BRANTOME — BRAS
à Malte pour le siége, à la goulette d'Afrique, en Grèce, et autres lieux estrangers, que j’ay cent fois mieux aimés pour séjour que celuy de ma patrie, ete. » De Thou nomme Brantôme parmi les gentils-hommes français qui passèrent à Malle en 1565. Brantôme avait pris la résolution de s’y faire recevoir chevalier. Strozzi, son ami, l'en empêcha. « Je m'y laissai aller ainsi, ajoute-t-il, aux persuasions de mon ami, et n’en retournay en France, où, pipé d'espérance, je n’ay reçu d’autre fortune, sinon que je suis esté, Dieu merci, assez toujours aimé, connu et bien venu des rois mes maistres, des grands seigneurs et princes, de mes reines, de mes princesses, bref, d’un chaseun et chascune, qui m'ont en telle estime, que, sans me vanter, le nom de Brantosme y a esté très-bien en grande renommée; mais toutes telles faveurs, telles grandeurs, telles vanités et telles vanteries, telles gentillesses, tel bon temps, s’en sont allés dans le vent, et ne m'est rien resté que d’avoir esté tout cela, et un soubvenir encore qui quelquefois me plaist, quelquefois me déplaist, m’advançant sur la maudite chenue vieillesse, le pire de tous les maux du monde, en sus la pauvreté, qui ne se peult réparer comme dans un bel âge florissant, à quirien n'est impossible, me repentant cent mille fois des braves extraordinaires dépenses que j’ay faites autrefois, » L'abbé de Brantôme, comme tous les vieux pécheurs, ne se repentail pas mille fois de la joyeuse vie qu’il avait menée dans sa florissante jeunesse, mais il regrettait les folles dépenses qu'il avait faites, et ne voyait que sa pauvreté aetuelle et l'impuissance de se livrer encore aux folies du jeune âge. Marguerite de Valois lui adressa ses œuvres. Il eut aussi, sans doute, part aux libéralités que cette princesse prodiguait aux gens de lettres, qui la payaient en éloges et en encens, et par les beaux noms de déesse et de Vénus-Uranie. Dans la position élevée où il se trouvait placé à la cour, Brantôme ne pouvait rester neutre, et il s'était prononcé en faveur des Guises; il dissimulait avec plus d'adresse que de succès son antipathie pour la maison de Bourbon ; il ne voyait rien au-dessus de la cour des Valois, et les Guise seuls lui paraissaient capables d’en continuer l'éclat et la magnificence : c’était l’opinion detous les courtisans, dont il partageait les plaisirs et les vices, et dont il a tracé les portraits avec une naïve et cynique fidélité. Initié à toutes les intrigues galantes et politiques de cette cour si dévote et si corrompue, il se fit le peintre et l’historien de toutes les individualités contemporaines célèbres ou fameuses : éoutes posèrent devant lui; ses nombreux portraits sont frappants de ressemblance; sa manière n’est qu'à lui. 11 n’eut point de modèle, et n’a point de rivaux : il peint d’après nature. Le lecteur avide d'émotions vives et variées le suit dans les camps, à la cour, dans les cabinets des ministres , sous la tente des généraux , dans les solennités publiques, et dans les orgies des petits appartements. Des guerriers habiles et valeureux, des hommes d'État distingués, de grands magistrats, des hommes de cour et de plaisir, des reines, des princesses, de grandes dames, partageaient alors leur temps entre les pratiques de la dévotion la plus minutieuse et celles de la plus stupide superstition. Les Mémoires des illustres capitaines français et étrangers ont presque toujours la gravité et l'intérêt de l’histoire; mais ceux des Dames galantes appartiennent qu’au tableau des mœurs privées, et sont, sous ce rapport, trèsintéressants , quoique trop souvent hideux de scandale et de vérité. Dans ce vaste panorama, si animé, si brillant, l’auteur nous montre à nu les faits et les personnages les plus influents de cette époque si féconde en événements extraordinaires. Si pour quelques-uns de ces personnages c’est un monument de gloire, le plus grand nombre n’en retire que le stigmate indélébile de l’infamie. Mais à ces derniers l’auteur courtisan réserve une Jiche de consolation : le dernier trait n’est qu’un compliment ; l'éloge fait passer lépigramme, mais sans en émousser la pointe,
Brantôme mourut dans un âge tres-avancé, le 5 juillet 1614. Il avait assisté aux grands et déplorables événements des règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV, et avait vu commencer celui de Louis XHII. Ses mémoires, publiés en 1616 à Leyde, en 12 petits volumes, obtinrent un succès prodigieux ; ils ont eu de nombreuses éditions en France et à l'étranger.
