BRAZIER — BREBIS
Tout bon compagnon que fût Brazier, l'ambition littéraire lui vint un jour ; il eut la prétention des œuvres sérieuses : c’est ainsi qu'il qualifiait les volumes. Aussi en composa-t-il deux à la fin de sa carrière; mais ces volumes, plus lourds de forme que ses gais vaudevilles, étaient aussi légers de fond. Avant que l'idée des livres lui arrivât, il avait nourri une autre marotte, qui ne l’abandonna jamais ; l'apôtre fervent du vin et de la gaieté voulut se faire poëte politique comme Béranger, et, prenant sa démangeaison de chanter pour une mission, il se crut royaliste, et se jugea digne de figurer dans ce parti pour avoir fait quelques pièces de circonstance et rimé quelques chansons pour les réjouissances des Champs-Élysées. IL publia un recueil de refrains bourbonniens, intitulé : Souvenirs de Dix Ans; mais les méchantes langues remontèrent plus haut, et trouvèrent dans le bagage politico-poétique de l’auteur une chanson datée de la naissance du roi de Rome, avec absolument le même refrain. Quoi qu'il en soit, les Bourbons ne s’en formalisèrent pas, et, par le crédit de M. de Lauriston, Brazier obtint une place à la bibliothèque particulière de Louis XVIII. A cette nouvelle il se rend chez Barbier, alors chef de cette bibliothèque, et il l’aborde en ces termes : « Monsieur, vous savez que je suis votre subordonné; mais vous pensez bien que la place qui m'est accordée est une récompense de mes services, et non une obligation de travail : aussi vous trouverez bon que je ne vienne à peu près ici que pour émarger. » Barbier accueillit fort mal ce discours d'ouverture ; mais M. de Lauriston arrangea l’affaire : on nomma un autre employé, qui remplit les fonctions attachées à la place, et Brazier obtint une pension que déguisait une sinécure. En somme, il n'était pas instruit, et il l’avouait de bonne grâce ; mais il était plus distrait encore qu'illettré, et parfois on à mis sur le compte de son ignorance ce qui n’était que de l’étourderie. Brazier mourut à Passy, le 22 août 1838, à l’âge de cinquante-cinq ans, laissant une modique fortune à sa veuve.
On a de Brazier deux cent quinze pièces de théâtre, dont près de cent cinquante imprimées. Les plus connues sont : Préville et Taconnef, Le ci-devant Jeune Homme, La Carte à payer, Je fuis mes farces, Le Coin de Rue, Le Soldat laboureur, Les Bonnes d'Enfants, Les Cuisinières, etc. 11 a publié, outre les Souvenirs de Dix Ans, deux autres volumes de chansons, où la politique et Pesprit de parti n'entrent pour rien. Enfin, il mit au jour deux volumes in-8°, intitulés : Les Petits Théâtres de Paris; travail auquel l’auteur aftachaïit une importance exagérée; qui renferme, ilest vrai, quelques anecdotes, quelques détails curieux, mais qui pèche du côté de la critique et même de l'exactitude. Étienne ARAGo.
BRÉBEUF (Gurcraume pe), naquit en 1618, à Thorigny, d’une bonne famille de la basse Normandie, et mourut à Venoix, près de Caen, en 1661, à l'âge de quarante-troisans. Ce poëte gentilhomme mérita par ses traductions en vers et par son érudition variée d’être rangé au nombre des écrivains en vogue pendant la minorité de Louis XIV. II débuta par une traduction du VII° livre de L'Énéide, en vers burlesques, et publia ensuite une traduction dans le même genre de La Pharsale de Lucain. Puis il entreprit de traduire sérieusement ce poeme, et sa traduction obtint le plus grand succès. On en admira les hyperboles excessives, l'enflure, les antithèses incessantes, le faux brillant, les pensées gigantesques, les descriptions pompeuses mais peu naturelles ; et ébloui comme la cour et la ville par le ‘clinquant de cet ouvrage, et par quelques étincelles de talent qu’on ÿ rencontre de loin en loin, Mazarin fit au traducteur de belles promesses, qu’il oublia d’ailleurs de lui tenir. Toutefois, La Pharsale de Brébeuf tomba peu à peu dans l'oubli, à mesure que le goût public, en s’épurant, devint plus sévère. Boileau, par ses critiques et ses plaisanteries, ne contribua pas peu à faire revenir l’opinion pu-
| blique sur un poëte qu’elle avait d’abord porté aux nues; | il fil comprendre tout ce qu'il y avait d'inégal, de bour | souflé et d’emphatique dans son style, et dans son Ar£ poétique il fit de Brébeuf le type de l’enflure et de l’hyperbole Nous ne serions pas surpris que quelque bel esprit s’avisat | de nos jours de vouloir en appeler de l'arrêt souverain porté
par notre grand critique, et essayät de réhabiliter sa vie. | time: car, après tout, on ne saurait disconvenir, quand on a eu le courage de lire Brébeuf malgré lPanathème de Boileau, qu'il s’en faut qu'il soit dépourvu du sens poétique; qu'il y a chez lui des alliances de mots hardies et faites pour frapper l’imagination; que quelquefois, dans les morceaux descriptifs surtout, il ades traits heureux,et qu'alors il reproduit assez fidèlement la vigueur fière et le coloris grandiose de Lucain. Dans quelques morceaux son style est aussi ferme que correct, et il trouve des images brillantes. C’est ce que Boileau reconnait lui-même, quand il nous dit quelque part:
Malgré son fatras obscur Souvent Brébeuf étincelle...
Enlevé aux lettres par une mort prématurée, Brébeuf ne laisse pas que d’avoir comparativement beaucoup produit
C’est ainsi qu'indépendamment des ouvrages mentionnés ci-dessus, on a de lui des Entreliens solilaires, poésies religieuses, fort inférieures, du reste, à ses productions profanes ; un recueil d'œuvres diverses, où l’on trouve quelques jolis vers et 150 épigrammes contre une femme fardée, fruit d’une gageure; des Éloges poétiques, une Défense de l'Église romaine, enfin des Lettres.
