‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 376 sur 527 · BOURSAULT — BOURSAULT-MALHERBE · texte numérisé non relu

BOURSAULT — BOURSAULT-MALHERBE

qu'il avait nommé dans ses premières satires. Celui-ci s’en vengea noblement. Ayant appris à Montluçon, où il était receveur des tailles, que Boileau, qui prenait les eaux de Bourbonne, s’y trouvait sans argent, il se rendit sur-lechamp auprès de l’illustre malade, et lui offrit sa bourse de si bonne grâce, que Boileau accepta un prêt de deux cents louis. Ce fut l’époque d’une réconciliation sincère et d'ane amitié qui ne finit qu'avec leur vie. Boileau, au risque d'immoler à sa place un malheureux poëte dont le nom püût remplir le vide de l’hexamètre, effaça de ses satires le xom de Boursault ; mais il est toujours resté dans l’Zmpromptu de Versailles.

Ésope à la cour, qui ne fut représenté qu’en 1701, à la mort de son auteur, offrait quelques tirades alors bien hardies, telles, par exemple, que la comparaison que fait le poëte entre le peuple et la cour, et ces vers où Crésus dit, à propos des hommages dont il est l’objet, qu’il soupçonne

Qu’on encense la place autant que la couronne, Que c’est au diadème ua tribut que l’on rend, Et que le roi qui règne est toujours le plus grand.

Les comédiens, craignant l’allusion à Louis XIV , substituèrent ce plat galimatias :

Et que le trône enfin l’emporte sur le roi.

Outre ces pièces connues, notre financier-poëte composa une petite comédie assez gaie, sous le titre de Mois à la mode. De ces mots la plupart ont disparu du dictionnaire, mais quelques autres ont acquis, par l’usage, le droit d’y figurer. Comme beaucoup d’auteurs comiques, il s’essaya dans la tragédie : il en fit deux, Germanicus, représentée en 1671, et Marie Stuart, jouée en 1684. Germanicus eut un si grand succès, que le grand Corneille dit en pleine Académie qu’il n’y manquait que le nom de Racine pour que ce füt un ouvrage achevé. Ce jugement paraît au premier abord plus étrange encore que le succès ; mais il cesse de surprendre lorsque, à la lecture de cette tragédie, on y reconnaît une imitation de Corneille, à peu près aussi médiocre que les imitations de Campistron et de Danchet à l'égard de Racine. Il était alors naturel que Corneille eût du faible pour son imitateur. Dans sa Marie Stuart, Boursault, qui apparemment connaissait un peu mieux l’histoire moderne que l'antiquité, a semé quelques sentences politiques heureusement tournées, qui prouvent qu'il eût pu réussir dans le genre tragique s’il n’eût pas travaillé trop vite; mais, doué d’une grande facilité , riche, considéré comme particulier, aimé, gâté du public comme auteur , avait-il besoin de travailler ? On a encore de lui deux ou trois nouvelles ou romans historiques et les Lettres à Babet, productions galantes, qui eurent de son temps un succès prodigieux, mais qui déjà du temps de Voltaire n’é- - taient plus lues que des provinciaux. On y trouve pourtant encore des sentiments délicats, des pages bien tournées, avec un intérêt et un fonds assez légers. Boursault mourut à Montluçon, le 15 septembre 1701. Charles Du Rozom.

BOURSAULT - MALHERBE ( JEAN-FRANGOIS ), connu surtout comme directeur des jeux et entrepreneur des boues de Paris, mérita cependant la célébrité à d’autres titres. Des deux noms illustres et historiques sous lesquels il vécut, un seul lui appartenait en propre. Il descendail non de Malherbe le poëte, mais de Boursault l’auteur dramatique. Malherbe est un nom d'emprunt, sous lequel il exerça pendant de longues années la profession d’acteur. Fils d’un marchand de draps, fort aisé, du quartier des Innocents, il quitta Paris pour suivre une troupe de comédiens ambulants. Plein d'intelligence, de hardicsse, de vivacité, d'esprit, et doué d’un physique très-avantageux, il se fit bien vite une réputation dans les premiers rôles. Confiant déjà dans son étoile, il osa prétendre à l'héritage de Lekain, etil eût succédé peut-être à ce grand acteur, si Larive ne se fût trouvé là et n'eût débuté avant lui sur la

