‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 388 sur 527 · BOUTURES ANIMALES — BOUVART · texte numérisé non relu

BOUTURES ANIMALES — BOUVART

lorsqu'il fallut fournir à Laplace le moyen d'insérer dans Mécanique Céleste autre chose que des formules purement algébriques. »

Bouvard avait une passion véritable pour l'astronomie, Tout le bonheur qu'éprouve un amant à guetter le passage de l’objet aimé, Bouvard le ressent au passage d’une étoile au méridien; il a sa Vénus aussi; il correspond avec elle, mystérieusement et par chiffres. Sa vie amoureuse est pleine d’alternatives : elle a ses nuages, ses orages, ses fempêtes; mais les nuits étoilées font ses délices, et le dédommagent… Nous nous jetons dans la poésie, et ceux qui ont connu l’honnête Bouvard pourront s’en étonner. Rien en effet n’était moins poétique que sa personne, ses idées, ses discours : empruntons encore cependant, pour notre justification, quelques lignes à son savant panégyriste. « Aux approches d’un phénomène céleste important, M. Bouvard était dans un état fébrile manifeste, Le nuage qui, dans le moment d’une éclipse d'étoile ou de satellite, menaçait de lui dérober la vue de la lune ou de Jupiter, le plongeait dans le désespoir ; à la fin de sa vie, il rapportait encore avec une douleur naïve les circonstances qui, quarante années auparavant, l'avaient empèché de faire certaines observations. Otez la passion, et dans M. Bouvard passant, la table des logarithmes à la main, des journées, des semaines, des mois entiers, pour découvrir la faute de calcul que tel ou tel élève astronome avait commise en s’exerçant, vous ne trouverez plus qu’un fait sans cause, qu’une anomalie inexplicable. »

Bouvard cessa de calculer et de vivre le 7 juin 1843.

Étienne ArAGo.

BOUVART ( Micuez-Prxippe ), médecin célèbre du siècle dernier, né à Chartres, en 1711, mort à Paris, en 1787. Son mérite ne nous est guère connu que par tradition. Nous savons qu’il étonnait ses confrères par la justesse de ses pronostics, par cette heureuse alliance d’une vive pénétration avec une sagacité profonde, qui constitue ce qu’on a appelé le {act médical. Quant à ses titres scientifiques, ils sont forts légers, quoiqu'il ait occupé des emplois fort importants, et que l’Académie des Sciences l’ait compté au nombre de ses associés, Absorbé par une immense pratique, Bouvart ne pouvait avoir assez de temps à lui pour écrire, et il a eu cela de commun avec des praticiens fort renommés de notre époque. Il ne nous reste de celui auquel nous consacrons cette notice que des mémoires, des discours, des lettres, monuments d’une polémique ardente, dans laquelle notre confrère montre plus d’habileté à manier le sarcasme, et de dogmatisme tranchant, que d’indulgence pour les opinions opposées aux siennes. Après ce jugement sur le savant, disons que l’homme fit constamment preuve d’une austérité de principes et d’un désintéressement peu communs à toutes les époques. Fils d’un médecin de Chartres, il vint se fixer en 1736 à Paris, où il paraît n’avoir dû qu’à son mérite, comme praticien, la vogue dont il jouit jusqu’à la fin de sa carrière. Toujours est-il qu'il n’employa pour y arriver aucun de ces moyens qui déshonvrent trop souvent une profession dont il savait comprendre la dignité, ainsi que le témoigne un de ses discours, où il avait pris pour texte: Medicinam homine dignissimam, dignissimambono cive, Il poussa même l'indépendance de caractère jusqu’à refuser, à la mort de Sénac, la place de médecin du roi Louis XV. Enfin, si ses confrères eurent souvent à souffrir de son humeur altière et de ses procédés francs jusqu’à la rudesse, ses malades eurent, par contre, à se louer de son dévouement. Nous ne saurions omettre ici, bien qu’il soit devenu vulgairement historique, un trait de Bouvart, qui vaut à lui seul tout un éloge. Appelé chez un banquier, il s'aperçoit que la maladie de cet homme n'est causée que par la crainte de ne pouvoir remplir ses engagements. Aussitôt, et pour toute ordonnance, Bouvart apporta la somme de vingt mille francs, nécessaire pour rétablir les affaires

Page 1