‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 366 sur 527 · BOURGS POURRIS — BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

BOURGS POURRIS — BOURGUIGNONS

leur siége au parlement, grâce au trafic scandaleux qui s’en faisait de la manière la plus patente dans les bourgs-pourris, et qu'on appelait borough-jobbing. Tant que subsistera la mémoire de ce révoltant abus, on ne manquera jamais de citer à ce propos Old Sarum, localité de ce genre , où à Pépoque des élections sept propriétaires de misérables bicoques se réunissaient, et mettaient littéralement à l'encan deux places au parlement.

Comme les sophistes et Les amis du privilége ne manquent jamais de bonnes raisons apparentes pour soutenir les thèses les plus absurdes, les abus les plus déplorables, on ne s’étonnera sans doute pas d'apprendre que l’instifution des bourgs-pourris a eu de nombreux avocats. On à dit que dans un pays où l'aristocratie était l'État, et où on arrivait avec de l'argent à faire partie de l’aristocratie, il était bon que l'homme de talent, obscur et sans fortune, trouvât moyen de se produire tout d’un coup au grand jour, et pût ainsi jeter dans la balance des destinées publiques son zèle, ses connaissances acquises et sa capacité. On a cité à lappui de ce paradoxe, entre autres exemples célèbres, celui de Horne-Took, de ce fougueux adversaire du fameux Pitt, dont la voix n’eût jamais tonné à Westminster pour proelamer les grands principes sociaux au nom desquels s’opérait alors en France une immense et glorieuse révolution, si par un bizarre caprice du hasard un parent de Pitt luimème , aussi zélé pour la liberté que celui-ci l'était pour les intérèts du despotisme, n’eût fait entrer le tribun du peuple au parlement par la porte immonde d’un bourg-pourri dont il était propriétaire. Le bon sens des masses a constamment repoussé les sophismes avec lesquels on justifiait l'abus par le bien accidentel qui en pouvait résulter. Il a compris que lorsqu'il n’y aurait plus de privilége électoral, un Horne- Took qui se sentirait la poitrine assez forte, le cœur assez baut pour défendre au sein de la représentation nationale les imprescriptibles droits des peuples et des individus, arriverait bien plus facilement à son but en confiant le succès de sa noble ambition aux suffrages populaires , qu’en se mettant sous le patronage, toujours suspect, de quelque renégat de l’oligarchie.

Parmi les bourgs-pourris, on distinguait ceux qui appartenaient à l’aristocratie, et ceux dont les élections, en raison de telle ou telle circonstance, étaient à la disposition des ministres. Les membres du parlement arrivés à la législature par la volonté de quelque grand seigneur votaient selon le bon plaisir de leurs patrons, qui de leur côté tiraient auprès des ministres bon parti de leur influence dans les communes. Les membres du parlement nommés par les bourgs de la trésorerie (éreasury boroughs), comme on les désignait, étaient en général des hommes beaucoup plus honorables que les premiers. Il n'étaient pas rare qu’il se manifestät de temps à autre de l’insuhordination dans leurs rangs, et le ministre dont ils étaient les créatures ne les trouvait pas toujours disposés à fransiger avec leur conscience. Mais ces hommes, se regardant comme liés d'honneur vis-à-vis de leurs patrons, se seraient fait un véritable scrupule de faillir à la foi qu'ils avaïent jure au ministère; et quand la conscience venait à parler chez eux plus haut que l'intérêt, on les voyait se dévouer stoiquement aux chiltern hundreds, v’est-à-dire accepter une des quelques places à la disposition du gouvernement, dont les émoluments étaient si exigus, que jamais on ne s’avisa d’accuser le titulaire d’en recevoir le montant. Les démissions n'étant pas d'usage dans le parlement, se soumettre ainsi à une réélection, et par conséquent fournir au mi-

uistère l'occasion de disposer de son {reasury borougñ en faveur de quelque homme à conscience moins timorée, était pour eux le seul moyen d'accorder les devoirs de la probité politique avec ceux de honneur.

