BRELAN — BRÊME
duit en France, mais il y était très-répandu sous le règne de Louis XIV, comme on le voit par ces vers de Boileau :
D'écoliers indiscrets une troupe indocile Va teuir quelquefnis un brelan defeudu,
Ces vers prouvent que le brelan devait ètre connu depuis longtemps à la cour et dans la haute société , puisqu'il était déjà prohibé sous les pein s les plus sévères par la police, qui en connaissait les suites funestes, Mais, malgré les défenses, ce jeu se maintint jusqu’à ce que les spéculateurs, trouvant qu'il ne leur offrait pas assez d'avantages, soit parce que chaque coup était trop long, soit parce que les chances en étaient trop égales, iinaginèrent des jeux de hasard plus prompts, et où à point égal le bénéfice est pour le banquier. Tels furent le Macao, le Pharaon, et surtout le Trente et Quarante, qui va plus vite que tous les autres, et qui expédie plus promptemnent les joueurs.
Le brelan est un jeu commode en apparence, parce qu’on ne joue que quand on veut, mais on n’y est guère libre de ne jouer que ce qu’on veut ; car les joueurs y faisant des enchères à l’envi les uns des autres, celui qui s’est engagé pour la première est obligé de la payer ou de risquer à perdre les enchères supérieures qu’il aura acceptées. Ce jeu est d’ailleurs assez égal, lorsque la plus forte enchère est acceptée de part et d'autre. Le point le plus fort, ou le brelan le plus élevé, l'emporte. On sait que le coup appelé brelan, et qui a donné son nom au jeu, consiste à avoir trois cartes de même figure ou de même point ; le brelan favori ou brelan de valets l'emporte sur tous, Inême sur le brelan quatrième ou carré (formé par la carte qui retourne, ajoutée aux trois autres). Du reste, ce jeu offre une grande ressemblance avec la bouillotte, qui le remplace aujourd’hui,
Brelan se dit aussi d’une maison où l’on donne, soit clandestinement, soit publiquement, à jouer aux dés ou aux cartes. H. AUDIFFRET.
BRELINGUE ou BRELINDE. Voyez BERLINE.
BRELOQUE,, au propre et au figuré, hochets de peu de valeur : Cel homme vend bien cher ses breloques, c’està-dire ses fadaises, ses niaiseries, ses billevesées, ses colifichets. Il se dit plus particulièrement des petites clefs, petits cachets, menus bijoux, futiles curiosités, qu’on porte à l'extrémité d’une chaîne de montre. La révolution de 89 trouva les gentils-hommes français étalant fort bas, le long de leurs deux cuisses, deux larges chaines d’or, que, à leur tour, les bourgeois, singes des nobles, qu'ils n’aimaient pas, portèrent bientôt en acier. La jeunesse dorée de Thermidor essaya de faire revivre cette mode, qui ne prit pas. Les breloques, importées de Londres, eurent le dessus. Les deux chaînes se réunirent en une seule, très-courte, qu'on porta, tour à tour, à droite et à gauche, et à laquelle il fut de bon goût d’appendre une toufle épaisse de colifichets, les plus variés, les plus bizarres, les plus originaux ; on y voyait jusqu’à des triangles, des sabres, des bonnets phrygiens, des guillotines microscopiques. Les dreloques persistèrent sous le Consulatet sous l'Empire. On leur fit subir seulement une épuration indispensable dans les pièces qui les composaient, et on ne les suspendit plus à une chaîne, mais à un beau ruban moiré, rouge, noir, bleu, vert ou violet, selon le goût et l'opinion du proprictaire.
