‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 359 sur 527 · BOURDALOUE — BOURDON · texte numérisé non relu

BOURDALOUE — BOURDON

sive. Qu'on relise, en effet, ses sermons sur la Conception, sur {a Passion, sur le Jugement dernier, sur le Pardon des Injures ! Quelle austérité de style! et pourtant comme on est entrainé par cette méthode si calme, si régulière, si mesurée! Sans avoir la sublimité de Démosthène ni de Bossuet, Bourdaloue est parfois aussi éloquent. Il semble qu’il ait sans cesse devant les yeux ces pensées sur l’art de persuader où Pascal, dans ses Provinciales, trace la route à l’orateur avecune précision si simple. Aussi Voltaire a-t-il placé Bourdaloue et Pascal à côté l’un de l’autre dans Ze Temple du Goût. À ce concert unanime de louanges un seul homme ne s'était pas associé avant La Harpe : C'était Fénelon, génie pourtant facile, nature douce et passionnée, mais qui répugnait aux formes exactes et rigoureuses du raisonnement et n’en comprenait pas la puissance.

« Ce qui me plaît, ce que j’admire principalement en Bourdaloue, dit l'abbé Maury dans son Essai sur l'Éloquence, c’est qu’il se fait oublier lui-même; c’est que, dans un genre trop souvent livré à la déclamation, il n’exagère jamais les devoirs du christianisme, ne change point en préceptes les simples conseils, et que sa morale peut être toujours réduite en pratique. Ce que j’admire surtout en lui, c’est l’art avec lequel il fonde nos devoirs sur nos intérêts, et ce secret précieux, que je ne vois guère que dans ses sermons, de convertir les détails de mœurs en preuves de son sujet : c’est la simplicité d’un style nerveux et touchant, naturel et noble, la connaissance la plus profonde de la religion, l'usage admirable qu’il fait de l’Écriture et des Pères. Enfin je ne pense jamais à ce grand homme sans me dire à moi-même: Voilà donc où le génie de la chaire peut s’élever quand il est fécondé et soutenu par un travail immense, »

Le père Bretonneau, son confrère, a donné deux éditions de ses œuvres imprimées à Paris, en l’année 1707 et suiv. La vie de Bourdaloue a été écrite par madame de Pringi ( Paris, 1705, in-4° ).

BOURDALOUE. On a donné le nom du prédicateur fameux dont on vient de lire la vie, d’abord à une étoffe simple et modeste, que les femmes portèrent quelque temps après une réforme dans le luxe cpérée par ses sermons ; puis à une sorte de tresse d’or, d’argent ou de soie, large d'environ un doigt, qui se mettait autour des chapeaux d'homme, et qui s’attachait à l’aide d’une petite boucle de métal, comme il est d'usage encore aujourd’hui d’y attacher un simple ruban.

BOURDE,, fausseté, mensonge, plaisanterie, raillerie, sornette, etc. On a dit bailler des bourdes, pour débiter des mensonges, des contes à bel argent comptant. Régnier parle dans une de ses satires de gens

Qui baiïllent pour raison des chansons et des bourdes.

En fermes de marine, on appelait jadis bowrde un mât qu’on employait pour soutenir un bâtiment échoué et empêcher qu'il ne chavirât, et une voile dont on se servait à bord des galères quand le temps était calme.

Enfin, on appelait bourde des espèces de béquilles, de potences, et le bâton du pèlerin plus connu sous le nom de bourdon.

BOURDEAU (PIERRE-ALPINIEN-BERTRAND), pair de France, ministre de la justice, naquit à Rochechouart, ( Haute-Vienne), le 18 mars 1770. 11 était sous l’Empire une des gloires du barreau limousin. Ses opinions franchement royalistes le firent nommer adjoint au maire de Limoges, lors de la première restauration. Le gouvernement des Cent- Jours crut devoir le destituer. Aussi les Bourbons, à leur rentrée, se firent-ils une obligation de le réintégrer. Ils le nommèrent de plus procureur général de son département, et lé jour de son installation les royalistes de Limoges vinrent danser des farandoles sous ses fenêtres. Les électeurs de la Haute-Vienne allèrent plus loin : ils le nom-

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mèrent député, et Bourdeau siégea en cette qualité dans la Chambre introuvable, Du siége de Limoges il passa en qualité de procureur général à celui de Rennes.

