BRAVO-MURILLO — BRAY
Lorsque la révolution du 1° septembre 1841 éclata, Bravo-Murillo, menacé dans sa liberté comme chef des modérés, s'enfuit dans les provinces basques, et se réfugia à Bayonne, où il apprit presque en même temps et son bannissement et son rappel par le gouvernement provisoire. Après un court séjour à Paris, il retourna à Madrid pour se livrer exclusivement à la plaidoirie, En 1847 il accepla le portefeuille de la justice dans le ministère transitoire du duc de Sotomayor ; mais il donna sa démission quand Pacheco arriva à la tête des affaires, Un nouveau ministère s'étant formé au mois de novembre, il y entra comme ministre du commerce, de l'instruction publique et des travaux publics. En 1849 et 1850 il fut ministre des finances. En 1851, après la retraite de Narvaez, il fut chargé de composer un cabinet. Sa politique réaclionnaire menaça toutes les libertés ; il supprima le droit de réunion, poursuivit les journaux, et prelendit réviser selon ses vues la constitution, même sans le concours des chambres. Au moment où il se croyait tout permis, Bravo-Murillo perdit l'appui de Ja reine, et céda la place au général Roncali (décembre 1852), Deux ans plus tard la victoire d'Espartero et d'O‘Donnell le força de quitter l'Espagne; il n'y rentra qu'en 1856. Depuis cette époque il à plusieurs fois présidé les cortès.
BRAVOURE. Le courage presente une fermeté de caractère immuable dans les périls : la constance, le sangfroid, en sont les véritables éléments. La bravoure s'avance au delà ; elle affronte les dangers, elle signale l’ardeur de la jeunesse et les élans de l’héroïsme ; avide de gloire, elie devient parfois téméraire; c'est la furia francese, qui distingue surtout notre nation : témoignage que César rendait déjà aux Gaulois de son temps.
Cette impétuosité du sang qui s’exalte de promptitude et de colère est comparée à un feu qui éclate avec furie, mais s'éteint bientôt. Dans les fonctions de l'organisme, c’est une sorte de décharge du système nerveux, analogue à un accès de violence. Aussi n’est-on pas brave à toute heure, ni tous les jours, tandis qu'un courage plus flegmatique est toujours préparé. La bravoure convient surtout pour lattaque; le courage sait résister dans la défense. La première peut vaincre, le second poursuit la victoire et sait en profiter. Dans les affaires civiles, le courage ou la fermeté persévérante devient une qualité très-essentielle. La bravoure n’est de mise que dans les actions militaires, ou celles de la vie sociale qui leur ressemblent. Les hommes d’élan sont braves, les constants ont du courage, quoique le genre de valeur qui est propre à chacun d’eux diffère. On peut dîre que la bravoure projette avec explosion sa vaillance, et que le courage ne la dépense qu'avec mesure et égalité.
Ces dispositions paraissent résulter des tempéraments ou des constitutions physiques; car la jeunesse, chaude, sanguine, est plus fougueuse ou plus disposée à la bravoure, tandis que l’âge viril, la maturité, présente une valeur plus calme, plus solide, comme celle des complexions mélancoliques et des caractères flegmatiques. Les peuples des pays froids et humides passent pour constants dans leur courage ; ilya plus de nerf et de feu chez les méridionaux : ainsi, les Arabes, les Sarrasins, les Maures, déployèrent une bravoure furibonde qui leur valut de vastes et rapides conquêtes ; mais leur empire s’écroula bientôt, tandis que la domination romaine, due au courage réfléchi, aux calculs de l'art stratégique et d’une sévère discipline, survécut par ses lois et ses mœurs à l'invasion des barbares. De même, la science guerrière des Grecs dompla la rage brutale des peuples moins civilisés, et la férocité musulmane a succumbé sous la tactique régulière et disciplinée des Européens.
Les liqueurs fortes, livresse, lopium, ont paru des auxiliaires de la bravoure, en étourdissant sur les perils, en augmentant la circulation du sang. On punissait, au contraire, le soldat romain en le faisant saigner; car on a bien moins d’ardeur belliqueuse lorsqu'on a moins de sang; et c’était
une honte pour lui de paraître lâche. Tout le mérite de la bravoure n’émane donc point de la volonté ; il y faut encore des dispositions physiques. La chaleur humide de certains climats amollit, relâche et supprime toute bravoure; on ne la connaît guère, en effet, parmi les doux peuples de l'Inde méridionale, quoiqu’ils montrent tout le courage de la résignation et de la patience contre les douleurs et la mort, à laquelle plusieurs s’exposent volontairement.
