BOURGEOIS — BOURGEON
dernier des grands seigneurs, croit-il flétrir dans ses mémoires te règne de Louis XIV en l'appelant « le règne de la vile bourgeoisie ». C'était encore en faveur dé la bourgeoisie que Louis XIV créait l’ordre de Saint-Louis, et Louis XV celai du Mérite Militaire, institutions presque démocratiques, puisque la naissance n’était pour rien dans les conditions d'admission. Ce beau tableau a malheureusement des ombres : la révocation de l’'édit de Nantes et les odieuses persécutions qui la suivirent privèrent la France de plusieurs millions de citoyens qui, grâce à la protection éclairée de Colbert, commençaient à donner un rapide essor à l'industrie, et qui allèrent porter à l'étranger leurs richesses et leur habileté déjà proverbiales.
La banqueroute de Law, en bouleversant toutes les fortunes et tous les rangs, servit encore la cause de la bourgeoisie : sous Louis XV la marche ascensionnelle continue ; c’est dans la bourgeoisie que Louis XV va chercher les objets de ses passions; aux sœurs de Nesle succède M'° Poisson, plus tard marquise de Pompadour, protectrice des gens de lettres et des économistes, et artiste elle-même ; grâce à sa protection, les philosophes du dix-huitièmesiècie mettent à la cour le ton libéral à la mode, et achèvent l'éducation politique du tiers état. Après la fille du boucher des Invalides vint la fille du commis aux barrières, M®° Dubarry. Mais la bourgeoisie est elle-même un corps privilégié : 1789, en abolissant les jurandes, les maîtrises, et les autres barrières qui arrêtaient l'élan de la bourgeoisie, lui ouvre une voie large et nouvelle vers la considération, la fortune, la puissance publique. La république et l'Empire voient de simples paysans s’élever par leur courage aux grades les plus élevés : les Kléber, les Hoche, les Moreau, les Augereau, les Bernadotte, et tant d'autres, sont des bourgeois ou des plébéiens illustrés par la victoire.
Un instant comprimée sous la Restauration, la bourgeoisie reprend son expansion puissante après les journées de Juillet 1820. Des écrivains éminents, de grands publicistes sont chargés des rênes de l’État : la plupart sortent des rangs de la bourgeoisie. L'histoire a déjà nommé le règne du dernier roi, de règne de La bourgeoisie. Mais le pays était encore privé de ses droits politiques. La bourgeoisie elle-même sentait ses rangs trop serrés; le gouvernement tentait de recréer une aristocratie bourgeoise; sourd à de légitimes et pressantes réclamations, Louis-Philippe voit une révolution éclater aux cris de Vive La Réforme! et bientôt la république est proclamée de nouveau. Son premier décret, le suffrage universel, est le résultat naturel et inévitable de la progression continuelle de la bourgeoisie ; l'égalité politique venait s'ajouter à l'égalité civile, 1848 complétait 1789. Ce devait être là l’ère d’un nouvel avenir. Dès lors la bourgeoïisie se confond dans Ja nation. Parce qu’elle en est la partie éclairée, elle pense un moment ressaisir la puissance. Les discussions du capital et du travail divisent la bourgeoisie et le peuple; diverses circonstances amènent son triomphe. Elle cherche alors à se reconstituer en créant des catégories d’électeurs; mais le coup d'État du 2 décembre 1851 vient de nouveau porter une grave atfeinte à son influence en rétablissant le suffrage universel. Pour être forte, qu’elle se souvienne que sa place est à la tête, à l’avantgarde du peuple, de la nation, et non à la remorque des vieux partis! A. FEILLET. ]
BOURGEOISIE (Droit de). On entend par ce mot la possession de tous les avantages et priviléges attachés au fait du domicile et de larésidence. Dans les cantons suisses et les villes libres d'Allemagne le droit de bourgeoisie équivaut au droit de nationalité; quant aux pays où le droit de bourgeoisiene comprend que des avantages municipaux, qui, par la nature même des choses, varient à l’infini suivant les localités, c'est plutôt l'usage qu'une loi écrite qui le règle, Cependant l’on accorde généralement sur ce point que ce droit n'appartient qu'aux nationaux domiciliés d’origine
DICT. DE LA CONVERS. == T, HI
dans la cité; les autres nationaux doivent subir un temps d’épreuve, qui habituellement est fixé à une année de résidence lorsqu'il s’agit des droits de petite bourgeoisie, et à dix années lorsqu’il s’agit des droits de grande bourgeoisie, lesquels appellent à l'administration même de la ville,
Le droit de bourgeoisie a été conféré quelquefois à des princes sous la protection desquels les villes voulaient se placer. C’est ainsi que Louis XI reçut le droit de bourgeoisie des Suisses.
