‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 408 sur 527 · BRANDON — BRANICKI · texte numérisé non relu

BRANDON — BRANICKI

Le mot brandon se prenait encore pour signifier une torche; ce dernier sens lui est resté. On dit au figuré : Un brandon de discorde, un brandon de guerre civile.

Le premier dimanche du carème était autrefois appelé le dimanche des brandons, parce qu’on allumait sur les places publiques des feux autour desquels le peuple dansait. Les ordonnances de plusieurs de nos rois interdisaient cette fête, qui entrainait souvent de singuliers désordres, ainsi que les baladoires, les nocturnes, et plusieurs autres danses auxquelles on se livrait dans les églises lors de certaines solennités. Mais en beaucoup d’endroits les évêques et les magistrats firent de vains efforts pour arrêter cet usage, trop fortement enraciné pour qu’il fût possible de l’abolir d’un seul coup. Jusqu'au milieu du dix-septième siècle, on s’opiniâtra à le conserver dans quelques localités. Ainsi, à cette époque, le four de la fête de saint Martial, apôtre du Limousin, le peuple dansait encore dans le chœur de l’église dont ce saint est le patron. À la fin de chaque psaume, au lieu de chanter le Gloria Patri, tout le peuple chantait en langage du pays : San Marceau prégats per nous, à nous epingaren per dous ; c'est-à-dire : « Saint Martial, priez pour nous, et nous danserons pour vous. » Avant 1789 celte coutume avait été abolie.

BRANDT ( Sésasrien ), jurisconsulte et poëte satirique, né à Strasbourg , en 1448, docteur et professeur de droit à l’université de Bâle, conseiller de l’empereur Maximilien 1°", syndic et chancelier de sa ville natale, où il mourut en 1520, est l’auteur du premier livre que l'imprimerie rendit vraiment populaire : le Vaisseau des Fous, ou le nouveau Vaisseau de Narragonie, imprimé à Bâle, en 1494. Sous un titre fort trompeur, c’est un recueil de maximes qui servaient de texte aux sermons d’un prédicateur de Strasbourg, non moins fameux dans son temps que Sébastien Brandtlui-même, Geiler de Keisersberg. Le Vaisseau des Fous fut traduit dans toutes les langues. Brandt n’a point la gaieté spirituelle et indulgente d'Érasme dans son Éloge de la Folie; il censure tous les vices de son temps, comme chrétien et comme philosophe. 11 soumet son siècle au jugement sévère de la sagesse antique, et cite les Anciens plus souvent que ia Bible. Il est poëte, d’ailleurs, à la façon d’un jurisconsulte, écrivain très-fécond, éditeur de Virgile, traducteur des distiques de Caton en vers allemands. Ses autres ouvrages, moins célèbres et connus seulement des érudits, Carmina varia, De Moribus et facetiis mensæ, etc., le rangent parmi les humanistes du quinzième siècle. Le Vaisseau des Fous, le seul ouvrage original qu'il ait écrit en allemand, est le seul aussi qui marque sa place dans l’histoire politique et littéraire de l’Allemagne parmi les précurseurs de la Réforme et parmi es écrivains qui contribuèrent aux progrès de la langue nationale. T. TOUSSENEL.

BRANDT. A ce nom se rattache la découverte du phosphore au dix-septième siècle. L’Allemand Brandt, mort vers 1692, était un de ces alchimistes qui cherchaient dans de bizarres mélanges l’introuvable secret de la pierre philosophale, usant leur fortune et leur santé à la poursuite des moyens de transformer en or les plus viles matières, En distillant avec du charbon le résidu de lurine évaporée, Brandt produisit vers 1669 le phosphore, qu'il ne cherchait pas, et ne sut même point tirer parti pour sa gloire de cette trouvaille. A. DES GENEVEZ.