Les animaux manifestent plus ou moins de force, de courage ou d’audace pour se défendre ; on ne peut dire d’aucun qu'il a de la bravoure, puisque cette qualité suppose le désir de se distinguer par sa valeur. 11 y a bien une sorte d’émulation entre les chevaux , comme entre les chiens, à la course, à la chasse, etc.; les uns sont plus vifs et plus courageux que d’autres; les femelles préfèrent aussi les mâles vigoureux aux lâches pour l’anoblissement de la race : tel est l'instinct de la nature; mais la bravoure est une qualité propre à l'espèce humaine, car il y entre aussi de la vanité et l’orgueil de la supériorité. J.-J. Virey.
BRA VOURE (Air de ). Destiné à faire briller l’habileté et l’organe de quelque grand chanteur, Paria di bravura que les anciens maîtres italiens plaçaient &ans presque {ous leurs opéras, n'était à proprement parler qu’un exercice de vocalisation , dont on s'explique la dénomination en se rappelant que les Italiens appellent bravura le talent, la hardiesse de l'artiste. Cette sorte d’air fut introduite en France par Gluck et Piccini, et avec elle se naturalisa l’expression qui servait à la désigner. Grétry sacrifia à ce goût, ct l’on cite même un air de ce genre de Méhul. Mais si la musique italienne a conservé quelques traces des airs de bravoure, ainsi que le témoignent plusieurs productions de Rossini, la scène française se montre aujourd’hui plus sévère à leur égard, et l’on peut dire qu’ils sont actuellement bannis de notre premier théâtre lyrique. Le compositeur doit, avant toute chose, chercher à rendre les passions qui animent ses personnages ; quant au chanteur, s’il veut montrer la souplesse de son organe, il a la ressource des fioritures, dont il doit du reste n’user qu'avec réserve.
BRAWER. Voyez BRAUWER.
BRAY, vieux mot français dérivé du celtique, dont on a fait braium dans la basse latinité, et qui signifiait boue, fange , d’où l’on a tiré le nom de plusieurs lieux, tels que Bray sur Somme, bourg du département de la Somme ; Bray sur Seine, petite ville du département de Seine-et-Marne; Vibraye, Follenbraye, Savigny sur Braye, etc. C'était aussi le nom d’un petit pays de Normandie, très-mauvais et {rèsfangeux dans les temps de pluie, situé autrefois entre le pays de Caux, le comté d’Eu, le Vexin normand, le Vexin français, les diocèses d'Amiens, de Beauvais, et formant aujourd’hui l'arrondissement de Neufchâtel (Seine-Inférieure ).
BRAY (FRANÇoIs-GABRiEL, comte DE), homme d’État bavarois, était né à Rouen, en 1765. Secrétaire de la légation française à Ratisbonne, il entra au service de la Bavière, et fut nommé conseiller de la légation bavaroise auprès de la diète. Plus tard, il fut envoyé à Berlin, puis, en 1808, à Saint-Pétersbourg. La faveur dent les Français jouissaient alors en Bavière le fit élever rapidement à la dignité de conseiller privé. C’est à cette époque qu'il se fit naluraliser Bavarois. En 1817 il entra dans le conseil d’État, et à l’occasion de l'octroi de la constitution, il fut créé pair de Bavière. Ambassadeur à Paris en 1820 et à Vienne en 1827, il se retira de la vie publique en 1831, et mourut le 2 septembre 1832, dans sa terre d'irlbach près de Straubing. Outre une £xposilion de la constitution hollandaise jusqu'en 1795, il a publié un Voyage aux salines de Salzbourg et de Reichenhall (Berlin, 1807), et un Essai critique sur l'histoire de la Livonie( Dorpat, 1817).
