s’empara de Corbeil, de Saint-Denis et du bois de Vincennes, donnant les plus vives inquiétudes aux Anglais et aux Bourguignons, quioccupaient la capitale. En 1434 il se brouille avec le duc de Bourgogne, son beau-frère, entre à main armée dans ses États, et pénètre jusqu’en Franche-Comté, soumettant tout sur son passage. De son côté, Philippe le Bon envoya des troupes ravager le Bourbonnais, ce qui obligea le duc Charles à revenir sur ses pas pour défendre son propre territoire. La paix se fit, et ce fut au milieu des réjouissances auxquelles cet événement donna lieu que la réconciliation du duc de Bourgogne et du roi Charles VIT fut heureusement ‘entamée. Ce service était incontestablement le plus grand que le due de Bourbon püt rendre à sa patrie. Mais il le fit payer cher, par son ambition remuante et ses coupables intrigues, On le vit avec le sire de La Trémouille, le due,

d'Alençon, les comtes de Vendôme, de Dunoïis, et une foule de seigneurs puissan(s, ennemis du connétable de Richemont et du comte du Maine, ourdir cette dangereuse conjuration de la P raguerie (1439), qui, sous prétexte de renverser le ministère, devait assurer le gouvernement de l'État aux conjurés et réduire Charles VII à une espèce de tutelle. La célérité du roi déjoua ce complot; le duc de Bourbon n’en recueillit que la honte d’un humiliant pardon et la douleur de voir périr du dernier supplice Alexandre, bâtard de Bourbon, son frère naturel, qui avait enlevé le dauphin Louis du château de Loches , pour le mettre à la tête des conjurés. Le bâtard de Bourbon, arrêté à Barsur-Aube, fut enfermé vivant dans un sac de cuir, et précipité dans la rivière. Le duc de Bourbon oublia bientôt la grâce que le roi lui avait faite pour se jeter dans une nouvelle ligue (1442), formée par le duc d'Orléans. La sagesse de Charles VI ayant dissipé cet orage sans tirer l'épée, le duc de Bourbon rentra promptement dans le devoir, pour ne plus s’en départir. Le roi ne conserva que le souvenir des services importants qu'il lui avait rendus, et lui accorda pour son fils Jeanne de France, sa fille, princesse d’un rare mérite. Charles 1 mourut à Moulins, le 4 décembre 1456.

Il avait eu d’Agnès de Bourgogne, qui lui survécut vingt ans, six garçons et cinq filles. Marie, l’aînée de celles-ci, épousa Jean d'Anjou, duc de Lorraine et de Calabre; Isabelle, la seconde, fut mariée à Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne; Catherine épousa Adolphe d’Egmont, duc de Gueldre; Jeanne, le prince d'Orange (Jean de Chälons), et Marguerite, Philippe If, duc de Savoie. Parmi les fils, Jean IL et Pierre IL gouvernèrent successivement le Bourbonnais, Charles, qui était l’aîné de Pierre, fut pourvu de l’archevêché de Lyon en 1446, à l’âge de douze ans. Il fut fait légat d'Avignon en 1465, cardinal en 1476, évêque de Clermont l’année suivante, et mourut en 1488. C'était un prélat guerrier, magnifique et voluptueux; et sa devise, ni peur ni espoir, peint d’un seul trait son caractère et sa règle de conduite. Louis de Bourbon, cinquième fils de Charles 1°", nommé évêque et prince de Liége en 1456, fut égorgé par Guillaume de La Marck (le sanglier des Ardennes), lors de l'irruption qu'il fit dans l’évéché de Liége, en 1482. Louis de Bourbon n'avait reçu les ordres de la prêétrise qu’en 1466. Avant cette époque il avait eu trois fils naturels d’une princesse de la maison de Gueldre, Pierre de Bourbon, Louis, mort sans postérité, et Jacques, grand prieur de France, auteur d’une Relation du Siége de Rhodes par Mahomet II. Pierre de Bourbon, l’ainé des trois frères, a été la souche de la branche des comtes de Bourbon-Busset en Auvergne. JEAN Il, surnommé /e Bon, duc de Bourbon et d'Auvergne, né en 1426, était déjà renommé par de beaux faits d’armes et par le gain de la hataille de Formigny (1450), lorsqu'il succéda à son père. Beau-frère de Louis XI, il se flattait, à l’avénement de ce prince, d'obtenir : la charge de connétable, alors vacante, et que lui avait méritée la conquête de la Guyenne, qui lui était due en majeure partie. Non-seulement son espoir fut trompé, mais il se vit dépossédé du gouvernement de la Guyenne, sans qu'aucun motif apparent pût justifier cette mesure. Louis XI put apprécier l'étendue de cette faute lorsqu'il vit le duc de Bourbon devenir l'âme de la ligue du Bien public, contribuer au gain de la bataille de Mont-l’Héry (1465), et s'emparer de la Normandie pour Monsieur, duc de Berry. Le traité de Conflans, sans satisfaire entièrement son ambition, ayant fait droit à une partie de ses griefs, il s’attacha sincèrement à Louis XI, et reconquit la Normandie sur Mousieur, pour la lui rendre. Établi lieutenant général dans les provinces méridionales, depuis le Lyonnais jusqu’au Poitou (1475), lors de la dernière ligue, si fatale au connétable de Saint- Paul et aux d’Armagnacs, ses troupes, sous le commandement du dauphin d'Auvergne, battirent l’armée du duc de

