BOUTARGUE — BOUTEILLE DE LEYDE
de poissons salés et séchés qui viennent d'Égypte. Comme on leur a fait subir un commencement de décomposition avant de les saler, ils ont une saveur et une odeur d’ammoniaque prononcées. Cette préparation, très-excitante , est employée comme assaisonnement en Italie et dans le midi de la France.
BOUT-DEHORS, BOUTE-DEHORS ou BOUTE- HORS. Les marins appellent ainsi les pièces de bois qui servent à porter les bonnettes.
Boute-hors était aussi le nom d’un ancien jeu, qui ressemblait à celui que les enfants pratiquent encore aujourd’hui et qu’ils nomment le roi détréné.On en a transporté le sens, au figuré, à l’action de deux hommes qui luttent ensemble pour une place, une dignité ou des faveurs quelconques, et on dit familièrement d'eux : Z{s jouent au boute-hors.
BOUTE-EN-TRAIN , qui éveille la joie, l’excite et la rend communicative. C’est une disposition du tempérament qui perce dans la physionomie et s’annonce jusque dans les manières; on n’ose se montrer grave ou réservé à qui semble se livrer avec tant d'abandon. Aussi le boute-entrain, par son seul aspect, fait fuir la tristesse et déride la mélancolie ; il partage avec le vin et la bonne chère le privilége de réjouir; il est l'âme des bons repas et de toutes les réunions consacrées au plaisir, Bien plus, il dit même à la mort :
Je ne veux pas qu’on me pleure, Moi le boute-en-train des fous,
Mais s’il brille dans un banquet, il s’éclipse au salon, où le rire franc n'apparait que par exception et comme par surprise, De là vient que le boule-en-train ne se rencontre guère dans les hautes classes, car le bon ton repousse toute démonstration un peu vive. Accueilli dans les cercles de la bourgeoisie, il n’est choyé que chez le peuple ; c’est là qu’il faut l’observer, parce qu’il ne s’observe pas; c’est là qu’il éclate, qu’il délire, et qu’il s'amuse en amusant. S'il descend jusqu’à la bouffonnerie, il diffère cependant du bouffon, en ce que celui-ci a, pour ainsi dire, une gaieté mécanique, qui sent le métier et expire comme elle naît, à heure fixe, tandis que le boufe-en-train porte la joie avec lui dans tousles instants et vous en pénètre, parce qu’ilen est pénétré.
Boute-en-train est encore le surnom d’un petit oiseau, nommé autrement éarin, facile à apprivoiser, et dont on se sert, ainsi que d’une serinette, pour faire chanter les autres.
BOUTE-FEU. C’est, dans le sens direct du mot, celui qui met volontairement le feu à un édifice, à une grange, à une forêt. Dans l'antiquité, Érostrate brûla le temple de Diane pour faire parler de lui; chez les modernes, on incendie la maison d'autrui par vengeance, et souvent la sienne par cupidité.
Dans le style figuré, boute-feu se dit de ces hommes attisant les passions de la multitude pour la pousser à tous les excès, Servilius Rullus, à Rome, Danton, à Paris, étaient des boute-feu : l'un soulevait au Forum le peuple contre les grands; l’autre, aux Jacobins, insurgeait la populace contre la bourgeoisie. Séditieux par nature, tous deux semaïient le désordre comme s'ils l’eussent aimé d’instinct, et le cultiyaient par ambition. Au reste, c’est le propre des révolutions d’enfanter des boute-feu; mais, on l’a dit bien des fois comme Saturne , elles dévorent leurs enfants.
Dans les rapports ordinaires de la vie, on appelle boutefeu certains hommes qui s’empressent de rapporter à un tiers une plaisanterie souvent innocente lâchée contre lui, la dénaturent, l’enveniment, et parviennent de la sorte à brouiller les meilleurs amis. Le tracassier cède à l’intempérance de sa langue sans dessein de nuire; le boute-feu, au con- {raire, procède avec réflexion et dans le but de mal faire, En politique, le boute-feu détru:t l'État; dans la vie privée, il rompt l'amitié et désunit la famille.
