‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 360 sur 527 · BOURDON — BOURDONNEMENT · texte numérisé non relu

BOURDON — BOURDONNEMENT

M. Bourdon n’est pas seulement un médecin distingué; il occupe une place incontestée parmi les écrivains les plus brillants de ce temps-ci, et il a pris longtemps une part importante à la rédaction de divers recueils, journaux et revues. Le Dictionnaire de la Conversation, entre autres, lui doit une foule d'articles, que nos lecteurs n’ont pas manqué de remarquer. Pendant le choléra de 1832 ; M. Bourdon se dévouatout entier au soin des malades. Lorsque l’épidémie se fut calmée à Paris, il accepta la mission d’aller en province porter le secours de son courage. La ville de Paris le choisit en {851 pour médecin en chef du service des épidémies.

I est mort subitement le 22 novembre 1861, à Paris. Il avait reçu la croix d'honneur en 1857. Son dernier ouvrage est un Précis des eaux minérales de la France (1860, in-{8). La société des Amis des sciences lui faisait une pension annuelle de 1,200 fr.

BOURDONNAIS (MAHÉ De LA). Voyez La BOuURDONNAIS.

BOURDONNEMENT, bruit sourd et confus produit ordinairement pendant le vol de certains insectes. Ce bruit, qui a beaucoup occupé les observateurs, n’est point suffisamment expliqué. On a cru qu’il était dù tantôt à la vibration des stigmates, produit dans la sortie subite de l’air, tantôt à l'agitation et à la vibration de l'air par les ailes, tantôt à celle des ailerons ou des cueillerons par les balanciers dans les diptères. Car, bien qu’un seul genre de l’ordre des hyménoptères ait été appelé bour don, beaucoup d’autres insectes pourraient être désignés sous ce nom. Sans être naturaliste, tout le monde connaît le bourdonnement des cousins, des mouches , des hannetons, des abeilles, des guêpes, des sphinx ou papillons-bourdons. Les entomologistes en signalent un nombre bien plus grand encore.

M. L. Dufour a constaté que les trachées de tous les hyménoptères soumis à ses dissections forment un appareil plus développé que dans les autres ordres d'insectes, et . qu’au lieu d’être constituées par des tubes cylindroïdes et élastiques , elles offrent des dilatations ou vésicules favorables au séjour de l'air. 11 a décrit avec soin la disposition de cet appareï, et a remarqué de plus que dans les xylocopes et les bourdons deux grandes vésicules trachéennes, qui sont dans l'abdomen, ont chacune à leur surfice supérieure et antérieure un corps cylindrique grisâtre, élastique, adhérent dans toute sa longueur dans les premières , et libre dans les bourdons. Il pense que ce corps n’est pas étranger à la production du bourdonnement, puisque celui-ci peut avoir lieu même après la soustraction complète des ailes. M. Duméril dit en parlant des ailes des abeilles qu’il présume que ce bruit est le produit de la sortie ou de l'expulsion subite de l’air par les stigmates. M. Chabrier, dans son Essai sur le Vol des Insectes explique aussi le bourdonnement par l'air qui s'échappe des stigmates durant le vol; mais il en place le siége dans les stigmates du thorax, qu’il nomme sfigmates vocaux ou bouches vocales. C'est à l'existence de lamelles situées à l’orifice de ces stigmates qu'est dû, d’après cet auteur, le bruit bourdonnant, 11 a pensé aussi que la diminution de ce bruit produite par la résection des ailes tient à ce qu’il s'échappe un peu d’air par les trachées ouvertes des ailes qui ont été coupées.

