‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 395 sur 527 · BOYER · texte numérisé non relu

BOYER

qui l’appelait a chouette des honnétes gens ecclésiastiques. Il est juste de dire, pour tempérer un peu l'effet de cette épigramme, que, chargé de l'éducation du dauphin , père de Louis XVI, qui conserva toujours pour lui le plus tendre attachement, et pourvu de la feuille des bénéfices après la mort de son protecteur, le cardinal de Fleury, il vécut sans faste à la cour, passant sa vie dans la pratique d'œuvres de bienfaisance et de charité.

BOYER (Jean-Barnisre-NicoLas), né à Marseille, en 1693 et reçu docteur à la faculté de Montpellier en 1717, se fit une très-grande réputation, particulièrement dans le traitement des maladies épidémiques et contagieuses. 11 en avait fait le sujet de sa première thèse, consacrée à l'exposition du système de linoculation, qu'il avait vu pratiquer à Constantinople, où sa famille l'avait d’abord envoyé étudier le commerce. En 1720, à l’occasion de l’'horrible épidémie qui désola Marseille, où il avait été envoyé, lui sixième, par le régent, pour s'opposer au progrès du mal et en étudier la nature, il publia sa Réfutation des anciennes opinions touchant la peste. Le zèle de Boyer ne trouva malheureusement que trop de sujets de s’exercer encore, principalement dans les années 1734, 1742, 1745, 1750, 1755 et 1757, où diverses parties du royaume devinrent tour à tour la proie des plus cruelles épidémies ; et toute sa vie se passa, pour ainsi dire, à vérifier la théorie par la pratique, ef vice versd. Grandement récompensé par le gouvernement du roi, qui l’anoblit et le combla de places et de pensions , il mourut en 1768, doyen de la Faculté de Paris et associé de la Société royale de Londres, laissant après lui une renommée que l’on a cherché depuis à lui contester en partie, mais qui, cependant, ne fut pas entièrement le fruit des circonstances.

BOYER (ALExS, baron), naquit en 1756, à Uzerche , et mourut à Paris, en 1833. Premier chirurgien de l’empereur Napoléon, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité, professeur à la Faculté de Médecine, membre de l’Académie

- de Médecine et de l’Institut de France, il fut célèbre comme professeur, comme chirurgien , comme écrivain ; et sa carrière, longue et brillante, fut marquée par des travaux assidus et une probité irréprochable. Né d’une famille pauvre, il vint dans la capitale sans éducation, sans ressource, et endura, dans le principe, les privations les plus cruelles; mais son zèle le signala à Desault; il obtint les premiers prix de l’école pratique, et se mit à enseigner lui-même, remportant au concours la place de chirurgien à la Charité, occupant successivement à l’École de Santé les chaires de médecine opératoire et de clinique chirurgicale, qu'il ne devait quitter qu’à sa mort. C’est à ses leçons que s’étaient formés la plupart des bons chirurgiens de notre époque.

Chirurgien de l'Empereur en 1804, le baron Boyer fit la campagne de Pologne en 1806, et reçut en 1807 la décoration de la Légion d'Honneur; puis il rentra dans sa vie de professeur et de savant. Les changements survenus à la Faculté en 1823 et en 1830 respectèrent sa position, et ne firent même que la consolider. Parmi les œuvres qu'il a laissées, on cite son Traité complet d’Anatomie (4 vol., 1797-1799), et celui des Maladies chirurgicales, et des opérations qui leur conviennent (10 vol., 1814-1822 ), véritable encyclopédie chirurgicale, fruit d’une vaste et judicieuse expérience. Renommé comme praticien, il a laissé une fortune considérable. 11 joignait à une grande bienveillance une rare modestie et beaucoup de goût pour la retraite. Sa conversation intéressante pétillait de bonhomie. Il avait épousé la fille d’honnêtes artisans, qui l’avaient aïdé, lorsque, pauvre et inconnu, il était arrivé à Paris, et il se plaisait à dire : « Ma femme m'avait fait chirurgien, je l'ai faite baronne. »