BRANDT (| Georces ), un des chimistes les plus laborieux et les plus instruits de son temps, naquit en 1694 dans la province de Westmannie (Suède). Après avoir fait des voyages en divers pays pour s’assimiler toutes les connaissances de l’époque en docimasie, il revint dans son pays, et fut attaché au département des mines et nommé directeur du laboratoire de chimie de Stockholm. Jusque alors on n'avait compté que sept métaux, qui portaient le nom des planètes, ct le rapport de ces nombres avec celui des tons de la gamme donnait lieu à des absurdités métaphysiques

DICT, DE LA CUNVERS, — Te. Ill.

sans cesse renaissantes. Brandt démontra, en 1732, que le cobalt n’est pas un mélange de divers métaux, mais un métal particulier. En 1733 il eut encore le mérite de prouver que l’arsenic est aussi un métal ; on ne le connaissait qu'à l'état d'oxyde blanc. Il a consigné d’autres travaux intéressants dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm, dont il était membre. Brandt doit être considéré comme un des créateurs de la chimie positive; un des premiers, il la tira de l’ornière des systèmes pour la jeter dans la voie de l’expérience. Il mourut en 1768, regretté de tous les amis de la science. A. Des GENEVEZ.

BRANDT (Éxevop pe), ami de Struensée, dont il partagea le sort, appartenait à une ancienne famille noble du Danemark, et avait rempli à la cour de Chrétien VII les fonctions, de gentil-homme de la chambre. Ayant écrit au roi une lettre dans lageelle il lui dévoilait les iniquités de son favori Holk, il fut exilé à Altona, où Struensée fit sa connaissance. Une liaison intime se forma bientôt entre ces deux jeunes hommes, amis du plaisir. En 1770 Struensée le rappela à la cour, pour remplir auprès du roi les fonctions que Holk occupait auparavant. À ce moment, Chrétien VII se livrait aux amusements les plus puérils ; et il lui arrivait souvent de contraindre les gens de son entourage à lutter avec lui. Dans un de ces jeux de vilains, il arriva aussi à Brandt d’être maltraité par Chrétien et en conséquence de le mordre à la main pour lui faire lâcher prise; il en était résulté entre eux un échange de dures paroles. Toutefois, le roi ne tarda pas à lui pardonner cette incartade, ct en signe de complète réconciliation il le nomma directeur des fêtes de sa cour. Malgré cela, lorsque après la chute de Struensée, Brandt fut traduit avec lui devant la même cour de justice, les juges ne le condamnèrent pas seulement comme complice de son ami, mais encore comme coupable d’une voie de fait sur la personne sacrée de son souverain. Le roi ayant confirmé la sentence, Brandt périt le premier de la main du bourreau, le 28 avril 1772.

BRANICRI (JEan-CLÉMENT), grand hetman de la couronne de Pologne, né en 1688, était, par sa mère, petit-fils du célèbre Czarniecki, et le dernier rejeton de la noble et puissante famille des Branicki. Au début de sa vie, il servit dans l’armée française. Revenu en 1715 dans son pays, il fit partie de la confédération qui se forma contre Auguste IL. Il vit avec une profonde douleur les désastres toujours croissants de sa patrie ; cependant jamais il ne put prendre sur lui de consentir à l'abolition du moindre des priviléges qui étaient la cause première des malheurs de la Pologne. A la mort d’Auguste III, Branicki, alors premier sénateur et commandant en chef de l’armée, se mit avec Charles R adziwill à la tête du parti républicain, qui en vint même jusqu’à lui offrir la couronne. Le parti monarchique des Czartoryiski ayant eu le dessus dans la diète de 1764, Branicki , accusé de haute trahison, fut banni et dépouillé de toutes ses charges et dignités. Son intention était d’abord de résister à cette sentence; maïs, poursuivi par les troupes russes , il chercha et trouva un asile en Hongrie. Lors de l’accession au trône de Poniatowski, dont Branicki avait épousé la sœur, celui-ci rentra en Pologne, et vécut depuis lors tranquille dans ses biens, ne s’occupant plus que du soin de faire de sa magnifique terre de Biallystock le Versailles de la Pologne. Il y construisit un château dans le style italien, et y fit planter et dessiner un parc immense. Hors d'état de jouer un rôle actif dans la confédération de Bar, il la servit du moins de ses conseils et de sa bourse, et mourut le 9 octobre 1771.

