‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 41 sur 527 · BERTHE · texte numérisé non relu

BERTHE

Après la mort de M. de Saint-Priest, l'Académie francaise appela M. Berrver à le remplacer dans son sein (1854), et il fut reçu le 22 février 1855. Mais il fut à celte occasion dispensé de faire au souverain la visite d'usage,

Aux élections générales de 1863 M. Berrver accepta le mandat de député dans une des circonscrintions des Ronchesdu-Rhône Plusieurs fois il prit la parole dans les débats du

: Corps législatif et traita avec une grande hauteur de vues

les questions financières, l'expédition du Mex'aue, la loi Ae la presse, etc. En 1868 un amendement qu'il présenta avant pour objet de rendre aux cours d'appel la distribution des annonces judiciaires, réunit en sa faveur 101 voix contre 125. Il est mort dans son domaine d’Augerville-la-Rivière (Loïret), le 29 novembre 1868. Ses funérailles eurent lieu dans ce villave avec une grande solennité.

BERSAGLIERI, corps de carabiniers italiens, créé en 1851 par le général de La Marmora sur le modèle de nos chascenrs à pied. Les deux premiers bataillons ficurèrent avec honneur au combat de la Tehernaïa (16 avril 1855). en Crimée; d'autres en plus grand nombre se distinguèrent dans les guerres de 1859 et de 1866. [armée d'Italie comptait, en 1870, 40 bataillons de bersaglicri comprenant 16,165 hommes sur le pied de paix.

BERSOT (Prerre-Enxrsr), liltératenr, né le 22 août 1816. à Surgères (Charente-Inférieure). est le fils d’un Suisse qui fut naturalisé en 1848 Après avoir été maître d’éfndes au lycée de Bordeaux où il avait fait ses classes, il entra à l'École normale et se 'destina à l’enseignement de la philosophie. Pendant l’année 1840 il fut un des secrétaires partieuliers de M. Cousin, alors ministre. Chargé en 1841 de la chaire de philosophie à Bordeaux, il euf, au sujet des sermons du P. Lacordaire, une vive querelle avec le clergé de la ville, passa en 1843 comme suppléant à la faculté de Dijon, et fut attaché en 1845 au lycée de Versailles. A la suite du coup d’État de 1851, M. Bersot, ayant refusé de prêter serment au nouveau pouvoir, donna des lecons particulières et traita dans La Liberté de penser et le Journal des Débats les questions d'enseignement et de littérature sénérale. En 1866 il fut admis dans l’Académie des sciences morales et politiques. Ses principaux écrits sont : Æssai sur la Providence (1853, in-18); Mesmer el le mnonélisme animal (3° édit. angmentée, 1864); Études sur le dix-huitième siècle (1855, 2 vol. in-18) ; Lif/érature et morale (1861, in-18); Essais de philosophie et de morale (1864, 2 vol. in-8); Morale et polilique (1868, in-8).

En octobre 1871. M. Bersot a été nommé direcieur de l'École normale supérieure.

BERTIIE, fille de Burkbard, duc des Alemans et épouse de Rodolphe IT, roi de la Bourgogne Transiurane, prit, à la mort de ce prince, en 937, la régence au nom de son fils Conrad, encore mineur, se remaria plus tard à Hugues, roi d'Italie, et mourut vers la fin du dixièmesiècle Cettereine avait la réputation d’être une e\cellente ménagère; et les monuments de l’époque la représentent toujours filanf as sise sur son trône. Aussi est ce à elle qu’on fait remonter l'origine de ce proverhe : « Dans le bon vieux temps, lorsque la reine Berthe filait, »

BERTBHE, reine des Français, épouse de Pépin le Bref et mère de Charlema gne. Elle mournt le 12 juillet 783, et fut inhumée à Saint-Denis : son tombeau, re-tauré par les soins de saint Louis, portait cette unique inscription : Berta, mater Caroli magni. Les historiens disent que le grand empereur avait pour sa mère une tendresse reg pectueuse, et qu’il écoutait ses avis avec une certaine : 6férence. D'ailleurs, on ne sait pas exactement à quelie nation, à quelle famille elle appartenait. |

