‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 379 sur 527 · BOUSSOLE — BOUT · texte numérisé non relu

BOUSSOLE — BOUT

La boussole prend le nom de compas de roule quand elle sert à diriger le cap du vaisseau suivant telle ou telle aire de vent. On la place alors dans une espèce d’armoire, que lon nomme habitacle, et qui est située sur le tillac, en avant de la roue du gouvernail. Cette armoire, est ordinairement divisée en trois compartiments : celui du milieu contient une verrine et dans chacun des deux autres se trouve un compas de route ; on met ces deux instruments à une distance suffisante pour qu’ils n’exercent aucune action un sur l’autre.

La boussole prend le nom de compas de variation quand | elle sert à relever les objets, c’est-à-dire à déterminer à |

quels rumbs de vent ils répondent ; dans ce cas on la garnit de deux pinnules, qu’on place en dehors de la cuvette, Pendent qu’un observateur aligne les pinnules avec l’objet qu'on veut relever, un autre examine quel est l'angle que forme la ligne Nord et Sud dela boussole avec un fil tendu

sur les bords de la boîte perpendiculairement à la ligne qui passe |

par les fentes des deux pinnules. Cet angle est évidemment égal à celui que forme la ligne Est et Ouest du compas avec

la direction de l’objet. Mais cette méthode de relèvement |

n’est suffisamment exacte qu’autant que l’objet qu'il s’agit de relever est à l'horizon ou peu au-dessus. Dans tout autre cas, on doit employer le compas azimuthal.

Le pivot sur lequel porte l’aiguille et en général toutes les |

pièces qui l'entourent sont en cuivre ou en bois; car si on employait du fer ou de l’acier, la position de l'aiguille se trouverait altérée. On sait mêmé que les ferrures du navire

exercent sur l'instrument une action qu’on s’est proposé de |

détruire. M. Barlow a trouvé qu’en plaçant convenablement un disque de fer dans le voisinage de l'aiguille, on arrive au résultat cherché. Quant à la position de ce disque, il faut pour chaque navire la déterminer par tâälonnements.

En tenant compte de la déclinaison, l'aiguille aimantée donne la direction du méridien du lieu. Si donc on sait angle que fait la route qu’on doit suivre avec ce méridien, on peut parfaitement se conduire au moyen de la boussole (voyez LoxopromiE ). C’est elle en effet qui dirige les vaisseaux, On détermine d’abord sur une carte marine par quel rumb le bâtiment doit aller à sa destination. Le timonier n’a plus qu’à gouverner ; en sorte que la pointe de la rose correspondante à ce rumb soit dirigée parallèlement à la quille du navire; ce que la position de la boîte de la boussole, parallèlement aux parois de l'habitacle, indique suffisamment,

On conçoit que l’aiguille aimantée, en vertu de sa propriété de conserver dans un espace et dans un temps limités une direction constante, puisse servir à mesurer des angles sur le terrain. On voit donc que la boussole joue encore un rôle important dans le lever des plans.

Si nous cherchons maintenant quel est l'inventeur d’un instrument si fécond en applications utiles, nous voyons que quelques auteurs lattribuent à un Napolitain, Flavio Gioja, qui vivait à la fin du treizième siècle. Mais deux textes, l’un de Guyot de Provins (douzième siècle ) l’autre de Jacques de Vitry (1225), nous apprennent que la marinière ou marinette (ancien nom de la boussole) était connue précédemment. En 1242 Baïlak parle de la boussole aquatique ( simplement composée d’une aiguille aimantée soutenue au-dessus de l’eau par un petit morceau de liége), non pas comme d’une chose nouvellement inventée ou reçue, mais comme d’un appareil généralement connu des navigateurs de la mer de Syrie. Enfin nos sinologues

ont trouvé dans le célèbre dictionnaire CAoue- Wen, à |

- l’article qui concerne l’aimant : Nom d’unevpierre avec La- “quelle on peut donner la direction à l'aiguille. Ce pas- … sage démontre clairement qu’on connaissait en Chine l’ai- - guille aimantée au deuxième siècle de notre ère; car le dic- - tionneire auquel il est emprunté fut terminé l'an 121 de J.-C,

DICT, DE LA CONVERS, — T, IN

péens empruntèrent la marinetle aux Arabes, qui sans doute l’avaient eux-mêmes reçue des Chinois. E, MEeRLIEUX.

