BOURBONNE-LES-BAINS
impunément dans veu. ntaine, non plus que dans la suivante : la peau serait rapidement rubéfiée, puis brûlée : on cite même de funestes effets de pareilles immersions. L'eau de cette source durcit un œuf en vingt-quatre heures. 2° le Puisart ou la source des bains civils, dont la température est de 56° cent. ; 3° la fontaine des bains militaires, 50° cent. On la nomme encore dans les vieux livres le bain Patrice, et nous laissens aux archéologues et aux curieux le soin de rechercher l’origine de cette dénomination.
Les eaux de Bourbonne sont claires, incolores, d’une odeur un peu sulfureuse , d’un goût très-analogue à celui du bouillon de veau salé, et rudes à la peau; un peu plus pesantes que l’eau distillée, elles marquent deux degrés sept dixièmes à l’aréomètre de Baumé. La température, si l’on en juge par le témoignage des auteurs, en varie notablement. Les trois sources réunies fournissent environ 102 mètres cubes d’eau dans l’espace de vingt-quatre heures. Il se dégage des sources une grande quantité de gaz azote, ce qui les rend toujours bouillonnantes, dans les temps d'orage surtout. Cela peut aller en de pareilles conjonctures jusqu’à faire rejaillir l’eau à d'assez grandes distances. Peu d'eaux sont plus salines que celles-ci : un kilogramme donne à l'analyse chimique 7 grammes 98 centigrammes de sels, savoir : 58°,32 de muriate de soude, 05,85 de muriate de chaux , 08",11 de carbonate de chaux, 08",85 de sulfate de chaux, 05”,85 de sulfate de magnésie.
En outre, M. A. Chevalier a trouvé dans cette eau une petite quantité d’arsenic, ce qui d’ailleurs lui est commun avec d’autres eaux contenant comme elle plus ou moins de sels carbonatés. On y a de même signalé une petite quantité de brôme, un peu de fer, que l’aimant peut manifester et soustraire aux boues desséchées. Quant au gaz qui s’en dégage, il paraît que c’est de l’azote pur ou à peu près pur. Sa présence provient probablement des résidus de l'air que l’eau entraine avec elle dans les gouffres ou souterrains où elle se minéralise on ne sait comment; et si l'oxygène en a été séparé, cela parait tenir aux combinaisons qu’il aura contractées avec les substances minérales, qui, comme on sait, ont pour ce gaz une grande affinité.
On pourrait appliquer aux eaux de Bourbonne, ainsi qu’à beaucoup d’autres, cette légende d’une ancienne famille de la Normandie : Fons ignotus, virtutes cognilæ. Les eaux de Bourbonne sont employées avec succès dans les maladies scrofukeuses, dans les rhumatismes, soit articulaires, soit musculaires chroniques , à la suite des fractures mal consolidées et des entorses, pour les douleurs qui survivent à d'anciennes blessures; mais leur efficacité est: surtout manifeste dans les plaies d'armes à feu et dans les paralysies que l’apoplexie n’a point causées. Elles ne conviennent ni dans la syphilis, ni dans la goutte, ni contre les maladies de la vessie ou de la peau, qu’elles aggraveraient au lieu de les calmer ou de les guérir. II est quelques écoulements chroniques que ces eaux ont la vertu de tarir ou de modérer, à cause de l’irritation qu’elles déterminent à la peau. Elles produisent en quelque sorte l’effet d’un sinapisme universel et inoffensif, Les eaux dont nous parlons conviennent principalement aux tempéraments Iymphatiques, aux hommes difficiles à exciter, durs ou peu sensibles. On a coutume d’en défendre l'usage aux personnes nerveuses, susceptibles , maigres , délicates, ou très-sanguines, mais surtout aux jeunes personnes : ces eaux si rudes ternissent la beauté. On prend ordinairement dans une saison de vingt à vingt-sept bains, à la température de 36 à 37° tout au plus. On est obligé par conséquent de laisser refroidir l’eau des sources, et à cet effet on élève, la veille, dans des réservoirs en plomb, toute l’eau dont il sera besoin le lendemain pour mitiger et tempérer l’eau trop chaude des sources. Chaque bain dure trente à quarante minutes; il serait souvent dangereux d’y séjourner beaucoup plus longtemps.