On doit considérer comme une suite nécessaire des Mémoires de Brantôme ceux de Bordeille de Montrésor, son petit-neveu, publiés aussi à Leyde, et dans le même format, en 1665, 2 vol. in-18. Les œuvres de Brantôme comprennent : 1° Vies des hommes illustres et grands capitaines français; 2° la Vie des grands capitaines étrangers; 3° La Vie des dames galantes ; 4° les Rodomontades et jurements des Espagnols. On a donné à Brantôme le nom de valet de chambre de l’histoire, à cause des détails minutieux et intimes qu'il prodigue dans ses confidences. On l’a appelé aussi le Plutarque français. Cette qualification est moins juste : il y a entre l'historien philosophe grec et le biographe courtisan français du seizième siècle toute la distance des héros de Salamine et des Thermopyles aux dames de La petite bande de Catherine de Médicis et aux mignons de Henri HI. Durey (de l'Yonne).
BRAQUE ( de Bpoxôs, bref, court). Les anciens, en général bons observateurs, avaient fait la remarque que les individus courts de taille agissent d'ordinaire par mouvements brusques, précipités, et sont cassants dans leurs actes ou leurs décisions. Tels sont la plupart des petits hommes, si prompts, si volontaires : tel on nous dépeint, dans l’histoire de France, Pépin le Bref. Ils ont, dit-on, la têle près du bonnet, et prennent des déterminations trop rapides pour être toujours prudentes. C’est qu’en eux la circulation est vive; elle accomplit son cycle en bien moins de temps que chez les géants, longs corps flasques et indolents pour la plupart. Rarement on rencontre des braques parmi ceux: ci, tant s’accordent le physique et le moral! Aussi une souris est bien plus mobile qu’un éléphant.
Le tempérament bilieux et le sanguin sont plus souvent braques, dans la jeunesse principalement, que le mor lymphatique ou le méticuleux mélancolique, ceux-ci dans leur vieillesse surtout. Les individus à complexion sensible, à fibres grèles, sont exposés à des impressions rapides, pouvant les rendre violents, sans leur donner le temps de réfléchir. Aussi se repentent-ils d’avoir fait ou ordonné des actes très-dangereux ou répréhensibles, comme il arrive à des princes absolus, dans des moments d'ivresse, par exemple.
L'homme distrait est souvent braque. C’est un vice organique qu’on peut corriger, avec beaucoup d'attention, à la longue. Ce défaut empêche de bien comprendre et de bien agir. J.-J. ViREY.
BRAQUE, espèce de chien qui diffère du chien courant par un museau moins long et moins large, par des oreilles plus courtes, à demi pendantes, des jambes plus longues, le corps plus épais, la queue plus charnue et plus courte. Il est blanc ou tacheté de noir et de fauve. On l’emploie principalement comme chien d’arrêt dans la chasse aux lièvres, aux faisans , etc. Il est admirable pour découvrir à l’odorat la trace des caïlles et des perdrix.
Le braque du Bengale &t moucheté : cette race a moins de nez que la précédente, maïs elle chasse bien aussi.
BRAQUEMAR ou BRAQUEMART (de Bpoayeta, courte, el payatpa, épee), épée courte et large, qu’on portait le long de la cuisse , à l’époque des preinières croisades, Elle reparut momentanément en France, sous Henri IV: sans que l'espadon cexsät pour cela d’être en usage.