Bourgogne à Gy, près Château-Chinon, et firent prisonnier de guerre le comte de Rouci, leur général. Les sanglantes exécutions dont Louis XI assouvit sa vengeance dégoûtèrent le duc de Bourbon de la cour. 11 s’éloigna, et ne reparut sur la scène qu’à la minorité de Charles VIIL. On le vit alors se joindre au duc d'Orléans pour disputer à la dame de Beaujeu, sa belle-sœur, le gouvernement du royaume. Le bâton de connétable et le titre de lieutenant général du royaume qu’elle lui fit obtenir (1483) ne purent rassasier son ambition ; mais frustré dans son attente par la décision des états généraux de Tours, dont il avait provoqué la tenue, il reprit les armes avec le duc d'Orléans. Menacé par l’armée du duc de Lorraine, il ouvrit l'oreille aux propositions de paix qu’on Jui fit de la part de sa belle-sœur, et alla dans ses terres continuer de murmurer contre le gouvernement. Néanmoins ses intrigues n’ont point fait perdre le souvenir des immenses services qu’il avait rendus à sa patrie, et que rappelle le surnom glorieux de Fléau des Anglais, que l’histoire lui a conservé. 11 mourut à Moulins, le 1°" avril 1488, sans postérité légitime. Mais il laissa plusieurs enfants naturels, dont les principaux furent Mathieu et Charles. Le premier, appelé le grand bûtard de Bourbon, fut maréchal du Bourbonnais et amiral de Guienne. Il accompagna Charles VIII en Italie, et mourut en 1505. De Charles, bâtard de Bourbon, sont provenues la branche des marquis de Malause, éteinte en 1741, et celle des barons de Basian, qui existait encore en 1725. Pierre I , duc de Bourbon et d'Auvergne, succéda au duc Jean II, son frère aîné, en vertu de la renonciation forcée que la dame de Beaujeu, sa femme, imposa au cardinal de Bourbon, dont il n’était que le puiné. Le duc Pierre II ne manquait d'aucune des qualités qu’exigeait l'élévation de son rang; mais, éclipsé par l’ombre gigantesque de sa femme, sa vie politique n’a laissé aucune trace saillante dans l'histoire. Il mourut à Moulins, le 8 octobre 1503. Anne de France, qui lui survécut vingt ans, avait obtenu du roi Louis XII (1499) l'annulation de la clause de réversion à la couronne des riches domaines de son mari dans le cas où il mourrait sans enfants. Louis XI avait imposé cette clause dans leur contrat de mariage. Par l’acte d’abrogation, Susanne de Bourbon, leur fille unique, put succéder à tous leurs biens, avec faculté de les transmettre à l'époux qu’on lui aurait choisi. Charles, duc d'Alençon, était celui auquel on l'avait destinée. Déjà leurs fiançailles avaient été célébrées à Moulins (1501), lorsque Louis 11, de Bourbon, comte de Montpensier, cousin issu de germain de Susanne, mit opposition à l'enregistrement deslettres patentes. Charles II de Bourbon, frère et successeur de Louis, renouvela cette opposition, et rompit l'alliance qu’on avait projetée au préjudice des droits de sa branche, devenue l’ainée de toute la maison de Bourbon, Neveu de la duchesse Anne, qui l’avait formé ellemême, et qui peut-être était secrètement charmée de le voir, à quatorze ans, déployer tant d'énergie au soutien des intérêts de sa famille, il ne trouva pas un juge sévère dans un mentor qui l’aimait comme son fils. Aussi ce différend fut-il terminé en 1505 par le mariage de Susanne avec le jeune comte de Montpensier. Elle lui apporta, soit en dot, soit par donation de sa mère, les. duchés de Bourbon, d’Auvergne et de Châtellerault, les comtés de Clermont en Beauvaisis, de Forez, de la Marche et de Gien, les vicomtés de Carlat et de Murat, le pays de Beaujolais, la seigneurie de Bourbon-Lanci, etc. De son chef, Charles possédait, outre le comté de Montpensier, celui de Clermont en Auvergne, le pays de Combrailles, la terre de Mercæur et quelques autres seigneuries, de manière qu'après les têtes couronnées il n’y avait en Europe aucun prince dont l’opulence pût égaler la sienne. Cet homme, que la fortune semblait accabler de ses dons, et qu’elle précipita dans un abime de malheurs, creusé par l'injustice et comblé par la trahison, est le fameux connétable de Bourbon, à qui nous consacrons un article particulier, Ses domaines furent confisqués.

BOURBON

La branche aînée de Bourbon finit avec le connétable en même temps que l’histoire particulière de la principauté de Bourbon, qui fut réunie à la couronne. La.

Maison royale de Bourbon. La famille qui a longtemps régné en France, et jusqu'à nos jours en Espagne, à Parme et à Naples, tire son nom, conformément à la coutume des fiefs et apanages, de Bourbon-l’Archambaut, dans Pan cienne province du Bourbonnais. Le chef de cette race illustre fut Louis 1°", fils de Robert, duc de Bourbon, comte de Clermont, dont nous avons parlé plus haut.

Elle descend de lui par Jacques, comte de la Marche, son troisième fils, connétable, né vers 1314, pris à la bataille de Poitiers, et tué en 1361 par les Grandes Compagnies.

Pierre, fils du précédent, fut tué, à la même occasion. Jean 1°, fils de Jacques, né vers 1337, mort en 1393, devint comte de Vendôme, par son mariage avec Catherine de Vendôme; Jacques Il, fils de Pierre, mort en 1438, épousa en 1406 Béatrix de Navarre, eten 1415 Jeanne 11, reine de Naples. Louis If, son frère, fut la tige des ducs de Vendôme. Né vers 1376, il fut pris à la bataille d’Azincourt, en 1415, et mourut en 1446.

Jean, son fils, né en 1429, mort en 1478, devint seigneur de La Roche-sur-Yon, par mariage; François, fils de Jean, né en 1470, mourut en 1495; CnaARLes, fils du précédent, né en 1489, mort en 1537, pour qui le comté de Vendôme fut érigé en duché par François 1°", en récompense de ses services, devint le chef de toute la maison de Bourbon, par la mort du connétable, en 1527. Il fut le père d'Antoïne de Bourbon, à qui nous consacrerons un article particulier. Devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d’AIbret, il donna le jour à Henri DE Bourson, devenu roi de France sous le titre de Henri IV, lequel fut la tige des Bourbons de France, d'Espagne, de Parme et de Naples.

Bourbons de France. Henri 1V eut pour fils Louis XIII marié à Anne d’Autriche, et Gas{un, duc d'Orléans. Le premier laissa deux enfants, Louis XIV et Philippe d’Oréans. Le premier continua la branche aînée, par Louis XV, son arrière-pelit-fils, Louis XVI, petit-fils de Louis XV, et

ses frères Louis XVIII et Charles X, ce dernier père du duc

de Berry, qui fut assassiné par Louvel et laissa un fils

posthume, le duc de Bordeaux, comte de Chambord, main-

tenant en exil. La branche cadette de la maison royale de

France, fut fondée par Philippe 1*", second fils de Louis XITI,

qui reçut de son frère aîné, Louis XIV, le titre et l'apanage de duc d'Orléans.

Bourbons d'Espagne. Cette branche est issue de Philippe duc d’Anjou , deuxième fils du grand dauphin et petit-fils de Louis XIV, qui fut placé en 1701 sur le trône d'Espagne, sous le nom de Philippe V. Elle se continue par Ferdinand VI, Charles111, Charles IV, Ferdinand VII, la jeune reine Isabelle, fille de ce dernier et de Marie - Christine de Naples, ex-régente d'Espagne, ct sa sœur l'infante Marie-Ferdinande-Louise, mariée au duc de Montpensier, fils de Louis-Philippe. La révolution de septembre

1868 a mis fin au règne des Bourbons d'Espagne.

Bourbons de Parme, Celte maison ducale fut formée en 1748, par Philippe, fils de Philippe V, roi d'Espagne, et se compose de Philippe, Ferdinand et Louis, déposé en 1802. Sa veuve Marie-Louise, fille de Charles IV d'E: pagne, est remplacée en 1824 dans le gouvernement du duché de Lucques par son fils le duc Charles 11; Louis de Bourbon, infant d'Espagne, né en 1799, lequel en 1847 cède Lucques à la Toscane, succède, un mois après, dans le gouvernement de Parme, Plaisance el États annexés, à l’ex-impératrice des Français Marie-Louise d'Autriche, alors récemment décédée, et renonce en 149 à ce nouveau trône ducal en faveur de son fils Charles III, infant d Espagne, né en 1828. Celui-ci fut assassiné en 1854 ; la duchesse Louise, fille du duc de Berri, lui succéda comme régente de son fils Kobert, Mais en 1859 ses États s'annexèrent au royaume d'Italie,

BOURBON

Bourbons de Naples ou des Deux-Siciles. Charles II, roi d’Espagne, issu de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, plaça en 1759 sur le trône de Naples Ferdinand son fils, dont les descendants ont régné un siècle, Le dernier d’entre eux, François Il, né le 16 janvier 1836, succéda à son père Ferdinand II (22 mai 1859) au moment de la guerre d'Italie, Altaqué par les volontaires de Garibaldi, puis par l'armée piémontaise, il perdit le trône après avoir fait dans Gaëte une assez longue résistance. Le royaume des Deux-Siciles

fut réuni en 1860 à celui d'Italie.