Bourdeau fut pendant longtemps compté parmi les ultraroyalistes; cependant son exaltation bourbonienne finit par se calmer un peu; et un beau jour il se trouva dans le camp de l'opposition royaliste constitutionnelle, ce qui lui valut en 1824 les honneurs d’une destitution. Dès lors Bourdeau vota opiniâtrément contre l'administration Villèle et Peyronnet : aussi sa place se trouvait-elle naturellement marquée parmi les hommes auxquels le ministère Martignac offrit une part du pouvoir. L’ex-procureur général fut donc nommé directeur général de l’enregistrement et des domaines et conseiller d’État en service extraordinaire, en 1828. En 1829 Bourdeau devint tour à tour sous-secrétaire d’État au ministère de la justice et garde des sceaux. Ses circulaires ministérielles attestaient alors un amour fort médiocre pour la liberté de la presse. Il ne fit pourtant que passer, ainsi que tant d'autres; mais, comme fiche de consolation, on le nomma premier président à Limoges, et grand -officier de la Légion d'Honneur. Il était réservé à la révolution de Juillet de faire de Bourdeau un pair de France. Après tout, député jusqu’en 1835, époque à laquelle il donna sa démission , il avait bien mérité de la dynastie nouvelle.

Bourdeau serait à peu près oublié aujourd’hui, sans la jurisprudence à laquelle on a donné assez improprement son nom; nous voulons parler de la traduction des journaux devant la police correctionnelle, pour diffamation envers des fonctionnaires. M. Bourdeau , se croyant diffamé par le Progressif, journal radical de Limoges, obtint contre lui une condamnation correctionnelle en 10,000 fr. de dommages-intérêts. Le cautionnement du Progressif fut insuffisant à solder cette somme. Bourdeau émit alors la prétention monstrueuse de faire compléter les 10,000 francs par les rédacteurs en chef qui avaient précédé le gérant condamné dans la gérance du journal. En première instance, il eut la douleur de voir repousser cette doctrine de compécité rétrospective ; il ne se découragea pas, et en appela brayement à la cour qu’il présidait autrefois.

Borrdeau est mort le 12 juillet 1845. N. GALLOIS.

BOURDIN (Mauvnice). Voyez GRÉGOIRE vi, antipape

BOURDON. On donne ce nom à une espèce de bâton long fait au tour, orné d’une pomme, ou plus habituellement d’une gourde, à sa partie supérieure, muni d’un fer pointu par en bas, et que portent les pèlerins. Planter le bourdon en quelque lieu est une façon de parler proverbiale et figurée, qui veut dire : élire domicile en quelque lieu , s’y établir.

En termes d'imprimerie, l’omission que le compositeur a faite dans sa feuille d’un ou plusieurs mots, quelquefois même de plusieurs lignes de la copie ou du manuscrit, s’appelle aussi bourdon.

On a encore donné le nom de Bourdon à une grosse cloche, telle que celle de l’église de Notre-Dame à Paris. Celleci est placée dans la tour du sud, et pèse près de 32 milliers. Fondue en 1682, et refondue trois ans après, l’année même de la révocation de l’Édit de Nantes (1685), elle fat solennellement baptisée, ou plutôt bénite, et eut pour parrain et marraine Louis XIV et madame de Maintenon, qui lui donnèrent le nom d’Emmanuel-Louise-Thérèse. Le battant, qui fait retentir des sons graves et lugubres, pèse 480 kilogrammes. Le bourdon de Notre-Dame, que seize hommes mettaient en branle avec peine autrefois, a été descendu lors des travaux de restauration entrepris à la cathédrale de Paris. Après quelques années de silence, il a annoncé sa résurrection le jour de Pâques 1851. Quatre bommes seulement le faisaient sonner. Le bourdon ne se fait entendre qu'aux grandes fêtes et dans les grandes solennités.