M. Burmeister, dans un ouvrage sur les sons que prodursent certains insectes , a aussi expérimenté qu’en coupant sur un diptère (erislalis tenax, Meïg) les ailes, les écailles ou cueillerons et les balanciers, le bourdonnement continue aussi longtemps que le mouvement des tronçons des ailes coupées. Pour s'assurer si ce sont les deux stigmates posténeurs du thorax qui en sont les organes, il les a bouchés avec de la gomme, il a excité l’insecte à faire des mouvements, et pendant qu'il les exécutait il n'a entendu aucun son, Le bourdonnement eut lieu de nouveau quand des battements d'ailes très-forts eurent rendu libres les orifices des stigmiales. Les expériences lui ayant émontré

BOTRDONNEMENT — BOURÊTES

qu’à ces parties devait se rattacher un corps que le courant d’air faisait vibrer , il fit l’extraction de l’un de ces organes, et il trouva par la dissection que la lèvre postérieure de ce stigmate s’allonge en dedans en forme de disque semi-lunaire sur lequel s’élèvent parallèlement neuf lamelles d’une substance cornée très-tendre, dont il a décrit très-exactement la disposition, 11 pense que ces lamelles sont mises en vibration par le choc de l'air sortant des trachées , et regarde les stigmates comme présentant une analogie frappante avec le larynx, surtout avec celui des oiseaux. Ayant aussi anatomisé les stigmates antérieurs du thorax du même insecte, il n’y a observé aucun vestige des lamelles indiquées cidessus. M. Burmeister ne les a point trouvées chez les coléoptères qui bourdonnent, comme, par exemple, le hanneton. Il admet alors que le passage de l'air à travers le stigmate peut être la seule cause du son. Le bourdon. nement des coléoptères est proportionnellement beaucoup plus faible que celui des diptères.

Il faut distinguer le bourdonnement produit pendant le vol des insectes, des sons ou bruits résultant du frottement mécanique des différentes parties du corps dans un grand nombre d'insectes ( cérambycins, reduves, etc. ), et de ceux exécutés par des organes spéciaux chez les orthoptères ( grillon domestique, grande sauterelle), chez les hémiptères (cigales chanteuses), et chez un papillon dit té/e de mort, qui pousse un cri plaintif lorsqu'on le touche ou qu’on lirrite.

Le bourdonnement des insectes les plus communs, tels que la mouche domestique, la mouche à viande, le cousin, ete., est importun, incommode, surtout lorsqu'il excite Pidée d’un contact qui répugne et produit des sensations desagréables, pénibles, ou celle d’une piqûre accompagnée de douleurs plus ou moins vives, de gonflement et d’inflammation ; les bœufs, les chevaux, les chameaux, le lion même,

s’agitent dès qu’ils entendent bourdonner les taons, dont ils redoutent avec raison les blessures. L. LAURENT.

BOURDONNEMENT D'OREILLES. Les organes de l’ouïe sont souvent frappés chez l’homme par des sons qui n’émanent d'aucune des causes connues pour produire les phénomènes acoustiques : tels sont les bruits comparables au bourdonnement des insectes, au tintement des cloches, au bruissement, aux sifflements, aux murmures des vents, etc., qu’on entend dans le silence le plus absolu. Ces sensations sont ordinairement passagères; elles ne causent aucune incommodité notable, mais quand elles se répètent fréquemment, elles deviennent fatigantes, et si elles persistent avec constance , elles condamnent à un tourment très-pénible. Ceux qui sont ainsi affligés par des illusions acoustiques ne peuvent goûter aucun repos, ni se livrer à quelque application mentale; ils ne trouvent de soulagement et de distraction qu’en entendant des sons plus intenses : aussi recherchent-ils avec avidité le bruit des rues populeuses, des orchestres, des ateliers bruyants, ou bien ils produisent eux-mêmes des sons, afin de s’étourdir. Mais cette ressource manque à ceux qui sont complétement sourds, et qui cependant peuvent avoir aussi constamment les mêmes hallucinalions.

Ces bruïts imaginaires, et pourtant réels, sont des effets de différentes causes : ils résultent quelquefois d’une lésion mécanique de l'appareil auditif, par exemple, d’un obstacle à l’introduction de l'air dans les cavités auriculaires ; l’irritabilité de cet organe peut être aussi pervertie, diminuée, ou excessive. D’autres fois ils dépendent des affections de différents viscères, qui sont {ous solidaires les uns des autres, et par conséquent on retrouve ces hallucinations dans lénumération des symptômes de la plupart des maladies, lhystérie, l’hypochondrie, les fièvres, les affections vermineuses, dans les douleurs de tête, les névralgies faciales et dentaires ; elles sont encore perçues quand les appareils sanguins et nerveux, intimement unis entre eux, éprouvent une forte perturbation : ainsi, les hémorragies considé-

