‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 372 sur 527 · BOURREAU · texte numérisé non relu

BOURREAU

BOURREAU. On appelait ainsi autrefois et encore aujourd’hui on désigne vulgäirement par ce nom lexécuteur des arrêts criminels. Ce mot vient des verbes bourrer, bourreler, maltraiter, tourmenter.

L'office du bourreau parait avoir été inconnu aux nations anciennes, chez lesquelles les exécutions à mort étaient faites le plus ordinairement par la foule du peuple, qui lapidait le coupable, ou par le poison, qui était remis au condamné. En Grèce c'était une charge judiciaire : Aristote range même le bourreau parmi les principaux magistrats de la république, A Rome c’étaitune desattributions deslicteurs:à peinetrouvet-on dans le cours entier de son histoire quelques rares exécutions faites par un seul homme, les coupables étant d’ordinaire précipités du haut de la roche Tarpéienne. C’est dans l'histoire du Bas-Empire ou du moyen âge que doit se placer l’origine de cette institution, qui naturellement appartenait aux temps de la barbarie ; aussi est-ce chose tristement . surprenante que l'importance qu'avaient alors ces odieuses fonctions, et que la diversité des moyens employés pour les exécutions. Il fallait que le bourreau fût un homme universel, savant dans l’art de tourmenter et de détruire. « On considère ici, dit Bouchel, diverses manières d'exécution, selon les diverses sentences par le juge prononcées; car communément le bourreau fait son office par le feu, l’espée, la fosse, l’écartelage, la roue, la fourche, le gibet, pour traîner, poindre on piquer, couper oreilles, démembrer, flageller ou fustiger par le pillory ou eschafaud, par le carcan et par telles autres semblables peines, selon la coutume, mœurs et usages du pays, lesquelles la loy ordonne pour la crainte et punition des malfaicteurs. » C’est aussi à la même époque que l’infamie s’est attachée aux fonctions du bourreau. Il était pour ainsi dire frappé d’ostracisme ou comme si on lui avait interdit le feu et l’eau. Ainsi, le bourreau ne pouvait avoir logement dans la ville de Paris. En conséquence, un arrêt du parlement, du 31 août 1709, défendit au bourreau d'établir sa demeure dans Paris, à moins que ce ne fût dans la maison du pilori, à cause de l'indignité de son office. Ce fut par le même motif que, pour subvenir à ses besoins personnels, on lui avait donné un droit de dime, dit de havage, et de riflerie sur toutes les denrées apportées à Paris par les forains, tout le monde refusani l’argent du bourreau. Au reste, ses droits, comme ceux des hauts et puissants seigneurs, étaient constatés par des lettres patentes, qui nous apprennent quede chacune personne qu’il mettait au pilori, il avait à prendre cinq sous. « Item, ajoutent ces lettres des droits du bourrel, est à noter que quand un homme est justicié pour ses démérites, ce qui est au-dessous de la ceinture est au bourrel,, de quelque prix que ce soit. » Plus tard la dépouille entière du patient fut dévolue au bourreau.

De tels avahtages eurent en général pour effet d’assurer la succession non interrompue des bourreaux, et l’on a rarement manqué de gens de bonne volonté pour remplir cet oflice , qui de nos jours encore est l'objet de vives sollicitations. Cependant quelquefois des villes sont demeurées assez longtemps sans bourreau, parce que personne ne se présentait pour en remplir l’office. C’est ce qui arriva à Rouen en 1312 : à cette occasion on éleva la prétention, assez bizarre, que l'exécution devait être faite par la corporation des huissiers ; sur leur refus, l’on en vint à discuter si ce n’était pas là une des obligations légales de leur charge ; et après un mûr examen, un arrêt solennel les condampna, non pas à exécuter eux-mêmes, mais à trouver un exécuteur, en allant, aux frais du roi, de ville en ville chercher un bourreau qui voulût bien les suivre. La ville de Londres s’est également trouvée dans le même embarras, non qu’elle manquât d’un bourreau, mais parce qu’un jour l'on s’avisa de le faire arrêter pour dettes au moment même où il conduisait trois condamnés à la potence; force fut de suspendre exécution et de réintégrer les prisonniers,

To.