BOUST. Voyez Gousr.

BOUSTROPHÉDON (de l'adverbe grec fouotpogrôè, comme tournent les bœufs). On donne ce nom à une écriture particulière aux Grecs, et même, dit-on, aux Étrusques, laquelle consistait à tracer les lignes alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, imitant ainsi la manière dont les sillons d’un champ sont tracés par les bœufs qui le labourent. On la considère comme marquant la seconde époque de l’histoire de l’art graphique chez les Grecs : si eu effet les Grecs reçurent l’usage de l'écriture alphabétique des Phéniciens, qui traçaient leurs lettres de droite à gauche, selon la pratique des peuples orientaux, les Grecs durent d’abord écrire aussi de droite à gauche ; malheureusement il ne reste pas de monument original de cette époque, si ce n’est un petit bas-relief du musée du Louvre où le nom d’Agamemnon et ceux de deux autres personnages sont écrits de droite à gauche. Les lois de Solon furent, dit-on, écrites en boustrophédon, ce qui ferait descendre l’usage de cette écriture à plusieurs siècles après Agamemnon et le siége de Troie,

Il y a deux époques dans le boustrophédon même : la plus ancienne procédait de droite à gauche pour la première ligne; la deuxième était donc dirigée de gauche à droite. Dans la secunde époque, la première ligne était tracée de gauche à droite, la deuxième dans le sens contraire, On pense que l’usage de ces deux manières de boustrophédon cessa d’être général en Grèce dès le septième siècle avant l'ère chrétienne; on a des inscriptions de l’an 457 qui sont tracées selon la manière actuelle’, et Fourmont en a recueilli d’autres, écrites de même, qu’on croit plus anciennes encore de deux ou trois siècles. La célèbre inscription d’Amyclée,en Laconie, qu’il a découverte dans les ruines du temple d’Apollon Amycléen, est regardée comme le plus ancien exemple de la première écriture en boustrophédon. On donne à cette inscription dix siècles avant l'ère chrétienne. Les quatre dernières lettres ajoutées à l’alphabet grec au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, ne se rencontrant pas dans les in$criptions en boustrophédon , on peut conclure qu’elles sont antérieures à cette date. Peut-être aussi les inscriptions que nous possédons sont-elles des copies de monuments plus anciens... J.-J. CHAMPOLLION-FIGEAC.

BOUT, fin, extrémité, dernier point de l’étendue, Le plus ou le moins d’étendue d’une chose ne change rien à l'application du mot bout; on dit le bout de la ville, le bout du monde, comme le bout d’un bâton. Rigoureusement néanmoins ce mot ne devrait s’'employer qu’à l'égard des choses qui ont deux bouts opposés; car le bout répond au bout comme l'extrémité au centre et la fin au commencement ; il faudrait donc dire le bout de l'allée, l'extrémité de la France et la fin de la vie.

Bout s'emploie aussi quelquefois, non comme partie extrême et intégrante d’une chose, mais dans le sens de fraction; un bout de bougie, de fil, etc., et, par dérision, un bou: d'homme, pour dire un homme extrêmement petit.

Bout se dit encore dans le sens contraire, c'est-à-dire non plus d’une chose détachée, mais d’une chose ajoutée : mettre un bout de cuivre à une canne.

Ce mot fait partie de plusieurs expressions maritimes : avoir vent de bout, c’est avoir vent contraire ou le vent par la proue, au lieu de l'avoir en poupe; aller de bout au vent, c’est aller contre le vent ; donner Le bout à terre à un vaisseau, c’est gouverner droit dessus ; aborder un vaisseau de bout au corps, c’est l’aborder carrément et par son travers ; filer le câble bout pour bout, c’est le lâcher entièrement et l'abandonner avec son ancre. Le bout de vergue est la partie de la vergue qui excède la iongueur de la voile et qui sert pour prendre des ris. Le bout de lof,

les Euro- | ou bout-lof est une pièce de bois ronde, ou à pans, qui

sert à tenir les amures de misaine, et qu’on met ordinairement au-devant des vaisseaux de charge qui n'ont point d'éperons.