BRAS. Ce mot, qui désigne dans le langage vulgaire la totalité de chacun des membres supérieurs où thoraciques de l’homme, a un sens plus restreint pour lPanatonuste : le bras pour lui est la partie comprise entre l'épaule et le coude,
où commence l'avant-bras, qui se termine à la main. Ainsi envisagé, le bras est à peu près cylindrique; sa longueur, qui chez le fœtus est moindre que celle de l’avant-bras , dépasse plus tard celle-ci d’un cinquième environ. Un seul os en constitue la partie centrale : c'est laumérus, dont l'extrémité supérieure s'articule avec l'omoplate et contribue à former l'épaule , tandis que l'extrémité inférieure forme le coude en s’articulant avec le radius et le cubitus, qui sont les deux os de l’avant-bras.
Divers muscles entourent l’humérus et s’insèrent sur lui, maïs quatre seulement appartiennent en propre au bras : ce sont les muscles ériceps brachial en arrière, caraco-brachial en dedans , brachial antérieur et biceps en avant. Parmi les autres muscles qui appartiennent à l'épaule et qui recouvrent la partie supérieure de l’humérus, le plus important est le deltoide.
Les muscles de l’avant-bras sont beaucoup plus nombreux. Les uns ( muscles rond pronateur, carré pronateur, grand et petit supinateur ) servent aux mouvements depronation etde supination. Les autres (le grand palmaire, le petit palmaire, le cubital antérieur, le fléchisseur superficiel et le fléchisseur profond des doigts, le grand Jfléchisseur du pouce, l'extenseur commun des doigts, Pextenseur du petit doigt, le cubital postérieur, le grand adducteur du pouce, le petit extenseur du pouce, le grand extlenseur du pouce, l’'extenseur propre de l'index, le premier et le second radial ) sont destinés à la flexion et à l'extension de la main et des doigts. Enfin un seul muscle, Panconé , sert à l'extension de l’avant-bras sur le bras.
L’artère principale du bras fait suite à l'artère axillaire (voyez ArrÈères ), et porte le nom d’artère humérale ou brachiale. Située d’abord tout à fait en dedans du bras, audessous du creux de l’aisselle, elle descend vers l’avant-bras, en se dirigeant un peu en avant et en suivant le trajet dune ligne qui s’étendrait obliquement du milieu du creux de l’aisselle à la partie moyenne du pli du coude; elle est ainsi appliquée le long du bord interne du biceps. Après avoir donné naissance aux artères collatérales , et à peu près au niveau du pli du coude, elle se divise en deux branches situées à la partig antérieure de l’avant-bras, et descendant jusqu’à la main, entre les couches formées par les muscles nommés plus haut. La branche interne qui suit assez exactement la direction du cubitus, porte le nom d’artère cubitale. L'autre branche, nommée artère radiale, côtoie le côté interne de l’avant-bras; en bas, elle n’est recouverte que par la peau , et c’est sur elle que les médecins tâtent le pouls.
Parmi les veines du bras, on en voit deux qui accompagnent l'artère brachiale et sont placées au-devant d’elle ; les autres (la basilique et la céphalique), sont isolées, et se continuent dans l’avant-bras, où on trouve aussi deux veines radiales et deux veines cubilales, qui suivent exactement le trajet des artères de même nom. A l’avantbras appartient encore la médiane, qui se divise à trois centimètres environ au-dessous du pli du bras en deux rameaux, qui vont joindre en remontant, l’un sous le nom de médiane basilique, la veine basilique, l’autre sous le nom de médiane céphalique, la veine céphalique. Il est utile de connaître ces veines pour pratiquer la saignée du bras; il faut surtout se rappeler que l'artère bracluale est souvent très-rapprochée de la veine basilique, et qu’en piquant celle ci on a quelquefois blessé l'artère , accident assez grave.
Les nerfs du bras et de l’avant-bras sont au nombre de cinq, savoir : le radial, le musculo-cutané, le cutané in- Lerne, qui suit le trajet de la veine basilique et peut être lésé lorsqu'on saigne celle-ci; le médian, qui accompagne l'artère brachiale ; et le cubital, qui descend le long de la partie interne du bras et passe au coude, entre deux éminences osseuses nommées l’épitrochlée et l’olécr dn e. Aussila com-
pression exercée entre ces deux sailhes est-elle très-dou- {