rables sont ordinairement accompagnées de bourdonnements, de tintements d’oreilles. Quelquefois ces bruits ne sont que des souvenirs, la mémoire pouvant conserver longtemps l'impression des sons qui nous ont vivement émus, tels que des cris arrachés par une passion violente, les accents de la musique, le bruit d’une tempête, etc. L'observation a fait connaître les nombreuses maladies dans lesquelles on ren contre le bourdonnement ou le {intement d'oreilles ; maïs dans le plus grand nombre des cas on n’a pu découvrir comment ces fausses perceptions sont produites. D’ailleurs, nous devons avouer que quelques-unes des explications qu’on en a données ne sont pas beaucoup plus satisfaisantes que le dicton populaire : « Les oreilles nous tintent parce qu’on parle de nous. »

Les moyens de remédier à ces illusions acoustiques sont variés comme les causes dont elles dérivent : ainsi, dans tel cas il convient d’agir directement sur l’appareil auditif; dans tel autre, il faut s’adresser à des organes éloignés, qui affectent l'oreille par sympathie, comme l'estomac, les intestins, etc., employant à cet effet des injections d’air ou d’eau dans les cavités de l'oreille, des saignées générales, des applications de sangsues, des purgatifs, etc.

Le bourdonnement et le tintement d’oreilles qui se font entendre dans un grand nombre de maladies sont souvent les signes avant-coureurs d’une crise. Chez les personnes menacées d’apoplexie par une constitution sanguine, par leur âge, etc., ces bruits précèdent souvent l’attaque, et ils sont au nombre des signes qui en décèlent l’imminence : à ce momênt une saignée ou d’autres moyens rationnels peuvent quelquefois suffire pour détourner un danger très-redoutable. C’est là un motif qui doit engager ces personnnes à consulter leur médecin quand ces illusions de l’ouie se manifestent à des retours fréquents, surtout si on remarque en même temps des hallucinations d’autres sens, une altération notable de la mémoire, de l’hésitation dans l'acte de la parole, le balbutiement, etc. Touten signalant l’importance que les illusions acoustiques peuvent présenter en certains cas, nous ajouterons qu’ellesnedoivent éveiller aucunecrainte quand elles sont passagères et quand elles ne se rencontrent pas avec des états maladifs. D' CHARBONNIER.

BOURES. Voyez Paysans (Guerre des).

BOURÈTES ou BOURIATES, peuplade mongole nomade d’environ 100,000 têtes, qui se subdivise en diverses tribus et habite les rives du Jénisséi, de la Leria, de l’Angara et du lac Baïkal, dans la partie méridionale du gouvernement russe d’Irkoutsk, en Sibérie. Ils ressemblent, en ce qui est de leur conformation physique, aux Kalmouks. Leur visage est lisse et charnu, leur taille est trapue, un peu ramassée; leurs membres sont bien découplés, leurs yeux très-rapprochés du nez, leurs sourcils étroits, noirs et fortement arqués. Ils ont le nez camus, aplati du haut, les pommettes des joues saillantes, de grandes oreilles, des dents très-blanches et peu de barbe. Ils sont paresseux d'esprit, défiants, peu serviables, d’ailleurs probes, loyaux, habiles dans les exercices du corps, bons cavaliers et excellents archers. En 1644 ils se soumirent au sceptre russe. Ils peuvent mettre en campagne plus de vingt mille guerriers armés d’arcs, et choisissent eux-mêmes leurs princes et leurs anciens, sauf la confirmation du gouverneur d’Irkoutsk, qui remet à ceux-ci un poignard, insigne de leur dignité. Leur vêtement est en cuir garni de fourrures. L'été, ils vivent dans des huttes, dites iourtes, qu’ils recouvrent de cuir ; et l’hiver, dans des huttes de feutre. Ils vivent des produits de leurs bestiaux, de leur chasse, de leur industrie, et sont notamment d’excellents forgerons. Ils professent une forme particulière du bouddhisme, et nomment lear dieu suprême Octorgon Burkhan où Tingiri Burkhan, c’est-à-dire Dieu du ciel. Ils regardent les planètes comme des dieux inférieurs, et appellent le chef des mauvais esprits Ockodæl. Leurs idoles, tantôt peintes, tantôt composées de bois, de plomb, de

feutre et de peaux d'agneau, sont très-originales et colorées en noir avec de la suie, Indépendamment de quelques faibles essais de littérature, ils possèdemt des notions assez remarquables en médecine. La femme est à leurs yeux un être impur, auquel l'approche de l'autel des dieux domestiques est interdit dans la iourte. Pour qu’un homme s’assoie là où une femme était assise avant lui, il faut que la place ait d’abord été purifiée au moyen de parfums.