BREBIS, femelle du bélier. Voyez MouTon, Béraix, etc:
La brebis chez les anciens servait d’holocauste, et on la sacrifiait principalement sur les autels des Furies. Les Égyptiens, plus justes et plus conséquents dans leur idolâtrie, l'avaient, au contraire, en grande vénération, à cause de son utilité, et ils lui avaient même érigé un culte dans les villes de Saïs et de Thèbes. Dans nos livres saints, le terme de brebis est souvent employé pour désigner le peuple, dont il peint en effet la douceur et la patience. David dit, dans ses Psaumes : « Nous sommes votre peuple et les brebis de votre pâturage. » Le Sauveur dit lui-même « qu’il n’a été envoyé qu'aux brebis de la maison d’Israel qui sont perdues. » Les justes sont souvent comparés aussi à des brebis exposées aux violences des méchants et à la rage des loups. « C’est pour vous, dit David, qu’on nous égorge chaque jour et qu’on nous considère comme des brebis destinées à la boucherie. » Les séducteurs, dans l'Évangile, sont comparés à des loups qui se couvrent de Ja peau de brebis; Jésus- Christ a dit: « Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous couverts de peaux de brebis, car ce ne sont au dedans que des loups ravisseurs. » Enfin, il est écrit qu’au jugement dernier les brebis ( c'est-à-dire les justes ), placées à la droite du souverain Juge, seront mises en possession du. royaume des cieux.
Le mot brebis, pris au figuré, est resté dans notre langue comme qualification du chrétien fidèle. « Il y a plus de réjouissance dans le ciel, dit l'Évangile, pour une brebis égarée qui revient au bercail, que pour les nonante-neufqui ne l'ont pas quitté. » Les chefs temporels des États sont, eux aussi, dans l’habitude de regarder les pauvres peuples comme leursbrebis et de les tondre d’aussi près que faire se peut, en ayant soin de les faire crier le moins possible. Les patientes se hasardent-elles à élever un tant soit peu le ton, vite on les déclare brebis galeuses, qu’il convient de sacrifier le plus tôt possible, dans l'intérêt bien entendu du troupeau.
Jamais mot ne fut plus fécond en proverbes que celui-là : La brebis du bon Dieu est l'être inoffensif, patient, ne se défendant pas, ne se plaignant pas même, quand on latfaque. Brebis qui béle perd sa goulée, signifie qu’en bavardant trop on perd l’occasion d'agir ; Qui se fait bre bis, le loup la mange, qw'avoir trop de bonté, de douceur,
e*est encourager les méchants à vous nuire; Brebis comptées, le loup les mange, que l'excès de précaution ne garanlit pas toujours du danger; À brebis tondue Dieu mesure le vent, qu'il ne nous envoie pas plus de mal que nous n’en pouvons supporter; Quand brebis enragent, elles sont pires que loups, qu’il est dangereux de pousser à bout les peuples les plus pacifiques , car Dieu combat toujours pour les faibles.
BRECHE (Art militaire), ouverture faite par une armée assiégeante dans l'enceinte d’une place, pour offrir une voie aux colonnes d'infanterie de siége, et leur faciliter le moyen de donner l'assaut. La manière dont les anciens entamaïent la brèche et se portaient à l'escalade, la manière dont ils disputaient et défendaient la brèche, ont été traitées par Vitruve, Beausobre, Borgsdorf, Folard, Guischardt, Humbert, Juste Lipse, Maubert, Montargues, Montgommeri. Les assiégeants faisaient brèche à l’aide du bélier, parlesecours des sapes, par la puissance des leviers et des tarières , et en perçant des galeries, où ils poussaient des étançons ou des soutiens de charpente qu'ils embrasaient pour faire crouler les massifs. Maintenant une brèche est le déchirement d’une pièce de fortification battue par des salves d’artillerie et par les feux convergents des batteries de brèche. Une brèche ne saurait avoir moins de 12 mètres de largeur; ce qu’on appelle l’élargir, c’est lni donner un front de 50 à 60 mètres.
L'action de battre en brèche se répète plusieurs fois dans certains siéges, et elle commence dès l’attaque des ouvrages extérieurs. Autrefois on s’y aïidaïit davantage de l'effet des mines et des ressources de la guerre souterraine. Voici maintenant la marche de cette opération : Le jeu soutenu de certaines batteries de siége et les chocs réitérés qu’exercent d’abord des boulets pleins, ensuite des boulets creux, sapent le pied d’un revêtement dans une largeur de 12 à 15 mètres; sa sommité s’écrête; ses débris s’amoncellent, encombrent le fossé, font rampe. A cet instant, les efforts de l’assiégé et les ressources de la défense du corps de la place consistent ou ont consisté à réparer la brèche à proportion qu’elle s’élargit, à l'escarper à mesure qu’elle se talute, à la combler, s’il se peut , avant qu’elle s’aplanisse, à allumer des bûchers au pied de la brèche, ou bien à y enterrer des caissons d’artifice, des coffres fulminants ; à rassembler sur la sommité des amas de pierres, de la chaux, des barils pleins d'eau, des barriques et barils ardents ou foudroyants, des bombes, des chemises à feu, des fascines goudronnées, des grenades à main, des orgues à feu; à embarrasser le talus au moyen de chausses-trapes, de chevaux de frise, de hérissons, de herses d’attrape, de hersillons, à praliquer, ou à charger, si c’est un bastion plein, des fourneaux et des fougasses sous la brèche; à creuser des coupures dans le bastion , à y construire des retirades, et enfin à la nettoyer vigoureusement si des assaillants tentent de l'emporter.
Voici l’opération contraire, telle qu’elle s'accomplirait, ou s'est exécutée. Les assiégeants, ayant exécuté la descente du fossé pour se porter à l'assaut, reconnaissent le débouché, s’assurent que l’ennemi peut, ou non, voir en brèche, détournent les obstacles dont la rampe est semée, y font jouer les batteries de pierriers, la couvrent de fascines et de sacs à terre, surmontent les chicanes de ceux qui la défendent, éventent les fourneaux, rendent le talus praticable au canon, le gravissent de front, en se remparant, si faire se peut, de sacs à terre ou de gabions , et établissent un logement sur la crête de la brèche.
Les assiégeants font brèche ordinairement à deux bastions d'une forteresse en dirigeant à la fois, les coups de leur artillerie contre les faces qui se regardent , et'en entamant le pied de chacune vers son milieu , ou vers le tiers de sa longueur, à compter de l'angle flanqué ; la continuité des salves faft'ensuile crouler la partie supérieure du revêtement , de manière à former une rampe de 25 à 30 mètres de largeur.