Les douches soulagent les douieurs locales. On a coutume
de les prendre à la température de 47 à 50° cent., et on les reçoit de préférence sur la colonne vertébrale, sur le sacrum, au-dessus de la clavicule, et en général suivant la direction des nerfs, évitant toutefois de les faire tomber ou sur la tête, ou trop immédiatement sur les parties douloureuses. La durée des douches ne doit guère excéder dix minutes, après quoi il faut prendre un bain, puis se remettre au lit et se rendormir. Ces eaux déterminent ordinairement de grandes transpirations. Quelques personnes se contentent de boire à la fontaine. Une pinte ou deux tout au plus, telle doit être la dose de chaque jour; car à doses plus élevées on s'expose à des coliques, à des gonflements, à des assoupissements, à des dérangements d’intestins et à la perte de l'appétit. L'essentiel n’est pas de boire des cruches d’eau chaude, il faut que ce liquide passe sans causer de souffrance; il faut qu'on puisse, sinon le digérer, au moins se l'assimiler, l’absorber. 11 est vrai qu'un ancien médecin, nommé Juy, cite des malades qui de son temps buvaient jusqu'à quatre-vingts verres d’eau dans une seule matinée : c’est à peu près vingt livres ou dix litres; mais ce sont là des excès périlleux. On a quelquefois fait usage des boues de Bourbonne dans quelques maladies locales, à peu près comme de celles de Saint-Amand ou de Bourbon-Larchambaut, mais cela n’est plus de mode aujourd’hui.
Bourbonne est maintenant une propriété de l’État, depuis que le gouvernement de Napoléon s’en empara en 1812. Année commune, il ne vient pas à Bourbonne beaucoup moins de huit cents malades civils, sans compter quatre à cinq cents amis des malades ou simples amateurs. Quant à l’hôpital militaire, Louis XV le fonda en 1732, et Louis XVI l'agrandit en 1785. Six à huit cents militaires y sont traités chaque année aux frais de l'État, ce qui accroît d'autant la richesse du pays.
On trouve à 9 kilomètres de Bourbonne, au village de Za Rivière, une eau ferrugineuse froide, dont on prescrit Pusage aux estomacs faibles, ainsi qu'aux jeunes personnes affectées de pâles couleurs et aux malades qui souffrent de la vessie. On s’en procure aisément. à Bourbonne même, sans se déplacer.
On a découvert à Bourbonne un grand nombre d’antiquités, qui toutes attestent et la date toute romaine de la célébrité de ces eaux, et le dieu qu'y révéraient nos pères, comme aussi le nom qu’ils lui donnaient. On y a trouvé des pierres gravées, des médailles romaines, des inscriptions, des ex-volo, un bouc en bronze et le tombeau d’un comédien romain nommé, croit M. de Xivrey, Rocabajus, avec une épitaphe distincte et une tête de singe.
On s’est souvent plaint de la vie ennuyeuse de Bourbonne et de la difficulté de s’y distraire, d’y prendre quelques plaisirs. Certains habitants de la ville avaient proposé d’augmenter le nombre des promenades , d’acheter le vieux chàteau pour y centraliser les amusements ; ils voulaient embellir ce lieu thermal, afin d’en rendre le séjour agréable. Quelques personnes avaient même proposé de consacrer à ces projets d’un luxe nécessaire le prix d’une belle forêt de réserve que possède la ville, et dont la valeur peut s'élever à 200,000 fr. ; mais, quelque dépense qu’on fasse, les plaisirs ne seront jamais bien vifs à Bourbonne. Je conçois qu’on joue à Bourbunne, qu’on y médise, qu’on s'y promène ; mais qu’on y danse! impossible. 11 faut de jeunes femmes pour former des redoutes , pour orner des concerts ; or, les jeunes femmes ne vont guère à Bourbonne : les eaux de ce lieu seraient funestes à leur fraîcheur. Si de jeunes personnes avaient le malheur de se plonger dans les eaux de Bourbonne, leur peau souple et délicate serait pour longtemps rude et fanée.
Un des médecins de Bourbonne, le docteur Juvet, mort en 1789, avait composé pour la fontaine chaude ce distique :
Auriferas dives jactet Pattolus arenas ; Ditior hæec affert mortalibus unda salutem,
Voici à peu près l'équivalent :
Roule tes sables d'or, Pactole si vanté !