BRAY (Oruox-Camizre-HeGues DE), fils du précédent, conseiller d'État bavarois, ministre plénipotentiaire à la cour de Russie, est né à Berlin, le 17 mai 1807. Élevé à la cout
auprès de laquelle son père était accrédité, il fut initié de bonne heure aux secrets de la diplomatie, et il en profita d'autant mieux que la nature l’avait créé diplomate. Attaché à l'ambassade de Bavière à Vienne, il fut accrédité ensuite auprès de plusieurs petites cours et envoyé à Paris comme conseiller - de légation, poste qu’il ne quitta que pour ailer remplir celui d’envoyé extraordinaire à Saint-Pétersbourg. Rappelé en 1846, il fut nommé ministre des affaires étrangères; mais il ne tarda pas à déposer son portefeuille, qu’il reprit cependant au mois d’avril 1848, pour le déposer de nouveau le 5 mars 1849. Quelques mois après, il retourna à son poste à Saint-Pétersbourg, et fut remplacé en 1858 par M. de Mongelas. — Élève de la vieille école diplomatique, M. de Bray comprend peu les nécessités des temps modernes; mais il possède cette habileté qui sait
éviter les conflits trop violents. C’est de son premier mi-:
nistère que date le scandaleux -épisode où la fameuse Lola-Montez a joué un des principaux rôles. Appréciant fort bien la situation, il déposa son portefeuille, et se sépara de ses collègues, qui nuisirent aux intérêts de leur parti en tardant trop à suivre son exemple. Il parut ainsi le vrai représentant du principe aristocratique, il est vrai, mais fidèle à ses convictions ; et son opposition le rendit assez populaire pour qu’on le vit avec plaisir rappelé aux affaires en 1848. L'influence qu'en sa qualité de ministre des affaires étrangères il a exercée sur la question allemande est digne d'attention. Il appuya d’abord la politique de la Prusse, et se montra l'adversaire de toute concession à l’Autriche, puis, lorsque surgit la question de l’Empire en 1848, # fut le premier à s’y opposer. Le 20 mars 1870, M. de Bray a repris le portefeuille des affaires étrangères, et son cabinet est tout dévoué à la Prusse.
BRAYANTS, hérétiques qui parurent en Allemagne vers 1544. C'était un démembrement de la secte des anabaptistes; et ces imbéciles gagnèrent leur nom en soutenant que la chose la plus agréable à Dieu était de pleurer et de briller dans leurs temples.
BRAYE ou Brayomme. Voyez BRoye.
BRAYER, sorte de bandage, qui sert à contenir les hernies et ainsi nommé, parce qu’il se mettait sous les braies.
Brayer se dit aussi, 1° de la partie postérieure (anus) des oiseaux de proie; 2° du morceau de cuir qui sert à soutenir le battant d’une cloche; 3° de l'espèce de sachet de cuir où l’on fait reposer le bâton de la bannière, quand on la porte; 4° du petit morceau de fer qui passe dans les trous qui sont au bas de la chasse du trébuchet et des balances, et qui sert à la tenir en état; 5° des cordages qui servent à élever le bourriquet ou petit bât avec lequel on porte le mortier.
BRAYER (A.), médecin qui a rendu de grands services à la science par ses observations personnelles sur Ja peste, était né dans le département de l'Aisne vers 1775, d'une famille connue dans la magistrature, l'administration et la médecine. Reçu docteur dans les premières années du siècle, il entreprit quelques voyages en Italie et en Orient, nommément à Constantinople, où il pratiqua son art, et où il retourna plusieurs fois. Il revint en France à l’époque où finissait la guerre des Grecs, rapportant une fortune suffisante et l'opinion bien assise que la peste n’est pas contagieuse, non plus que la fièvre jaune. Complétantses travaux par de nouvelles lectures, il fit paraître en 1836 un ouvrage intitulé Neuf années à Constanti ople (2 volumes iñ-8°). Quand l’Académie de Médecine fit une enquête sur la peste et les quarantaïnes, en 1846, elle appela près d'elle le docteur Brayer, qui la renvoya à son livre, mais en insistant fortement sur ce point qu'il ne croyait pas à la contagion dela peste. Dès 1822, actionnaire et propriétaire pour une part de l’Athénée des Arts, il y passait presque tout son temps, 11 finit par tomber en enfance, et alla mourir à Rouen, en 1848, Brayer avait aussi rapporté de ses voyages