BOURGUÉPINE, rom vulgaire du nerprunpurgalif, {rhamnus catharticus, Linné). C’est un arbrisseau épi-

neux, d'environ trois mètres de haut, à feuilles ovales ou arrondies, lisses et finement dentées, ayant une odeur et une saveur désagréables ; cependant, si on en excepte les vaches, tous les bestiaux les mangent. Les fleurs du nerprun purgatif sont petites, à quatre divisions, réunies par bouquets le long des rameaux , souvent dioïques ; les baies assez petites, deviennent noires à leur maturité. Ces baies sont un violent purgatif qui ne saurait convenir qu'à de robustes constitutions. Elles servent avec l’alun à préparer la couleur dite vert de vessie.

BOURGUIGNON (Le). Voyez Courtois (Jacques ).

BOURGUIGNONS. Voyez BouRGoGNE.

BOURGUIGNONS (Loi des). Voyez (Loi).

BOURGUIGNONS ( Faction des }, opposée à celle des Armagnacs. On ne peut guère expliquer l'acharnement qui caractérisa les longues guerres civiles des règnes de Charles VI et Charles VII seulement par l’attachement qu’inspiraient des princes peu faits pour inspirer un tel sentiment. Investis du pouvoir par un fou ou par une reine indolente, Isabeau de Bavière, qui n'avait d’autres pensées que la toilette et la bonne chère, les princes rivaux n'avaient point de droits par eux-mêmes; peut-être donc faudrait-il chercher la cause des événements qui ensanglantèrent cette époque moins dans leurs prétentions rivales que dans une ancienne animosité de races qui se réveilla alors dans l’île de France.

Tous les pays au nord de la Loire, colonisés par les Francs, n'avaient jamais été parfaitement unis avec les pays situés au midi de ce fleuve, patrie des Aquitains, et dont les Visigoths avaient renouvelé la population. Sous la domination des rois d'Angleterre l’Aquitaine était de nouveau devenue hostile à la France. Le comte d’Armagnac firait toute sa force de l'appui de cette noblesse pauvre et belliqueuse de Gascogne qui sous les drapeaux anglais avait vaincu les Français aux batailles de Créc y et de Poitiers. Lorsque les Armagnacs furent les maitres à Paris et dans l’île de France, ils s’y firent détester par leur insolence et leurs voleries. Le peuple parisien se sentait beaucoup plus d’aflinité de mœurs et de langage avec les Bourguignons qu'avec les Gascons; des intérêts de commerce pour l’approvisionnement de Paris les avaient aussi rapprochés; la corporation des bouchers, qui était riche, puissante et courageuse, embrassa le parti de Bourgogne avec enthousiasme, et souilla son nom par d’horribles massacres dans les prisons. En même temps la bourgeoisie de Paris avait, par des vues plus élevées, fait une alliance intime avec les bourgeois des villes de Flandre, sujets bourguignons, qui les premiers avaient défendu les droits du peuple, et les blancs chaperons, signe de ralliement du parti populaire, avaient passé de Gand à Paris.

L’assassinat de Jean sans Peur changea la position des Bourguignons. Le duc de Bourgogne devint allié du roi d'Angleterre, et son parti se trouva engagé à favoriser une domination étrangère. Cependant lorsque les Français furent obligés de reconnaître à Paris des Anglais pour leurs maîtres, ils commencèrent à les haïr plus encore qu’ils p’avaient haï les Armagnacs. La décadence de la capitale était rapide, la population disparaissait, les factions s’éteignaient dans la misère universelle ; le duc de Bourgogne, dégoûté et honteux de ses alliés, se retirait dans les Pays-Bas, et devenait presque étranger à la France. Un mouvement national d'indépendance commençait à se manifester dans les provinces même où les Bourguignons dominaient : ce fut celui auquelJeanne d'Arc communiqua son enthousiasme. Le parti bourguignon acheva de se dépopulariser par le supplice de cette héroïne. Enfin le traité d'Arras mit fin à la faction de Bourgogne, qui, bien qu’elle couvât longtemps encore sa haine pour le roi, s’éteignit en silence. J.-C.-L.-S. SISMONDI.

