‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 42 sur 527 · BERTHIER — BERTHIER DE SAUVIGNY · texte numérisé non relu

BERTHIER — BERTHIER DE SAUVIGNY

s’affermirent de plus en plus. Personne n’eût mis dans les fonctions de major général la même assiduité, n’eût eu sa facilité et sa rapidité de travail, son ordre lumineux. Berthier fit seize campagnes, cependant il ne commanda en chef qu’un corps d'armée : c’est dans les quelques semaines qui précédèrent le second passage des Alpes. Alors il organisa à Dijon, puis réunit à Genève, et commanda un moment l’armée dite de réserve, mais sous la direction du premier consul, resté à Paris jusqu’au dernier moment. Berthier se trouva à Marengo dans son emploi ordinaire, et y dirigea tous les détails de la bataille avec fermeté, avec sagesse, avec une activité unique. Il a raconté depuis celte campagne merveilleuse, achevée en quelques jours, dans un ouvrage remarquable par la belle simplicité du récit et par la lumière historique qui en jaillit, et il a appuyé de cartes excellentes. Il a fait le même travail sur l'expédition d'Égypte.

Son activité dans la distribution des ordres, au feu son insouciance du danger, la force nerveuse et exercée de son corps , égale à toutes ces faligues, le rendaient bien précieux à l'empereur. Il saisissait assez vite sa conception pour se faire aider avec habileté, et répondait ainsi au plus vaste travail. 11 était toujours prêt à le reprendre au milieu des nuits, des marches, des mouvements de bataille. Toute sa présence d'esprit lui était rendue en un instant. Il suffisait à l’empereur de lui donner sa pensée dans quelques traits pour qu’il la traduisit aussitôt en ordres précis. C'était le même homme, doué de cet intrépide sang-froid, sur le terrain. L'ordre et la promptitude de son travail étaient vraiment admirables : c’est là qu’éclatait ce haut talent spécial que la nature lui avait donné, que Napoléon a loué vivement à Sainte-Hélène; et puis sa prudence était sans cesse éveillée. Bien qu’il eût de la douceur dans le caractère et füt dépourvu de ces traits énergiques qui imposent aux hommes , il savait obtenir le respect de tout ce qui lui était subordonné. Berthier, qui ne gagna pas de bataille, servit utilement et même avec gloire dans toutes celles du Consulat et de l’Empire. En 1796, au pont de Lodi, il déploya sous les yeux de l’armée la plus rare intrépidité : pour tout dire en peu de mots, il se signala depuis Montenotte jusqu’à la marche sur Saint-Dizier, en mars 1814. Sa carrière militaire a donc été remplie et belle. Il occupera une place distinguée dans l'histoire contemporaine, celui qui remplaça un moment Bonaparte au commandement de l’armée d'Italie, acheva la conquête de Rome, organisa la république de Milan, attacha son nom à la capitulation d’'Ulm, au traité de Munich, à la convention de Kænigsberg, etc. Successivement ministre de la guerre après le 18 brumaire, maréchal delEmpire, grand veneur, vice-connétable, chef dela première cohorte de la Légion d'Honneur, prince de Wagram, de Neuchâtel, de Valençay, il reçut pour épouse des mains de Napoléon la princesse Élisabeth-Marie, nièce du roi de Bavière.

L'histoire, après avoir fait cette belle part à lt mémoire d’Alexandre Berthier, lui reprochera l’abaissement de son caractère lors de la première Restauration. Du dernier champ de bataille de 1814 il courut lui offrir des serments qu’elle n’attendait pas d’un homme couvert des plus belles dignités de l'Empire. Berthier descendit jusque là pour être nommé lun des capitaines des gardes de Louis XVIII ! N'eût-il pas dû préférer à cette place, assez modeste pour lui, des loisirs mérités après cinquante batailles et trente années de marches dans trois parties du monde? Des fautes comme celle-ci sont tristes à noter ; elles nous prouvent que, malgré des lumières élevées, le prince de Wagram n’ent pas le sentiment de tout ce qu’il était. Nous nous sentons profondément humilié d’avoir à lesuivre du camp de Fontainebleau dans les salons de la Restauration et des souverains étrangers. Après avoir vu renverser définitivement dans les batailles l'antique monarchie, dont nos sentiments et nos idées étaient en 1814 si éloignés, il n’eût pas dû croire qu'une

calamité nationale pût la ressusciter, C'était montrer qu’il ne: connaissait pas son temps et n'avait pas aimé sa cause. Berthier crut-il que sa fortune et son rang fussent simplement la rémunération de ses nombreux services? On ne saurait le supposer, car il avait l’esprit juste, et il eût alors compté à un prix trop élevé ce qu’il avait fait.