BRANICRI ou BRANECKI (FRANÇoIs-XAVIER ), d'une autre famille que le précédent, fut aussi grand hetman de la couronne. 11 marcha contre les confédérés de Bar à la tête des troupes royales, puis, vingt ans plus tard, fut un des chefs de la confédération de Targowicz, qui s’opposa à l'établissement de la constitution du 3 mai 1791, et qui,

protégée par Catherine IT, impératrice de Russie, s’efforça de maintenir les priviléges de la noblesse. Quand Poniatowski se fut rattaché à cette confédération, et que toutes les décisions de la diète constitutionnelle eurent été annulées, X. Branicki se rendit à Pétersbourg, à la tête de la députation qui vint remercier l’impératrice d’avoir contribué au rétablissement des priviléges de la noblesse. Après le partage de la Pologne, devenu sujet russe, il passa le reste de ses jours dans sa terre de Bialocerkiew. 11 mourut e 1819. La trahison dont il s'était rendu coupable à l'égard deses concitoyens lui avait valu toutes sortes de faveurs en Russie.

BRANLE , sorte de danse, composée de plusieurs personnes qui sautent en rond, se tenant par la main et se donnant une agitation continuelle. Le bal chez nos pères s’ouvrait toujours par le branle simple, suivi du branle gai, qui consistait à tenir le pied en l'air; puis le bal se terminait par le branle de sortie. I\ en fut ainsi jusqu’au milieu du siècle dernier, où le menuet détrôna le branle. Peu de danses ont joui d'une vogue plus universelle, car on comptait des branles de Boulogne, du Barrois, de Bretagne, du Poitou, du Hainaut, d'Avignon, d'Écosse. On inventa aussi le branle des lavandières, où les danseurs frappaient dans leurs mains; celui des sabots, autrement dit des chevaux, où l’on battait du pied le parquet; le branle de la torche, parce que le danseur tenait à la main une torche ou un flambeau allumé. 11 y avait aussi des branles morgués et gesticulés , appelés aussi de La moutarde; mais enfin tous ces branles se fondirent dans le branle à mener, où chacun conduit la danse à son tour et se met ensuite à la queue; d’où il résulte que cette danse semble avoir une étroite parenté avec la boulangère et le carillon de Dunkerque, qui se partagent même aujourd’hui l'honneur de terminer plus d’une bal de noce.

BRANLE-BAS. C’est un mot terrible en temps de guerre à bord d’un navire que celui de branle-bas de combat !... Dès que du baut de la dunette, ou de son banc de quart, le cominandant a fait retentir ce signal sur le pont, que cent et cent échos l'ont répété dans les batteries, dans l’entrepont et jusqu’au fond de la cale, et que le tambour a fait un rappel particulier, comme le son du tocsin dans une ville populeuse, tous les matelots se précipitent pour se rendre à leur poste de combat ; les canons sont disposés à lancer la foudre ; autour de chaque pièce se rangent en file tous les servants ; les soutes à poudre sont ouvertes ; tous les hamacs, décrochés et montés sur le pont , sont placés de manière à offrir un nouvel obstacle aux boulets de l'ennemi ; les cloisons des chambres etdes batteries disparaissent, et le navire, naguère brillant des commodités du luxe, change tout à coup d’aspect, etse présente comme unesévère arène de combat; les chirurgiens déploient tous leurs instruments ; les lits et les tables qui doivent recevoir les blessés, les linges qui serviront à bander leurs plaies, funèbre appareil des suites du carnage , et qui fait sur l’Aâmeune impression plus profonde que le carnage même.

Au mouvement bruyant qui vient d’agiter le vaisseau succède tout à coup un silence de mort : chacun reste immobile à son poste; tous les yeux se tournent avec anxiété vers le chef, qui va donner le signal du combat : on échange quelques regards significatifs; c’est un adieu d'amis, c’est un soupir de tendresse, c’est une dermière pensée à sa patrie, à tout ce qu’on aime; on n’entend plus que le sillage du bàtiment ou le bruit de la mer qui se brise contre ses flancs; c’est comme le roulement du tonnerre qui prélude aux éclats d’un orage. Ceux qui sont placés de manière à distinguer les objets en dehors du navire, examment attentivement le vaisseau que l’on va combattre; ils cherchent à deviner le moment où les bouches noires des canons qui sont dirigés contre eux, vomiront le fer et la mort. Quelle poesie sombre et imposante pourrait représenter toutes les passions qui s’agitent en ce moment au fond des cœurs, alors qu'enfermés

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