BOURGEON. On nomme bourgeons ces petits corps ovoides, arrondis ou coniques, germes ou rudiments wvisibles, mais non développés, des branches, des feuilles et des fleurs, qui naissent sur la tige proprement dite, à l’aisselle des feuilles, au sommet des rameaux ou bien au collet des racines d’un végétal. Ils commencent à poindre en été à l’époque dela grande végétation, et portent alorsle nom d'yeux. Ils grossissent un peu en automne, puis ils restent stationnaires pendant l’hiver , et ne reprennent leur végétation qu’au printemps, où ils se gonflent et reçoivent proprement le nom debourgeons. Ces organes sont protégés par des écailles ou des stipules souvent avortés; dans les climats septentrionaux, ces écailles sont en plus grand nombre, et d’autant plus serrées qu’il s’agit de résister à un froid plus long et plus intense ; mais dans les contrées méridionales , danstoutes les circonstances où les végétaux sont soustraits aux intem « péries de l'air, ces stipules ou folioles n’avortent point ; ils se transforment en feuilles, et le bourgeon, complétement nu, s’allonge ainsi et se développe dans toutes ses parties. Par son allongement , un bourgeon de branche devient une jeune pousse : on nomme ainsi tout jet ou toute production végétale de l’année, qui n’a point encore acquis toute sa longueur.
On distingue trois sortes de bourgeons, selon les pousses diverses auxquelles ils doivent donner naissance : 1° les bourgeons à feuilles ou à bois, qui ne donnent que des branches chargées de feuilles, et qui sont allongés et pointus ; 2° les bourgeons à fleurs ou à fruits, courts et arrondis, qui ne produisent que des fleurs , et que l’on désigne communément par lenom de boutons ;3° les bourgeons mixtes, qui donnent à la fois des feuilles et des fleurs, ét dont la forme tient le milieu entre celles des deux classes précédentes. Un jardinier tant soit peu exercé distingue sur un arbre fruitier le bourgeon qui doit produire des fleurs de celui qui ne produira que des feuilles, ou de celui qui produira tout à la fois des fleurs et des feuilles.
Les bourgeons radicaux , ou qui naïssent du collet de Ja plante, ont reçu des dénominations particulières : ceux des plantes vivaces, qui sont placés à fleur de terre, comme dans l’asperge, dont on mange les jeunes pousses, s'appellent turions, et ceux qui sont souterrains et formés d’écailles imbriquées, tels que les oignons des liliacées, portent le nom de bulbes. Il se développe enfin quelquefois sur les tiges de certains végétaux de très-petits tubercules et des germes qui se détachent d'eux-mêmes de la plante qui leur a donné naissance, et qui sont susceptibles de produire de nouveaux individus quand on les sème; cette espèce particulière de bourgeon porte le nom de bu lbille. On divise aussi les bourgeons en fokiacés, pétiolacés, stipulacés et fulcracés, suivant que les écailles qui entrent dans leur composition sont des feuilles, des pétioles, des stipules avortés, ou des pétioles et des stipules à la fois.