Il conv'ent de rappeler ici rapidement ce que nos vieux trouvères ont raconté de la mère de Charlemagne. Elle était fille de Flore, roi de Hongrie, et de Blanchefleur, Pépin le Bref fit demander sa main; le mariage fut résolu, et la

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princesse parlit pour la France dans la compagnie de deux femmes : Margiste, et sa fille Aliste, qu'elle avait affranchies. L'extrème ressemblance des traits de celle-ci avec ceux de Berthe donna à la vieille Margiste la pensée de tromper Pépin, et de substituer dans sa couche Aliste à sa noble mattresse, Pour arriver à ses fins, elle représente à Berthe que le roi de France est une espèce de monstre, et qu'il met en danger la vie des objets de ses premiers embrassements, En conséquence elle propose à la princesse de changer de nom pour quelques jours avec Aliste, qui, une fois le danger passé, s'empressera de reprendre sa véritable place. Berthe accepte la tromperie : la serve est conduite, au lieu de la reine, dans la couche royale. Le lendemain, des traîtres, rassemblés par Margiste, s'emparent de la vraie Berthe, et la conduisent dans la forêt du Mans pour lui trancher la tête, Heureusement, un d’entre eux, nommé Morant, écoutant la voix de ses remords, obtint de ses complices qu'ils laisseraient fuir la princesse. Berthe, après de longues angoisses, vint frapy er à la porte d'un garde-chasse, nommé Simon, Ce brave homme reçut la princesse avec bonté, la confia aux soins de sa femme et de sa fille, et la retint à titre de chambrière. Elle demeura chez lui plusieurs années ; el cependant Aliste donnail au roi deux enfants et se faisait haïr de toute la nation par son avarice, son insolence et sa méchanceté.

La pieuse résignation de Berthe n’aurait jamais mis le roi sur les traces de la vérité, si la reine de Hongrie, désireuse de fevoir sa fille, n'avait pas fait un voyage en France. Grande terreur alors dans l’âme de la serve : on peut abuser un mari, il est moins aisé de tromper une mère. Elle entre dans Paris ; le roi vient à sa rencontre. Pour la reine, on lui dit qu’elle est malade, qu’elle ne peut supporter l’éclat du jour. « Je veux pourtant la voir, » s’écrie la mère. Elle entre dans son appartement; la fausse malade prononce quelques mots d’impatience et de dépit. « Qu'’ai-je entendu ? » s’écrie Blanchefleur, « ma chère Berthe peutelle ainsi me recevoir ! Non, ce n’est pas ma fille. » En disant ces mots, elle tire violemment la couverture et regarde les pieds d’Aliste, Le roi accourt ; Aliste est contrainte de tout avouer, et bientôt la méchante mère subit le supplice que méritait son odieuse trahison, On épargna la fille en faveur des deux enfants qu’elle avait eus du roi, et l’on sut par Morant comment la véritable Berthe avait été abandonnée. Mais comment la retrouver ? Longtemps toutes les recherches furent inutiles. Un jour Pépin, emporté par l'ardeur de la chasse, s’élait égaré dans la forêt du Mans, il aperçut au pied d’une croix, une jeune femme dont la beauté le frappa tellement qu’il s’'approcha d'elle et voulut lui faire violence. Berthe implora sa pitié; mais ses larmes et ses prières n'auraient servi de rien, si pour sauver son honneur elle n’avait pris le parti de déclarer ce qu’elle avait caché jusque là, même à Simon le voyer, Ainsi fut-elle reconnue de Pépin et revint-elle à la cour en triomphe,

L'histoire fabuleuse de Berthe aux Grands Pieds se trouve d’abord dans un manuscrit du douzième siècle conservé aujourd’hui dans la Bibliothèque nationale. La tradition, apparemment plus ancienne, fut recueillie comme parfaitement véridique par un trouvère du siècle suivant, nommé Adenès ; il en a fait le sujet d’une chanson de geste fort touchante, publiée en 1836. Paulin Paris, de l’Institut.