BREBIS — BRÉCHES OSSEUSES
On a quelquefois fait brèche à l'angle saillant des faces d’un bastion ; mais c’est un usage abandonné , de même que les assiégés ont renoncé à l’usage de battre la chamade sur le haut de la brèche , même pour demander merct.
On a vu des assiégeants avoir recours à une brèche de courtife dans des cas où les bastions correspondants étaient eux-mêmes entamés; car, autrement, la rampe d’une telle brèche serait impraticable. Mais si l’assiégé réussit à élever des ouvrages à la gorge des bastions ruinés, l’assiégeant frappe alors une brèche au milieu de la courtine : ainsi fit le prince Eugène au siége de Lille en 1707, ce qui contraignit Bouflers à se rendre. Lorsqu'une capitulation interrompt ou prévient l'assaut, l’assiégeant, s’il est déjà logé sur la brèche, y pose, jusqu’à ce que la reddition s’effectue, un poste pour garantir la place de tout désordre. |
Tel est le résumé des règles et des usages des deux derniers siècles. Ajoutons quelques mots sur les coutumes actuelles. On n'avait jamais fait les brèches aussi considérables que dans les dernières guerres de la Péninsule. L’artillerie anglaise, tirant à grande distance, pratiqua à Ciudad Rodrigo, à Badajoz, à Saint-Sébastien, en 1813, des brèches à grande ouverture : elles avaient à l'extérieur 30, 45 et jusqu’à 100 mètres, et à l’intérieur, 9, 12 et jusqu’à 30 mètres.
On a appelé brèche praticable celle qui entame le corps d’une place, produit une rampe de 30 à 40 mètres de large, et est d’un accès assez facile non-seulement pour être gravie par les assiégeants, mais même pour donner passage aux assiégés se rendant prisonniers et réduits à évacuer la forteresse qu'ils défendaient ; la possibilité d’en sortir en descendant, mèche allumée, par une telle route, fut longtemps la seule excuse que le commandant de la place assiégée pût donner pour justifier sa reddition. Un gouverneur se fût déshonoré en sortant par les portes. Cette vieille coutume en avait produit une autre; celle d’abattre un pan de muraille pour recevoir au sein d’une ville un vainqueur revenant de l'expédition où il avait triomphé; on ne croyait pas pouvoir lui rendre un plus insigne honneur.
La langue de la justice militaire a consacré le mot brèche praticable dans un décret du 26 juillet 1792, et dans un arrèlé du 16 messidor an vi, pour indiquer la criminalité d'un gouverneur qui capitulerait avant l'extrémité où le réduisent le perfectionnement de la brèche et l'impossibilité d'y soutenir l’assaut en élevant un arrière-retranchement. La loi a consacré aussi l'expression abandon de la brèche, pour définir le crime du militaire qui, mené à l'assaut, y trahirait ses devoirs, et s'éloignerait de ce poste pour piller; c’est un cas punissable de mort. Dix-huit heures du feu roulant d’une batterie de six pièces de vingt-quatre avaient rendu praticable la brèche de la citadelle d'Anvers, en 1832,
G*! Bannix,
Vingt-quatre heures suffrent au siége de Rome, durant le mois de juin 1849, pour obtenir un pareil résultat dans le flanc du bastion, véritable forteresse, qui communiquait par des tranchées avec San-Pietro in Montorio. La brèche, commencée le 28, était praticable le 29. L’assaut fut donné le 30 dans la nuit. Quand nous fûmes maîtres du terre-plain du bastion, notre mousqueterie balaya de là les abords intérieurs de la porte San-Pancrazio, A six heures du matin le Janicule était évacué par l’ennemi et toute résistance cessait. Le 3 juillet Rome entière était en notre pouvoir,
BRÈCHE ( Géologie), espèce de marbre, composé de fragments anguleux de diverses couleurs, réunis par une pâte calcaire d’une tetnte dif'érente. Quand les fragments sont très-peuts, ce marbre prend le nom de brocatelle. Les Jausses vréches sont des marbres veinés, qui ont l’apparence de ureches, ou qui semblencètre composés de fragments, à cause de la manière dont les vemes s’entrelacent.
BKÊÉCHES OSSEUSES. Ce sont des cavités que l'on rencontre principalement dans les roches calcaires ou
BRECHES OSSEUSES — BREDOW
gypseuses, et qui sont remplies de dépôts fragmentaires provenant en grande partie de débris non roulés de la roche elle-même, entreméèlés d'ossements plus ou moins brisés de mammifères et souvent de coquilles terrestres, Ces débris, cimentés par des concrétions calcaires, sont enveloppés dans un limon le plus habituellement coloré en rouge par de l’oxyde de fer. On trouve ces brèches osseuses sur les côtes de Gibraliar, de Cette, de Nice, d'Antibes, de la Corse, de la Sardaigne, de la Dalmatie, dans les falaises de l'Algérie; on les rencontre même à de grandes distances dans l’intérieur des terres (dans le Jura, la Bourgogne, etc. ), et M. Desnoyers en a observé jusque dans le gypse des environs de Paris, où elles offrent la même physionomie que sur le littoral de la Méditerranée. Pour l'origine des brèches osseuses, voyez CAVERNES.
BRECHET, terme du langage usuel, dont le vulgaire se sert pour dénommer tantôt l'os de la partie antérieure de la poitrine, ou leséernum, tantôt la partie de ce même os dite cartilage xiphoïde, ou bien encore la petite excavation qui correspond à ce cartilage. Envisagé sous le rapport de ces trois significations, ce mot n’est point usité dans le langage scientifique de l'anatomie; mais en ostéologie comparée on donne le nom de bréchet à la crête médiane et plus ou moins saillante du sternum de tous les oiseaux qui volent et de plusieurs mammifères ( chauves-souris, taupes, etc., etc. ) qui exécutent des mouvements très-forts avec leurs membres antérieurs. Le bréchet a donc pour usage de fournir des surfaces étendues et une base très-solide pour l'insertion des muscles qui sont les agents de ces grands efforts, soit pour la locomotion aérienne ou le vol, soit pour fouir et creuser très-rapidement la terre.