GOMBETTE

BOURGUIGNON SALÉ, vieux sobriquet qui s’en va, mais qui survit encore à sa gloire dans la Bourgogne et plus encore dans les provinces limitrophes de cet ancien duché. C’est la préface, l’avant-propos du dicton suivant, autrefois généralement répandu dans la France :

Bourguignon salé, L’épée au côté,

La barbe au menton, Saute, Bourguignon!

Les querelles continuelles que les Bourguignons avaient eu à soutenir tant contre les Armagnacs que contre d’autres ennemis motivaient suffisamment les expressions d'épée au côté et de barbe au menton, qui conviennent parfaitement à des gens de guerre. Quant à celle de Bourguignon salé, il paraît moins facile d’en déterminer l’origine. Le Duchat pense que ce sobriquet était dû à la salade ou bourguignotte , espèce de casque particulier à la milice bourguignonne. Voici une autre interprétation , qui s’appuie sur un fait historique arrivé en 1422, et que de doctes personnages ont considéré comme ayant acquis force de preuve : Jean de Chäons, prince d'Orange, s'étant emparé d’Aigues- Mortes, au nom de son souverain Philippe, duc de Bourgogne , pendant les troubles du règne de Charles VIT, y mit en garnison quelques compagnies bourguignonnes. Les bourgeois , qui supportaient ce joug avec impatience, firent un jour main basse sur la garnison, tuèrent bon nombre de Bourguignons, et jetèrent les cadavres des chefs dans une cuve, avec une grande quantité de sel, atin de les conserver plus longtemps, comme un trophée de leur fidélité à leur roi légitime.

A ce récit, que l’on peut regarder comme apocryphe, nous opposerons une autre interprétation, que l’on trouve dans le glossaire alphabétique placé à la suite des Noëls bourguignons, imprimés à Dijon en 1720. Suivant le dévot lexicographe, l’expression Bourguignon salé viendrait de ce que ce peuple aurait été le premier de tous ceux de la Germanie à embrasser le christianisme, d’où ses voisins, qui étaient restés païens, leur auraient donné par dérision cette qualification de salés, à cause du sel qu'on mettait dès ce temps-là dans la bouche de ceux qu’on baptisait.

BOURGUIGNOTTE. Voyez Casque.

BOURIATES,. Voyez Bourères.

BOURIGNON (AwronerTe), naquit à Lille, le 13 janvier 1616, tellement disgraciée de la nature qu’on examina dans sa famille si cette enfant, qui ressemblait à un monstre, ne devait pas être étouffée : quelle que fût la supériorité de son esprit, il ne pouvait faire oublier sa laideur. Ce défant, qui l’éloignait de la société, détermina sans doute sa singulière vocation au mysticisme le plus exailté; la lecture d'ouvrages mystiques et d'histoires des premiers chrétiens échauffa tellement son imagination, qu’elle eut des visions, et se crut appelée à rétablir l'esprit de l'Évangile dans sa pureté primitive. La vue du malheur de sa mère , qui souffrait beaucoup de l’humeur de son mari, et le désir de se consacrer tout entière à Dieu, lui avaient inspiré l'horreur du mariage. Aussi, à l’insfant où, d’après la volonté de ses parents, on allait solenniser le sien, elle s’enfuit sous les habits d’un ermite, Par l’entremise de l'archevêque de Cambrai, elle entra dans le couvent de saint Symphorien. Là elle répandit ses opinions, attira à elle quelques religieuses , et se vit à la tête d'un parti. Ayant formé le projet de fuir avec ses prosélytes , le complot fut découvert par le directeur du couvent, et elle fut chassée de la ville; alors elle se mit à parcourir le pays , et, après avoir recueilli lhérilage de son père, elle fut nommée supérieure de l'hospice de Notre-Dame des Sept Plaies, à Lille.

Là ses visions recommencirent , et elle crul ne voir autour d'elle que des sorciers et de mauvais esprits. Elle n’échappa pas elle-même à l'accusation de sorcellerie, et mandée devant les magistrats de Lille, elle leur répondit con-

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