À la famille de Bourbon se rattachent encore les deux

branches de Condé et de Conti. La tige des Condé est Louis de Bourbon, prince de Condé, frère puiné d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et oncle de Henri LV, né en 1530, tué en 1569. Plusieurs princes de cette branche sont plus connus sous le nom de ducs de Bourbon. Elle s’est éteinte en la personne de Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, mort suicidé selon les uns, assassiné suivant les autres, en 1830. 11 était fils du due Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, mort en 1818. La maison de Bourbon-Conti, branche collatérale de la maison de Condé, qui avait eu pour tige un frère puiné du grand Condé, Armand de Bourbon, prince de Conti, né en 1629, mort en 1666, s’est éteinte en 1814 en la personne de Louis-François-Joseph de Bourbon, prince de Conti. En novembre 1815 Louis XVIII accorda aux fils naturels de ce prince, MM. d’'Hattonville et de Remonville, la permission de porter le nom et les armes de Bourbon-Conti. On prétend que le prince avait encore eu une fille naturelle, la comtesse Gabrielle-Louise de Mont-Cair- Zaïm , née en 1762, morte à Paris en 1825, cLevalière de la Légion d'Honneur, après avoir longtemps servi avec distinction dans un régiment de dragons. C’est dans les mémoires qu’elle a elle-même publiés, en 1798, que Gœæthe a puisé le sujet de son drame : Eugénie où La Fille naturelle.

BOURBON (Cnarces, duc de Bourbonnais, dit Le connétable ne). Le nom de ce prince infortuné, l’un des plus fiers génies qu'ait enfantés ce seizième siècle, si fécond en hommes extraordinaires, ne se présente à notre mémoire qu'environné d’une majesté sombre et fatale, d’une sorte d’auréole orageuse qui attriste la pensée : l'élévation, la magnanimité de son caractère, sa supériorité politique et militaire sur tous les princes français ses contemporains, ses habitudes austères et taciturnes au milieu d’une cour bruyente et dissolue, sa constance et son incroyable fertilité de ressources dans le malheur, tout, jusqu'au grand problème historique dont sa mort emporta le secret, frappe vivement l'imagination. Si le hasard de la naissance lui eût fait faire un pas de plus, s’il l’eñt fait roi de France à la place de Pinhabile François 1°", Charles de Bourbon eût brisé dans son premier essor les ailes de l'aigle autrichienne, et mis l’Europe à ses pieds : né sur le trône, il eût été la gloire et l’idole de ia France; premier prince du sang, il se vit réduit à en être le fléau.

Charles Monsieur, second fils du comte de Montpensier, ne semblait point d'abord appelé à un avenir de puissance et de splendeur ; mais la mort de son père et de son frère, et bientôt après, celle de Pierre II, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, comte de Forez, de la Marche, etc., dernier prince de la branche aînée, ouvrirent devant le jeune Charles une tout autre carrière. La duchesse douairière de Bourbonnais, la célèbre Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, rompant les engagements de son époux avec le duc d’Alençon, accorda au comte de Montpensier la main de sa fille unique Susanne ; et les vastes possessions des deux branches se trouvèrent réunies entre les mains de l’homme le plus remarquable qu’eût jamais produit la tige des Bourbons. Étranger à cette fièvre de plaisir et de galanterie qui enflammait autour de lui la haute noblesse, rigoureux observateur de ses serments envers une jeune épouse dont il estimait la douceur et les

vertus, mais dont l'extérieur repoussait des sentiments plus tendres, rien n’arrachaïit cet enfant de dix-sept ans à ses méditations sur l’art de la guerre, qui venait de sortir de sa longue enfance. La révolte de Gênes contre Louig XII (1507) lui fournit l’occasion de faire ses premières armes à côté des Bayard, des La Trémouille, des La Palice, dont il se montra le digne élève, et bientôt l’égal : dès sa seconde campagne, dans la guerre de la ligue de Cambrai contre Venise (1509), on le voit, à peine âgé de vingt ans, décider par son intrépidité froide et réfléchie le succès de la fameuse journée d’Agnadel. Sa conduite dans cette bataille et dans toute l'expédition l’avait mis en si haut renom près des gens de guerre, qu’on s'attendit généralement à le voir appelé au commandement général des armées françaises en Italie, après la mort glorieuse de Gaston de Foix (1512); une sorte de crainte vague et de prévention, fondée sur le peu de sympathie de leurs caractères, arrêta Louis XII: Rien n’est pire que l’eau qui dort, disait le bon roi du grave et silencieux Bourbon.

La malheureuse campagne de Navarre, où le roi Jean d’Albret, allié de France, se vit enlever ses Etats par les Espagnols, ne fit qu’ajouter à la réputation du duc Charles, qui avait seul évité les fautes désastreuses des autres généraux, et Louis XII se décida enfin à lui confier l’armée d’Ifalie; mais les forces qu'il lui mit entre les mains étaient tellement insuffisantes, que Charles crut devoir refuser le généralat. Les revers de la Trémouille, qui avait accepté à son refus, témoignèrent assez de la sagacité du jeune prince, et bientôt après son énergique activité sauva la Bourgogne, ouverte par la défaite de Novare aux invasions des Suisses. De tels services effacèrent tous les nuages qui avaient pu s’élever contre lui dans l'esprit de Louis XII : les plus hautes faveurs attendaient le jeune due, lorsque la mort enleva le Père du peuple.

Le nouveau règne s’ouvrit sous de brillants auspices : ami et compagnon d'armes de Charles, François 1°" accomplit à son égard les intentions de Louis XII, en lui décernant l'épée de connétable. Une discipline presque inconnue jusque alors s'établit rapidement dans l’armée : tous les moyens d'agir furent préparés en silence, et lorsque François 1°° se précipita vers les Alpes avec 60,000 combattants, la politique du duc Charles avait déjà regagné Gênes à la France sans coup férir. 40,000 Suisses, les premiers soldats de l’Europe, attendaient les Français au débouché des seules routes réputées praticables ; mais François I® effectue son passage au travers des rochers impénétrables de l’Argentière, et descend dans les vallées du Piémont ; des négociations s’ouvrent; la paix se conclut avec les Suisses; mais la perfide éloquence du cardinal de Sion, légat du pape s entraîne les montagnards à oublier la vieille foi helvétique ; ils se précipitent à l’improviste sur l’armée française. Tout était perdu sans la vigilance du connétable, qui fut averti à temps de l'approche de l’ennemi; au lieu du désordre d’un bivouac, les Suisses trouvèrent une armée qui les attendait en ligne de bataille,

Nous ne décrirons pas ici ce combat qui dura deux jours entiers, le plus terrible que nous racontent les annales de nos pères. Le connétable, qui en dirigea tous les mouvements, s’y montra aussi intrépide homme d’armes que grand capitaine : enveloppé par un des bataillons Suisses auxquels il venait d'arracher l'artillerie française, il y eût trouvé Ja mort sans le dévouement de quelques chevaliers du Bourbonnais; le duc de Châtelleraut, son frère, fut tué à ses côtés. La victoire resta indécise jusqu’à la fin du second jour ; l’arrivée d’un corps &e Vénitiens au secours des Français détermina les Helvétiens à la retraite, et vingt jours après la bataille de Marignan le connétable remit aux mains de François I°", avec les clefs de la citadelle de Milan, la domination de toute la Lombardie.