scène française. Mais Malherbe ne voulut pas avoir fait inutilement le voyage de Paris; l'emploi tragique lui étant interdit, il offrit de débuter dans la comédie, et le 5 décembre 1778 il se fit applaudir dans Le Philosophe marié et dans La Gageure imprévue. L'important pour lui était de planter un jalon pour l’avenir, de laisser un souvenir qu'il pôt invoquer un jour. Content de son triomphe, il retourna en province, et s’associa dans l'exploitation du théâtre de Marseille. Rien d’extraordinaire ne signala son séjour dans cette ville, L'entreprise à laquelle il s’intéressa fut-elle heureuse? On l'ignore. Suivons-le à Palerme, où il va diriger un théâtre.

Nul n’est prophète en son pays, dit le proverbe; soit cependant , hélas! le contre-pied de la sagesse des nations n’est pas toujours une vérité. Quoique étranger, l’impresario Malherbe ne fut pas heureux en Sicile : voyez plutôt cet homme qui se jette à la mer... c’est le directeur du théâtre de la ville. Mais il prend bien son temps : la voiture du roi Ferdinand passe; le tumulte, la foule, intriguent le souverain; il fait arrêter les chevaux ; il s’inforimne, il apprend que c’est un homme qui voulait se noyer, et que les flots ont refusé d’engloutir, Ferdinand ordonne que le malheureux soit amené de gré-ou de force au palais. Malherbe fait des façons; néanmoins il cède. Une fois en présence du roi, il gémit sur la malheureuse vie à laquelle on a la cruauté de le rendre ; Ferdinand le console, l’interroge, l’encourage ; enfin Malherbe consent à avouer que son acte de désespoir est la conséquence de la mauvaise fortune de sa direction théâtrale , et il finit son pathétique récit par ce mouvement dramatique : « Oh! que la Sicile me sera cruelle! » Le roi fut ému jusqu’aux larmes, et comme, après tout , le peuple était là pour payer les libéralités du souverain, les dettes du malheureux impresario français furent acquittées; on lui donna -même de l'argent pour retourner dans sa patrie. Voilà comme un plongeon exécuté à propos peut faire surnager un homme habile ! Vraie ou fausse, l’anecdote s’est accréditée.

L'enfant de Paris rentra dans sa ville natale quand la révolution commençait à gronder. Malherbe se lance à corps perdu dans le parti révolutionnaire; il reprend son nom, fonde un théâtre dans une vaste cour du passage des Nourrices , entre les rues Saint-Martin et Quincampoix. Oublieux de la guerre que son bisaïeul a si malencontreusement faite à l’auteur de l’£cole des Femmes , et, que saiton? pour obtenir peut-être, pour lui et pour sa race, l’indulgence du grand poëte comique, il donne à son théâtre le nom de Théâtre Molière : les œuvres qui s’y jouent ne rappellent pas cependant celles du dieu sous l’invocation duquel il a été placé. Le général Ronsin y fait représenter ses pièces révolutionnaires ; tout le répertoire est choisi pour propager les idées du jour. Ce théâtre exerça une influence directe sur la population, et Boursault recueillit bientôt le prix de son intelligente activité. Nommé d’abord électeur de Paris, il devint, en 1793, membre suppléant à la Convention nationale. Quoiqu'il n’eût siégé dans cette assemblée qu'après la mort de Louis XVI, il fut sous la Restauration rangé, par certains écrivains royalistes, parmi les votants. Boursault fit redresser par les tribunaux cette erreur volontaire ou involontaire, qu'il eût acceptée à l’époque où il faisait jouer sur son théâtre [a Ligue des Fanaliques et des Tyrans.