BERTHELOT (Pierre-EUGÈNE-MARCELLN), chimiste, né le 25 octobre 1827, à Paris, fit ses études au lycée Henri IV etobtint en 1846 le prix d'honneur de philosophie au grand concours. Il se livra ensuite à l'étude des sciences, et fut reçu docteur en celte faculté avec une thèse sur les Combinaisons de la glycérine avec les acides (1854). Après avoir été attaché comme préparateur au Collége de France, il enseigna la chimie organique à l’école de Pharmacie (1859) et depuis 1864 au Collége de France, L'année précédente il avait été élu membre de l'Académie de méde-

cine. Outre différents mémoires insérés dans les recueils scientifiques, on à de M. Berthelot un ouvrage intitulé Chimie organique fondée sur la synthèse (1860, 2 vol. gr. in-8°), dans lequel il a résumé ses travaux relatifs à la

reproduction, par voiesynthétique, d’un certain nombre d’es-

pèces chimiques existantes dans les corps vivants, et un Traité élémentaire de Chimie organique (1872, in 18).

BERTHEZENE (Pierre , baron), lieutenant générat, naquit à Vandargues (Hérault), le 24 mars 1775. Aux premiers jours de la Révolution , il s’enrôla comme volontaire dans le 5€ bataillon de l'Hérault, qui allait défendre le territoire national, menacé par les Espagnols. Au bout d’un an il était déjà sous-lieutenant , quand son corps passa à la division Garnier, de l’armée d'Italie, Nommé capitaine sur le champ de bataille de Saint-Julien, le 5 messidor an vu, il devint chef de bataillon au 72° de ligne, à la suite de combats sur le Mincio. Compris en 1804 dans la grande promotion de la Légion d'Honneur, au camp de Boulogne, il entra comme major au 65° de ligne , et obtint trois ans plus tard le grade de colonel du 10° d'infanterie légère. L'empereur après la bataille d’Heilsberg le fit officier de la Légion d’Honneur et le créa baron de l’empire, avec une dotation en Westphale. A peine remis des graves blessures qu’il avait reçues à Eckmühl, puis à Wagram, il prit, en qualité d’adjudant général, le commandement des grenadiers de la garde impériale qui devaient faire la campagne de Russie, et rendit à l’armée les plus utiles services par sa bonne contenance devant l’ennemi, tant à la Bérézina qu'à Lutzen et à Bautzen. Nommé général de division le 4 août 1813, il fut forcé de capituler à Dresde par le manque de vivres et de munitions; mais les coalisés, violant lâchement la capitulation, envoyèrent tous les Français prisonniers en Hongrie. ®

En 1814, le général Berthezène, rentré en France, fut mis en disponibilité. Cependant le maréchal Soult l’appela au comité de la guerre, et Louis XVIII le décora quelque temps après de la croix de Saint-Louis. Mais après le débarquement de Napoléon, ayant continué ses services et vaillamment combattu les alliés à Fleurus, à Wavres, à Bierges, à Namur et sous les murs de Paris , il fut obligé, au retour des Bourbons, de chercher un refuge en Belgique. Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, qui l’aimait et l’appréciait beaucoup, le fit rentrer en grâce. Il remplit successivement les fonctions de membre du comité consultatif d'infanterie et d’inspecteur général. Lors de l'expédition d'Alger en 1830, on jugea convenable qu'un lieutenant général bien vu des anciens fût adjoint au commandant en chef, M. de Bourmont. Le général Berthezène fut choisi à ce titre. Sa division aborda la première le sol africain. Ce fut par la vigueur qu'il inspira à nos jeunes soldats, lors du débarquement , que les batteries algériennes de Sidi-Ferruch furent enlevées si rapidement. On se rappelle encore l’enthousiasme que produisit en France son premier bulletin de victoire, Sa division concourut aussi très-activement à la bataille de Staouéli, qui ouvrit à l’armée française les portes d'Alger. Sa belle conduite au feu décida M. de Bourmont à demander pour lui la pairie, faveur sollicitée de nouveau à son intention par le général Clauzel, mais qui ne lui fut accordée que deux ans plus tard, Revenu en France grand-officier de la Légion d'Honneur , il dut au mois de février 1831 remplacer le général Clauzel dans son commandement de: l'Algérie.