Bourbon voulait profiter de ses éclatants succès pour

marcher sur-le-champ à la conquête du royaume de Naples; mais l'adresse du pape Léon X détourna l'orage : François I°° sa laissa déterminer à retourner en France, laissant au connétable le gouvernement du Milanez. Charles eut bientôt à déféhdre contre des forces bien supérieures ce fruit de ses exploits. Excité par les intrigues du pape et du vieux roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, l’empereur Maximilien fondit sur la Lombardie, à la tête d’une nombreuse armée allemande et suisse. Trop faible pour livrer bataille, le connétable ne déploya pas moins d’habileté dans la guerre défensive que d’audace dans l'agression : il se maintint, tantôt dans les murs de Milan, dont il écarta les Impériaux, tantôt sur les bords de l’Adda, vit se fondre peu à peu devant lui cette masse formidable qui devait l’écraser, et finit par en rejeter les débris hors du Milanez ( 1516 ).

Ici s’arrête la prospérité de cette carrière si brillante et si pure; Charles de Bourbon entre dans la seconde période de sa vie! Au moment où, débarrassé des armées de l’empereur, il se dispose à exécuter ses projets sur Naples, il est tout à coup privé de son gouvernement et rappelé en France : on lui refuse non-seulement le payement de ses appointements et de ses pensions, mais le remboursement même des emprunts qu’il a contractés pour solder les défenseurs du Milanez; et lorsque la guerre vient à se rallumer, lorsque François I°° marche dans les Pays-Bas contre le nouvel empereur Charles- Quint, le roi ne craint pas d’enlever au connétable le commandement de l'avant-garde, essentiellement attaché à sa charge, pour le donner à son beau-frère, le duc d'Alençon (1521). Ces affronts, qui ont déjà ulcéré profondément l’âme altière du duc Charles, ne sont que le prélude des coups qu’on se prépare à lui porter. Il avait perdu en peu de temps son épouse et trois enfants qu’elle lui avait donnés : tout à coup, en dépit de ses droits, fondés à la fois sur la loi salique (elle était en vigneur pour les domaines des Beurbons comme pour la couronne de France), sur le testament de la duchesse Susanne, et, disons plus, sur laffection de ses vassaux , une action en revendication est intentée en parlement contre le connétable, au nom de madame Louise de Savoie, duchesse d’Angoulème, mère du roi, comme la plus proche parente et l’héritière légitime de Susanne de-Bourbon. Cette prétention insoutenable ne fut abandonnée qu’en faveur d’une autre plus inique encore, celle de la réversion à la couronne des domaines des Bourbons, par lextinction de la branche aînée. Après un an de délibération (août 1523), le parlement appointa les parties au conseil, et ordonna le séquestre des biens en litige.

Ces infâmes persécutions parlaient d’une cause plus active et moins générale que l’ingratitude et la méfiance ordinaire des cours. Quelque odieuse qu’ait été dans ces circonstances la conduite de François 1°", il n’était pas le principal coupable. La mäle beauté du connétable, la noblesse de ses manières, son austérité même peut-être, avaient produit depuis longtemps une impression profonde sur la mère du roi : Louise de Savoie, toute puissante sur l'esprit de son fils, spirituelle, intrigante, belle encore, s'était flattée d’enchaîner à son char le sévère Bourbon; ce fut en grande partie à ses bons oflices qu’il dut l'épée de connétable, mais elle se lassa promptement de le voir guerroyer loin d’elle en Italie, et contribua grandement à son rappel : le fier connétable répondit mal à ce qu’elle attendait de lui, et dissimula peu son dégoût pour une femme aussi perverse qu'immorale. L'amour méprisé se tourna en haine furieuse, et Louise n’aspira plus qu’à la perte du duc Charles ; ellese livra sans réserve aux avis du chancelier Duprat, Le pire des bipèdes, comme l'appelle un contemporain. De là le fatal procès, de là les résolutions désespérées où ne tarda pas à se précipiter le malheureux prince. Les outrages dont il s'était vu l’objet avaient exercé sur son caractère une influence funeste : aigri, poussé à bout, il s'était familiarisé peu à peu avec des idées qui l’eussent frappé d'horreur quelques années auparavant,

BOURBON

et les propositions de l'astucieux Charles-Quint le trouvèrent prêt à tout oser pour se venger.

Il conclut un traité secret avec l’empereur et le roi d’Angleterre pour la ruine de François 1°" et celle de la France. Il devait recevoir, avec la main ’Éléonore d’Autriche, sœur de l’empereur, l'investiture d’un royaume composé de ses domaines et des provinces de l’ancien royaume de Bourgogne : le reste de la France devait se partager entre les alliés. Une lettre qui ordonnait au connélable de rejoindre le roi à l’armée d’Italie, sans doute en qualité d’otage, apprit à Bourbon qu'il était au moins fortement soupçonné ; cependant François 1° tenta un effort pour regagner ce dangereux sujet : il alla trouver à Moulins , où il était malade, et lui promit satisfaction sur tous ses griefs ; mais ü était trop tard; Bourbon ne répondit que par la dissimulation à des offres qu’il croyait peu sincères ; les délais réitérés qu’il opposa aux ordres du roi, et les révélations de deux de ses complices décidèrent enfin François 1° à commander au maréchal de Chabannes de le lui amener mort ou vif. Hors d'état de résister, le connétable ne jugea point à propos de soutenir un siége dans Chantelle, où il s'était retiré, et, licenciant sa maison , il se jeta dans les montagnes, suivi d’un seul gentil-homme. Après avoir erré longtemps en Auvergne, dans le Gévaudan , dans les Cévennes, il gagna la Franche- Comté, province impériale, où il fut rejoint par un grand nombre de ses serviteurs, échappés, comme lui, aux fers de François I. Celui-ci, effrayé des conséquences d’une telle défection , envoie offrir par deux fois au duc Charles la restitution de tous ses biens, son pardon et celui de ses amis : le duc hésita sans doute; mais il n’osa se fier aux promesses d'un prince soumis à l'influence de Louise et de Duprat, et il refusa, Peu de temps après, il était lieutenant général des armées impériales en Italie!

Lautrec, successeur de Bourbon dans le gouvernement du Milanez, n’avait pas tardé à reperdre cette belle province, et François 1‘* venait de charger son favori Bonnivet de reconquérir de Lombardie, Bonnivet, le plus vain et le plus arrogant des ennemis du duc Charles. Ce fut avec une joie farouche que Bourbon se vit opposer un pareil adversaire. Bonnivet, forcé à la retraite par ses fautes et par la désertion des mercenaires suisses, qui faisaient l'élite de son infanterie , fut atteint par son rival au passage de la Sechia.