Le bréchet manque dans l’autruche, le casoar et dans Île plus grand nombre des mammifères, ainsi que dans tous les reptiles et les amphibiens, pourvus ou non d’un véritable sternum. L. LAURENT,
BREDA, place forte et chef-lieu du district du même nom dans le Brabant septentrional, au confluent de la Mark et de l’Aa. Cette ville, bien bâtie, compte 15,000 habitants. Elle a de nos jours beaucoup perdu de son importance stratégique; mais elle est encore remarquable par ses belles places et ses nombreuses églises, parmi lesquelles on distingue la cathédrale gothique, avec sa tour de 93 metres de haut, ses deux orgues et ses tombeaux, dont l’un, celui du comte Engelbert 11 de Nassau et de sa femme, est magnifique. Le château, vieux bâtiment construit, en 1350, par Jan van Polanen, seigneur de Bréda, et restauré, en 1536, par Henri, comte de Nassau, a reçu de Guillaume IH, en 1696, sa forme actuelle. 11 a longtemps servi de séjour à Charles II d'Angleterre, et fut converti, en 1828, en une école militaire à laquelle on a réuni, en 1850, l’école de marine de Medemblik. Le principal commerce des habitants consiste en chapeaux, tapis, savon, huile et sel. La ville passe pour salubre, quoique les environs soient extraordinai rement marécageux. Cette qualité de terrain fait sa principale force. Entourée de murs, en 1534, par Henri de Nassau, Bréda a été fréquemment assiégée par les Hollandais, les Espagnols et les Français. Prise par les Espagnols en 1581, elle fut reconquise par Maurice d'Orange, en 1590, au moyen d’un bateau de tourbe dans lequel il avait fait cacher soixantedix soldats. Spinola s’en rendit maitre, en 1625, après dix mois de siége. Henri d'Orange la reprit en 1637, en augmenta les fortifications et y bâtit une citadelle, Dans les guerres de la Révolution, Dumouriez s’en empara, le 25 février 1793; mais la défaite de Neerwinden le força à l’évacuer le 4 avril. Dans le mois de septembre 1794 l’armée de Pichegru investit Bréda, qui ne succomba qu'après la conquête de la Hollande dans l’hiver de 1795. Au mois de décembre 1813, la garnison française ayant fait une sortie contre l'avant-garde russe commandée par Benkendorff, la bourgeoisie, dans son enthousiasme patriotique, se sou-
leva en masse, et empêcha les Français de rentrer dans la ville.
Deux congrès ont élé tenus à Bréda : le premier, en 1575, entre l'Espagne et les Provinces-Unies , n'eut aucun résul- {at, l'Espagne s’obstinant à ne pas permettre l’exercice de la religion réformée dans les Pays-Bas; le second, en 1746 et 1747, entre la France, l'Angleterre et la Hollande, se sépara à la suite de la révolution qui plaça le prince d'Orange à la tête du gouvernement hollandais, La paix signée à Bréda, le 31 juillet 1667, entre l'Angleterre, la France, la Hollande et le Danemark, mit un terme à une guerre occasionnée par des rivalités commerciales, et assura ses conquêtes à chacune de ces puissances.
BREDA-STREET. Voyez LOReTre.
BREDE, espèce de morelle non malfaisante, connue sous ce nom aux îles de France et de Bourbon, et aux Antilles sous celui de /aman , mais beaucoup plus vigoureuse, et à feuilles beaucoup plus larges que celles de la morelle sauvage, comme il arrive toujours dans les espèces cultivées. Ces feuilies se mangent en guise d’épinards, et les habitants des îles susnommées désignent sous l’appellation collective de brèdes plusieurs espèces de plantes dont ils font le même usage.
BRÉDISSURE , nom que l’on donne, ën pathologie, à l'impossibilité d’écarter les mâchoires, vice produit par l’adhérence de la membrane des gencives avec celle qui revêt la face interne des joues dans l’inflammation des membranes contiguës, et auquel il faut remédier par une opération chirurgicale, quand on n’a pas su le prévenir à temps par l’interposition de corps étrangers.
BREDOUILLE, terme du jeu detrictrac, par lequel on désigne qu’un joueur a pris douze points coup sur coup ef sans interruption , c’est-à-dire sans en laisser prendre à son adversaire.
BREDOUILLEMENT , vice de prononciation, qui a de l’analogie avec le bégayement, et qui l'accompagne quelquefois, Dans le bredouillement, il y a précipitation , confusion dans l'articulation des mots, qui sont alors souvent inintelligibles, C’est donc une manière de parler précipitée et peu distincte, dans laquelle on ne prononce qu’une partie des mots, dont on altère plusieurssyllabes. Le bredouillement a aussi quelques rapports avec le balbutiement.
Quoique les mots bredouiller, balbutier, bégayer, soient tirés de racines qui sont à peu près les mêmes onomatopées, ils expriment cependant trois défauts différents, qu’il convient de caractériser. Balbulier, c’est parler du bout des lèvres , laisser tomber en quelque sorte ses paroles , affaiblir diverses articulations, prononcer avec peine les lettres b et /, et faire entendre un sifflement exprimé par fier, cier. C’est une espèce de bégayement qui peut être habituel ou accidentel. Le bégayement consiste dans l’hésitation, dans les suspensions qui divisent par des intervalles plus ou moins prolongés les syllabes d’un mot ou les mots d’une phrase. La volubilité et la confusion caractérisent le bredouil!ement, dans lequel les articulations des sons semblent rouler précipitamment les unes sur les autres, et sont confondues en un bruit sourd, exprimé par bre et ouil, d'où le nom donné à ce vice de prononciation, qui est accidentel et involontaire dans l'ivresse, et peut devenir habituel par la répétition fréquente des excès de spiritueux.
« La vieillesse,en émoussant les organes, dit Roubaud, fait balbutier ; la sutfucation, en coupant la voix , fait bégayer ; l'ivresse, en brouillant et les idées et le jeu des organes, fait bredouiller ; celui qui se méfie de ce qu'il dit bégaye ; celui qui ne veut pas qu’on entende ce qu’il dit bredouille. La timidité balbutie, l'ignorance bégaye, la précipitation dredouille. » L. LAURENT.