BOURETTE (Cuarcorte RENIER, dame), plus connue sous le nom de Muse-Limonadière. Bourette était le nom de son second mari; son premier époux s’appelait Curé. Née à Paris, en 1714, elle y tenait un. café, rendez-vous des Français et des étrangers curieux de contempler de près une simple bourgeoise qui se mêlait de faire des vers aussi bien, mieux même que beaucoup de marquises, et cela à une époque où jamais la France n’avait encore compté autant de femmes d'esprit. Pourquoi le café de la spirituelle et gracieuse limonadière n’aurait-il pas été aussi fréquenté que le salon de l’anglomane et acariâtre du Deffand? L’une, il est vrai, étaitune modeste industrielle, et l’autre une grande dame, en relation intime avec un ministre de S. M. Britannique. Mais la grande dame était vieille, infirme, méchante, frondant toutes les réputations, s’enthousiasmant à froid pour un étranger, qui avait converti la corruption ministérielle en système. M°° Bourette avait tout au moins le mérite de ne pas rougir de sa position; elle avait consacré ses talents à célébrer les événements qui intéressaient sa patrie. Elle n’était pas titrée, mais elle était aimable, et cela vaut mieux. 11 n’eût tenu qu’à elle de se faire marquise ou comtesse, car rien alors n’était plus facile; elle n’ambitionna quele titre de Muse- Limonadière. Elle mérita l’estime des notabilités contemporaines; elle aurait pu grossir son bagage littéraire des épitres en prose et en vers qu’on lui adressaït de toutes parts. Le ministre du roi de Prusse lui envoya un étui d’or, le duc de Gesvres une écuelle d'argent, et Voltaire une tasse de porcelaine. Dorat paya largement en monnaie de poëte son tribut d’admiration à la Muse-Limonadière.

C’est sous ce titre qu’elle publia ses poésies, dédiées au roi Stanislas, 2 vol., 1755. La Coquette punie, comédie en un acte et en vers, ne fut représentée que sur un petit théâtre qu’elle avait dressé dans son café, qu’elle transformait parfois en salle de spectacle et en cercle littéraire. C'était en 1779, l’auteur avait alors soixante-cinq ans. Sa mort eut lieu en 1784. Les poésies de la Muse-Limonadière ont eu un succès de vogue, et le méritaient par l'élégance et la pureté du style, le choix des sujets et la finesse des pensées. Cependant elles ne se trouvent guère plus qué dans les bibliothèques des collectionneurs. Durex (de l'Yonne).

BOURG, en latin pagus, ou vicus, endroit habité, qui tient le milieu entre une ville et un village. On entend en général par ce mot un gros village, avec où sans murs, mais possédant un marché. 11 parait cependant que dans Porigine les bourgs étaient entourés de murailles et même fortifiés; et c’est ce qu'indiquerait en effet l’étymologie de ce mot, d’après Cujas, Nicot et Campden, qui le font dériver du latin pyrgus, venu du grec xôgyos, signifiant chez les anciens un endroit fortifié défendu par des tours. Végèce emploie le mot burgus comme signification de tour ou de petit château. De son côté, Luitprand, en parlant des Bourguignons, dit que chez eux burgum signifie un amas ou assemblage de maisons qui n’est point fermé de murailles. Quelques auteurs pensent que notre mot bourg viént tout bonnement de l'allemand burg.

Bourgade est l'intermédiaire entre le bourg et le village. En Angleterre bor ou g h, que nous traduisons par bourg, a un sens particulier; c'est un lieu moins important qu’une ville, plus important qu'un village, mais jouissant de certaines immunités qui le rendent indépendant des autorités du comté, 11 serait plus exact de traduire ce mot par celui de commune.