Blessé gravement , le général français fut obligé de quitter

le champ de bataille, et bientôt après le brave Bayard tomba frappé d’un coup mortel en soutenant le choc à la tête de l’arrière-garde. Le connétable arriva comme il allait rendre le dernier soupir. « Ah! s’écria-t-il, Bayard, que je vous plains! — Non, monseigneur, c'est vous qu'il faut plaindre! » murmura en expirant le dernier des chevaliers. Bourbon passa outre, la tête baissée et sans répondre,

Le procès criminel qu'on faisait instruire contre lui à Paris lui rendit toute sa fureur, et il répondit aux sommations juridiques en se présentant sur la frontière à la tête d’une

armée victorieuse. Son projet était de marcher sur Lyon

pour pénétrer dans le centre de la France et y exciter une révolution : l'empereur Charles-Quint l’obligea d’entreprendre à contre-cœur le siége Tarseille , où il perdit un temps précieux ; la disette, les maladies et surtout la résistance héroïque des habitants le contraignirent enfin de lever un siége pendant lequel il s'était vu abreuvé de dégoûts par les généraux de l'empereur, ses collègues. La mort dans le cœur, il repassa enfin les Alpes, poursuivi par 40,000 hommes, que commandait François 1°" en personne (1524). Sa situation semblait désespérée. Tout à coup il quitte secrètement son camp, vole à Turin chez le duc de Savoie, en obtient des valeurs pers à en or et en pierreries, passe en Allemagne, cette pépinière inépuisable de hardis aventuriers, et reparaît soudain en Lombardie à la tête de 13,000 soldats d'élite, Réunissant aux troupes espagnoles et italiennes ce redoutable renfort, il marche droit à Pavie,

BOURBON

qu'assiégeait François 1°’ avec le gros de son armée. On sait ce qui en advint et quel fut le résultat de la bataille de Pavie,

. Si Charles-Quint, pour lequel le connétable venait de vaincre, eût eu le génie et l'audace de son lieutenant, s’il l’eût mis à même de réaliser ses vastes projets, il est impossible de calculer quelles eussent été les suites de la journée de Pavie; mais l'empereur perdit le temps à négocier avec son prisonnier : peu confiant dans les intentions de Bourbon , il songea moins à profiter immédiatement de la victoire qu’à soustraire au connétable l'illustre vaincu, dont la possession rendait le duc Charles Parbitre des événements. François 1° fut embarqué pour l'Espagne à l'insu de Bourbon; celui-ci, dévorant son dépit, suivit son captif en Castille, où la réception magnifique de Charles-Quint ne dut pas le dédommager de lanimadversion des Espagnols, dont la loyauté repoussait en lui un transfuge. Charles de Bourbon semblait destiné à être toute sa vie la victime de l'ingratilude des rois : Charles-Quint abandonna presque entièrement les intérêts de son allié dans le traité qu'il accorda enfin à François 1°’, et lui enleva la main de sa sœur, si solennellement promise, pour la donner au roi de France; on assure même qu’il empêcha le monarque vaincu d'offrir à Bourbon Marguerite de Valois en gage de réconciliation. L'empereur s’efforça cependant d’apaiser le juste ressentiment du connétable par la promesse de la souveraineté du Milanez. Bourbon n'avait d’autre parti à prendre que l’acceptation ; le traité de Madrid, qui du moins lui assurait la restitution de ses biens, venait d’être mis à néant par François 1°", de retour dans son royaume. Il se rembarqua, mais sa situation devenait de plus en plus difficile : 9 à 10,000 soldats épuisés par la débauche et les maladies, voilà tout ce qu'il pouvait opposer à 35,000 ennemis qui le pressaient de toutes parts : il eut recours une seconde fois à l’expédient qui l'avait déjà sauvé. A son appel se levèrent les plus braves aventuriers de l’Allemagne, et il se vit de nouveau à la tête de 25,000 hommes, déterminés à le suivre partout, fût-ce en enfer, disaient-ils eux-mêmes. Bourbon commença alors à se relâcher de sa circonspection, et à se montrer en maitre dans le Milanez, sans attendre l'investiture impériale : les places les plus importantes du duché de Parme furent données à des Français, compagnons d’exil du connétable, et il revêtit ostensiblement de sa confiance le Milanez Moroni, ennemi le plus implacable de l'Espagne.

Il quitta enfin Milan vers la fin de 1526, et, rassemblant tous les corps de son armée, il se porta rapidement hors de la Lombardie, menaçant également Plaisance, Modène et Bologne. Toute l'Italie était dans l'attente : personne ne connaissait le but de l’expédition, pas même les compagnons d'armes de Bourbon, auxquels il avait promis seulement avec mystère de les mener en un lieu où ils se pourraient enrichir à jamais. Après plusieurs mois de marches et de contre-marches à travers les armées papale, vénitienne et française, beaucoup plus fortes que la sienne, après des séditions où il courut risque de la vie, et où il n’apaisa ses soldats, irrités et fatigués, que par l'abandon de tous les débris de sa fortune, saisissant l'instant qu’il jugea favorable, il apprit enfin à son armée où il la conduisait. Le nom de l’opulente et gigantesque capitale du monde chrétien fut accueilli avec des acclamations frénétiques; on abandonna les bagages, l'artillerie même, et une course d’une incroyable célérité transporta les aventuriers sous les murs de Rome. C'était le soir du 5 mai 1527; il fallait agir promptement : les armées italiennes n'étaient pas loin; se trouver entre elles et Rome, c’était s’exposer à une perte certaine. L'attaque fut donc fixée au lendemain, à la pointe du jour, Les Romains, excités par le clergé à une vigou-

reuse résistance contre un ramassis de brigands, sour la plupart hérétiques, couvraient au loin les remparts de limmense cité. Bourbon opéra ses approches à la faveur d’un

DICT, DE LA CONYERS, — T, IN

épais brouillard ; puis, au lever du soleil, il fait sonner la charge, et, s’avançant vers une brèche que le hasard lui a fait découvrir, il plante le premier l'échelle contre l’escarpement intérieur, et s'élance à l'assaut; au même instant un coup d’arquebuse, parti, dit-on, de la main du fameux Benvenuto Cellini, le renverse mortellement blessé dans le fossé. Ses dernières paroles furent un ordre de cacher sa mort à l'armée; mais cette fatale nouvelle ne tarda pas à être connue, et, loin de produire l'effet décourageant qu'il redoutait, elle ne fit que redoubler la rage du soldat, dont l'impétuosité devint irrésistible, et Rome, emportée d'assaut, put se croire de nouveau au temps d’Alaric et des Vandales.

Ainsi finit Charles de Bourbon, au moment où il allait peut-être poser sur son front la couronne d'Italie, et fourner contre l'Empire et l'Espagne cette épée invincible qui avait brisé la fortune de François 1‘*. La haine de François IT et de Madame survécut à leur ennemi; ils firent reprendre son procès au parlement, et lancer contre celui qu'ils ne craignaient plus désormais un arrèt d’infamie et de confiscation; mais Charles-Quint, affectant envers la mémoire de son dangereux allié une fidélité magnanime, exigea de François 1°", par un article du traité de Cambrai, l'annulation de cette procédure et la restitution des biens du connétable à ses héritiers légitimes. Henri MARTIN.

