‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 417 sur 527 · BRAVO · texte numérisé non relu

BRAVO

on désignait à leurs coups. Le maréchal d’Ancre en avait une troupe qui lui servait de gardes du corps, et qu’il appelait ses coglioni de mille livres, parce que chacun d’eux recevait cette somme pour veiller sur ses jours ; ce qui ne l’empêcha pas de tomber sous les coups de Vitry. Le mot bravo, passant par l’acception de duelliste, s’épura plus tard, en France, grâce à la puissance du préjugé. Dans les armées turques, les bravi étaient jadis des cavaliers fanatiques, qui, ivres d’opium, le cimeterre au poing, se précipitaient tête baisste dans les rangs ennemis, où ils trouvaient souvent la mort. En Amérique il y en avait de deux sortes, les uns qui, fuyant la civilisation, s’enfonçaient de plus en plus dans l’intérieur des terres, au risque de se trouver face à face avec les indigènes; les autres, variété de l’espèce italienne, et dont l'ile de Cuba fut le dernier asile, étaient en général des nègres; mais quantité de blancs de la meilleure compagnie exerçaient aussi ce métier en amateurs, pour leur propre compte. Il fallut que le général Tacon, rentré en Espagne sur la fin de 1828, mit un terme à cette frénésie, qui menaçait de ne plus avoir de bornes,

C’est une espèce perdue en France depuis que les lois y ont fait plier toutes les conditions sous le même niveau. A peine en rencontre-t-on encore, SOUS un nouveau nom, mais dégénérés et aussi lâches que leurs prédécesseurs étaient intrépides, aux abords des repaires des Phrynés de bas-étage. Quant aux bandits et aux voleurs de grands chemins, ils ne pillent et n’assassinent plus qu’à leur profit ; le partage seul du butin les divise , de temps à autre.

BRAVO! BRAVA ! au féminin, BRAVI! au pluriel, exclamations par lesquelles les amateurs enthousiastes témoignent, dans les théâtres d'Italie, et dans les théâtres italiens des autres contrées, leur satisfaction ou leur admiration aux chanteurs et cantatrices. Bravo Lablache! brava la Grisi, la Garcia ! Bravi tutti! Des théâtres italiens ce terme d’approbation est passé dans tous les autres théâtres et même en de plus petites salles ; dans les concerts, dans les salons, dans les séances académiques, les bravo, les bravissimo , éclatent quelquefois ; c’est une manière de dire très-bien! dans une langue qui n’est pas la sienne.

BRAVO ( Don Nicoras ), général mexicain. Ce nom de Bravo est demeuré célèbre dans l’histoire des guerres que le Mexique a dû soutenir pour assurer son indépendance politique. Lorsqu’en 1811, après l’avortement d’une première tentative faite par le courageux Hidalgo, pour secouer le joug de la métropole, le curé Morelos, de Nocupetejo, leva de nouveau l’étendard de l'insurrection, et s’empara, par un coup de main aussi hardi qu'habile, de l'important port d'Acapulco, sur l'océan Pacifique, le général de brigade Zeonardo Bravo, homme qui jouissait de l'estime générale, Manuel, son frère, et Nicolas, son fils, devenu plus tard général et vice président de la republique, furent des premiers à répondre à son généreux appel. Leonardo se trouva au nombre des dixsept prisonniers qui tombèrent au pouvoir des Espagnols, lorsque le brave Morelos se fraya un chemin avec sa petite troupe à travers la nombreuse armée des assiégeants. Leonardo fut condamné à mort par ordre du vice roi Calléja; en vain son fils offrit pour sa rançon 300 prisonniers espagnols, 11 fut fusillé. Nicolas Bravo consentit cependant à rendre la liberté à ces prisonniers, en ne leur imposant d’autre condition que l’engagement , de leur part, de se montrer humains à l’égard des champions de l’indépendance que le sort des armes ferait tomber en leur pouvoir; générosité qu’on ne saurait assez louer, quand on se rappelle l’animosité des parties belhgérantes, la haine profonde des colons pour les Espagnols, el la soif de vengeance, si commune alors parmi les populations du Mexique, Son oncle, Manuel, lui aussi, mourut de la main du boure reau, en 1814, après avoir été fait prisonnier,