BOYER (PirrEe-Denis), abbé, théologien et directeur du séminaire Saint-Sulpice, né le 19 octobre 1766, à Sévérac-l'Église (Aveyron), mort à Paris, le 24 avril 1842. Il embrassa de bonne heure l’état ecclésiastique, vécut dans la retraite

pendant la révolution, et s’unit à l'abbé Émery en 1801 pour relever le séminaire Saint-Sulpice, d’où il fut éloigné en 1811, ainsi que ses collègues, par ordre de l'Empereur, La Res: tauration le rendit à la chaire de théologie morale, qu’il occupa jusqu’en 1818. Son parent et ami l’abbé Frayssinous se l’associa ensuite dans ses conférences. Boyer se distingua parmi les plus violents adversaires de M. de Lamennais ; il a publié un assez grand nombre d'ouvrages. Boyer était gallican et chef de l'école théologique dite des Sulpiciens.

BOYER ( J£aw-Pienre ), ancien président de la république d'Haïti, né le 2 février 1776, à Port-au-Prince, d’un mulâtre de cette colonie, alors française, reçut à Paris une éducation soignée, revint dans sa patrie, y embrassa le parti des armes et était déjà chef de bataillon dans la Zégion de l'Égalité, lorsque les Anglais s’emparèrent de sa ville natale. Fidèle au drapeau de la république française, il se retira à Jacmel, dans le sud de l'ile , avec les commissaires Polverel et Santhonax , et le général mulâtre Beauvau, qui prit le commandement de la place. A sa mort, Boyer le remplaça, et fit souvent preuve de talent et de bravoure en combattant les Anglais au fort Biroton, à la Grande-Anse, à Léogane. Deux partis ensanglantaient alors la colonie : les noirs, sous la conduite du fameux Toussaint Louverture, faisaient une guerre d’extermination aux mulâtres, commandés par le général Rigaud. Boyer suivit la destinée de ce dernier chef, et gagna sur le champ de bataille les épaulettes de général de brigade. Rigaud, appréciant sa capacité, lui confia le commandement de Jacmel. Toussaint fut vainqueur dans cette lutte terrible, et le chef des mulâtres se vit contraint de se réfugier en France, où Boyer le suivit.

Ils reparurent ensemble dans la colonie à la suite de l'expédition de Leclerc, dont on connaît la funeste issue. Rigaud ayant été renvoyé en Europe par ce général, Boyer s’aperçut bientôt que la France n’avait d’autre but que de faire rentrer les esclaves affranchis sous la domination de leurs maîtres, et il conçut le grand projet de délivrer sa patrie en réconciliant les noirs et les hommes de couleur. Honorable déserteur d’une cause qui n’était plus celle de ses concitoyens, il fut un de ceux qui parvinrent à les soustraire au joug de la métropole.

A l’avénement au trône du nègre Dessalines, Boyer se mit avec Péthion à la tête des gens de couleur, et ils contribuèrent ensemble à renverser ce tyran sanguinaire. Christophe visant à son tour à la même domination , ils l’abandonnèrent, et fondèrent une république indépendante dans la partie occidentale de l’île. Boyer, que ses talents militaires et ses connaissances administratives rendaient indispensable à Péthion, fut nommé commandant de Port-au- Prince et créé major général. Il essaya de discipliner ses bataillons à l’européenne, battit en plusieurs rencontres les troupes de Christophe, et sauva Port-au-Prince d’une ruine complète. Péthion, sur son lit de mort usant du pouvoir que lui conférait la constitution, désigna pour son successeur le général Borgelo, honnête homme, mais d’une faiblesse proverbiale. Le peuple ne ratifia pas ce choïx, et les pouvoirs de l'État assemblés décernèrent la présidence à Boyer. Celui-ci mit aussitôt de l’ordre dans les finances, améliora l’administration , remplit les caisses publiques, protégea les arts et les sciences. Après la mort violente de Christophe, en 1820, il réunit ses États à la république. En 1895 il obtint de la France la reconnaissance de l'indépendance de Haïti moyennant une indemnité de 150 millions de francs. Sous son gouvernement, la république jouit pendant plus de quinze ans de la paix la plus profonde; maïs sa politique, qui tendait à l’asservissement des noirs au profit de sa race, lui suscita beaucoup d’ennemis.

