BOURGUIGNON SALÉ — BOURIGNON
venablement. Ne voulant cependant pas demeurer plus Jon: temps exposée à leurs poursuites , elle s'enfuit à Gand, ex 1662. Elle parcourut la Flandre, le Brabant, la Hollande. Ce fut dans œs courses qu’elle fit à Malines connaissance avec le supérieur des prêtres de l’oratoire, M. de Cort, qu’ellé enfanta spirituellement : ce sont ses termes. Bayle s’est beaucoup égayé aux dépens de M'€ Bourignon, en rapportant qu’elle prétendait que cet enfantement spirituel avait été accompagné de tranchées entièrement semblables à celles qu'éprouvent les femmes qui accouchent. Elle s'arrêta enfin à Amsterdam, où se trouvaient alors un grand nombre denovateurs religieux. Le séjour qu’elle fit dans cette ville fut plus long qu’elle ne se l'était d’abord proposé. Elle y fut visitée par toutes sortes de personnes. Cela lui fit espérer que la réforme qu’elle prêchait pourrait porter quelque fruit ; mais il se trouva peu de gens qui prissent une ferme résolution de s’y conformer. Elle rejeta la proposition de quelques personnes qui auraient souhaité s'établir avec elle dans le Noordstrant. Elle eut des conférences avec quelques cartésiens, qu’elle accusa d’athéisme. Si l’on veut l’en croire, ses entretiens avec Dieu furent fréquents dans cette ville. M. de Cort, qui mourut en 1669, le 12 de novembre, l’institua son héritière, ce qui l’exposa pendant quelque temps à plus de persécutions que ses dogmes. La politique s’étant enfin mêlée aux matières religieuses dans les réunions qui avaient lieu chez elle, l’ordre fut donné de l'arrêter ; mais elle parvint à s'échapper, et s’enfuit dans le Holstein.
Cette vie errante, qui eût présenté de graves dangers pour toute autre personne de son sexe, n’en avait aucun pour elle, Non-seulement elle prétendait qu’elle était parfaitement chaste, mais qu’elle avait la vertu d’inspirer la chasteté à tous ceux qui l’approchaient, Il ne parait pas cependant qu’elle ait toujours joui de ce pouvoir ; car, sans parler du danger qu’elle courut dans sa première fuite de la part d’un officier qui l'avait devinée sous son habit d’ermite, un certain Jean de Saint-Saulieu, qui s'étaitintroduit auprès d’elle sous des dehors de piété, finit par lui parler mariage, et, ne l’ayant pas trouvée disposée à l'écouter, eut recours à la violence. Elle . fut obligée d’invoquer contre ses poursuites le secours de la justice. Dans sa soixantième année, elle n’avait encore rien perdu de la force et de l’activité de son esprit. Voulant, quoi qu'il lui en dût coûter, propager au loin sa doctrine, elle se pourvut d’une imprimerie , et fit imprimer ses ouvrages en français, en flamand et en allemand. Elle fut diffamée par quelques livres qu’on publia contre ses dogmes et contre ses mœurs , et se défendit par un ouvrage intitulé Témoignage de vérité, où elle attaqua les ecclés'astiques. La fureur contre elle ne fut que plus vive. On lui défendit de faire usage de son imprimerie, Elle refusa d’obéir, et s’en alla, emportant sa presse. Dans son voyage, retirée à Flensbourg, au mois de décembre 1673 , elle n’échappa qu'avec peine à la fureur du peuple, qui voulait la massacrer, comme sorcière. Elle se réfugia ensuite à Hambourg, où elle ne resta que peu de temps, ayant été forcée de se sousfraire aux poursuites de l’autorité. Tranquille d’abord, sous la protection du baron de Lutzbourg, en Oost-Frise, elle y dirigea un hôpital ; mais son esprit inquiet l'ayant encore fait renvoyer de ce pays, elle mourut, en revenant en Hollande, à Franeker, dans la Frise , le 30 octobre 1680.
Les ouvrages d'Antoinette Bourignon, qui composent vingt-deux gros volumes, sont d’une insupportable diffusion, Cependant on a tort de n’y voir que des rêveries sans importance. 11 y en a beaucoup, il est vrai, mais on ne saurait se dissimuler que l'esprit religieux qui les anime est trèspur, et que les reproches qu'elle adresse au clergé des diverses communions sont pour la plupart fondés, La persévérance qu'elle mit dans une voie qui ne pouvait lui attirer que des persécutions fait l'éloge de son dévoñment à la vérité. Sans doute il s’y mêlait un grand amour du pouvoir, et la préoecupation orgueilleuse d'une mission imaginaire; mais cela