‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 368 sur 527 · BOURIGNON — BOURLIER · texte numérisé non relu

BOURIGNON — BOURLIER

me peut qu’affaiblir et non annuler les louanges qui lui sont dues.

Quoiqu'il soit difficile de trouver une doctrine dans la prolixité de ses discours et de ses traités, on peut la classer, par son point de vue, parmi les mystiques quiétistes , tels que Molinos et, plus tard, M Guyon, qui eurent pour doctrine première d’anéantir toute volonté, toute activité de l'esprit, pour devenir un instrument simplement passif de l’inspiration divine. C’est une tentative assez extraordinaire, de la part d’un cartésien comme Poiret, d’avoir voulu réduire en doctrine les ouvrages d’Antoinette Bourignon, qui regardait le cartésianisme comme la pire de toutes les hérésies qui eussent jamais été dans le monde. Il a fait précéder ce livre, intitulé de l'Économie de La Nature (Amsterdam, 1686), d'une vie d'Antoinette Bourignon. Ceux des sectateurs de cette femme singulière qui lui ont survécu n’ont jeté ni un grand éclat ni de profondes racines dans les diverses contrées où ils se sont répandus. IH. BOUCHNTTÉ, aucien recteur.

BOURRKRHANS, dieux des Kalmouks et des Bourètes; sont en très-grand nombre, et se divisent en deux classes, les bons et les méchants. On représente les premiers avec la figure gracieuse et riante; on donne aux autres ane bouche horrible, des yeux menaçants et hideux. Ils sont ordinairement assis sur des nattes, surtout les bourkhans bienfaisants, et portent d’une main un sceptre, de l’autre une cloche. Ea plupart des idoles sont de cuivre creux fondu et doré. Elles sont posées sur des piédestaux creux, qui contiennent chacun un petit cylindre, fait avec les cendres du bourkhan que l’on adore, ou du moins une petite inscription thibétaine ou tongute ; mais jamais on ne doit porter les mains sur cette inscription ou sur cecylindre. D’autres images des bourkhans sont peintes ou dessinées sur du papier de Chine ou des étoffes.

BOURLIER (JEaN-Barrisre, comte), évêque d’Évreux en 1801, nommé candidat au corps législatif en 1806, par le collége électoral de la Seine-Inférieure, créé pair de France par l'ordonnance royale du 7 juin 1814, mort à Évreux, le 30 octobre 1821, était né à Dijon, en 1731. Je remarque cette époque, parce que c’est celle à laquelle M. de Voltaire commençait à s'emparer du siècle dernier, et rendait plus diflicile, et par conséquent plus brillante, la carrière que Bourlier était destiné à parcourir. Ses parents étaient peu riches : ils firent de grands efforts pour que sa première éducation fût bonne. Ils trouvèrent aussi dans quelques institutions publiques de leur province des secours dont leur fils, doué de dispositions heureuses, sut profiter. Après quelques années passées d’une manière brillante dans les colléges , la disposition du jeune Bourlier le conduisit à terminer son éducation dans les maisons où l’on se prépare à l'état ecclésiastique. Il entra aux robertins, établissement presque gratuit, qui dépendait du séminaire de Saint-Sulpice, et où les maîtres étaient les mêmes ; il y retrouva encore cette espèce d’enseignement que Fénelôn, qui y avait été élevé, fit tant aimer en France. Presque toutes les congrégations religieuses ont fui le monde et s’en sont tenues à l’écart; les Sulpiciens, au contraire, habitaient les villes, et y vivaient d'une manière assez retirée et assez occupée pour n’en craindre aucune des séductions ; ceux même dont les talents malgré eux jetaient quelque éclat se couvraient tellement de leur modestie, qu’il est arrivé à plusieurs d’entre eux de se dérober au gouvernement, qui aurait voulu les appeler à des places plus élevées. Napoléon, si habile à trouver ce qu'il cherchait, n’aurait jamais découvert M. Emery, ancien supérieur de Saint-Sulpice, sans la clairvoyance de M. de Fontanes, à qui rien ne pouvait échapper de ce qui intéressait les lettres et l’enseignement.