BOURDON ( Entomologie). On désigne sous ce nom commun plusieurs insectes hyménoptères, qui forment,

dans la famille des mellifères, tribu &es apiaires, un genre nombreux , dont les espèces sont répandues dans toutes les parties du monde. On les a ainsi nommés à cause du bruit sourd qu’ils font en volant. Mais beaucoup d’autres insectes, tels que guépes, oxées, abeilles proprement dites, et un grand nombre de diptères , sont aussi des animaux bourdonnants. C’est sans doute parce que le bruit du vol des bourdons se fait le plus remarquer parmi les mêmes sons produits par les insectes pendant leur mouvement dans l'air qu’on les a plus spécialement distingués sous ce nom. Quoique les insectes de ce genre aient été considérés comme le type des animaux bourdonnants, on n’a point encore étudié d’une manière complète sur eux les organes du bourdonnement.

On appelle aussi bourdons ou faux-bourdons les mâles de l'abeille proprement dite; mais les insectes qui font e sujet de cet article ont le corps beaucoup plus gros, plus arrondi , chargé de poils, souvent distribués par bandes colorées. Les enfants les connaissent très-bien, et les recherchent pour avoir le miel renfermé dans leurs corps et le sucer, On sait que les individus des diverses espèces de bourdons sont les uns mâles et les autres femelles, et les troisièmes neutres ou mulets. Les femelles sont plus grandes que les autres individus. Les mulets ou ouvrières sont d’une taille intermédiaire. Réaurmur et Huber fils en distinguent deux variétés : suivant ce dernier, plusieurs des ouvrières sont des femelles plus petites, qui s’accouplent et pondent des œufs d’où proviennent des mâles seulement, tandis que les autres femelles mettent au jour des individus des trois sortes indiqués ci-dessus. Les bourdons vivent en société de 50, 60, et quelquefois de 200 à 300 individus , dans des habitations souterraines, Leurs mœurs, leur industrie , ressemblent à celles des abeilles. Cependant les femelles des premiers sont moins fécondes que celles des secondes. Plusieurs bourdons femelles vivent en bonne intelligence sous le même toit, n’ont pas d’aversion et ne se livrent pas de combat. Enfin, suivant Huber, les ouvrières détruisent quelquefois les œufs que la femelle pond, pour en sucer la mafière laiteuse. Ce fait extraordinaire semblerait démentir V'attachement connu des ouvrières pour les germes dont elles sont les gardiennes et les tutrices. L. LAURENT.

BOURDON (Musique), jeu d'orgue composé de tuyaux bouchés à leur extrémité supérieure, disposition qui, en vertu des lois de l’acoustique , leur fait produire l’octave grave du son qui en sortirait s'ils étaient ouverts par les deux bouts. L’exiguité de la place qu’occupent les bourdons est un grand avantage pour les petites orgues ; mais l’emy oi de tels tuyaux présente l'inconvénient de donner des sœ « plus sourds et plus faibles que ceux d’une flûte ouvert sonnant à l’unisson.

On appelle bourdon de 32 pieds celui dont le son le plus grave est à l'unisson d’un tuyau ouvert de 32 pieds; d'où il suit que le plus grand tuyau d’un tel bourdon n’a que 16 pieds. Les fabricants d'orgues emploient encore des bourdons de 16, de 8 et de 4 pieds.

Excepté ce dernier, qui est en étain ou en éloffe (alliage d’étain et de plomb ou de zinc), les bourdons sont ordinairement en chêne, quelquefois doublé d’étain ou de plomb.

Le plus long tuyau des musettes et des cornemuses a aussi reçu le nom de bourdon, qui s'applique encore à la grosse corde à vide de la vielle.

Nous consacrerons un article particulier à la musique en usage pour le chant des psaumes qu’on appelle fauxbourdon.