BOURÈTES — BOURGENE

BOURG, ou BOURG-EN-BRESSE, ville de France, ancienne capitale de la Bresse, aujourd’hui chef-lieu du département de l'Ain, située sur la rive gauche de la Reyssouse, 4370 kilom. sud-est de Paris. Peuplée de 14,280 habitants (1879), elle possède un tribunal de première instance, un lycée, unechambre d'agriculture, une société savante d'Émulation, un jardin botanique, une salle de spectacle, une bibliothèque contenant 25,000 volumes, un cabinet de physique et de chimie, et un musée départemental. Son évêché fut supprimé en 1536, par le pape Paul III. Elle est le chef-lieu d’une subdivision militaire. Des chemins de fer la relient à Lyon, à Mâcon, à Besançon et à Chambéry.

Bätie dans une position charmante, près de la Veyle, elle est arrosée par des fontaines, et embellie par de nombreuses promenades. Il s’y fait un assez grand commerce de grains, bestiaux, peaux blanches, volailles connues sous le nom de poulardes de Bresse ; quant à son industrie manufacturière, elle est à peu près nulle, sauf la poterie commune. Bourg renferme des monuments assez remarquables, entre autres celui qui a été élevé au général Joubert, la statue de Bichat, l'église de Notre Dame, la halle au blé, les boucheries et un magnifique hôpital; mais l'édifice le plus curieux de tout l’arrondissement est l’église gothique de Brou, située près de la ville, et construiteen 1511, par Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint. On y admire de riches vitraux et les mausolées de la maison de Savoie.

La fondation de Bourg, qui ne remonte pas au delà du treizième siècle, est attribuée aux seigneurs de Baugé. Selon de Thou, elle occuperait l'emplacement de l’ancien Forum Sebusionorum. Elle passa des Romains aux Bourguignens, auxquels elle futenlevée par les Francs. Aprèsavoir fait partie, au milieu du neuvième siècle, du royaume d'Arles et de la Bourgogne Transjurane, elle obéit aux empereurs d’Allemagne jusqu’au onzième siècle, et fut comprise de cette époque au seizième siècle dans les États des ducs de Savoie, qui y construisirent une citadelle. Prise par les Français en 1536 et en 1600, elle fut en 1601 cédée définitivement à la France par le traité de Lyon.

BOURG (ANTOINE et ANNE pu). Voyez Dupourc.

BOURGELAT (CLaune), né en 1712, mort en 1779, fut le fondateur des écoles vétérinaires en Europe. Le premier établissement de ce genre fut créé par lui à Lyon, sa ville natale, en 1762. Sa famille l'avait d’abord destiné à l'étude des lois : reçu docteur à l’université de Toulouse, il suivait même avec distinction le barreau du parlement de Grenoble; mais ayant un jour gagné une cause qu'il reconnut ensuite être injuste, il eut honte de son triomphe, et renonça aux brillants succès que lui réservait la carrière qu’il avait embrassée, pour entrer dans les mousquetaires, Le goût qu'il avait eu dans sa jeunesse pour les chevaux se réveilla avec force, et dès ce moment il se livra exclusivement à son étude favorite.

C'est Bourgelat qui a fourni à l'Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert les articles de ce recueil relatifs à l’art vétérinaire et à l’hippiatrique, ou médecine des animaux domestiques, dont il est considéré comme le créateur. On a encore de lui plusieurs ouvrages d’une haute utilité, entre autres : un Traité de Cavalerie (Lausanne, 1747); Nouveaux Principes sur la Connaissance et la Médecine des chevaux (Lyon, 1750-1752); Analomie comparée du cheval, du bœuf et du mouton, etc.