Dans l'incertitude où l’on était alors du maintien de la paix en Europe, on avait prescrit la rentrée en France d’une partie des troupes de l’armée expédilionnaire. Elle était réduite , à cette époque, à un effectif de 9,300 hommes, et c'est avec de si faibles moyens que le général Berthezène allait être obligé de faire face aux nombreuses exigences de la conquête, Ce fut pendant son gouvernement que les bafaillons de zouaves furent organisés. Lors de la malheureusa

BERTHEZENE expédition de Médéah, ce furent ces mêmes enfants de Paris qui, sous les ordres du chef de bataillon, depuis général Duvivier, protégèrent la retraite de Parmée en formant spontanément l’arrière- garde qui la sauva d’un affreux désastre. Cette expédition de Médéah n'aurait pu être différée sans donner de nous la plus mauvaise opinion aux Arabes ; elle fut résolue au commencement de juin , et cette opération dificile, au lieu de calmer l’effervescence de l'ennemi, ne fit qu'irriter son audace et accroître sa laine. Soulevées par les intrigues de Sidi-Saïd et de Bou-Mezrag, encouragées par l’affaiblissement subit des forces de l’occupation, les tribus de la plaine se révoltèrent, et vinrent nous attaquer au gué de l’Arrach et à la Ferme-Modèle, sous les ordres de Ben-Aissa et de Ben-Zamoun , les deux principaux chefs des tribus de l'Est. Quelques heures suffirent pour battre et disperser ces hordes indisciplinées , dont les plus fougueux agitateurs, dans leur dépit de cet échec, envoyèrent des vêtements de femme à Ben-Zamoun, le premier de tous qui lâächa pied devant nos troupes.

Dès son début à Alger, le général Berthezène avait imposé à l'administration de rigoureuses habitudes d'économie ; il cherchait à rétablir un peu d'ordre dans les finances, notablement compromises par les gaspillages qu'avait trop tolérés son prédécesseur ; non-seulement il restreignit les dépenses au strict nécessaire, mais, pour les diminuer encore, il alla jusqu’à donner, à l’occasion de l'investiture de lPagha des Arabes, un magnifique yatagan, garni en or, qui lui appartenait. 6,000 francs lui étaient accordés par mois sur les fonds secrets ; pendant les onze mois de son commandement, il ne dépensa sur le total de ces sommes, montant à 66,000 francs, que 11,000 francs, dont 2,000 seulement pour les frais d'espionnage. Le surplus fut employé à des secours et à des indemnités. Cette probité excessive souleva de toutes parts d’interminables criailleries; on l’accusa de petitesse, de lésinerie, d’avarice; on regretta les prodigalités du général Clauzel. Le ministre, d'autant plus satisfait de ce désintéressement qu’on ne l'y avait guère habitué, ne put s'empêcher d’en exprimer sa satisfaction au général Berthezène. Au nombre des actes administratifs qui lui font le plus d'honneur, il ne faut pas oublier la séparation du domaine militaire d'avec le domaine civil, principe dont l'expérience démontre chaque jour l'opportunite; la construction des casernes de Mustapha-Pacha, au delà du faubourg de Bab-Azoun, d’un abattoir hors de la ville, et la réparation du port d'Alger.

Le duc de Rovigo, nommé gouverneur général de nos possessions en Afrique, le remplaça en décembre 1831. Depuis, il ne fut plus employé; mais il suivait assez assidûment les séances de la Chambre des Pairs. Malade depuis quelque temps, il revit son pays natal, et se retira dans sa terre de Vandargues, où il mourut le 9 octobre 1848. Il a saissé des Souvenirs, que son fils a publiés en 1855.

BERTHIER (ALExANDRE ), prince ne WAGRAM , l’un des généraux le plus utilement employés par l’empereur, naquit à Versailles, le 10 novembre 1753. 11 acquit en quelques années les connaissances nécessaires à un officier d'état-major, sous son père, ingénieur géographe de beaucoup de mérite, l’un des premiers auteurs de la magnifique collection de cartes militaires du Dépôt de la guerre, et ne quitta ses leçons que peur entrer au service. Son dessin était facile et plein de netteté; Louis XVI, qui suivait avec plaisir les progrès de la géographie, qui aimait meme à dessiner et à écrire des cartes, appela ce jeune homme à la composition d’une carle des chasses qui s’exécutait dans son cabinet, et dont il était lui-même occupé. Berthier passa du cabinet topographique du roi au service actif dans le régiment des dragons de Lorraine, dont le prince de Lambesc était colonel. C’est cet officier général lui-même qui demanda le jeune Berthier. Le régiment qu’il commandait était alors regardé comme la première école de cava-

— BERTHIER 83 lerie de l'Europe. Berthier y apprit à manier les armes et les chevaux : il s’y fil même remarquer par sa dextérité et par le calme de son esprit, que la violence des exercices n'altérait pas.

