‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 374 sur 527 · BOURRELET — BOURRIENNE · texte numérisé non relu

BOURRELET — BOURRIENNE

En termes d'artillerie, l'extrémité d'une pièce de canon, vers la bouche, qui est renforcée de métal pour soutenir la charge, prend le nom de bourrelel, dont elle a la forme.

Les personnes qui portent des fardeaux sur la tête donnent aussi ce nom à un cercle ou rond , espèce de couronne d’étoffe ou de linge, qu’elles mettent sur leur tête, et sur lequel elles appuient leur charge; enfin on appelle du même nom tous coussins de même forme, remplis de bourre ou de crin, qu'on emploie à divers usages.

BOURRELIER. On appelle ainsi l'artisan qui fabrique et vend toutes sortes de harnais pour chevaux, ânes, mulets, ete. : comme brides, licous, colliers, bâts, etc. Il est très-vraisemblable que le nom de cette profession vient de l'emploi que l’ouvrier fait sans cesse de la bourre de veau, de bœuf, de cheval, de mulet, d’âne, etc.

Les bourreliers, comme on peut en juger par les ouvrages qui sortent de leurs mains, emploient encore le bois et le fer pour faire les carcasses des bâts et des colliers, le cuir, la peau, la toile. Leur état a beaucoup de rapports avec celui de cordonnier, puisqu'ils taillent et assemblent continuellement des pièces de cuir; mais ils se servent habituellement d’une aiguille pour passer le fil, tandis que le cordonnier fait usage d’une soie de sanglier pour la même opération.

Comme chacun sait, un harnaïs complet se compose d’un grand nombre de pièces de matières et de formes trèsdifférentes. Aussi le bourrelier tire-t-il du fondeur les sonnettes et les grelots, du serrurier les boucles, du passementier les houppes et autres ornements de même genre ; enfin, il emprunte le secours du peintre pour décorer les panneaux qui renforcent les colliers. Les bourreliers joignent souvent à leur industrie celle de sellier. Dans quelques pays du nord, is la cumulent même avec celle de tapissier. TEYSSÈDRE.

BOURRIENNE (Louis-AnToINE FAUVELET DE), naquit à Sens, le 9 juillet 1769. Il entra fort jeune à l’école de Brienne, où il se lia intimement avec Napoléon Bonaparte, « Il y avait entre nous, dit-il dans ses Mémoires, une de ces sympathies de cœur qui s’établissent bien vite. » En 1783 les deux amis partagèrent le prix de mathématiques, dans une distribution solennelle que présidèrent le duc d’Orléans et M”° dè Montesson. Ils se séparèrent en 1784, époque de l'entrée de Napoléon à l’école Militaire de Paris. Mais une correspondance active s'établit entre eux. Bourrienne ne prévoyait pas le rôle que devait jouer son jeune camarade sur la scène du monde; il l'a déclaré lui-même, en avouant qu'il n'avait pas gardé une seule de ses lettres d'enfance. Dans l’une d'elles , Napoléon lui rappelait la promesse qu’il lui avait faite à Brienne de suivre la même carrière que lui et d'entrer dans l'artillerie. « Maïs une étrange ordonnance, dit Bourrienne lui-même, exigeait quatre quartiers de noblesse pour avoir des connaissances et pour pouvoir servir son roi et sa patrie dans l’art militaire, » M®° de Bourrienne eut beau présenter des lettres patentes de Louis XIII, on lui objecta qu’elles n’avaient pas été enregistrées au parlement, et on lui demanda, pour suppléer cette formalité, une somme de 12,000 fr., qu’elle refusa de donner. Son fils fut ainsi empêché de tenir parole à Bonaparte, et obligé de renoncer à l'artillerie.

Sorti de Brienne en 1788, il fut recommandé par le marquis d’Argenteuil à M. de Montmorin, qui le fit partir pour Vienne avec une lettre pour l’ambassadeur français, auprès duquel il devait être employé. Bourrienne ne séjourna que deux mois dans cette capitale. En‘quittant Vienne, il se rendit à Leipzig, pour y étudier le droit public et les langues étrangères, suivant le conseil même de l’ambassadeur qu’on Jui avait donné pour patron. Ses études terminées, Bourrienne visita la Prusse et la Pologne, et passa une pârtie de l'hiver de 1791 à 1792à Varsovie, comblé, selon ses expressions, des bontés de la princesse Tysziewicz, sœur de Poniatowski. 11 était admis aux soirées intimes de la cour, où il lisait le Moniteur au roi, qui prenait un vif plaisir à en-

tendre les discours prononcés à la tribune française, et surtout ceux des Girondins. Bourrienne avait traduit une pièce de Kotzebue, Misanthropie el Repentir ; la princesse polonaise dont il avait obtenu la confiance et la haute protection fit imprimer cette traduction à ses frais, à Varsovie. De la cour de Pologne Bourrienne revint dans la capitale de PAutriche.