BOURGENE, où BOURDAINE, grand arbrisseau du genre des nerpruns, qui croit dans les terrains humides, et dont le bois fournit un charbon très-léger, le plus estimé pour la fabrication de la poudre à canon. C’est le rAamnus frangula de Linné. Baubin l'avait nommé alnus nigra baccifera (aune noir), sans doute à cause d’une espèce de ressemblance entre ses feuilles et celles de l’aune; mais il y a une différence notable dans la fleuraison et la fructification de ces deux arbres, Les tiges de la bourgène sont unies; son

BOURGENE — BOURGEOIS

écorce extérieure est brune, l’intérieure Jaunâtre, et son bois blanc et tendre; ses feuilles, simples, entières, ovales, allongées et terminées en pointe, veinées et portées par des pétioles courts, naissent des aisselles et sont alternativement placées sur les tiges. Les fleurs sont petites, verdätres, à cinq divisions, réunies en petits bouquets axillaires. Les baies qui leur succèdent, giobuleuses et noirâtres, renferment deux ou quatre semences; ce fruit possède des propriétés purgatives. Enfin l'écorce intérieure des liges passe aussi pour un violent purgatif, et donne une couleur rougeâtre assez semblable à celle de la garance.

BOURGEOIS, BOURGEOISIE. Ces mots, dérivés de bourg, n'apparaissent dans notre langue française que vers le onzième siècle, pour désigner une chose nouvelle. C’est à tort, en effet, que l’on a prétendu retrouver la bourgeoisie sous la domination romaine et même dans l’organisation des villes gauloises avant la conquête de Jules César. La bouræ geoisie naquit sous la féodalité : partout où un certain nombre de travailleurs purent se grouper, s’armer, s’abriter derrière une muraille, on vit s'élever une bourgeoisie, disputant avec le seigneur, s’affranchissant de certaines servitudes, se donnant des lois particulières, souvent avec l’aide de l’Église, parfois sous l'influence de l'autorité royale. Avant cette époque l’histoire ne nous montre rien qui ressemble à la bourgeoisie telle qu’elle exista au moyen âge. Au temps de Grégoire de Tours, les habitants des villes gauloises se partageaient en six classes ou décuries : le clergé, les familles sénatoriales, les fonctionnaires publics, les citoyens vivant de leurs revenus nommés s{ationnaires, les artisans et agents subalternes de l’administration, les gens de main-morte ou demi-serfs, sans compter les serfs purs. Quand la race de Charlemagne se fut substituée à la première dynastie franque , la nation ne présentait plus que quatre classes : la noblesse, le clergé, le peuple et les serfs. Le peuple (populus, ingenui) se réunissait en assemblées pour élire les magistrats et les évêques. Cet état de choses antérieur à la bourgeoisie dura jusqu’au dixième siècle. Quand l’asservissement féodal devint universel , le premier secours qui vint aux populations opprimées , elles le durent au clergé. Les cathédrales et les autres grands établissements ecclésiastiques avaient le privilége de s’attacher des hommes de la cité qui, sous le nom d’avoués de l’Église, purent se soustraire à la juridiction du seigneur séculier, et éviter les charges les plus pénibles,

Quoique la bourgeoisie se fût ainsi constituée peu à peu à l’aide du clergé et par la puissance de l’association, ce n’est réellement qu’à dater de l’affranchissement des communes qu’elle commença à compter dans l'État. 11 faut bien se garder, du reste, de confondre les chartes de bourgeoisie avec celles des communes, qui organisaient de véritables républiques et portèrent bientôt ombrage à la puissance royale. Au contraire, les bourgeoisies furent constamment favorisées par nos rois, qui finirent même par s’attribuer uniquement le droit d’en créer. Mais ce principe ne fut pas admis sur-lechamp; la tactique de la royauté fut d’opposer à l’ancienne bourgeoisie reconnue ou concédée par les seigneurs d’autres bourgeoisies privilégiées , la franchise de bourgeoisie par exemple, qui non-seulement conférait la libre disposition de la personne, mais encore des priviléges et des prérogatives spéciales. En 1215 elle fut accordée à tous les bourgeois de Paris et à trente et une autres villes du royaume. Les Jrancs-bourgeois renonçaient au commerce et aux arts industriels, et jouissaient du droit de franc-fief; ils devaient prêter serment au prince, Tous ceux qui n’obtinrent pas ce titre furent réputés manants, et de cette manière la bourgeoisie simple se trouva discréditée.