Les malheurs publics des premières années de la Restauration exécutèrent une épouvantable razzia sur les breloques. On cherchait à faire argent de tout. Plus tard, quand revint la confiance, on ne porta plus qu’une chaîne à gros anneaux, avec une clef unique, calquée sur les grandes clefs des serruriers, puis une véritable clef de montre, ornée d’une monstrueuse cornaline, et enfin, depuis le règne de Louis- Philippe, une imperceptible chaîne et une imperceplble clef à la mode anglaise. Nos voisins d’outre-Manche nous deyaïent bien ce dédommagement de leurs affreuses breloques
thermidoriennes. En tout cas , en dépit des révolutions de la mode, le vieux roi conserva toujours le goût des breloques.
Cet assemblage, d’un goût délestable, n'apparait plus, de nos jours, dans nos grandes villes que de loin en loin comme complément obligé de la toilette de quelques gros épiciers ou marchands de bois enrichis, administrateurs de douanes du Jura ou des Ardennes, juges de paix du Cantal ou des Landes, sous-préfets en retraite, ou régents de quelque lointain collége communal. Là on ne renonce pas si vite au culte des souvenirs et aux héritages de famille, Quelques femmes excentriques , d'un âge raisonnable, anciennes maitresses d'hôtel garni, anciennes marchandes de mode, ou bas bleus incompris, s'honorent encore aussi d'un bouquet d'imperceptibles breloques à la ceinture. C’est fort bien porté, disent-elles. Nous le croyons bien. Nous aïnons les caricatures complètes.
L'on appelait autrefois breloques les boutiques pertatives des petits merciers étalagistes ; et l’on trailait au figuré de breliques-breloques les travaux qui s'accomplissaient sans ordre, logique, ni méthode,
Le breloque ou plutôt la berloque, en style de caserne, est une batterie de caisse, brisée, saccadée, appelant les soldats à la distribution des vivres ou aux repas. Par analogie, au figuré, battre la breloque ou La berloque se dit d’un pauvre diable qui dans ses discours Commence à donner des signes évidents d’aliénation mentale,
BREME,, genre de poisson, appartenant à la famille des gymnopomes. La brème commune (abramis d’Athénée) est un poisson de nos eaux douces, dont la chair est blanche et agréable au goût. Sa forme est à peu près celle de la carpe, mais plus plate, et ses écailles sont beaucoup plus grandes. Sa tête est petite, et elle a deux nageoires auprès des ouies et deux avtres au milieu du ventre. Il vit une partie de l’année enfoncé dans la vase et caché sous l'herbe des étangs, et ne s'élève à la surface qu’au temps de la ponte, vers le printemps, qui est aussi le moment favorable pour le pécher. Ce poisson, qui est très-abondant dans les rivières et les étangs du nord de l’Europe, surtout en Suède, où sa pêche est un objet de commerce important, est beaucoup moins commun en France, où cependant il serait très-facile de le multiplier. Sa croissance n’est pas moins prompte que celle de la carpe.
BRÈME , sur le Weser, l’une des quatre villes libres que l’on compte encore aujourd’hui en Allemagne, avec un territoire de 192 kilomètres carrés, dont la principale partie, divisée en seigneurie de la rive droite et seigneurie de la rive gauche du Weser, renferme la ville, tandis que les bailliages de Vegesack et de Bremerhaven, avec les bourgs du même nom, et situés, l'un à 15 kilomètres et l’autre à 52 kilomètres plus loin au-dessous de la ville, forment des ports séparés et distinets. D'iprès le recensement de fin 1871, la population to aie est de 122,565 habilants professant la res ligion protestante, à l'exception de 5,000 catholiques. Sur ce chiffre, 82,950 habitants appartiennent à la ville proprement dite; le reste est disséminé dans les deux bourgs de Vegesack et de Bremerhaven et dans cinquante-huit villages et hameaux.