BOURBON (ANroine DE), roi de Navarre, père de Henri IV et fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, naquit en 1518. Il fut d'abord nommé duc de Vendôme, devint, de son chef, premier prince du sang de France, et épousa , en 1548, Jeanne d’Albret, héritière de Navarre, qui lui apporta en dot la vicomté de Béarn, la Basse-Navarre française et le titre de roi. Ce prince, intrépide maïs irrésolu, flotta presque constamment entre les deux religions et les deux partis qui divisaient la France. Après la mort de Henri II, le connétable de Montmorency, pour balancer le crédit des Guises, le pressa de venir prendre sa place au conseil du nouveau roi de France; mais Antoine n’osa se fier d’abord à Montmorency, qui avait conseillé aufrefois à Henri If de s'emparer du dernier lambeau de sou royaume de Navarre envahi aux trois-quarts par Ferdinand le Catholique ; et lorsqu'il se fut décidé à faire le voyage de Paris , il n’y arriva que pour entendre François II lui déclarer qu'il avait confié les rênes du gouvernement à ses oncles les Guises. Pour l’éloigner au plus vite, on le chargea de conduire à la frontière la princesse Élisabeth de France, qui allait épouser le roi d’Espagne Philippe I.

Rebuté, il se réfugie en Béarn, où, par son irrésolution, il se perd dans l'esprit des Huguenots, qui n’aftendaient qu’un chef pour prendre les armes. Le prince de Condé, son frère, plus entreprenant, met fout en œuvre pour l’entraîner dans sa révolte. Les deux frères sont mandés à Paris. Antoine refuse tout secours de la noblesse, et veut se présenter armé de sa seule innocence, Apprenant que les Guises ont arraché à François II l'autorisation de l’assassiner : « S'ils me tuent, dit-il à son gentilhomme Reinsy, portez à ma femme et à mon fils mes habits sanglants; ils sauront ce qui leur reste à faire. » Il entre calme et intrépide dans la salle du conseil, et impose à ses ennemis, qui n’osent aftenter à ses jours. Mais les dangers qui le menacent après la condamnation de Condé le décident à abandonner la régence à Catherine de Médicis pendant la minorité de Charles IX, à servir la reine-mère, dont il est haï, et à se réconcilier même avec les Guises, qui lui promettent sans cesse la restitution de son royaume de Navarre, ou la Sardaigne en échange.

Détaché dès lors des Huguenots, il embrasse la religion Catholique, renvoie en Béarn Jeanne d’Albret, après lui avoir enlevé l'éducation du jeune Henri, et forme avec le duc de Guise et Montmorency ce que les protestants appellent le ériumvirat, La guerre civile allumée, Condé,

chef des Huguenots, s'approche en armes de Fontainebleau, où se frouvent la cour, son frère Antoine et Catherine, qui, alors d'intelligence avec Condé, voulait se remettre entre ses mains, Antoine, gagné par les Guises, force la reine hésitante à ramener le roi à Paris. Au milieu des hostilités, les deux frères eurent, en présence de Catherine, à Thourie (Ille-et-Vilaine) une entrevue dans laquelle ils échangèrent les plus sanglants reproches. On rompit la conférence pour reprendre les armes.

L'amour d’Antoine pour la belle du Rouet , demoiselle d'honneur de Catherine, le retenait dans le parti catholique. S'étant mis à la tête de l’armée royale, il fit échouer, à l'ouverture de la campagne de 1562, là première attaque de Condé, et soumit les villes de Bourges, Blois et Tours. Blessé dans la tranchée d’un coup de mousqueton au siége de Rouen, il s’y fit porter sur sen lit par ses suisses, et entra par la brêche dans la place. Sa blessure, qui n'était pas mortelle, le devint par son incontinence. Pressé de revenir à Paris, el remontant la Seine en bateau, une fièvre ardente et des douleurs aiguës l’obligèrent à se faire débarquer aux Andelys, où il expira, le 17 novembre 1562, peu regretté des catholiques et en horreur aux protestants, qu’il avaitrabandonnés. Les Parisiens prétendirent ironiquement qu’en ouvrant son corps on n’y avait trouvé ni cœur ni fiel. Il avait dû épouser Marie Stuart, mariage qui, au lieu des resles, toujours contéstés, du royaume de Navarre, lui eût apporté l'Écosse et peut-être la Grande-Bretagne.

BOURBON ( Cnarzes DE), fils du duc de Vendôme, cardinal, archevêque de Rouen et légat d'Avignon, oncle paternel d'Henri IV, né le 22 décembre 1523, n'appartient à l’histoire que par le rôle du roi que lui firent jouer les Guises. Il fut reconnu roi sous le nom de Charles X par la ligue el par toutes les villes et les provinces qui suivaient ce parti, c’est-à dire par la majorité de la France; et pendant plusieurs années les actes du gonvernement et les arrêts des parlements, notamment de celui de Dijon, furent rendus au nom de Charles X. A ce tire il joignit celui de protecteur de la religion en France, qui après lui tut conféré à Philippe I, roi d'Espagne.

Le cardinal de Bourbon devait tout aux Valois, et il ne fut qu'ingrat à l’égard d'Henri III; mais c'était pour lui un devoir de ne pas compromettre les droits éventuels de son neveu le roi de Navarre. Le premier acte de son prétendu règne fut un manifeste qui invitait tous ses sujets à maintenir la couronne dans la branche catholique; et afin que rien ne manquât à cette parodie, les Guises l’avaient déterminé à épouser la duchesse douairière leur mère. Jusque alors le cardinal n'avait manifesté son dévouement à la ligue que par des processions et des prières de quarante heures ; il n'avait même signé l’union qu'à la sollicitation du duc de Nevers.

Il fallait, pour associer les masses à cette singulière révolution dynastique, parler à leurs passions, à leurs intérêts. Les Guises se gardèrent de joindre au nom du vieux Bourbon sa qualité de cardinal. Une proclamation solennelle fut adressée à tous les Français par la confédération catholique ; elle promettait le maintien des priviléges de la noblesse, l'abolition des impôts introduits depuis Charles IX, le maintien des droits des parlements et de lautorité des états.

Ce manifeste fut le prélude d’une commotion générale, le duc de Guise, régnant sous le nom de Charles de Bourbon, comme il avait régné sous celui du dernier des Valois, s’empara, au nom de la sainte ligue, de Verdun, de Châlons et d’autres villes. Henri HIT flottait incertain entre la ligue et les Hugnenots, dont le roi de Navarre était le chef. Enfin il signa le traité de Nemours, que lui imposèrent les Guises, et pendantqu'il acceptait d'eux ces conditions honteuses, le cardinal de Bourbon était reconnu roi à Paris et

BOURBON

régnaient ni l’un ni l’autre. Le cardinal avait quitté la pourpre et pris la cuirasse, et se couvrait de l’une ou de l’autre suivant la circonstance ; il ne s’occupait nullement des affaires de l'État, mais beaucoup de processions. Henri LIT en faisait autant, et les deux rois se trouvèrent souvent en-

| semble aux mêmes processions. La royauté de Charles de

Bourbon datait de 1585.