BOURDON (Sépasrien), peintre distingué de l’école française, naquit à Montpellier, en 1616, de Pierre Bourdon, peintre sur verre, qui fut son premier maitre, et qui lui donna tout d’abord la leçon la plus profitable, en lui recommandant de prendre avant tout la terre el le ciel pour modèles, Encore enfant, il fut envoyé chez un parent qui habitait à quelque cent lieues de sa famille, Toulouse, je crois,

BOURDCN

ou Bordeaux ; on ignore quel genre de vie il mena près de ce parent, et par quel motif il s’engagea tout jeune en qualité de soldat. On n'ignore pas moins comment il obtint peu après de quitter le service; ce qui est certain, c’est qu’il n'y fut que très-peu de temps. On n’a au reste presque point de détails précis sur cette première période de sa vie. Au sortir du service, Bourdon passa en Italie pour s’y occuper exclusivement de l’art qui était sa vocation , et dans lequel il devait tenir un rang inférieur sans doute à celui des Michel-Ange et des Raphael, mais cependant encore éminent.

En Italie il se livra avec une grande assiduité, et on peut dire avec passion, à l’étude des maîtres ; il s’initia dans leurs procédés, se pénétra profondément de leur génie, et réussit en peu de temps à saisir, avec une merveilleuse habileté de main, la manière et, pour ainsi parler, le faire principal de chacun. Claude Lorrain, Caravage et Bamboccio furent cependant ses trois modèles de prédilection, et il acquit infiniment dans leur commerce.

A lâge de vingt-sept ans, il revint en France et se rendit à Paris. Plein d'imagination, de fougue et de verve, s'étant d’ailleurs beaucoup formé par la pratique durant son séjour en Italie, avec un travail facile, il ne tarda pas à devenir célèbre dans cette capitale. Le premier ouvrage par lequel il se fit connaître avantageusement, et qui fut comme la base de sa réputation, fut le Martyr de saint Pierre, qu’il composa pour Notre-Dame de Paris. Ce tableau, transporté depuis la révolution au musée du Louvre, n’est pas un des moins remarquables de Bourdon : il y a quelques irrégularités dans la distribution des figures; le dessin par endroits y manque peut-être de fermeté et même de correction ; mais la couleur en est bonne, et le style assez grandiose; les têtes et les poses surtout sont d’une expression simple et vraie, sinon très-forte, et, à tout prendre, c’est une des bonnes toiles de l’école française du dix-septième siècle.

Bourdon , qui avait le goût des voyages et aussi un peu d’inconstance dans le caractère, après avoir exécuté plusieurs œuvres de mérite à Paris, partit, en 1652, pour la Suède, où Christine l’accueillit avec empressement et le nomma son premier peintre d'histoire. On rapporte que la reine ayant offert à Sébastien une fort belle partie des tableaux conquis à Dresde par son père Gustave-Adolphe, notre peintre les refusa , « voulant , dit-il, que la reine ne se privât pas de cette précieuse collection, qui était du plus grand prix. » Christine garda les tableaux, et depuis , dans un besoin d'argent, les vendit à Rome.

Le séjour de Bourdon à Stockholm ne fut pas de longue durée , malgré la faveur dont il jouissait. De retour à Paris, ilse mit de nouveau à l'ouvrage. Porté dès 1648, lors de la fondation de l’Académie de Peinture, au nombre des douze premiers membres nommés pour la composer, il en fut successivement recteur et directeur; et il remplit ces diverses fonctions avec un vrai zèle d’artiste. Il peignait aux Tuileries l'appartement du rez-de-chaussée du côté du pavillon de Flore, lorsqu'il fut atteint de la maladie dont il mourut, à Paris, en 1671.

Bourdon peignait avec une facilité prodigieuse ; il paria une fois qu’il peindrait dans un seul jour douxe têtes d'après nature, de grandeur naturelle; et il gagna le pari. On remarque dans ces douze têtes, si rapidement achevées, une touche vive et énergique, en même temps que des tons chauds et des chairs du meilleur effet. Quand il voulait trop finir, il énervait en quelque sorte ses chairs, affadissait son coloris, et tombait dans les tons mous, ce qui ne lui arrivait jamais quand il laissait courir son pinceau en toute liberté. Bourdon est surtout louable pour la couleur et l'expression vraie des figures. On peut le louer aussi presque sans réserve pour le mouvement général de la composition, qui est du reste d’un excellent goût jusque dans ses moindres œuvres, un peu bizarre parfois, quant au sujet, mais jamais sans quelques parties bien rendues, Comme

BOURDON

tous les grands peintres, il était plein de la nature qu’il voulait reproduire , et il s’attachait à la rendre dans sa force et sa vérité propres. Mais, bien qu'il voulût que ses loiles respirassent la réalité, toute réalité ne lui était pas bonne, et il se plaisait particulièrement à la reproduction d'êtres et d’objets, de paysages et de scènes d’un ordre peu commun, ayant quelqueattrait par eux-mêmes ou d’une nature choisie.