Ce n'est point parce que j’y ai un plaisir particulier, mais c’est pour mieux faire connaître l’évêque d'Évreux, que j'ai dû parler de Saint-Sulpice, qui avait gravé profondément en lui les principes de conduite qui l'ont guidé pendant sa longue

carrière. 11 tenait de ses maîtres de ne pas séparer par de trop fortes distances la vie ecclésiastique de la vie sociale; et cette façon d’être exigeait une manière de parler et mème de se taire qui faisait qu'avec des diversités d'opinions et de mœurs on pouvait d’abord se trouver ensemble, et quelquefois arriver à des rapprochements utiles ; et lorsque lon y joignait, comme l’évêque d’Évreux, un maintien simple, tranquille et ouvert, ce langage, car le maintien aussi est un langage, et c’est le plus imposant , ce langage, dis-je, n'était jamais employé sans succès pour contenir dans les limites de la circonspection les conversations les plus disposées à devenir trop légères. Aussi pourrait-on dire que l'abbé Bourlier n’entendit jamais un mauvais propos tout entier car dès qu’on levait les yeux sur lui, les plus indiscrets étaient forcés de s'arrêter, tant l’ensemble de sa personne inspirait de crainte de lui faire de la peine.

Tout était en harmonie, ou plutôt tout était harmonie dans l'abbé Bourlier, sa figure et sa physionomie, les mouvements du corps et les affections de l’âme, l'esprit et le talent : soit qu’on eût retranché, soit qu’on eût ajouté quelque chose à quelqu’une de ses facultés, l’harmonie chez lui eût été détruite, et le tout moins parfait. Il était facile à un naturel aussi heureux d’etre toujours dans les convenances , et cette précieuse manière d’être lui donnait un charme particulier, auquel tout le monde était obligé d’être sensible. Je l’ai vu à des réunions où se trouvaient des hommes de lettres, des hommes d’affaires et des hommes du monde se plaisant ensemble, parce que leurs esprits étaient plutôt divers qu'inégaux : Rulhières, peintre également piquant des mœurs du monde et des grands événements de nos jours ; Marmontel, dont les formes contrastaient si bien avec une conversation légère ; Panchaud, dont le nom se présente toujours le premier dans toutes les traditions financières ; l'abbé Barthélem y, qui avait le bon goût d’avoir l’air de vous rappeler ce qu’il vous apprenait; le duc de Lauzun, qui avait fous les genres d'éclat, beau , brave, généreux et spirituel ; le chevalier de Narbonne, étincelant de gaieté et d’esprit; le comte de Choiseul-Gouffier, quiavait voyagé et résidé dans le Levant comme ambassadeur à la fois en quelque sorte et de nos rois et de nos arts; des hommes aussi distingués, tous dans leurs avantages, animés chacun par lesprit des autres , devaient nécessairement laisser et à l’esprit et à la mémoire des impressions de tout geare; et cependant, tant est entrainante cette espèce de bienveillance vraie, et aussi cette gaieté douce que donnent la simplicité de l'esprit et la sérénité de l’âme, c'était toujours de l’évêque d’Évreux qu’on disait en se séparant : qu’il est aimable l’abbé Bourlier ! et c’est probablement à cette simplicité et à cette sérénité, si propres à écarter les regards des méchants, que Bourlier dut le bonheur et la longueur de sa vie : car s’il échappa aux fureurs révolutionnaires, on peut dire que la révolution, qu’il traversa tout entière en France, ne le vit point.

Ce ne fut que lorsque l'édifice de la république eut croulé sur ses fondements et sur ses architectes, et que Napoléon se fut emparé de la révolution et eut commencé à donner à la France quelques attributs et quelques caractères de la monarchie, que l'abbé Bourlier se retrouva. Napoléon, qui n’était encore que sur une marche du trône, était trop habile pour ne pas sentir qu’il n’établirait l'autorité dont il avait besoin pour dompter tous les désordres et dissoudre toutes les demi-ambitions qu’en appelant à son aide le grand appui social : il entreprit la réconciliation du ciel avec la

terre; il s’occupa du Concordat. Malgré l'opposition des pe-

tits publicistes de cette époque et malgré des dangers personnels qu’il n’ignorait pas , il voulut donner la plus grande solennité à l’exécution de cet acte habile et hardi, qui l'honorera à jamais dans la mémoire des hommes. L’ancien clergé de France était encore dispersé. On était bien heureux quand on pouvait retrouver quelques personnes faites