BREDOW ( GagrtEL-GonerroY ), Célèbre historien allemand , né à Berlin, le 14 décembre 1773 , de parents peu fortunés , fut envoyé au gymnase de Joachimsthal, Il alle
ensuite à l’université de Halle, dans le dessein d’y étudier la théologie ; mais il ne tarda pas à changer d'idée et à abandonner cette science pour l’archéologie. Devenu, en 1794, membre du séminaire pédagogique, il accepta, en 1796, une place de professeur au collége d’Eutin. Il s’y livra avec ardeur à l'étude de la géographie et de l’astronomie des anciens, et, comme résultat de ses travaux, publia son Manuel d’Histoire, de Géographie et de Chronologie anciennes (Altona, 1803; 6° édition, revue et augmentée par Kunisch , 1837 ), que ne tardèrent pas à suivre ses Recherches sur quelques questions d'Histoire, de Géographie et de Chronologie anciennes (Altona , 1800-1802).
En 1802 Bredow fut élu recteur du collége d’Eutin ; puis, en 1804, il fut nommé professeur d’histoire à l’université d’'Helmstædt. 11 y publia la Chronique du dix-neuvième siècle (5 volumes, Altona, 1808-1811), qu'il fut plus tard obligé d'abandonner à Venturini, par suite des tracasseries et des difficultés que lui suscita son respect pour la vérité et son attachement à la cause de la liberté et du progrès. Reprenant alors ses études favorites sur l'antiquité, il forma le projet de présenter une exposition historique de tous les systèmes géographiques, depuis Homère jusqu’au moyen âge. Comme, pour l’exécuter, il lui fallait d’abord entreprendre la révision critique des petits géographes grecs, il vint à Paris en février 1807, et y recueillit de précieux matériaux pour ce travail préparatoire. A son retour à Helmstædbt, le libéralisme de son enseignement et son patriotisme lui ayant attiré quelques désagréments, il accepta en 1809 à l’université de Francfort sur l’Oder une chaire, qui plus tard fut transférée à Breslau, où il mourut, le 5 septembre 1814, regretté de tous ses collègues et de tous ses disciples. Ses ouvrages classiques les plus répandus sont: Événements mémorables de l'Histoire universelle (Altona, 1810; 21° édition, 1838), Récit détaillé des Événements les plus mémorables de l'Histoire universelle (Altona, 1810; 12° édition , 1840 ).
BRÉE (Marrmeu-IenACE vAN), directeur de l’Académie des Beaux-Arts d'Anvers , naquit dans cette ville, le 22 février 1773, y fit une partie de ses études , et alla les achever à Paris, sous Vincent. En 1798, il débuta par la Mort de Caton, toile qui excita à un haut degré l'attention. Vinrent ensuite Le Tirage au sort des jeunes Athéniennes consacrées au Minotaure , les Adieux de Réqulus retournant à Carthage, le Baptéme desaint Augustin, la Péche miraculeuse, le Duc de Brunswick sur son lit de mort, l’Entrée de Bonaparte, premier consul, et de Joséphine à Anvers. Habitué à esquisser rapidement ses idées, Van Brée, au bout de quelques heures seulement, put offrir à Napoléon un tableau représentant les manœuvres de la flotte d'Anvers sur l’Escaut, et un autre, exécuté tout aussi vite, qui représentait l'entrée de Napoléon à Amsterdam au moment où les magistrats viennent lui offrir les clefs de la ville.
En 1816 il exécuta une toile représentant Van der Werf, <e bourgmestre de Leyde qui, en 1576, jeta à la foule, ameutée autour de lui et criant famine, cette exclamation sublime : « Eh bien! prenez mon cadavre, et partagez-vousle! » Cette vaste page, qui orne aujourd’hui l'une des salles le l'hôtel de ville de Leyde, est remarquable par l'habile disposition des groupes, par la hardiesse du trait, par la vivacité du coloris, qui rappelle celui de Rubens, et fit le plus grand honneur à son auteur. On cite encore de Van Brée sa Jeanne Sebus se précipitant dans le Rhin, son Come d'zp#nont, qu'un évêque console avant de marcher au supplice; Rubens mourant et dictant son testament, toile peut-être moins remarquable qu’un autre tableau de cet artiste, représentant Rubens au moment cù la femme de More le présente à Juste Lipse (propriété du grand-duc de Saxe-Weimar), et enfin son Tombeau de Néron, près de Rome, avec un groupe de Musiciens ambulants et de lazaroni,
BREDOW — BREGENZ
Van Brée a donné aussi des preuves de son talent en lithographie et en sculpture. Ilest mort le 15 décembre 1839.
BRÉE (Pniuipe-JACQUES VAN), frère et élève du précédent, célèbre aussi comme peintre d'histoire, et né en 1786, à Anvers, vint de bonne heure à Paris, puis alla se perfectionner à Rome, mais pour revenir se fixer à Paris, en 1818. Ses principales toiles sont es Voyageurs en Orient (1811); la Religieuse espagnole (qui ne put pas être admise à l’exposition) ; Afala trouvée par Le P. Aubry, d’après Châteaubriand (1812); {a Reine Blanche et son fils, le roi de France saint Louis; Marie Leczinska, fille du roi de Pologne, à l’âge d’un an; Marie de Médicis avec son fils; Louis XIII, devant Rubens (1817); Marie Stuart à l'heure de la mort ; Pétrarque surpris par Laure à la fontaine de Vaucluse; l’Abjuration de Charles-Quint ; l'Albane et sa famille ; Deux rois Francs jetés aux bêtes dans le théâtre de Trèves par ordre de l'empereur Constantin ; le Lever du soleil à la Nouvelle-Zemble (1828). Van Brée alla s'établir plus tard à Bruxelles, où il futnommé conservateur du Musée royal. Depuis ce temps, il n’a plus rien produit,
BREPF , rescrit adressé par le pape à des souverains, des prélats, des communautés et même des particuliers pour leur accorder des indulgences, des dispenses ou simplement pour leur donner des témoignages d’affection ou d’approbation. Le bref est d'ordinaire sur papier, écrit en italique, sans préambule; il n’est scellé qu'avec de la cire rouge et sous l'anneau du pêcheur. Il porte en tête le nom du pape, et commence par ces muts : Dilecto filio salutem, et apostolicam benedictionem , etc. Le collége des secrétaires pour les brefs a été établi par le pape Alexandre VI.