Lors de la guerre d'Amérique, Berthier fut appelé à l'étatmajor du comte de Rochambeau, et s’embarqua avec l'armée, 11 se distingua au combat naval de la Chesapeak, et à la reconnaissance de New-York. Là il escortait avec quelques officiers le général en chef sous le feu des batteries anglaises, quand des soldats ennemis vinrent les assaillir, L’escorte tira aussitôt l'épée; Berthier tua de sa propre main un dragon qui se jetait sur les généraux Rochambeau et de Damas, et fit plusieurs prisonniers. II se distingua dans les affaires suivantes par une impassible énergie, Son activité était inépuisable dans le travail du cabinet, où il déployait sous les yeux de ses chefs des connaissances géographiques et ruilitaires fort étendues. Berthier passa ensuite à l'état-major du général Viomesnil : c'était au commencement de l'expédition contre la Jamaïque. Cette opération fut suspendue par la paix de 1783.

La guerre d'Amérique précisa et rendit tout à fait pratiques les connaissances de Berthier ; il avait pu les éprouver sur le terrain. A son retour en France, il se mit à suivre le cours des meilleures écoles militaires, et rechercha dans les ouvrages classiques du temps toutes les connaissances immédiatement applicables à la guerre. 11 alla même examiner dans les camps prussiens des théories vantées dans toute l’Europe. Le mouvement interne et puissant qui ébranlait déjà le vieux monde avertissait ce clairvoyant officier que les armes seraient la grande carrière de son temps, que là seulement s’élèveraient des existences prédominantes durables. 11 travailla en conséquence à se rendre propre au commandement secondaire du premier ordre, à diriger l’inexpérience enthousiaste des bataillons quand une guerre éclaterail. C’est dans ces moments-là surtout que des officiers décidés et riches de connaissances sont précieux.

Berthier se tint prêt pour ce rôle. La révolution le trouva colonel, chef d'état-major, sous Bézenval. Il fut nommé ensuite commandant de la garde nationale de Versailles, et favorisa en cette qualité la fuite des tantes de Louis XVI. La crainte et la fureur révolutionnaire l’attaquèrent dans ce poste, mais il sut s’y maintenir assez longtemps. Au commencement de la Terreur, Berthier fut appelé aux armées, comme chef d'état-major d’abord de Lafayette, puis de Luckner. Il y passa les cinq années les plus orageuses de la révolution, et s’y battit bien. Patriote alors et officier habile, il y rendit d’éclatants services, mais en faisant pour s’effacer les mêmes efforts que d’autres faisaient pour paraître. 11 ne se sentait pas l’ardente ambition du premier rang, et ne se l’est jamais sentie.

Le général Bonaparte trouva Berthier à l’armée d'Italie, en 1796. Il le prit pour son chef d'état-major, et depuis il ne l’a pas quitté, A ce moment, la vie de Berthier se confond avec celle de Napoléon; tous ses services s’y raftachent. Berthier n’a exécuté supérieurement que les détails des cam pagnes ; il a su constamment les épargner au travail de l'em pereur, qui, grâce à de pareils lieutenants, pouvait s'attacher quelquefois, dans ses grandes opérations, à ses seules vues générales. II en résultait une précision d'exécution admirable. Bonaparte trouva en Berthier l’homme capable de saisir dans quelques mots, dans quelques traits, son impatiente pensée. Berthier agrandit, durant dix-neuf années de guerres consécutives, à campagne double pour le grand nombre, sa réputation d’officier d'exécution. Cetteexécution développée d'ordres généraux communiqués seulement avec les renseignements essentiels, lui devint familière. Il refit la guerre avec cette précision mathématique qu’on avait remarquée dans les officiers de Turenne, et se donna ce génie expérimenté et patient qui garantirait presque l'exécution des idées générales par celle des détails; ses études spéciales

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