Cette sourde hostilité se fit jour en 1843, dans la seconde chambre, par l’organede Dumeille, représentant des Cayes. Boyer eut recours aux moyens les plus violents pour faire

taire cette opposition, et réduisit presque à néant l'autorité ‘les chambres. Rivière-Hérard, corhmandant en chef de l’artillerie et partisan de Dumeille, gagna enfin la troupe, s’empara de la ville des Cayes, et marcha, au mois de mars 1843, contre le Port-au-Prince, dont les habitants ne bougèrent pas. Comprenant qu'il était perdu, Boyer, accompagné d’une trentaine de ses adhérents, s’embarqua, le 13 mars, sur la frégate anglaise Ze Sylla, qui le transporta à la Jamaïque. De là il envoya à la section permanente du sénat une adresse où, après avoir rappelé ses services, il donnait sa démission et se condamnait à un exil volontaire. La proclamation du gouvernement provisoire prouva qu’il était tombé victime de sa politique aristocratique, bien qu'après son triomphe il eût exercé son autorité avec beaucoup de modération. Après un long séjour à la Jamaïque, Boyer vint en 1849 à Paris, où il mourut, le 10 juillet 1850. Il était le vrai représentant de la race de couleur, patient, persévérant, aux manières engageantes, mais rusé, et souvent dur et cruel envers ses ennemis.

BOYER ( P1erRE-FRANÇois-XAvVIER , baron ), général de division, naquit à Belfort ( Haut-Rhin }, le 7 septembre 1772. Parti, comme volontaire, à l’âge de vingt ans, dans un des bataillons de la Côte-d'Or, il commandait, peu de temps après, comme capitaine, une compagnie du 1° bataillon du Mont-Terrible, et devenait aide de camp de Kellermann. En 1796 il faisait la campagne d'Italie en qualité d’adjudant général; plus tard, il suivait Bonaparte sur les bords du Nil et en Syrie. Il se distingua à la bataille d’Alexandrie, pù il fut grièvement blessé. Le 8 germinal an IX il était général de brigade, et allait prendre part à l'expédition de Saint-Domingue comme chef d'état-major général de l’armée, Chargé d'apporter au premier consul la nouvelle de la mort du général en chef Leclerc, il fut pris dans la traversée, conduit à Londres, et échangé bientôt après. 11 se comporta brillamment en Allemagne , aux batailles d’Iéna , de Pultusk, de Friedland et de Wagram. Il devint, en Espagne, la terreur des guerillas; sa division de dragons inspirait partout un effroi indicible, Le grade de général de division lui fut conféré en 1814. Placé à la tête du département du Mont-Blanc, il en fut chassé par la première restauration, leva un corps franc au retour de l'empereur de l’ile d’Elbe, combattit l'étranger pendant tout le temps de l'invasion, et fut porté sur la liste des proscrits après Waterloo. Cependant il ne tarda pas à obtenir l’autorisation de rentrer en France, où il vécut pauvre pendant plusieurs années, se livrant aux arts et à la peinture. Réformé sans traitement en 1816, il fut admis à la retraite à la fin de 1824, et au- {orisé vers la même époque à passer au service du pacha d'Égypte. 11 s’occupait des moyens de discipliner les troupes de ce prince, lorsque, deux ou trois ans après, une mésinteliigence survenue entre lui et Mohammed-Laz, ministre de la guerre, le força à quitter l'Égypte.

Rétabli sur le cadre d’activité après la révolution de juillet, il partit pour l'Afrique, où il commanda une division lors de l'expédition du général Clauzel dans Ja province de Tittery. Le gouvernement s'étant décidé à occuper Oran, le commandement de cette place lui fut confié. Il y arriva précédé d’une grande réputation de sévérité, qui lui avait valu en Espagne le surnom de Boyer Le Cruel. On eut quelque peine à croire que cet homme si doux , si affable dans son intérieur, instruit, capable, spirituel, ami des arts, eût jamais mérité une telle épithète. Mais la dureté impitcyable avec laquelle il sévit bientôt contre les Maures soupçonnés d’avoir des intelligences avec le Maroc, les confiscations, les arrestations sans nombre, les exécutions qui vinrent frapper les habitants d'Oran, ne fardèrent point à prouver qu’on n’avait nullement calomnié le général Boyer. Hâtons-nous de dire, toutefois, que notre situation exigeait peut-être ces manifestations énergiques, implacables, La main de fer du général Boyer, en pesant sur la ville, en y

Page 1