11 y a deux espèces de brefs, les brefs apostoliques, c'està-dire ceux qui émanent directement des papes, et les brefs de la pénitencerie. Avant la révolution de 1789 on pouvait appeler comme d’abus des brefs du pape, s'ils étaient contraires aux libertés de l'Église gallicane et à la constitution de l’État. Aujourd’hui,d’après les articles organiques du Concordat, pour avoir autorité en France, les brefs apostoliques doivent être soumis à l'examen du conseil d'État, inscrits sur des registres et promulgués par ordonnance du chef de l’État. |
Le mot bref avait autrefois d’autres acceptions. On appelait ainsi les lettres qui s’obtenaient en chancellerie à l'effet d'intenter une action contre quelqu'un. Ainsi l’on disait dans nos anciennes coutumes un bref de restitution, de rescision ; on appelait en Normandie bref de mariage encombré une action que la femme avait le droit d’exercer à l'effet d’être réintégrée dans ses biens dotaux ou matrimoniaux, qui avaient été aliénés par le marï. — En Bretagne ce mot avait un sens tout différent ; il signifiait un congé ou permission de naviguer. Il y ex avait de trois sortes, bref de sauveté, bref de conduite, et bref de victuailles. Le premier se donnait pour être exempt du droit de bris et naufrage; le second pour être conduit hors des dangers de la côte; le troisième pour avoir la liberté d’acheter des vivres. On disait également brieux.
BREGENZ, chef-lieu du cercle du Vorarlberg, dans le Tyrol autrichien (cercle qu'on désigne aussi quelquefois sous le nom de cercle de Bregenz), est situé sur les bords du lac de Constance, à l'embouchure d’une petite rivière appelée aussi Bregenz, au pied du mont Gebhard, haut de 300 mètres et que dominent les ruines d’un vieux château fort d’où l’on jouit de la vue la plus délicieuse sur le lac et les vignobles qui l'entourent. On y compte 4,000 habitants, Cette ville est le siège des diverses autorités civiles et militaires du cercle, et le centre d’un commerce assez actif. C'est aussi l’une des plus anciennes cités de l’Allemagne, et elle comptait autrefois au nombre des places fortes destinées à protéger ses frontières au midi. Au temps des empereurs de la maison de Hohenstaufen, Bregenz était le chef-lieu de l'important comté du même nom, dont les titulaires figuraient parmi les sei-
BREGENZ — BREISLAK
gneurs les plus influents de la Suisse et de la Souabe. Après l'extinction de cette famille de petits dynastes, et à la suite d’une foule de changements et de bouleversements, le comté ainsi que la ville furent achetés au quinzième siècle par la Maison de Habsbourg.
BREGUET (Agramam Louis), horloger célèbre, naquit ke 10 janvier 1747, à Neufchâtel, en Suisse, d’une famille française et protestante, qui avait été forcée de s’expatrier lors de la révocation de l’édit de Nantes. Au collége il ne réussit point dans les études classiques, et ses instituteurs prirent une assez mauvaise opinion de son intelligence. Sa famille ayant fait un voyage à Paris, le jeune homme fut mis en apprentissage régulier chez un horloger de Versailles, et ce fut alors seulement que ses talents et son habileté commencèrent à se manifester.
A peine sorti d'apprentissage, Breguet perdit sa mère et son beau-père, et se trouva seul avec sa sœur aînée, chargé de pourvoir par son travail à la subsistance de deux personnes. Cependant, il sentait que son instruction n’était pas complète, et surtout il éprouvait fortemen: ie Wrsoin d'apprendre les mathématiques, Son courage et son assiluité suflirent à fout; il trouva le moyen de suivre le cours que l'abbé Marie faisait alors au collége Mazarin.
Plusieurs années avant nos troubles politiques, Breguet avait formé l'établissement qui a produit tant de chefsd'œuvre d'horlogerie et de mécanique, et la renommée commençait à publier son nom, Une montre qu'il avait faite fut mise entre les mains d’Arnold, célèbre horloger anglais, qui, frappé de la simplicité du mécanisme et de la parfaite exécution de ce produit d'une industrie qui n’était pas anglaise, se mit sur le-champ en route pour la France, sans autre but que de faire connaissance avec l'artiste français, Le cœur expansif de Breguet allait au-devant de toutes les nobles amitiés; l’horloger anglais y occupa bientôt une place, et lorsqu'il retourna dans sa patrie, il reçut de son nouvel ami de Paris le témoignage le plus touchant d’estime et d'affection : Breguet lui confia son fils, afin qu’il l'initiàt aux secrets de l’art qu'il exerçait avec tant de distinction.
Arnold avait rendu son élève à son père après avoir satisfait complétement aux devoirs de l'amitié, Breguet trouvait dans son fils un collaborateur en état de le seconder. Mais les temps nébuleux de la France approchaïent : au milieu de la crise révolutionnaire, le père et le fils durent pourvoir à leur sûreté, et des hommes de l’un et de l’autre parti, qui se faisaient alors une guerre si acharnée, s’empressèrent également de fournir aux deux artistes les moyens de sortir de France. D’autres secours les attendaient au dehors : un ami riche et généreux (M. Disnay Fytche) les força d’accepter un portefeuille qui les mit en état de consacrer leur loisir à des recherches sur leur art. Enfin, après deux années d’absence, Breguet revint à Paris ; il s'agissait de former un nouvel établissement, ce qui ne fut pas difficile, en mettant en œuvre les trésors de connaissances que le père et le fils n'avaient pas cessé d’accroître de jour en jour. Depuis cette époque la vie de Breguet fut une continuité de succès, de jouissances, de bonheur. 11 fut nommé successivement horloger de la marine, membre du Bureau des Longiludes, et enfin membre de l’Institut,
Le 17 septembre 1823 la France perdit cet homme, qui avait illustré son indusirie. Il nous serait impossible d’énumérer ici tous les services que Breguet a rendus à la navigation, à la phySique et à l'astronomie. Ses chronomètres de poche, ses horloges marines, ses montres perpéturlles, ses pendules sympathiques, son compteur astronomique, son thermomètre métallique, ses timbres pour les montres à répétition, son parachute, ses échappements, le mécanisme des télégraphes établis par Chappe, etc., sont des monumsnts impérissables du génie inventif de cet artiste distingué. FERRY.
DICT. DE LA CONVERS. — T. Il.