Nous possédons au musée du Louvre neuf tableaux de Bourdon, parmi lesquels ceux qui nous semblent satisfaire le plus complétement aux conditions de l’art sont la Descente de Croix et une Halte de Bohémiens. Ses paysages sont dans la manière de Claude Lorrain. On voit aussi au Louvre un fort bon portrait de Bourdon, peint par lui-même : À est représenté assis, tenant sur ses genoux la tête de Caracalla, moulée sur l’antique.

Bourdon peut être pareillement compté parmi les graveurs : on à de lui un certain nombre d’eaux-fortes trèsestimées , d’une touche nette et ferme, et pleines de détails heureux : le jet en est franc et hardi. On les place dans les collections entre les plus recherchées des maîtresen ce genre, avec celles de Callot et de Rembrandt. Charles Romery.

BOURDON de l'Oise (François-Louis), fils d'un cultivateur des environs de Compiègne, était né vers le milieu du siècle dernier. Ayant fait ses études à Paris, il embrassa la carrière du barreau, et il était procureur au parlement de Paris lorsque la révolution le jeta dans l’arène politique. Patriote exalté, il se fit remarquer à la journée du 10 août 1792 dans l'attaque des Tuileries, et futenvoyé peu de temps après à la Convention nationale par le département de l'Oise, dont il prit le nom. Il siégea sur les bancs les plus élevés de la Montagne , et ne laissa échapper aucune occasion de manifester la violence de son caractère et l’exagération de ses idées. Dans le procès de Louis XVI il demanda que les blessés du 10 août appartenant au parti populaire fussent confrontés avec l’infortuné monarque , à la barre même de la Convention, pour le rendre solennellement responsable de la mutilation de leurs membres. Après l’émission de ce vœu, dont l'assemblée ne tint aucun compte, Bourdon vota la mort sans appel au peuple ni sursis. Tout ce qui se rapprochait de la prudence et de la modération l’irritait : aussi devint-il l’un des principaux organes des fureurs de la Monfagne contre la Gironde. Il dénonça nominativement Vergniaud , Gensonné, Guadet et Brissot, prit une part active à l'insurrection du 31 mai et à la proscription du 2 juin, qui décimèrent la Convention et privèrent la tribune française de ses plus brillants orateurs. Partisan des Apôtres de la raison , ilse déchaîna aussi contre le pieux évêque Grégoire, lui reprochant de vouloir christianiser la révolution. Mais, au milieu de cette fièvre démagogique, de ce dévergondage républicain, Bourdon de l'Oise passait pour ne pas négliger sa fortune. Robespierre le considéra comme l’un de ces hommes d’argent , de ces tribuns immoraux que Saint-Just appelait les révolutionnaires dans le sens du crime : aussi le fit-il expulser des Jacobins.

Bourdon se vengea de cet affront au 9 thermidor. 1] se réunit à Tallien, à Billaud-Varennes et à tous ceux qui pouaient craindre comme lui l’application du mot de Saint- Just. Il devint aussi violent réacteur qu'il avait été furieux révolutionnaire, et demanda la déportation même de ses alliés du 9 thermidor, tels que Billaud-Varennes, Collotd’Herbois et Barrère. Aux journées de germinal et de prairial, il figura parmi les adversaires les plus implacables du jacobinisine expirant, ce qui ne l’empécha pas d’aller exercer des rigueurs nouvelles à Chartres, dans le sens de la révolution, après l'événement du 13 vendémiaire, Nous ne devons pas omettre que ce démagogue furibond , qui s’était acharné successivement et s'était montré impitoyable contre Vergniaud et Guadet, contre Robespierre et Saint-Just, contre Romme et Goujon, se fit avocat de Carrier et de Joseph Lebon, c’est-à-dire des deux proconsuls qui avaient