Une nouvelle institution de la royauté, la bourgeoisie personneile, vint couronner son œuvre. Ce fut, entre ses mains, une arme lerrible contre la féodalité. Voici en quoi elle consistait : l'habitant d’une cité put sans la quitter, et

sans faire partie d’un corps de bourgeoisie, se soustraire à l'autorité immédiate et à la juridiction de son seigneur, en acquérant le titre de bourgeois du roi ou du royaume, qui le faisait relever directement du roi. Une faible redevance en nature et la possession d’une maison d’une valeur de soixante sous de rente suffisaient ordinairement pour obtenir ce précieux titre. Les bourgeois du roi étaient encore appelés bourgeois du dehors ou bourgeois forains par opposition aux bourgeois des corps de bourgeoisie, appelés bourgeois du dedans, parce qu’ils n'étaient pas astreints, comme ceux-ci, à l'obligation d’un domicile réel. Les corps de bourgeoisie eux-mêmes furent souvent l’objet de la faveur royale, et purent aussi relever directement du roi. Quant aux seigneurs dépossédés, jamais ils n'étaient indemnisés ; ou se contentait de leur notifier l’affranchissement de leurs vassaux par le ministère d’un sergent.

[Après avoir exposé les origines et la formation de la classe bourgeoise au moyen âge, il nous reste à la suivre dans ses développements successifs. Outre l’appui qu’elle trouva dans la royauté, diverses circonstances lui vinrent en aide : d’abord les croisades, qui éloignent les seigneurs les plus turbulents , les forcent à vendre une partie de leurs priviléges, et quelquefois l’affranchissement complet de leurs vassaux; en même temps les rapports avec l'Orient augmentent le dépôt des connaissances , ouvrent des débouchés à l’industrie naissante, créent la marine, et amènent des relations commerciales entreles diverses nations chrétiennes qui, rangées sous le même étendard, apprennent à se connaître.

L’émancipation des communes est consolidée par l'établissement des corporations sous saint Louis. La bourgeoisie dut à ses corporations des moyens de ralliement, de résistance à l’oppression; armée disciplinée du travail, le tiers état forma dans la société générale comme une société distincte, ayant ses mœurs, ses lois, ses magistrats, presque un gouvernement. La commune était surtout une association guerrière, née de la révolte légalisée des bourgeois contre les seigneurs : ce fut dans les mains des rois une arme terrible et toujours prête , qu’ils pouvaient tourner ou contre leurs barons révoltés ou contre l’ennemi public. Suivi de ses fidèles bourgeois, tenant en main l’oriflamme, ce premier drapeau national, Louis VI repousse sans combat l’A]lemand et l’Anglais coalisés; c’est par la valeur des bourgeois qu’à Bouvines, à Saintes, à Taillebourg, Philippe-Auguste et saint Louis sont vainqueurs de l'étranger ligué avec de grands vassaux mécontents. Sous Philippele Bel laffront de la chevalerie française, défaite par les ribauds flamands à Courtray, est vengé par la glorieuse victoire de Mons-en-Puelle, remportée par les troupes des communes.

Ce n’est pas seulement sur les champs de bataille que la bourgeoisie vient en aide à la royauté; elle lui donne son or pour fournir aux frais del’ad ministration, institution. nouvelle de saint Louis et surtout de Philippe le Bel. Dans une circonstance importante, elle ira jusqu’à lutter en faveur de la royauté, corps à corps, avec la puissance la plus redoutée de l’époque, la papauté. Lors de la querelle entre Boniface VIIlet Philippe le Bel, celui-ci pour résister plus sûrement convoqua les états généraux, c’està-dire le clergé, la noblesse et le tiers état ou bourgeoisie, Les deux premiers ordres, hésitant devant une rupture complète avec la cour de Rome, se confentèrent d'envoyer au pape une lettre de blâme, que tous ne signèrent pas; la bourgeoisie, plus dévouée et plus indépendante, fit une requête expresse au roi dans laquelle elle déclarait « la souveraine franchise du royaume, qui ne reconnait sur la terre d'autre souverain fors que Dieu ». La participation de la bourgeoisie aux affaires était un premier pas; M politique royale alla encore plus loin dans une autre institution , l’anoblissement : c'était en effet l’anéantissement de la puissance morale de la noblesse, puisque désormais le mérite ou la faveur pouvait conférer un privilége que la naissance seule avait .

pu donner jusque là. C'était l’abaissement de la barrière fatale entre la noblesse et la roture; du reste, les rois n’usèrent dans l’origine qu'avec une extrême réserve de ce pouvoir, et presque toujours dans des vues fiscales, comme lors du fameux affranchissement des serfs sous Louis X. La fiscalité et l'intérêt de leur puissance, on l’a dit avec raison, ont été la principale règle de conduite de nos rois.