De ce que d'anciennes ordonnances font mention d'exécutions à faire par des femmes, on en a voulu conclure que la charge de bourreau avait été érigée en titre d'office même pour des femmes; mais c’est là une erreur : les exécutions dont parlent ces ordonnances se réduisaient au supplice de la fustigation, qui ne devait être infligé aux femmes que par des femmes; celles-ci ne prenaient point pour cela le titre de bourreau, et n’en avaient ni les droits ni les priviléges. ,

Suivant une erreur populaire généralement accréditée, des hommes ont pu être forcés autrefois, soit par le hasard de leur naissance, soit par la nature de leur profession, à suppléer ou remplacer le bourreau : est-il besoin de dire que jamais aucune loi n’a poussé à ce point la barbarie?

Joseph deMaistre, avec son sanglant mysticisme, voit dans le bourreau un être extraordinaire, et il en fait la clef de voûte de l'édifice soc'al. « Qu'est-ce donc, dit-il, que cet être inexplicable qui a préféré à tous les métiers agréables, lucratifs, honnêtes et même honorables qui se présentent en foule à la force ou à la dextérité humaiïne, celui de tourmenter et de mettre à mort son semblable ? Cette tête, ce cœur sont-ils faits comme les nôtres? necontiennent-ils rien de particulier et d’étranger à notre nature? Pour moi, je n’en sais pas douter. Ilest fait comme nous extérieurement, il naît comme nous; mais pour qu'il existe dans la famille humaine, il faut un décret particulier, un jiat de la puissance créatrice. I] est créé comme un monde. ;

« Voyez ce qu’il est dans l’opinion des hommes, et comprenez, si vous le pouvez, comment il peut ignorer cette opinion ou l’affronter! A peine l’autorité a-t-elle désigné sa demeure, à peine en a-t-il pris possession, que les autres habitations reculent jusqu’à ce qu’elles ne voient plus la sienne. C’est au milieu de cette solitude et de cette espèce de vide formé autour de lui, qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits, qui lui font connaître la voix de l’homme; sans eux il n’en conpaîtrait que les gémissements... Un signal lugubre est donné ; un ministre abject de la justice vient frapper à sa porte et l’avertir qu’on a besoin de lui. Il part, il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. On lui jette un empoisonneur, un parricide, un sacrilége : il le saisit, il l’étend, il le lie sur une croix horizontale, il lève le bras : alors ilse faitun silence horrible, et l’on n’entend plus que le cri des os qui éclatent sous la barre et les hurlements dela victime. 11 la détache, il la porte sur une roue : les membres fracassés s’enlacent dans les rayons , la tête pend ; les cheveux se hérissent, et la bouche, ouverte comme une fournaise, n’envoie plus par intervalle qu’un petit nombre de paroles sanglantes, qui appellent la mort. I] a fini; le cœur lui bat, mais c’est de joie; il s’applaudit; il dit dans son cœur : Nul ne roue mieux que moi. Il descend, il tend sa main souillée de sang, et la justice y jette de loin quelques pièces d’or, qu'il emporte à travers une double haie d'hommes écartés par l'horreur. Il se met à table, et il mange, au lit ensuite, et il dort. Et le lendemain en s’éveillant il songe à tout autre chose qu’à ce qu'il a fait la veille.

« Et cependant toute grandeur, toute puissance, toute subordination repose sur l’exécuteur; il est l'horreur et le lien de l'association humaine. Otez du monde cet agent incompréhensible ; dans l'instant même l’ordre fait place au chaos, les trônes s'abtment et la société disparait. »

BOURREAU DES ARBRES , nom vulgaire du célastre grimpant.

BOURREÉE. Ce pas de danse, originaire de l'Auvergne, est composé de deux mouvements, savoir : un demi-coupé, ou pas marché sur la pointe du pied , et un demi-jeté, ainsi nommé parce qu'il n’est sauté qu'à demi. A l'encontre des basses-danses (qui étaient celles où l’on marchait au lieu de sauter), les gigues et les bourrées ne peuvent être dansées qu'avecdes jupes très-courtes. Aussi est-ce Marguerite de Vabois qui, ayant les jambes fort balles, introduisit ces danses à

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