fait couler le plus de sang dans leurs missions départementales. Lefort le fit entrer au Conseil des Cinq-Cents, où, malgré ses antécédents révolutionnaires, il se jeta dans le parti de Clichy, qui avait alors la majorité. 11 était devenu fort riche, assure-t-on, en se faisant spéculateur sur lea assignats et les biens nationaux, et ce changement de fortune pouvait avoir contribué à le pousser vers la bourgeoisie royaliste. Mais ce rapprochement ne lui fut pas profitable; il ne servit qu’à le faire comprendre parmi les proscrits du 18 fructidor, et à l’envoyer périr sur cette terre insalubre de Cayenne, où il avait fait déporter luimême ses anciens amis et collègues de la Convention, Collotd’Herbois et Billaud-Varennes. L'exil abrégea rapidement ses jours. LAURENT (de l’Ardèche).

BOURDON de La Crosnière (LÉONARD-JEAN-JOSEPH ) naquit à Orléans, vers l’année 1760, d’un commis des finances qui avait été mis à la Bastille, sous l’abbé Terray , pour la publication clandestine d’un plan de réforme. Léonard Bourdon se voua à l’enseignement, et fonda une maison d’éducation à Paris, quelque temps avant la révolution, dont il embrassa vivement la cause. Soit amour de la liberté, soit ressentiment de famille, il fut des premiers à courir au siége de la Bastille, et figura dès lors parmi les plus chauds patriotes de la capitale. Après le 10 août, la commune de Paris le chargea d’aller surveiller à Orléans la translation des prisonniers qui devaient être jugés par la haute cour nationale et qui furent massacrés à Versailles. Ses ennemis l'ont accusé de ne s’être point opposé et d’avoir même prêté son assistance aux assassinats de cette époque, et ils ont cité en preuve ses intimes relations avec le fameux Fournier l'Américain. L'histoire ne nous fournit pas de documents assez certains pour accueillir une aussi terrible accusation.

Nommé à la Convention nationale par le département du Loiret, Léonard Bourdon s’y fit connaître dès les premières séances par l’exaltation de ses opinions et par la violence de ses discours. Il demanda le renouvellement en masse des employés de toutes les administrations, déclarant que les lois révolutionnaires seraient illusoires aussi longtemps que les agents du pouvoir exécutif ne s’élèveraient pas à la hauteur des périls et des exigences de la révolution. Pendant le procès du roi, il fit la motion d’interdire au monarque captif toute sorte de communication avec sa famille. Il vota ensuite contre l'appel au peuple et pour la peine de mort avec exécution dans les vingt-quatre heures. Envoyé en mission et passant par Orléans, il insulta un factionnaire , à la suite d’une orgie, et le fit ensuite traduire devant le tribunal révolutionnaire, ainsi que ses parents et tous les hommes de garde au moment et sur le lieu de la rixe. Léonard Bourdon voulait faire croire à un projet d’attentat sur la représentation nationale, violée dans sa personne, et, malgré le témoignage d’Albitte, son collègue, présent à la scène, et qui attestait qu’il avait été l’agresseur, la sentinelle et ses prétendus complices furent condamnés. Président des jacobins et secrétaire de la Convention, il provoqua la formation d’une armée révolutionnaire dans chaque département et le décret qui adjugea les biens des condamnés et des prisonniers suicidés à la nation. Comme Bourdon de l’Oise, Léonard appartenait à cette faction ochlocratique dont la commune de Paris était le siége principal; comme lui, il se fit le défenseur des ultra-révolutionnaires, et lutta contre Robespierre lui-même pour arracher au supplice Vincent et Roussin. Cette démonstration indiquait ses affinités et ses tendances. Robespierre l’accusa d’être le complice d’Hébert, et Léonard Bourdon s’en vengea au 9 thermidor. Ce fut lui qui assiégea l'hôtel de ville en cette journée, comme lieutenant de Barras, et qui vint ensuite rendre compte de sa victoire à la Convention.