Il était rendu à Paris vers le milieu d'avril 1792, et il y rencontra son ancien camarade de Brienne , Bonaparte, qui était, comme lui, assez incertain et assez inquiet sur son avenir. Ils assistèrent ensemble à l'orgie démagogique du 20 juin, et c'est à Bourrienne que Bonaparte dit avec indignation en voyant Louis XVI coiffé d’un bonnet rouge par un homme du peuple : « Comment a-t-on pu Jaisser entrer cette canaille? 11 fallait en balayer quatre ou cinq cents avec du canon, et le reste courrait encore. » Peu de jours après Bourrienne fut nommé secrétaire d’ambassade à Stuttgard , et il partit de Paris le 2 août pour se rendre à son poste. IL laissa son ami sans emploi et presque décidé à retourner en Corse. Au mois de mars suivant, il fut enjoint aux agents français à l’étranger de rentrer en France dans le délai de trois mois, sous peine d’être considérés comme émigrés. Bourrienne, qui n’aimait pas la révolution, et qui la craignait, se tint à l'écart, et resta en Allemagne. Il ne rentra en France qu'en 1795, et rencontra Bonaparte à Paris avec le grade de général et en disponibilité. IL se retira quelque terhps après à Sens, où il se trouvait lors des événements du 13 vendémiaire.

Revenu à Paris, il y fut arrêté, comme émigré, en février 1796. Bonaparte était alors commandant en chef de l’armée de l’intérieur. Malgré toutes les insinuations de Bourrienne dans ses Mémoires, l’appui que lui prêta bientôt après son condisciple de Brienne prouve qu'il ne l’'abandonna pas, en cette circonstance, à la persécution directoriale , et que la lettre qu’il écrivit pour lui au ministre Merlin ne fut pas tout à fait infructueuse. Il est probable, au contraire, que cette lettre exerça une grande influence sur la conduite du juge de paix qui mit Bourrienne en liberté sans caution, et qui seul, suivant ce dernier, aurait mérité toute sa gratitude. Quoi qu’il en soit, au mois de juin suivant, Bourrienne reçut une lettre de Marmont, datée du quartier général de Milan, dans laquelle il était pressé, au nom du général en chef, de se rendre auprès de son ancien camarade. Lorsqu'on songe que Bonaparte était alors au faîte de la gloire, et qu'il était possible de prévoir qu'il arriverait un jour au faite du pouvoir, on s'étonne que Bourrienne ne se soit pas rendu avec empressement à cette invitation. Mais il était alors retenu à Sens pour une aceusation de faux, relative à un certificat de résidence, et il s’occupait activement de repousser ce soupçon et d'obtenir sa radiation de la liste des émigrés. D'ailleurs, les triomphes du général en chef de l’armée d'Italie, quelque prodigieux qu'ils fussent, ne paraissaient pas encore décisifs; aussi Bourrienne, qui était toujours sous l'influence d'une arrièrepensée royaliste, jugea-t-il prudent peut-être d'attendre encore pour attacher sa destinée à celle de Bonaparte. L'année suivante (22 mars 1797), Marmont réitéra ses sollicitations, et il y joïgnit un ordre du général en chef ainsi conçu : « Le citoyen Bourrienne se rendra auprès de moi au reçu du présent ordre. » Bonaparte fut obéi cette fois ; Bourrienne vint le trouver à Léoben, et prit aussitôt auprès de lui les fonctions de secrétaire intime. Toutefois, leurs relations cessèrent d’avoir le caractère de familiarité qu’elles avaient eu jusque là.