Plus riche, aux malheureux j'apporte la santé,
L'intendant de la Champagne, M. Rouillé d’Orfeuille, fut l’un des bienfaiteurs de Bourbonne; on lui doit, entre autres embellissements, une des plus belles promenades de la ville. D'Holbach, qui plusieurs fois vint dans ce pays, moins pour y recouvrer la santé que pour la perdre, y a aussi laissé quelques traces de sa générosité. Diderot, ami de d’'Holbach, visita plusieurs fois Bourbonne, particulièrement en août 1770; il était accompagné de Grimm : il déposa même, à sa mort, entre les mains de ce dernier, un petit écrit qu'on a depuis imprimé, et qui était intitulé : Voyage à Bourbonne.
C’est aux cochons de Novelle-Coiffi qu’on attribue la découverte des sources de Bourbonne; et voilà apparemment pourquoi les habitants du village de Novelle avant la révolution avaient seuls le droit d’user de l’eau des sources thermales sans rien payer à l’établissement d’alors.
J'ai dit que les eaux de Bourbonne étaient particulièrement efficaces contre la paralysie. On cite à ce sujet un cerfain nombre d'exemples de guérisons remarquables. C’est à Bourbonne que l’abbé Mangenot, merveilleusement guéri d’une paralysie au bras droit, écrivit ces vers, pas trop mauvais pour un paralytique, mais fort dépaysés sous une main tremblante :
Revenez sous mes doigts , instrument que j'adore,
Plume que je tirai de l'aile de l'Amour!
Trop heureux si ce dieu daignait sourire encore Comme il sourit au premier jour,
Cet amour avait bien des raisons pour ne plus battre que d’une aile, et sans doute il resta fort sérieux. L'Amour aurait trop à faire s’il Ini fallait sourire à tous ceux qu'il a paralysés ! , D' Isidore Bourpon.
BOURBON-VENDÉE. Voyez NAPOLÉON-VENDÉE,
BOURDAINE. Voyez BouRGÈNE.
BOURDAIS (Famille). Voyez BAPnsTE aîné et DorvaL.
BOURDAISIÈRE (Édit de la). Voyez Éir.
BOURDALOUE (Louis), né à Bourges, le 20 août.1632, entra dans la société de Jésus à l’âge de seize ans. Les dixhuit premières années qu'il y passa furent employées à achever ses études et à occuper successivement des chaires de rhétorique, de philosophie et de théologie morale. Ses supérieurs , reconnaissant en lui un grand talent pour la prédication, l’envoyèrent prêcher à Eu, à Amiens, à Rennes, à Rouen, où il obtint un succès tel, qu'ils le rappelèrent à Paris. Sur ce grand théâtre, il lutta avec avantage contre le mauvais goût , les manières ridicules et le style ampoñlé des prédicateurs de son temps : aussi à Paris, comme en province, ses succès furent-ils prodigieux, et, plus qu’en province, ratifiés par tout ce que la cour et la ville compfaient de juges éclairés. « Je n’ai jamais rien entendu de plus étonnant que le père Bourdaloue , » écrivait à sa fille Madame de Sévigné. Auparavant elle lui avait écrit : « J'avais grande envie de me jeter dans le Bourdaloue , mais l'impossibilité m'en a ôlé le goût. Les laquais y étaient dès le mercredi, et la presse était à mourir. »
Quelque temps après, Bourdaloue fut mandé à la cour par Louis XIV. I y prêcha l'Avent de 1670 et le Carème de 1672, et fut redemandé pour les Carèmes de 1674, 1675, 1680 et 1682, pour les Avents de 1684, 1686, 1689 et 1693. Ainsi, il parut dix fois à la cour, ce qui est d'autant plus remarquable que le même prédicateur y était rarement appelé jusqu’à trois fois; mais Louis XIV disait de lui : « J'aime mieux les redites du père Bourdaloue que les choses nouvelles d’un autre, » Aussi le qualifiait-on à la fois de prédicateur des rois et de roi des prédicateurs, Le maréchal de Gramont, asgistant à un de ses sermons avec toute la cour, s’élait levé