Maïs la réaction le trouva moins ardent que Bourdon de l'Oise à abjurer ses précédents. Dans les complots ou les insurrections de germinal et de prairial, il suivit les destinées

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des débris de la Montagne, et fut enfin enfermé, en 1795, à la citadelle de Ham , d’où le tira une prochaine amnistie. I] fit aussi partie du Conseil des Cinq-Cents, où Boissy d’Anglas le traita d’assassin, épithète dont Legendre l’avait déjà qualifié à la Convention. Le Directoire l’envoya en mission à Hambourg, d’où il fit expulser les émigrés. Il mourut à Paris, sous l’Empire, chef d’un établissement d'instruction primaire. Pendant les orages de la terreur, ses agitations d’hormme de parti n’avaient pu lui faire oublier sa vocation première, et il avait fondé une école des élèves de la patrie. Il a laissé : 1° un Mémoire sur l'instruction et l’éducation nationales; 2° Recueil des actions civiques des républicains français; 3° Le Tableau des Imposteurs, sans-culottide en cinq actes. LAURENT (de l’Ardèche).

BOURDON (Isinore ), médecin en chef des épidémies du département de la Seine, membre titulaire de l’Académie de Médecine, où il siège dans la section d’anatomie et physiologie, est né le 26 août 1796, à Merry (Orne). Ce futen 1823 que M. Bourdon revêtit la robe doctorale ; maïs il n’avait pas attendu la consécration du diplôme pour devenir médecin distingué, et déjà la science lui était redevable de Considérations générales sur les Animaux et de trois mémoires qui dénotaient une intelligence élevée, une observation exacte et ingénieuse, un travail consciencieux. Le premier de ces mémoires : Sur le vomissement , fut publié en 1818. L'auteur y démontrait, contre M. Magendie, que l'estomac est un agent direct du vomissement, et que l’on peut évaluer à un tiers sa part d'influence dans cet acte. Le deuxième mémoire avait pour titre : De l'Influence de la pesanteur sur quelques phénomènes de la vie. Le troisième, dont G. Cuvier accepta la dédicace, et qui fut loué par l’Académie des Sciences, était intitulé : Recherches sur le Mécanisme de la Respiration et sur la Circulation du Sang. Ces deux derniers mémoires contiennent des aperçus neufs et ingénieux; mais ce n’était assez ni pour l’auteur ni pour sa science favorite; et en 1828 il publia, en 2 volumes in-8°, ses Principes de Physiologie médicale, suivis en 1830 d’un volume de Physiologie comparée, le premier ouvrage important qui eût été publié sur cette science, resté malheureusement inachevé, mais qui sera terminé.

Son stage fini dans les hôpitaux, M. Bourdon publia pour sa thèse des Considérations sur La Vie et la Mort. Nommé presque aussitôt médecin des dispensaires de la Société Philanthropique, il consacra près de quatre années à ce service pénible et gratuit. Il trouva pourtant encore le loisir de publier un Mémoire sur les affections chroniques de l'estomac, auquel participa M. Fouquier, et des remarques neuves sur l’'anévrisme de l'aorte. Quelques années plus tard il fut nommé inspecteur d’un établissement thermal; et les études nouvelles dont cette charge lui imposait le devoir lui suggérèrent l’idée de publier un Guide aux Eaux Minérales, dont le succès a pu concourir àrendre plus général l'usage des eaux thermales de la France.

On doit à M. Bourdon diverses autres publications, parmi lesquelles il faut d’abord citer les Lettres à Camille sur La Physiologie, ouvrage où l’auteur sait mettre cette science à la portée de tous. Évitant avec talent ce qui pourrait blesser le goût le plus délicat , il s'adresse au public sous la torme abstraite d’une jeune femme, qu’il initie savamment au jeu de nos organes, sous la magie d’un style agréable et piquant. Citons en outre un Æssai de Physiognomonie ; les Illustres Médecins et Naturalistes des temps modernes ; un petit Traité d'Hygiène; un Mémoire sur La non-contagion de la Peste et sur les Quarantaines (Y'auteur, d’accord en cela avec les Anglais, y combat le système des quarantaines comme pueril et d’une mutilité absolue); un Mémoire sur le chloroforme et l'Etherisme ; un autre sur la non-contagion du choléra; enfin un rapport fait à l’Académie de Médecine sur Les Eaux minérales de la France, avec des instructions pour les médecins inspecteurs.

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