Bourrienne conserva ce poste pendant plusieurs années , et fut nommé conseiller d'État. Mais des rapports d'intérêt avec une maison de banque dont la faillite eut de l'éclat le firent tomber en disgrâce. Ce fut du moins là le motif que le bruit public donna à son éloignement du cabinei de Napoléon. Bourrienneinsinue, au contraire qu'il ne fut exclu de

l'intimité de l’empereur et envoyé à Hambourg, comme plénipotentiaire, que pour des confidences faites par lui à Joséphine sur quelques circonstances de la mort du duc d’Enghien. Quoi qu'il en soit, Bourrienne conserva son nouveau poste jusqu’en 1813. Rentré en France au moment de l'invasion, il se vengea de son ancien camarade en s’abandonnant à ses vieilles tendances royalistes, et il figura parmi les quelques mécontents de haut parage qui se firent les organes du peuple français et invoquèrent le retour des Bourbons sous les fenêtres ou dans l’entourage de l’empereur Alexandre. Bourrienne fut récompensé de sa participation au mouvement royaliste par la direction générale des postes, qu’il céda bientôt à l’un des chefs de la réaction, M. Ferrand. Il reçut en échange une place de conseiller d’État, et fut nommé préfet de police à l'approche de Napoléon, en mars 1815. I1 suivit le roi à Gand, fit ensuite partie de la chambre introuvable et de toutes celles qui suivirent jusqu’en 1827, et se fit remarquer dans toutes ces assemblées par son zèle ultra-monarchique. Rendu à la vie privée sous le ministère Martignac, il en profita pour écrire des Mémoires volumineux, dans lesquels il essaye trop souvent de rapetisser ou d’incriminer Napoléon pour se justifier ou se relever luimême. Il est mort fou, à Caen, le 7 février 1834. LAURENT (de l'Ardèche).

BOURRU (Caractère), humeur brusque et chagrine, dit l’Académie française. Le mot bouwrru, qui correspond au Iuég6s des Grecs et au burrhus des Latins, s’appliquait dans l’origine aux hommes roux hérissés , car cette couleur de feu est le xèp des Grecs, et l’on attribuait aux personnes

rousses une disposition colérique , léonine, ardente de tem- .

pérament ( voyez Roux). D'un autre côté, les individus velus à la façon des bêtes fauves passent pour brutaux et féroces. Et en effet lorsque règnent des passions, telles que le courage , l'audace guerrière, la magnanimité, un caractère mâle, bourru se fait mieux respecter. Tel fut celui de nos vaillants ancêtres, qui s’alliait si bien avec la générosité et la grandeur. Personne n’ignore que la franchise, la libéralité sont les attributs ordinaires de ce tempérament tout en expansion; tel est le bourru bienfaisant de la comédie de Goldoni. Les marins passent pour bourrus, mais généreux. En général, pourtant, nos habitudes actuelles, si polies, si obséquieuses, n’offrent plus rien de bourru; et la crinière de nos lions bipèdes est une bien vaine apparence du noble caractère du Burrhus peint par Racine. Mais en perdant cette raideur nous n’avons pas su conserver du moins la fermeté et la vertu du bourru Alceste, le misanthrope.

On appelle vin bourru un vin äpre et dur, quoique ca-

iteux. J.-J, ViREY.

BOURSAH. Voyez Brousse.

BOURSAULT ( Eoxe }), poëte et financier, naquit à Mussi-l'Évèque, en Bourgogne, en 1638. Homme de fortune et de plaisir, il est du nombre de ces auteurs créés par la nature que ne peuvent réclamer ces tristes serreschaudes connues sous le nom de colléges ; et ses ouvrages, pour ce motif même, ont, malgré leur fonds léger, un cachet d'originalité qui les a sauvés de l'oubli. A treize ans il ne parlait que le patois de sa province. Son père, ancien militaire, attaché à la maison de Cordé, et qui sans études avait assez bien fait son chemin, ne voulut pas que son fils en sût plus quelui. Arrivé à Paris, Boursault, jeune homme fort précoce, sans négliger ses plaisirs, apprit à parler et à écrire le français. il y réussit assez pour devenir ce qu’on appelait alors un homme de bonne compagnie : sesagréments le firent rechercher à la cour, et les solides qualités de son cœur l’y firent estimer. Ses protecteurs le chargèrent de composer un livre pour l'éducation du dauphin. Cet ouvrage, intitulé La véritable estude des souverains (Paris 1671 ), plut tellement à Louis XIV, qu'il nomma Boursault sous-précepteur de son fils. Boursaul refusa, par

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