Membre de la Convention, Boursault eut à remplir plusieurs missions politiques dans divers départements, et il fut souvent accusé de concussien. Des rapports sur sa conduite furent à la vérité demandés par lui-même; l'assemblée les ordonna , mais les événements allèrent plus vite que les rapporteurs, et il ne fut jamais absolument avéré que l’entreprenenr des charroïis mihtaires eût marché à la fortune par des routes tortueuses. La scène politique était bien dangereuse pour un homme d’une imagination aussi active et

aussi variable; il en descendit, et songea à reprendre les rènes du Théâtre Molière, qu’il avait cédées à son camarade Lachapelle, auteur-comédien et directeur, qui avait porté sa tête sur l’échafaud le 24 mars 1794. Ce théâtre avait pris le nom de Théâtre des Variétés nationales et étrangères; Boursault entrevit un succès dans l'exploitation des auteurs dramatiques étrangers, que l’entreprise de Letourneur avait mis à la mode, Son esprit révolutionnaire se reporta de la politique.vers la littérature; il effaça le mot nationales du frontispice de son théâtre, et n’y fit jouer que Lope de Vega, Caldéron , Schiller, Antonio José, etc. La spéculation ne fut pas heureuse ; mais d’autres jeux que ceux de la scène l’enrichirent; il trouva des millions dans un autre fumier que celui d’Ennius. Le balayage des rues de Paris et l’exploitation des maisons de roulette et de trente et quarante, qu'il sollicita et obtint successivement , telles furent les sources de son immense fortune. Il en est encore de moins pures ; il en est aussi de moins bien employées. Boursault était grand amateur de tableaux ; sa galerie a été longtemps renommée; l’horticulture lai doit aussi beaucoup : ses plantes exotiques, ses magnifiques serres, ses jardins, les mieux entretenus de l’Europe peut-être, amenaient chez lui {ous les étrangers qui visitaient Paris. Chefs d’œuvre de la peinture, fleurs embaumées, noble et douce purification de trésors venus de la roulette perfide et de l’impôt de Vespasien !

L'activité de cet homme singulier n’abandonna pas plus

son esprit que son corps. En 1830 il eut un retour de jeu-.

nesse : il acheta trois millions la salle Ventadour; et par un coup de commerce il gagna quinze cents mille francs à cette opération ; mais il eut un moment de vertige quand, quelques mois après, il ne recula pas, à son âge, devant la direction de l’Opéra-Comique. C’en était fait de ses jardins, de sa galerie, de sa fortune. Par bonheur pour lui, cette hallucination se dissipa ; alors, appréciant d’un coup d’œil sa position désespérée, il rassemble les artistes et les employés du théâtre , les harangue, leur montre le précipice que sa fortune ne pourra combler, puis, soulevant une draperie placée sur une table, il leur découvre des piles d’or et des billets de banque : « Vous avez le droit, dit-il, de me forcer à continuer l'exploitation de mon privilége; mais ma faillite est au bout de mes efforts, et vous perdrez alors une partie du temps que nous passerons ensemble, Si, au contraire, vous voulez rompre immédiatement avec moi, je vous paye à l'instant même une année de vos appointements. » Longtemps malheureux sous de précédentes directions, éblouis d’ailleurs par cet appât inusité d’or et de billets, hommes et femmes, chanteurs, instrumentistes, contrôleurs, allumeurs, garçons de peine , toute la troupe enfin accepte la proposition, et touche douze mois de solde anticipée. L'homme du tapis vert avait bien calculé son effet; cette part donnée au feu sauva une fortune entière, qui eût été dévorée.

Un nouveau caprice s’empara bientôt du vieillard, toujours vigoureux , toujours inconstant dans ses goûts ou ses fantaisies. Sa galerie est mise en vente, ses fleurs si rares sont dispersées par la folle-enchère, son parc est abattu, et sur l'emplacement s'élèvent deux rangées de maisons parallèles qui prennent le nom dé rue Boursault. Ce fut sa dernière entreprise, Il mourut peu de temps après. Du comédien, du directeur de théâtre, rien ne serait resté dans la mémoire des hommes ; du représentant du peuple, un fait controuvé et des accusations vagues; du directeur des jeux et de l’entrepreneur du balayage public, une renommée de hasard et un peu bourbeuse; de l'amateur de tableaux et de l’horticulteur, un renom peu coloré et effeuillé bien vite; en se faisant constructeur de maisons, Boursault, l'enfant de Paris, a inscrit son nom dans les fastes de la grande ville,

Étienne Anaco.

BOURSE, BOURSIER. La première, c’est-à-dire la plus

ancienne comme la plus commune acception du mot Bourse,

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