Le fils de Breguet, Louis, continua les travaux de son père, quitta les affaires en 1833, et mourut en 1858, à l’âge de quatre-vingt-deux ans.
Le chef actuel de la maison, Louis Brecuer, fils de celuici, est né à Paris le 22 décembre 180%. Après avoir étudié en Suisse la fabrication des chronomètres, il prit chez son père la direction de l'horlogerie de marine et s'oceupa ensuite de l'application de son art aux sciences physiques. En 1862 il devint membre du Bureau des Longitudes. Le premier en France, il construisit des appareils de télégraphie électrique, et le Traité qu'il fit paraitre en 1845. est un des flus anciens qui aient été publiés sur ce mode de transmission. Déjà honoré de plusieurs rappels des médailles d'or obtenues par sa famille, M. Breguet a eu en 1855 une médaille d'honneur pour les télég'aphes électriques qu'il avait produits à l'exposition universelle.
BREHAIGNE, ancien mot qu'on applique aux femelles des animaux qui ne conçoivent point, par opposition à celles qui sont fécondes, dites portières. Une carpe brehaiane n'a ni œufs ni laite. Voyez aussi CROCHET.
BRÉHAT (le). Voyez Côres-pu-Norp (Dépt. des).
BREHM (Cunérien Lours), naturaliste, naquit le 24 janvier 1787, près de Gotha. Nommé ministre luibérien en 1813, il se livra durant ses loisirs à son goût particulier pour l’histoire naturelle, et forma, avec quelques autres savants, la collection la plus complète des oiseaux de l'Allemagne. Ses
ouvrages, rédigés avec beaucoup de soin, ont contribué à
populariser dans son pays la science à laquelle il avait consacré sa vie. Nous citerons de lui : Æssais sur les oiseaux (Neustadt, 1821-29, 3 vol.), Histoire naturelle de tous les oiseaux d'Europe (léna, 1823-24, 2 vol.), l’Oiseau (Ibid., 1824 27, 3 vol.), les Oiseaux de l'Allemagne (1831), Monographie des perroquets (1842, 3 vol.), et l’Art de préparer les oiseaux (1842). — Ce savant est mort le 23 juin 1864.
Son fils, Alfred-Edmond, né le 2 février 1829, est aussi un naturaliste distingué. Après avoir dirigé le jardin zoologique de Hamboure, il a été mis, en 1867, à la tête de celui de Berlin. Il a publié une Histoire naturelle des animaux, qui a eu deux éditions et a été traduite en français et en anglais.
BREISLAR (Scrpiox), l’un des plus ingénieux géolognes des temps modernes, 1 6 À Rome, en 1768, et fils d’un Allemand, avait d'abord éié destiné à l'état ecclésiastique; aussi dans les œuvres de Spallanzani est-il désigné sous le titre d'abbé. Professeur de physique et de mathématiques à Raguse, l'abbé Fortis le détermina à se vouer exclusivement à l’histoire naturelle. Il fut ensuite professeur an collegium Nazarenum ; puis il alla visiter Naples, et vint à Paris, où il se lia avec Fourcroy, Chaptal, Cuvier, ete. Plus tard, Napoléon le nomma inspecteur des poudres et salpêtres du royanme d'Italie. Il fut aussi membre de l’Institut et de beaucoup d’autres sociétés savantes. Les premiers écrits par lesquels il se fit connaître comme naturaliste, par exemple, sa dissertation sur la Solfatare de Naples, qu’en sa qualité de directeur des alunières et de professenr à l’école royale d'artillerie de Naples, il eut pendant longtemps de fréquentes occasions d'examiner, donnent déjà des aperçus des principes sur lesquels il devait fonder son système de géologie. Il combattit les idées des Neptunistes, sans outefois adopter sans réserve celles des Vulcanistes.
Le premier ouvrage important qu'il fit paraître fut sa Topografa fisica della Campania (Florence, 1798). Après avoir encore continué quelque temps ses recherches sur les tlicux décrits dans cet ouvrage et avoir découvert la communication existant entre les volcans du Latium et ceux de la Campanie, il revint ensuite à - Rome, dont il étudia non moins soigneusement les environs ; et le résultat de ses observations le confirma dans l'opinion que la plus grande partie des sept célèbres collines sont les restes d'un volcan éteint. Pour fuir les troubles politiques qui survinrent alors
lans sa patrie, il se rendit en France, où il fit paraître une nouvelle édition de l'ouvrage mentionné ci-dessus, augmentée d’une foule d’additions et de rectifications, sous le titre de Voyages physiques et lithologiques dans la Campunie (2 vol., Paris, 1801). Breiïslak utilisa son séjour en France en faisant des recherches sur les volcans éteints de l'Auvergne : À son retour en Italie, il fit paraitre son /ntroduzione alla geologia (2 vol., Milan, 1811), dont il donna une seconde édition, complétement refondue, et en français, sous le titre d’Instituhions géologiques (3 vol., Milan, 1818), ainsi que sa Descrizione della Lombardia (Milan, 1822). 1] fut un des collaborateurs de la Biblioteca ilaliana depuis la fondation de ce recueil. Breislak mourut à Turin, le 15 février 1826. Après sa mort, on publia encore de lui, dans la Hemoria Lombardo-Veneta (1838), une longue dissertation Sopra à terreni tra il lago Maggiore e quello di Lugano. Il avaitlégué son célèbre cabinet minéralogique à la famille Borromée. ,
BREITENFELD , village et terre seigneuriale, situés à environ 2 myriamètres de Leipzig, et célèbres dans l’histoire par trois batailles. -
La première, livrée le 7 septembre 1631, entre les Suédois et les Impériaux, ne fut qu’un combat ; mais elle eut les suites les plus importantes, car elle assura l’existence du protestantisme et de la liberté en Allemagne. La prise de Magdebourg avait porté à son comble l’orgueil de Tilly, lorsque, dans les premiers jours de septembre 1631, il entra en Saxe à la tête de 40,000 hommes environ, pour contraindre par la force des armes l'électeur Jean-Georges 1°, qui refusait de se soumettre à l’édit de restitution et négociait avec Gustave-Adolphe, à faire cause commune avec l’empereur. Hne restait plus d'autre ressource à l'électeur que de se jeter dans les bras du roi de Suède, et c’est aussi ce qu’il fit. Schiller raconte qu'avant de livrer bataille Tilly Lint un conseil de guerre à Leipzig, dans la maison du fossoyeur. Les Impériaux furent complétement battus; leurs trois premiers généraux , Tilly, Pappenheim et Furstenberg, furent blessés, et Tilly faillit même être tué par un capitaine suédois. Sur le point le plus élevé du champ de bataille s'élève aujourd’hui, entouré de huit pins, un monument consacré le 7 septembre 1831 par le propriétaire du terrain à la mémoire de Gustave- Adolphe.