Le bout de l'an est un service qu'on fait faire solennellement pour un défunt au bout de l’année de sa mort, et que la piété des parents renouvelle quelquefois tous les ans à la même époque ( voyez ANNIVERSAIRE, OBIT).

Goûter à quelque chose du bout des lèvres, c’est faire le délicat, le dédaigneux. Les expressions adverbiales au bout du compte, pour en résumé, ou à la fin, à {out bout de champ, pour à tout propos, à tout moment, sont aussi d’un emploi fort commun. On dit encore venir à bout d’une affaire, pour la terminer heureusement, ou d’une personne, pour dire la dompter. Avec de la patience on vient à bout de tout. Pousser quelqu'un à bout, c’est mettre sa patience à bout, c’est l'obliger à sortir des bornes de la modération,

On dit, en termes de manége, qu’un cheval est à bout, quand il est usé par le travail; un homme est à bout quand il ne sait plus que devenir, qu’entreprendre, pour sortir d’une méchante affaire, ou pour subsister; on dit encore, dans le même sens, quand cet homme est un fripon, qu’il est au bout de ses ruses, de ses finesses, au bout de son rouleau. Avoir une chose sur le bout de la langue, c’est bien savoir cette chose, mais ne pluss’en souvenir à point nommé. Un écolier sait sa leçon sur Le bout des doigts quand il la sait assez bien pour la réciter sans trébucher. Tandis que les dissipateurs brdlent la chandelle par les deux bouts, c'est-à-dire jettent leur bien par les fenêtres, des malheureux s’exténuent pour procurer un morceau de pain à. leur famille et ont grand’-peine à joindre les deux bouts. Enfin, en retournant ce mot par tous les bouts, peut-être avons-nous encore laissé bien des acceptions au bout de notre plume.

BOUTADE, impression vive, étourdie, instantanée, qui nous fait agir sans but et sans raison. C’est une sorte de caprice d'esprit, auquel certains hommes sont d’aufant plus sujets, qu'ils sont doués de plus d'imagination. Aussi les écrivains, les artistes, les amants, en un mot tous ceux qu’obsède une pensée forte parce qu’elle est unique, ont des boutades. Ks passent subitement de la joie à la tristesse, de l'espérance à la crainte, du délire à la stupeur. « Lorsque je vois ce qui se passe ici-bas, disait un jour Ducis, l'envie me prend de me sauver dans la lune et là d’ouvrir la fenêtre et de cracher sur le genre humain: »

Boïleau , tourmenté par les sonneurs de cloche, s’écrie un jour :

Persécuteurs du genre humain,

Qui sonnez sans miséricorde ,

Que n’avez-vous au cou la corde”

Que vous tenez entre vos maivs!

On se rappelle l’aventure de ce député qui, sortant de la Chambre avec un budget, frais éclos, contre lequel il avait inutilement voté, voulait traverser le jardin des Tuileries. « On ne passe pas, lui dit le factionnaire., — Eh! répondit-il avec humeur, c'est le budget, mon pauvre ami! Ça passe toujours. »

Il y a cette différence entre la boutadeet le caprice, que l'une, dans sa fougue, traverse l'humeur sans Paltérer, tandis que l’autre la subjugue despotiquement. De là vient que le caorice finit par blesser et lasser quelquefois jusqu’à la complaisance de l'amour, tandis que la boutade vive, mais partagée, extravague sans déplaire, et n’offense presque jamais, même en désobligeant,

Boutade était encore un usage féodal établidans le Berry, par lequel certains seigneurs avaient droit de percevoir cinq pintes de vin par poinçon ou tonneau, ou l'équivalent en argent,

BOUTÂN , état situé au nord de l’'Hindoustan , entre le 26° et le 28° de latitude septentrionale, et le 86° et le 92° de longitude orientale; il est borné au nord par le

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