Dans la taille des arbres fruitiers il faut distinguer ur second ordre de bourgeons, et appeler faux bourgeon celui qui perce de l'écorce; ces sortes de bourgeons sont toujours maigres, poreux, ne sont point assez élaborés, et il convient de les supprimer à la taille, à moins que la nécessité n’o blige de les conserver pour garnir des vides. Le mot bourgeon est ordineirement accompagné aussi d’une épithète qui désigne la manière dont il est placé sur la branche : ainsi on l'appelle bourgeon vertical, lorsqu'il est perpendiculaire à la branche; c’est cette espèce de bourgeon qui fait ce qu’on
nomme bois gourmand, qui emporte l'arbre, et qui absorbe une si grande quantité de séve que les autres branches en sont appauvries et exténuées. Il est absolument nécessaire de ne pas les conserver, non plus que les bourgeons antérieurs etles bourgeons postérieurs, qui doivent être également abattus; on ne conserve ordinairement que les bourgeons latéraux, c’est-à-dire ceux qui croissent de droite et de gauche de la branche.
Bourgeons est aussi le nom d’une espèce de boutons qui viennent principalement au visage, et dont sont affectées plus particulièrement les personnes qui font abus du vin et des liqueurs fortes, comme si l’on voulait faire entendre par cette expression qu’elles éprouvent les mêmes influences que la vigne, et que les sucs dont elles s’abreuvent, semblables à la séve, ont le pouvoir de pousser des bourgeons. C’est ainsi que Boileau nous représente la Discorde :
Elle prend d’un vieux chantre et la taille et la forme, Elle peint de bourgeons son visage guerrier,
De là aussi l'expression de visage bourgeonné, qui répond à une autre, beaucoup plus familière, celle de rouge-trogne, et que l’on applique aux personnes que l’on suppose, d’après des indices souvent très-incertains, être livrées à la boisson, tandis qu'il est, au contraire, des cas où les personnes les plus sobres, et qui ne font même nul usage du vin et des liqueurs, sont soumises à ces affections cutanées, produites souvent par une irritation chronique, dont la cause peut varier à l'infini ( voyez Bouron ).
BOURGEONNEMENT,. Ce nom usuel désigne le mode de reproduction par bourgeons, que présentent un certain nombre d'animaux inférieurs et la très-grande majorité des végétaux connus. On sait qu’on le désigne encore sous les nomsde génération gemmipare ou degemmiparilé et de gemmation. Ce mode, bien étudié chez les plantes, l’a été beaucoup moins sur les animaux. Les considérations qui se rattachent à l'étude comparative des bourgeons animaux et végétaux sont devenues pour les physiologistes modernes un sujet de recherches nouvelles, dont nous parlerons à l’article EmBrYOGÉNIE. L. LAURENT.
BOURGERY (Manc-Jean), docteur en médecine, auteur d'un magnifique ouvrage d'anatomie , naquit à Orléans, en 1796. De médiocres ressources lui donnant hâte d'exercer son art, il se fit recevoir précipitamment officier de santé, et fut pendant près de dix années médecin résident aux célèbres fonderies de cuivre de Romilly ( Eure ). Le docteur Béclard l'ayant rencontré dans les courses annuelles de président des jurys médicaux, reconnut en lui un homme distingué, auquel étaient familières les finesses même de l'anatomie. Il chercha en conséquence à l’attirer vers Paris, et d’abord vers le doctorat, afin qu’il devint libre d’aller plus loin et plus haut sans intrusion, Il était à peine reçu, qu’il s’occupait avec zèle de la publication de l'ouvrage d’anatomie qui a fondé sa réputation, Après avoir choisi M. H. Jacob pour dessinateur lithographe, il obtint Vutile appui de Benjamin Delessert, philanthrope curieux d'encourager des œuvres remarquables et d’un placement difficile. Le ministère de l’Instruction publique suivit l'exemple du baron Delessert, mais avec une efficacité croissante, dès que M. de Salvandy fut chargé de la gestion des affaires scientifiqueset littéraires et rendu maîtrédesencouragements,.
L'ouvrage d'anatomie dont nous parlons réunit le double et rare avantage d’avoir pour auteur un médecin ami des arts, qui aurait pu diriger un artiste inexpérimenté, et pour dessinateur un artiste initié dès longtemps à la science anatomique, Pouvant ainsi s’entre-éclairer et sachant se comprendre, les deux auteurs pensèrent en commun et se prétèrent un mutuel appui. Voilà ce qui empreint leur ouvrage d'une perfection relative à laquelle avant eux personne encore n'avait alteint, si c: n'est Scarpa pour quelques régions du corps humain,