En 1815, lorsque Napoléon s’élança héroïquement du golfe Jouan sur Paris, Berthier, redoutant la colère du maitre, se retira à Bamberg, au château du prince de Bavière, son beau-père, avec son épouse et ses trois enfants. C’est là qu’il termina quelques semaines après et bien tristement sa vie (le 1°’ juin 1815). De son palais, entendant battre les tambours de quelques régiments, il courut à une: fenêtre pour les voir passer. Ces troupes étaient dirigées sur la France ; leur vue l’émut si extraordinairement, qu’une attaque d’apoplexie le frappa à l'instant même, et le coup le précipita du balcon dans la rue, où il expira aussitôt. Tel est le récit plus ou moins véridique de l'Observateur autrichien. D’autres relations parlent de suicide; d’autres, d’aliénation mentale; quelques-unes y nouent même une lugubre tragédie, et le font assassiner à sa fenêtre par six hommes masqués qui le jettent dans la rue. D’après cette version absurde, c’étaient les représentants des sociétés secrètes qu’il avait persécutées dans sa petite principauté de Neuchâtel.

Berthier avait la figure fine et douce, maïs peu remarquable; elle contrastait avec les belles et mâles figures des généraux dont il rédigeait les opérations. Il était sans illusion dans la vie; son but ne fut grand à aucune époque. Son éducation avait été très-soignée, comme nous l'avons dit, et il y avait réuni avec les années des connaissances solides; son esprit retraçait très-bien les faits, mais il les retraçait sans mouvement et sans coloris. C’est ce que prouvent tous ses rapports et quelques ouvrages remarquables qu’il a publiés. Tout y est raconté avec un soin fidèle, mais c'est tout.

Trois frères du prince de Wagram, Vic{or-Léopold, mort en 1808; César, mort en 1819, etfAlexandre,morten 1849, servirent aussi avec distinction, et parvinrent l’un et l’autre au grade de général de division. Fréd. FAyoT.

Le fils unique du maréchal, Napoléon-Louis-Joseph- Alexandre-Charles, né à Paris le 11 septembre 1810, siégea à titre héréditaire dans la Chambre des pairs de 1836 à 1848. Son nom encore plus que son caractère politique le fit comprendre en 1852 dans la formation du nouveau Sénat. Il s'occupe surtout d'agriculture dans son magnifique domaine de Grosbois. Il a épousé en 1832 une fille du comte Clary.

BERTHIER DE SAUVIGNY (Louis-BÉNIGNE- François), conseiller d'État et intendant de Paris à l’époque où éclata notre première révolution, était le gendre de Foulon. Appelé par Louis XVI à faire partie du ministère par lequel ce prince faible et mal conseillé se décida à remplacer le cabinet dont Necker était le chef, Berthier de Sauvigny, par ses manières dures et hautaines, par son caractère odieusement inhumain, ne tarda pas à partager la haine que le peuple avait vouée à son beau-père. A la suite de la journée du 14 juillet 1789, qui vit les murs de la Bastille s’écrouler sous le canon de l'insurrection , Berthier de Sauvigny prit la fuite; mais, arrêté à Compiègne par des gardes nationaux et ramené à Paris, il y périt égorgé par les mêmes hommes qui venaient de pendre son beau-père ; car il avait été, comme lui, désigné aux vengeances de la foule par les meneurs du Palais-Royal.

11 laissait un fils, M. Ferdinand BerTuiEnr , que la Resfauration appela aux affaires, et qui fut successivement préfet du Calvados (1815), puis de l'Isère, et conseiller d'État (1821). Élu la même année membre de la Chambre des Députés, il siegea à l'extrême droite jusqu’en 1830, ct s'est signaté dans tout le cours de sa carrière législative par l'exaltation

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