La seconde bataille, livrée le 23 octobre 1642, bien que moins importante par ses résultats, fût tout aussi sanglante. Cette fois les chefs étaient, du côté des Suédois, Torstenson, qui avait effectué le passage de l’Elbe à Torgau et assiégeait Leipzig; du côté des Impériaux, l’archiduc Léopold d’Autriche et Piccolomini, accourus de Dresde au secours de la ville. Les Impériaux, complétement battus, perdirent toute leur artillerie, composée de 46 pièces de canon, 121 drapeaux, 69 étendards, et tous leurs bagages. La cavalerie, poursuivie l’espace de 22 kilomètres environ par les Suédois, l'épée dans les reins, se réfugia, dans le plus grand désordre, en Bohême. Aussi l’archiduc, indigné de la conduite de ce corps, le fit-il juger en masse par un conseil de guerre. Le régiment de Madlo, qui le premier avait lâché pied, fut cassé, ses étendards brisés, tous les officiers et soldats déclarés indignes, puis décimés.
La troisième bataille dont Breitenfeld fut le théâtre est un des épisodes de la grande bataille des Peuples livrée sous les murs de Leipzig, le 16 octobre 1813.
BREITINGER (Jean-Jacor), connu surtout par les efforts que, de concertavec J.-J. Bo d mer, il fit pour propager les notions d’un goût plus pur dans les productions de la littérature allemande, naquit le 1° mars 1701, à Zurich, d’une des plus anciennes familles de cette ville, et y reçut son éducation, Inférieur à Bodmer sous lé rapport de la rapidité de conception et aussi sous celui de l'étendue et de la diversité des facultés de l'esprit , il l'emportait sur lui par une érudition plus profonde et plus universelle toujours em-
BREISLAK — BRELAN
ployée sans aucune ambition personnelle à la seule recherche de la vérité. Après sa Diatribe in versus obscurrissimos a P. Statio citatos (Zurich, 1723), il fit paraître son édition des Septante (4 vol., 1730). En 1731 il fut nommé professeur des langues grecque et hébraïque au collége de Zurich et chanoine. Secondé par les magistrats, il put opérer de nombreuses et importantes améliorations dans les divers établissements d'instruction publique de sa ville natale, Protecteur du talent naissant , ce fut lui qui lança, entre autres, le grand Haller et le fit connaitre.
On a de Breitinger un grand nombre de dissertations sur des sujets divers, entre autres sur les antiquités de la Suisse. Il prit une part active à la rédaction des journaux de critique publiés par Bodmer et à ses éditions de vieux poëtes allemands. Sa Poésie critique (2 vol., Zurich, 1740) fut l’origine de la profonde scission qui survint plus tard entre les écrivains suisses et les partisans de Gottsched. ]1 contribua aussi très-activement à la publication du Thesaurus scriptorum historiæ Helvetiæ. Breitinger mourut le 15 décembre 1776.
BREITRKOPF (Jean-GorrLos-EMMAnuEL), l’un des plus savants typographes dont s’honore l’Allemagne, naquit le 23 novembre 1719, à Leipzig, où son père, Bernard-Christophe Brerrkopr établit la même année, avec un capital minime, une fonderie de caractères, une imprimerie etune librairie. Celui-ci ne céda qu’à contre-cœur à l'inclination de son fils, qui voulait se livrer à la culture des lettres. Après plusieurs années d’études académiques, pendant lesquelles il n’en avait pas moins dû seconder son père dans la direction de son établissement industriel , il résolut de faire du perfectionnement de l’imprimerie l’occupation principale de sa vie. Il entreprit alors une réforme générale des caractères, et fut pour l'Allemagne le restaurateur du bon goût en matière de typographie. Ces travaux l’occupèrent jusqu’à sa mort, sans que les résultats obtenus par lui le satisfissent entièrement.
On sait qu’il imagina, en 1755, d'imprimer la musique avec des caractères mobiles. Il y a peu d'utilité à retirer, dans la pratique, du procédé qu’il inventa pour imprimer à l'aide de types mobiles des cartes de géographie, des portraits, et jusqu’à des caractères chinois. Quoiqu’à l'égard de cette dernière invention le pape lait fait complimenter et que l’Académie des Sciences de Paris lui ait fait témoigner son approbation, ces caractères ont si mal réussi, qu'il est impossible à un Chinois de les reconnaître ; aussi n’a-t-onjamais pu en faire usage. Il chercha en outre à améliorer l’alliage dont on sesert pour la fonte des caractères, à lui donner la dureté convenable, enfin à alléger le travail du fondeur : son infatigable activité s’étendit également jusqu’à la fabrication des presses. Il consigna le résultat de ses laborieuses investigations sur l’histoire des origines et des progrès de l’art typographique dans son Essai sur l’histoire de l’invention de l'imprimerie (Leipzig, 1774), et annonça en même temps une Histoire complète de l’'Imprimerie, qui l'occupa sans relâche, mais qu'il ne put achever, ainsi qu'une Histoiredes Imprimeurs, qui eut le même sort, En 1784 parut la première partie de son Essai sur l’origine des cartes à jouer, l'introduction du papier de chiffon et les commencements de la gravure sur bois : elle ne traite que des deux premiers objets, et est rédigée avec beaucoup d’exactitude. La seconde partie, publiée en 1801 par Roche sur les papiers précieux, mais sans ordre, de l'auteur, n'offre qu’un recueil de matériaux et de fragments Breitkopf mourut le 28 janvier 1784, laissant une des plus importantes imprimeries et fonderies de caractères de l'Allemagne, ainsi qu'une librairie et un magasin de musique montés sur l'échelle la plus grandiose.
BRELAN, jeu de cartes qui se joue à trois, quatre ou cinq, avec des cartes de piquet, en donnant trois cartes à chaque joueur, Nous ignorons l'époque où ce jeu s’est intro-