pour occuper les siéges épiscopaux devenus si difficiles à bien remplir. J’eus la satisfaction de faire connaître au chef du gouvernement M. Bourlier, M. Maunai, et M. Duvoisin : il les nomma aux évêchés d'Évreux, de Trèves et de Nantes. L'influence du Concordat se fit bientôt sentir ; le succès que ce grand acte obtint dans toute la France contribua essentiellement à simplifier la position de Napoléon. A cette époque tout voulait encore lui réussir ; mais il n’eut pas longtemps la force de maîtriser tant de bonheur; il se laissa mener par sa fortune et par la gloire de ses armées. Dès lors il accrut en exigence; et il ne lui fallut que trois ans pour que la résistance d’un pouvoir spiriluel lui parût une rébellion. Aussitôt des gendarmes vont enlever au Vatican le pontiferoi, et le traînent à Savone, et plus tard à Fontainebleau, comme s’il eût été possible à des moyens de la terre de briser une àme si forte, ni de ployer seulement une âme si haute. Napoléon , étonné de son impuissance, ordonna à quelques évêques, et particulièrement à l'évêque d’Évreux, de se rendre auprès du pape, comme porteurs de propositions ; l'évêque d'Évreux y fit deux voyages, et se vantait à chaque retour de n'avoir pas réussi dans la mission qui lui avait été donnée.

L'évèque d’Évreux depuis qu’il eut été appelé par Louis XVIII à la chambre des pairs, partagea sa vie entre

son diocèse et les séances de cette assemblée ; il se trouvait .

loujours où il croyait qu’il remplissait plus de devoirs. Sa maison était ouverte à toutes les opinions. Élevé dans les idées anciennes , il comprenait les idées nouvelles, el il se servait habilement de l'influence que donnent toujours la douceur, un bon esprit, l’indulgence et un grand âge, pour ramener à de la bienveillance les unes pour les autres des personnes entre lesquelles les passions politiques avaient rompu tous les liens : lorsque, dans la même chambre, on n'était séparé que par l'évêque d'Évreux, on était bien près de s'entendre. Prince-duc DE TALLEYRAND-PÉRIGORD, de l’Acad. des Sciences morales et politiques. BOURMONT (| Louis-Aucusre-Vicror, Comte DE GAISNE pe), né au château de Bourmont, en Anjou, le 2 septembre 1773, créé maréchal de France par Charles X en 1830. La célébrité de Bourmont est déjà bien vieille. La révolution le trouva à dix-sept ans officier des gardes françaises ; il suivit le prince de Condé dès le commencement de l’émigralion, et devint son aide de camp. On sait que celte petite armée de gentils-hommes montra, bien que combattant contre la patrie, une valeur tout aussi française que ces innombrables levées de roturiers qui surent d’abord, sans matériel et sans généraux, refouler par delà le Rhin les vieilles armées et les vieux tacticiens de l'empire germanique. Dans les différentes affaires d'avant-garde auxquelles prirent part les condéens , le jeune Bourmont déploya autant de valeur que d'intelligence (1793). De bonne heure il parut propre aux affaires, car dès 1790 il avait été chargé par le prince d’une mission secrète à Nantes. 11 s’agissait de la première organisation de cette guerre vendéenne que, quarante-deux ans plus tard, Bourmont devait réveiller sous les auspices de la duchesse de Berry, et au nom du petit-neveu de Louis XVI. Après avoir fail encore la moitié de la campagne de 1794 sur les rives du Rhin, il quitta l’armée de Condé pour aller se joindre aux royalistes des provinces de l'Ouest. Le vicomte de Scépeaux le nomma major général de son armée. J1 était aussi membre d’un conseil supérieur créé par les chouans du Maine; les relations de sa famille lui donnaient une grande influence dans ces provinces. Aussi joua-t-il un rôle très-actif dans toutes les affaires du parti. Plus d’une fois de son château de Bourmont émanèrent des pièces et déclarations officielles pour l’armée catholique et royale.

A la fin de l’année 1795 il fut envoyé par le vicomte de Scépeaux auprès du gouvernement anglais, pour presser l'envoi des secours promis; mais, quelque sagacité qu'il

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