BRAUNFELS — BRAVADE
il l'habilla des pieds à la tête, et le recueillit chez lui en lui faisant partager sa table. Au lieu de se montrer reconnaissant de ce généreux procédé, Branwer s’enfuit secrètement de chez son bienfaiteur pour pouvoir se livrer sans contrainte à la vie crapuleuse, Il ne tarda pas à faire connaissance d’un boulanger appelé Craesbeck, qui partageait tous ses goûts, devint son commensal, et fit de lui un peintre habile. Mais il noua avec la femme, jeune, jolie et coquette, de son hôte, des relations adultères qui eurent pour tous les trois les suites les plus désagréables. Forcé de fuir, Brauwer se rendit à Paris; mais, n’y trouvant pas de besogne, il s'en revint encore à Anvers, où il mourut à l'hôpital en 1649. Rubens, qui respectait le talent dans Brauwer, le fit honorablement enterrer dans l’église des Carmélites de cette ville.
Toutes les toiles de cet artiste sont remarquables par la vigueur et l’harmonie des couleurs, ainsi que par la légèreté du clair-obscur; elles font d’ailleurs tout de suite connaître quels lieux et quelles sociétés il devait hanter le plus volontiers. En revanche, elles respirent une gaieté franche, dont les peintres de genre de l’école hollandaise offrent peu d'exemples. e
BRAVACHE. On a coutume d'expliquer le mot bravache par ceux de faux brave, fanfaron. Peut-être en pourrait-on conclure que le bravache est celui-là seul qui fait le vaillant en société de poltrons, et pourtant il y en a encore un autre; c’est celui qui, sûr de son œil et de sa main, pousse les choses à l'extrême, tue son homme, essuie son arme, salue avec élégance, et se retire. Ces deux earactères sont bien distincts. Le premier parle haut, raeonte avec fracas les soufflets et les coups d’épée qu'il a donnés , les exeuses qu’on lui a faites ; il a sur la poitrine, ou ailleurs, maintes blessures que nul n’a jamais vue : si d’aventure , dans son enfance, l'angle d’une cheminée ou les degrés d'un escalier lui ont balafré le visage, il faudrait que ces accidents eussent laissé des traces bien peu équivoques pour ne point se convertir avec l’âge en coups de taillant et de pointe; en un mot, c’est un homme formidable jusqu'au dégaîner. Le second a une politesse affectée, qui laisse poindre une susceptibilité de parade, toujours prête à s’offusquer du moindre mot. Rarement son sang-froid le quitte, même dans les cas les plus graves. S'il lui a plu de prendre pour insulte une parole en l'air, un mouvement de coude, un sourire, il s'approche de votre oreille, et en moins de dix secondes, sans bruit, sans éclat, sans colère, il vous met sur les bras l'affaire d'honneur la plus sotte, la plus ridicule, et, qui pis est, de toutes la plus inévitable. Du reste, ce n’est point le courage qui fait la différence des deux espèces de braves qu’on vient de signaler : l’un a peur de la mort, l’autre est sûr de la donner. Voilà tout.
BRAVADE , acte par lequel on défie, soit les hommes, soit les choses, et qui se manifeste, sous diverses formes, par l’insolence des gestes ou par l’exagération des paroles. A l'usage des fanfarons, la bravade sert à cacher leur frayeur sous un faux air de hardiesse : c’est pour eux que Corneille a dit :
Les bravades enfin sont des discours frivoles, Et qui songe aux effets néglige les paroles.
A l'égard des choses, elle consiste à se livrer à des excès au-dessus de ses forces, en présence des autres, pour se grandir dans leur opinion : elle monte alors jusqu’à la folie, ou descend jusqu’à l'enfantillage. Chez les anciens , qui combattaient corps à corps et d'homme à homme, les guerriers aimaient à se braver : s’exaltant ainsi jusqu’à la fureur, ils doublaient leurs forces. Les héros d’Homère ne manquent jamais de se lancer des railleries, de se piquer par des reproches et de vanter leurs propres exploits avant d'en venir aux mains. Aujourd'hui que l’on se tue de loin sur les champs de bataille, les guerriers sont braves sans bravade.