BOUTEILLE, vase de verre, de terre cuite, de cuir, etc., à ouverture étroite, destiné à contenir des liquides. Ce mot vient probablement du verbe bouter, usité encure dans les patois du midi, où l’on appelle bouftes les sacs de cuir dans lesquels on met le vin, que l’on transporte à dos de mulet.
Les bouteilles de verre sont fort anciennes; on en trouve dans les ruines d’Herculanum et de Pompéi. La manière de les fabriquer est très-expéditive et fort simple : l’ouvrier plonge l’extrémité d’un tube de fer, appelé canne, dans le pot, sorte de creuset où est contenu du verre en état de fusion ; en retirant le tube, il en enlève environ gros comme le poing; il porte cette masse dans un moule cylindrique d’un diamètre égal à celui que doit avoir la bouteille; il souffle dans le tube; le verre se gonfle en vessie , qui prend la forme du moule ; cela fait, il retire la bouteie, ainsi ébauchée, de la cavité, et, l’ayantrenversée, il forme, avec une molette, le creux dont la convexité s'élève plus ou moins dans l’intérieur de la bouteille, ce qui est facile, attendu que le verre est encore en consistance pâteuse; un filet de verre roulé autour du goulot forme la cordeline, qui empêche la bouteille de glisser quand on la tient dans la main. Enfin, on touche circulairementle goulot au-dessus du cordon avecun instrument froid : la bouteille se détache, et en enfant la porte, au bout d’une verge dé fer, dans un four chaud, où elle se refroïdit lentement, car l'expérience a appris que le verre qui passe brusquement d’une température élevée à une température froide, et réciproquement, est beaucoup plus cassant que lorsque ce changement de température se fait avec lenteur (voyez VERRERIE). TEYSSÈDRE.
Pris dans l’acception figurée, bouteille s’entend du contenu au lieu du contenant. On dit, par exemple, qu’un homme aime la bouteille, pour dire qu’il aime le vin, qu’il est adonné au vin.
A bord des vaisseaux, on nomme bouteilles des saillies ou compartiments, placées en dehors, sur l’arrière du bâtiment, des deux côtés de la poupe, qu’elles affleurent, et servant de vespasiennes à l’équipage. Elles se terminent en eul-de-lampe, et supportent autant d’étages qu’il y a de batteries au vaisseau ; celles des frégates n’ont qu’un étage. On n6émme fausse-bouteille un placard sculpté dans la même forme, et dont on décore l’arrière des vaisseaux trop petits ou trop ras pour avoir de véritables bouteilles.
BOUTEILLE DE LEYDE, La découverte de la bouteille de Leyde est, comme tant d’autres découvertes, née pour ainsi dire du hasard. Elle fut faite à Leyde en 1746 par Cuneus et Muschenbroeck. Cette découverte fit beaucoup de bruit en Europe ; elle donna un nouvel éclat à l'électricité; chacun voulut éprouver la commotion, malgré le récit effrayant qu’on en faisait, Tous les physiciens répétèrent la fameuse expérience de Leyde, et en étudièrent les diverses circonstances. Ce fut surtout parmi les Français, toujours avidés de nouvelles découvertes, que eette expérience excita une vive sensation, L'abbé Nollet donna en présence de Louis XV la commotion à un régiment entier.