Quand Morelos eut été pris et fusillé, lorsque le congrès qu’il avait convoqué, eut été dispersé, et que la plupart des chefs de l'insurrection, battus par les Espagnols, eurent accepté une amnistie , le général Bravo , à son tour, déposa les armes. Mais lorsqu’en 1821 la révolution éclata pour la seconde fois à Mexico, Bravo, qui vint rejoindre tout aussitôt Iturbide et Guerrero à Iguala, se montra l'un de leurs plus déterminés partisans. Iturbide ayant été proclamé empereur par l'armée, le congrès, dans le but d'éviter une guerre civile, lui confirma cette dignité; mais Bravo et vingt-trois autres membres du congrès, qui avaient exprimé librement leur désapprobation de ce qu’ils regardaient comme une usurpation, furent arrètés et jetés en prison le 22 août 1822; et le même jour le congrès fut violemment dissous. Quatre mois plus tard, la révolte de Santa-Anna mettait un terme à la durée de l'empire d’Iturbide. Le Mexique se reconslitua en une république fédérative , composée de dix-neuf États, avec un directoireexécutif, formé de Vitloria, Bravo et Negrette; et le 24 octobre 1824 fut promulguée la constitution nouvelle.

Vittoria ayant été élu président unique au mois de sep* tembre de l’année suivante, Brave fut placé à la tête de l’armée. 11 appartenait au parti des Æscoseces ( Écossais ), opposé à celui des Yorkinos, et, comme chef de ce parti autant que comme l’un des hommes les plus considérés du pays, il était généralement désigné comme devant succéder à Vittoria dans la présidence. Les Yorkinos, dont les chefs étaient Vittoria et Guerrero, ayant réussi à arracher à la législature un décret qui expulsait en masse tous les Espagnols du territoire de la république, Bravo partit. de Mexico, à la tête d’un corps de troupes qui lui était dévoué, pour s'opposer à l'exécution de ce décret sauvage, et attendit dans la plaine d’Apan l’arrivée du général Guerrero , que le congrès avait fait marcher contre lui. Complétement défait dans cette rencontre, tels étaient le respect et l'estime qu'inspiraient généralement sa gloire et sa probité, que, malgré l'accusation qu’on élevait contre lui d’avoir vouluétablir une république centrale comme acheminement à une monarchie, on ne le condamna pas à mort, et qu’on se borna à l’exiler du territoire dela république. Bravo se rendit alors sur la côte orientale de l'État d'Honduras, dans l’Amérique centrale, où il s'embarqua pour New-York.

Mais lorsqu’au milieu de l'été de 1829, les Espagnols firent une nouvelle tentative pour replacer le Mexique sous le joug de l’ancienne métropole, Bravo, abandonnant son asile, courut avec ses compagnons d’infortune offrir ses services à son pays, menacé dans son indépendance. 11 descendit à la Vera-Cruz, où il fut accueilli avec de grandes démonstrations de joie, Le débarquement opéré par les Espagnols avait eu pour résultat de faire cesser pour quelque temps toutes les luttes intestines; dès qu’ils eurent été repoussés, la discorde reparut. Le vice-président Bustamente se déclara contre Guerrero, qui Pannée précédente avait usurpé la magistrature suprême, et fut proclamé président par les États confédérés quand il eut triomphé de son adversaire. Le général Bravo fut nommé vice-président. C’est lui qui avait complétement défait les forces dont disposait Guerrero, lequel fut fait prisonnier , puis fusillé. En 1831, sous l'administration de ces deux hommes de mérite, le Mexique jouit quelque temps d’un repos dont il avait tant de besoin pour réparer les maux de la guerre civile, Mais ce calme ne fut pas de longue durée, et à la fin de 1833 nous retrouvons Bravo à la tête d’une petite armée insurgée contre le gouvernement, entretenant la guerre civile dans sa malheureuse patrie, Vers les premiers mois de 1834 il fut battu par le général Vittoria. Depuis lors il a disparu de la scène politique, et ni l'attaque des Français sur Vera- Cruz, en 1839, ni la conquête du Mexique par les États- Unis, en 1847, ni les révoltes continuelles dont son pays n'a cessé d'être le théâtre, ni la révolution française de 1848,

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