Cependant le cardinal lui-même ne se regardait que comme l'héritier présomptif de la couronne, ainsi qu'il le déclarait à Henri III dans un entretien qu’il ent avec ce prince au château de Gaillon. Le vieux cardinal n’avait que par moment la velliété de régner, et il s’exprimait tout différemment dès qu’il se trouvait avec le président de Harlai et avec ses confidents intimes, « Ne crois pas, disait-il à l’un deux, que je me sois accommodé sans raison avec ces gens-ci (les ligueurs); penses-tu que je ne sache pas bien qu’ils en veulent à la maison de Bourbon, et qu’ils n’eussent pas laissé de faire la guerre quand je ne me fusse pas joint à eux? Pour le moins, tandis que je suis avec eux, c’est toujours Bourbon qu’ils reconnaissent: Le roi de Navarre, mon neveu, cependant, fera sa fortune. Ce que je fais n’est que pour la conservation du droit de mes neveux ; le roi et la reine en savent bien mon intention. » Il est juste de faire remarquer que le cardinal écrivait dans le même sens à Heori IV; mais il était alors prisonnier, et sa monomanie de royeuté ne put tenir contre le besoin d’obtenir sa liberté.

Les Guises persistaient à faire reconnaître le cardinal de Bourbon pour roi par tous leurs adhérents; ils ne purent y parvenir qu’en partie. Les Français, quelle que fût leur croyance religieuse, pouvaient difficilement s’habituer à avoir pour roi un prêtre, {ût-il cardinal. L’incapacité légale de Charles de Bourbon était encoreune chance de succès pour les Guises. Henri III lui-même se prêtait merveilleusement à la réussite de leurs desseins ; ce prince sans caractère venait d’exclure Henri de Navarre de la succession éventuelle au trône,;en désignant le cardinal de Bourbon pour son successeur. Il lui donna, par son édit du 16 août 1588, droit, en qualité de son plus proche parent, d'accorder des maîtrises dans toutes les villes du royaume; et les officiers et domestiques de la maison du cardinal furent, comme ceux de la maison du roi,exemptés d'impôts. Ce droit d'accorder des maîtrises était une prérogative toute royale. Les ligueurs se prévalurent de cet édit pour faire reconnaître le cardinal sinon comme prince régnant, du moins comme unique et légitime héritier de la couronne; et lorsque l’édit fut présenté à l’enregistrement du parlement de Paris, François Hotman interpréta l’édit dans ce sens.

Henri III, ayant fait assassiner Henri de Guise, avail

| par le même motif fait arrêter et conduire au château de Fon-

dans toutes les cours souveraines de France En fait. ils ne

tenai-le-Comte le cardinal de Bourbon. Les ligueurs ne continvèrent pas moins à l’appeler lecardinal-roi.Mendoze, ambassadeur du roi d'Espagne, fit déférer au roi son maltre le titre de protecteur dela France avec tous les droits attribués à la régence pendant la captivité du cardinal-roi, et ie conseil des Seize donna la plus grande publicité au projet de traité qu'il était prêt à souscrire avec le roi d’Espagne. On distribuait en même temps dans Paris et les principales villes de province des médailles à l'effigie du cardinal avec le nom de Charles X. Le 21 novembre 1589 un arrêt, rendu sur leg conclusions conformes du procureur général, avait ordonné à tons les Français de reconnaître pour roi Charles X, héritier de la couronne de Henri III, récemment assassiné par le moine Jacques Clément, et de consacrer leurs biens et leurs vies à le tirer de prison, Le même arrêt maintenait le duc de Mayenne dans la charge de lieutenant général du royaume, jusqu'à ce que le roi (Charles X ) jouit d'une entière et pleine liberté, Le cardinal, toujours prisonnier dans le château de Fontenai-le-Comte, y mourut de la pierre, en 1599, âgé de soixante-dix ans, « Il fut, dit de Thou, dévot jusqu'à la superstition; du reste, libéral, volupineux, cré-

BOURBON

dule à l'excès; il ajoutait foi aux astrologués , qui en lui | faisant espérer de monter un jour sur le trône devinrent la cause de sa perte. » Durex (de l'Yonne).

Un autre Charles ve BourBon, dit Le jeune, ou encore le cardinal de Vendôme, neveu du précédent, se fit chef du tiers parti après la mort de Henri Il]. Voyant que Henri IV, malgré tous les avis de ses partisans, hésitait à | embrasser le catholicisme, il se crut appelé à hériter des droits de son cousin, incapable de monter sur le trône comme Aérétique obstiné. Pierre de L'Étoile rapporte dans son journal que le tiers parti, dont le cardinal s'était fait le chef, entendait non-seuleinent se débarrasser de Henri IV et des princes de Conti et de Montpensier, mais encore faire des : conditions à Charles de Bourbon en le proclamant roi ; et que sur le trône ce prince aurait joui derevenus bien moins considérables que ceux qu’il tirait de ses bénéfices. L’intrigue montée par ce parti, qu'Henri IV appelait en riant es liercelets, échoua; et le cardinal de Bourbon, qui en fut pour la couronne, dont un instant il s'était cru sûr, en tomba malade de chagrin. Le roi l’alla voir ; et toute la vengeance qu'il tira de lui, ce fut de lui adresser en se retirant cette plaisanterie. « Mon cousin , prenez bon courage ; il est vrai que vous n’êtes pas encore roi, mais le serez possible après moi. » Le cardinal mourut le 30 juillet 1594.

BOURBON (Nicouas), l'ancien, né à Vandeuvre, près de Bar-sur-Aube, en 1503, d’un maître de forges, excella tellement dans les belles-lettres , et surtout dans la langue grecque, que Marguerite de Navarre lui confia l'éducation de la célèbreJeanne d’Albret, sa fille, mère de Henri IV. Dégoûté de la cour, après y avoir vécu quelques années, il se retira à Candé, petite ville sur les confins de l’Anjou et de la Touraine, où il avait un bénéfice, et y mourut en 1550. Il avait cultivé avec succès la poésie latine, et Érasme, Paul Jove, Joachim de Bellay et Sainte-Marthe prisaient ses Nugæ (bagatelles ). Scaliger, au contraire, le traite de poëte qui ne mérite aucune considération.

BOURBON (Nicozas), le jeune, petit-neveu du précédent, naquit aussi à Vandeuvre, en 1574, fit ses études à Paris, sous Passerat , et devint successivement professeur de rhétorique dans les colléges de Calvi, des Grassins et d’Harcourt. Le parlement ayant supprimé le droit du landy, que les régents levaient sur leurs écoliers , il s’en vengea par une satire ( Indignatio), qui lui valut quelques mois de prison. Le cardinal du Perron , pour le récompenser de sabelle imprécation contre les assassins de Henri IV, le nomma professeur de grec au Collége de France, fonctions qu'il remplit avec distinction de 1611 à 1620 ; il entra alors dans la congrégation de l'Oratoire. Trois ans après, il fut nommé chanoine de Langres, et en 1637 membre de l’Académie Française, où il alla rejoindre Balzac, avec qui il avait eu de violentes disputes littéraires. Des amis communs les réconcilièrent. En le faisant admettre panni ses quarante, le cardinal de Richelieu avait voulu le payer de quelques inscriptions qu’il avait faites pour sa galerie, L'auteur, qui écrivait aussi bien en prose et poésie latine qu’il écrivait mal en français, convenait de bonne foi que jamais il n'avait élevé ses prétentions à l’Académie , et Balzac ne le croyait guère propre à coopérer au grand défrichement de notre langue. Bourbon mourutdans la maison de l’Oratoire, en 1644.