La forme commune de la bouteille de Leyde est celle d’un flacon ordinaire. La surface extérieure est recouverte jusqu'à une certaine hauteur d’une feuille d’étain. L'intérieur est rempli de feuilles de cuivre très-minces. La bouteille est fermée par un bouckon de liége , traversé par une {ige de métal, dont la partie supérieure est terminée par une boule et dont la partie inférieure communique avec les feuilles de cuivre. La feuille métallique extérieure porte le nom d’armure extérieure, les feuilles de cuivre intérieures s'appellent armure intérieure. Pour charger la bouteille de Leyde, on la tient ordinairement dans la main, en même temps qu’on fait toucher la boule de la tige au conducteur d’une machine électrique en action. On la retire quand l’électromètre à cadran posé sur le conducteur marque que l'in tensité de l'électricité dans l’intérieur de la bouteille, ainsi
de
que sur le conducteur de la machine, est arrivée à son maximum,
Quand la bouteille est ainsi chargée, si l’on touche la boule avec l’autre main, on se sent aussitôt frappé avec violence dans les deux bras, surtout aux articulations; plusieurs personnes peuvent recevoir à la fois la commotion ; il suffit pour cela qu’elles se tiennent par la main pour former une chaîne : la personne qui se trouve à une extrémité de la chaîne prend la bouteille dans une main, tandis que celle qui est placée à l'extrémité opposée touche la boule. La transmission de l'électricité se fait avec une telle rapidité que toutes les personnes se sentent frappées au même instant. L’explication de cette expérience, qui a dù paraître bien extraordinaire aux personnes qui l'ont vue à l’origine , est très-simple ; elle est entièrement fondée sur l’attraction mutuelle des deux électrieités.
Supposons, pour fixer les idées , que le conducteur de la machine électrique soit chargé d'électricité positive (vitrée), ce qui est le cas des machines ordinaires. Cette électricité se répand également sur le conducteur et dans l’intérieur de la bouteille. Elle décompose par influence l'électricité naturelle de l’armure extérieure, attire l'électricité négative (résineuse), et repousse l’électricité positive, qui se dissipe dans le sol par le moyen des organes de la personne qui tient la bouteille. L’électricité négative de l’armure extérieure attire à son tour l'électricité positive de l’intérieur, en sorte qu’une nouvelle partie de l'électricité du conducteur peut pénétrer dans l’intérieur de la bouteille, laquelle électricité décompose une nouvelle portion de l'électricité de l’armure extérieure, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la bouteille soit chargée à la limite, c’est-à-dire autant que possible : pour comprendre qu'il y a nécessairement une limite à la charge de la bouteille de Leyde , on doit se rappeler que l’action de l’électricité décroît avec la distance ; il faut donc que la quantité d'électricité positive accumulée dans l’armure intérieure l’emporte sur la quantité d'électricité négative chassée de l’armure extérieure dans le sol, et conséquemment sur la quantité d'électricité négative retenue sur cette armure. Il y a donc dans l’armure intérieure une certaine quantité d'électricité qui n’est retenue que par la pression de l’air. Cette quantité augmente avec la charge de la bouteille, et lorsqu'elle est capable de vaincre cette pression, la charge est arrivée à sa limite, puisque toute l'électricité qu’on fournit dès lors à l'armure intérieure s'échappe à travers l’air.
Toutes les circonstances que présente la bouteille de Leyde se conçoivent aisément d’après ce qui précède ; la décharge consiste dans la réunion de l’électricité positive de l’intérieur à l'électricité négative de l'extérieur. Cette réunion s'opère quand on établit une communication entre les deux armures par un corps conducteur. Si l’on établit cette communication avec les organes, on éprouve la commotion. Nous venons de parler de l'attraction mutuelle des deux électrieités contraires; cette attraction est si forte qu’une partie de l'électricité pénètre dans l’intérieur du verre. Voilà pourquoi une bouteille peut donner plusieurs décharges successives : à la vérité, la première est beaucoup plus forte que les autres. Voilà encore pourquoi souvent la décharge s'opère à travers le verre, ce qui détermine la rupture de la bouteille. Il est encore évident qu’il faut que l'armure extérieure communique avec le sol, afin que l'électricité positive, repoussée par l'électricité pareille du conducteur, puisse se dissiper, parce que si l'électricité positive et l'électricité négative de l’armure extérieure restaient sur cette armure, elles se neutraliseraient ; et il ne serait pas possible d’accumuler de l'électricité positive dans l’intérieur, et conséquemment de charger la bouteille,
Puisque les deux électricités s’attirent si fortement, elles doivent se trouver sur les faces du verre, et non dans les armures ; c’est encore ce qu'on vérifie par l'expérience, Si l’on charge une bouteille à armures mobiles, et qu’on enlève