BOURBONNE-LES-BAINS — BOURDALOUE
un jour en s'écriant : « Mordieu! il a raison. » Et ce er parti du cœur avait produit une sensation immense.
Après la révocation de l’édit de Nantes, Louis XIV l’envoya en Languedoc pour faire goûter aux nouveaux convertis la religion catholique. « Les courtisans, avait dit le roi à cette occasion, entendront peut-être pendant son ahsence des sermons médiocres, mais les Languedociens apprendront une bonne doctrine et une belle morale. » Dans cette mission si délicate, qui mettait en présence les intérêts de son ministère et les droits de l’humanité, son caractère d'homme et son caractère de prêtre, Bourdaloue sut concilier tout ce qu’il devait aux uns et aux autres, tout ce qu’il devait à ses devoirs, tout ce qu’il se devait à luimême. Sa douceur, sa tolérance , lui acquirent l'estime des deux partis. En 1700 il abandonna la chaire, et se voua tout entier aux assemblées de charité, aux hôpitaux et aux prisons, et, passant de la chaire au lit des mourants, il sut les consoler sans les effrayer, et masquer, par tout le prestige de l'espérance, toute l'horreur de cette transition si redoutée de la vie à la mort. Il mourut le 13 maï 1704, à l’âge de soixante-douze ans, après avoir dit la messe la veille.
Dans ses prédications, Bourdaloue, simple et érudit tout à Ja fois, insinuant, concis, nerveux, serré sans sécheresse , et profond sans obscurité, savait se mettre à la portée de ses auditeurs. Il développait ses idées avec rapidité et netteté, tendant principalement à subjuguer l'esprit ; il eût été le premier des prédicateurs si à sa force et à ses moyens de raisonnement il avait joint ces mouvements oratoires qui étonnent, entrainent et subjuguent. Nourri de la lecture des Pères de l’Église, il avait l’âme , le génie et l’abondance de saint Jean Chrysostome ou de saint Augustin. Son style, quoique sévère, n’avait rien de recherché ; mais, plein de force et d'énergie, il était fleuri, gracieux ou orné sans affectation. Bourdaloue excellait particulièrement à traiter les mystères de la religion. Boileau, qui n’aimait pas les jésuites, aimait beaucoup et voyait souvent le père Bourdaloue.
On l’a souvent mis en parallèle avec Massillon ; éloquents tous les deux, ils le sont pourtant d’une manière différente : on pourrait dire avec raison que ce que Massillon dut au sentiment, Bourdaloue le dut à la profondeur de la pensée. Les contemporains de Massillon n’ont assigné à Bourdaloue que le second rang, en disant que Bourdaloue avait prèché pour les hommes d’un siècle vigoureux, et Massillon pour les hommes d’un siècle efféminé, Ce qu'il y a de certain, c’est qu’aujourd’hui on lira peut-être avec plus d'intérêt Massillon, parce qu’il joint aux charmes du style l’enthousiasme du sentiment; mais ceux qui comptent pour quelque chose la force, l'empire de la raison et le talent de donner aux discours de la majesté, de la noblesse et de lénergie, préféreront lire Bourdaloue. Quelques autres l'ont placé après Fléchier et Bossuet ; cependant la première partie d’une de ses Passions, dans laquelle il s'attache à prouver que la mort du fils de Dieu est le triomphe de sa puissance, est regardée avec raison comme le chef-d'œuvre de l'éloquence chrétienne. Du reste, Bossuet disait de lui : Ce Aomme sera éternellement mon maitre en tout. C'était infiniment trop de modestie pour qu’on y pût croire,
Quoi qu’il en soit, Bourdaloue eut le talent de se faire goûter également des grands et du peuple, des gens du monde et des uummes pieux.
« Bourdaloue, dit La Harpe, est concluant dans ses raisonnements, sûr dans sa marche, clair et instructif dans ses résultats ; mais il a peu de ce qu’on peut apppeler les grandes parties de l’orateur, qui sont le mouvement, Pélocution, le sentiment. C’est un excellent théologien, un savant catéchiste, plutôt qu'un savant prédicateur, En portant loujours avec Jui la conviction , il laisse trop désirer cette onction précieuse qui rend la conviction eficace. » 11 y a du vrai dans ce jugement, qui est néanmoins d’une sévérité exces-