BOURBON (Ile). Voyez RÉuNIoN (Ile de la).

BOURBON ( Théâtre du PETIT-). Tout près du Louvre, du côté de Saint-Germain l’Auxerrois, aux environs de la Seine, s'élevait jadis un hôtel qui avait appartenu au fameux connéfable Charles de Bourbon. Lorsque, par

suite de sa révolle, il: eut été déclaré traître et criminel de lèse-majesté, on y brisa ses armoiries’, on y sema du sel, on en fit barbouiller de jaune les portes et les fenêtres par la main du bourreau. Cette maison prit alors le nom de Garde-Meuble du roi. Elle ne fut détruite que vers l’anaée 1760. Vis-à-vis ou à côté, sur le quai, s’éleva le théâtre

ro

auquel , en raison de ce voisinage, on donna le nom de Théâtre du Petit-Bourbon. Nous n’avons pu découvrir l’époque précise de sa fondation, mais il existait du temps de Charles IX, et c’est d'une de ses fenêtres que ce prince, pendant le massacre de la Saint-Barthéle m y, tirait avec une arquebuse sur les Parisiens huguenots qui passaient l’eau pour se sauver au faubourg Saint-Germain, Saint- Foix dit que ce fut d’une des fenêtres de l’ancienne maison du connétable ; mais il aurait fallu que le roi eût traversé la rue pour se rendre dans cette maison, qui ne touchait pas au Louvre. Le théâtre, au contraire, était contigu à ce palais. Lorsqu’à la fin de 1792 la Convention nationale fit placer la fameuse inscription qui rappelait le sanguinaire fa-

| natisme de Charles IX, on l'attacha à une fenêtre de la ga-

lerie d’Apollon, parce que le reste n’existait plus.

Ce fut sur le théâtre du Petit-Bourbon que fit son apparition, le 19 mai 1577, une troupe de comédiens italiens , nommés Gli Gelosi, qu'Henri II avait appelés de Venise, et qui venaient de jouer aux états de Blois. Comme ils ne prenaient que quatre sols par personne, ils attirèrent plus de monde qu’il n’y en avait pour entendre les quatre prédicateurs les plus renommés de la capitale. Contrariés par divers arrêts du parlement , malgré la volonté du roi, qui les soutenait , ils jouèrent encore au mois de septembre; mais les troubles qui agitèrent le royaume les forcèrent de partir.

Ce fut au théâtre du Petit-Bourbon, pour la noce du due de Joyeuse, son favori, avec mademoiselle de Vaudemont, sœur de la reine Louise de Lorraine, qu'Henri III fit exécuter , le 15 octobre 1581, le ballet comique de la reine, composé et dirigé par Baltazar de Beaujoyeulx, valet de chambre du roi et de la reine mère. Dans la préface de la description de ce ballet, imprimée en 1582, in-4°, avec figures, on dit que la salle contenait ce jour-là 9 à 10,000 spectateurs, nombre exagéré sans doute , car dans la gravure qui représente cette salle on n’aperçoit que deux galeries, au-dessus l’une de l’autre , et derrière l’estrade où étaient piacés le roi, les reines et les personnes de la cour, un amphithéâtre de quarante banquettes. D’ailleurs, il n’y avait ni scène ni parterre ; l'enceinte était comme un cirque ou un manége. Un orateur s’avançait devant le roi pour le haranguer, et les autres acteurs venaient y jouer leur rôle et se retiraient ensuite dans le fond. La représentation de ce ballet où figuraient presque toutes les divinités du paganisme, dura depuis dix heures du soir jusqu’à trois heures après minuit, chose extraordinaire à une époque où tout le monde soupait et se couchait de très-bonne heure.

Le théâtre du Petit-Bourbon était probablement fermé depuis longtemps, lorsque le cardinal Mazarin y fit représenter , le 14 décembre 1645, devant Louis XIV et la reine Anne d'Autriche, le premier opéra chanté, La Festa teatrale della finta Pazza, de Jules Strozzi. On en joua d’autres les années suivantes. Mazarin avait fait venir d'Italie les musiciens , les chanteurs, les architectes et les ouvriers nécessaires. Le machiniste et décorateur Jacques Torelli métamorphosa la salle en un vaste théâtre, d’une grande élévation et d’une belle profondeur, Ses décorations et ses machines furent tellement goûtées, qu'on les grava en tailledouce. Ce spectacle de 1645 finit par des ballets de J.-B. Balbi, dans lesquels on vit danser des ours , des singes et des autruches. En janvier 1650 on y représenta l’Andromède de P. Corneille. Torelli fut encore chargé par la reine de l’agrandissement et de la décoration de Ja salle. Après la guerre de la Fronde, Mazarin fit venir une autre troupe italienne, qui débuta le 10 août 1652 au théâtre du Petit- Bourbon, et conlinua d’y jouer les années suivantes.

Ce théâtre avait été, comme l’on voit , le berceau de l’opéra, des ballets et de la comédie italienne en France. Sil ne fut pas aussi le berceau du théâtre français, honneur qu’ dut céder authéâtre de l’hôtel de Bourgogne, il eut du moins la gloire de posséder le coryphée des auteurs co-

miques anciens et modernes, et d’être le champ de ses premiers triomphes, En 1658 Louis XIV, ayant vu à Rouen la troupe de Molière , en fut si satisfait qu'il la fit venir à Paris, lui donna le nom de froupe de Monsieur, et l'établit au théâtre du Petit-Bourbon, pour y jouer alternativement avec les Italiens. Là furent représentés, de 1658 à 1660, L'Étourdi, Le Dépit amoureux, Les Précieuses ridicules, et Le Cocu imaginaire.

Le théâtre du Petit-Bourbon , dont la condamnation avait été prononcée dès le mois de juillet 1659 , offrit encore aux Parisiens un spectacle nouveau. Des comédiens espagnols vinrent avec l'infante Marie-Thérèse, nouvelle épouse de Louis XIV. Ils jouaient, chantaient et dansaient. Ils donnèrent trois représentations au mois de juillet, la première à 5 fr., la seconde à 3 fr. ; maïs à la troisième, il n’y eut personne , sans doute parce que la langue espagnole n’était pas assez connue en France, quoiqu’elle le fût alors infiniment plus qu'aujourd'hui. Le {{ octobre suivant on commença la démolition du théâtre ; elle fut achevée à la fin du mois. Sur son emplacement on bâtit, du côté du quai, la partie de la colonnade du Louvre dont Louis XIV posa la première pierre le 17 octobre 1665, Le roi donna aux Italiens et à la troupe de Molière le théâtre que le cardinal de Richelieu avait fait bâtir au Palais-Royal. Quant aux comédiens espagnoks, ils furent entretenus par la reine Marie-Thérèse jusqu'au printemps de 1672, qu’ils repassèrent les Pyrénées. Mais ils ne jouaient, sans doute, sur aucun théâtre de Paris,

Page 1