Les Capétiens directs avaient grandi avec la bourgeoisie. Durant cette périodeelle produitSuger, ministre de Louis VI et régent sous Louis VII, Étienne Boileau, conseiller de saint Louis pour les Établissements de ce prince, Guillaume de Nogaret, et fousles membres des parlements sous Philippe le Bel. Les Valois suivirent une marche complétement différente : leur règne est l'apogée de la chevalerie. Mais pour subvenir aux dépenses occasionnées par un faste tout nouveau, il faut accabler le peuple d'impôts ; et tandis que cette brillante chevalerie se fait décimer à Crécy, à Poitiers, à Azincourt, et ouvre ainsi la France aux Anglais, le peuple, au contraire, les bourgeois, comme ceux de Tournay et de Calais (1347), de Rouen (1418), en défendant le royaume, ville à ville, pied à pied, empêchent seuls la ruine complète de la France,

Cependant la fiscalité continuait à s’implanter, malgré les réclamations les plus énergiques des peuples et les serments, toujours violés, des rois; le mécontentement, augmentant, se changea bientôt en rébellion ouverte. C’est l’époque des émeutes de Paris, de la Jacquerie, des révoltes du Languedoc, de la Flandre , de la Bretagne, sous Jean le Bon etCharles V, des Maillotins, du marchand drapier roi de Rouen sous Charles VI; ainsi que des assemblées orageuses de 1355, 1356, 1357, où se distingue cette grande figure d’Étienne Marcel. Les innovations de ce prévôt des marchands ne tendaient à rien moins qu’à déplacer l'autorité; c'était presque l'établissement du pouvoir constitutionnel. « On ne sait, dit Chateaubriand, où des bourgeois émancipés depuis cinquante ans seulement avaient pu puiser des notions aussi claires du gouvernement représentatif, au milieu des préjugés du temps, de l’obscurité et du chaos des lois. » Soutenu énergiquement par la municipalité de Paris, Marcel fut un instant le vrai roi : mais les temps n'étaient vas mûrs; l'intelligence politique du reste de la France n’était pas éveillée; quelques hommes seuls, Marcel, Robert Lecoq, Jean de Pecquigny comprenaient la situation. La mort ou la fuite de Marcel et de ses principaux adhérents mit fin à cet informe essai de révolution populaire, qui n'eut pas de résultat sérieux, mais qui laissa dans le peuple de Paris une profonde impression de sa puissance et de féconds souvenirs de liberté.

Au milieu de toutes ces vicissitudes, la bourgeoisie grandissait en puissance et en influence; le commerce, l’industrie, véritables bases de sa grandeur future, prenaient chaque jour de plus grands développements. Déjà on comptait dans la bourgeoisie des fortunes princières : c'était un bourgeois -enrichi par le commerce, ce Jacques Cœur qui prêtait à Charles VII 200,000 écus d’or, et entretenait pendant quatre ans à ses frais une armée pour expulser les Anglais; on peut encore citer les Ango de Dieppe et les Auffredy de La Rochelle. La considération et l'influence de la bourgeoisie s’accrurent encore sous Louis XI, compère des bourgeois de sa bonne ville de Paris, qui se plaisait à s’entourer de petites gens; mais cette influence n’empêchait pas qu’il n°y eût une ligne de démarcation bien profonde entre la bourgeoisie et les deux autres ordres. On peut s’en convaincre par un document emprunté à l’histoire des états de 1484. Un député du tiers, avocat de Troyes, ayant demandé que chaque ordre payât ses députés, en disant que « ce serait une grande injustice, indigne du clergé et de la noblesse, de contraindre ainsi les plus pauvres à faire l'aumône aux plus riches, » Philippe de Poitiers, député de la noblesse, révondit, en traitant cette prétention d’insolente, que le privi-

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