La villese divise en vieille ville, ville neuve et faubourg. Ce dernier quartier, séparé de la vieille ville par les fossés des anciennes fortifications , décrit, avec celle-ci pour centre, un vaste demi-cercle sur la rive droite du Weser. En face de la vieille ville, sur la rive gauche du fleuve, est située la ville neuve, à laquelle on arrive par deux ponts, jetés l’un sur le fleuve, l’autre sur un de ses embrancliements qui a là son embouchure, et qu'on appelle le petit Weser. Les anciennes fortifications ont été depuis le commencement de ce siècle transformées en de délicieuses promenades publiques, qui s'étendent entre la vieille ville et le faubourg, sur les remparts et les contrescarpes d’un point à un autre du Weser; rien de plus ingénieux ni de meil-
leur goût que leur disposition. Les édifices anciens les plus remarquables de Brême sont : la cathédrale, bâtie vers l'an 1050 par l'archevêque Adalbert et le sénat, construction gothique commencée en 1405, avec ses fameuses caves, dont l'entrée est décorée de la statue, en pierre, de Roland; la Bourse, la Marine, les deux hospices d’orphelins; et, parmi les édifices de construction moderne, l'hôtel de ville, la maison de travail, le muséum avec sa collection d'histoire naturelle, la nouvelle salle de spectacle, le nouvel hôpital, Pembarcadère du chemin de fer et le grand pont sur le Weser, Citons aussi les statues d'Olbers et de Gustave-Adolphe, Brême abonde en instituts charitables, en établissements d'instruction publique, et en institutions dans l'intérêt du commerce et de la navigation, qui de tout temps ont été l’objet d’une sollicitude particulière de la part des autorités municipales, attendu que l'existence même de la ville ainsi que sa prospérité reposent avant tout sur le génie maritime et mercantile de sa population.
Brême est située au point où commence le Weser inférieur, là où l’on ressent encore faiblement les effets du flux et du reflux, à 74 kilomètres des côtes et à 111 de la pleine mer. Aujourd'hui encore elle est accessible pour les bâtiments employés au cabotage ou encore pour les bâtiments larges et plats, par conséquent tirant peu d’eau, comme il était d’usage d’en construire autrefois; maïs la plus grande partie des navires sont obligés de s'arrêter et de jeter l’ancre à une grande distance au-dessous de la ville. On créa à cet effet, au commencement du dix-septième siècle, le port de Vegesack, et les proportions toujours plus grandes données à la construction des navires firent reconnaître la nécessité d'ouvrir un nouveau port à Bremerhaven, dont la fondation date de l'année 1827. Cette création a rendu à Brême sa physionomie de ville de mer, déjà à moitié effacée, et a considérablement favorisé le développement de sa grande activité maritime, qui depuis lors s’y trouve presque toute concentrée. Cette séparation que la force des choses a établie entre Brême et ses ports a eu ce résultat naturel que la ville, quoique l'âme communiquant l'impulsion au tout, a plutôt la physionomie d’un entrepôt, et que pour se faire une juste idée de l'importance de Brême comme place de mer et comme marché cosmopolite, on doit passer en revue toute l'étendue de côtes s'étendant depuis la ville jusqu’à Bremnerhaven.
JL faut d’ailleurs attribuer en grande partie le nouvel et puissant essor qu'a pris le commerce maritime de Brême aux nombreux comptoirs et établissements que ses citoyens ont fondés dans la plupart des ports de l'Amérique etdu monde accessibles au pavillon allemand, de même qu'aux vastes proportions et à la notoire habileté de sa marine, qui en 1871; comptait 307 bâtiments à voile et à vapeur, dont 30 steamers, jaugeant eusemble 238,415 tonneaux, sans compter le cabotage et la batellerie du Weser ; en 1863 sa marine jaugeait 225,932 tonneaux seulement, Le commerce direct de Brême l'emporte sur ses affaires de commission-et d'expédition, et de même ses relations transatlantiques sont bien plus importantes que celles qu’elle entretient avec l'Europe. En tête viennent ses relations avec les États-Unis de l'Amérique septentrionale, puis celles avec les Indes occidentales et Jes anciennes colonies espagnoles et portugaises du continent américain. Dans ces derniers temps elle en a aussi établi de multiples et très-profilables avec l'Afrique, les Indes orienlales, la Chine, l'Australie, etc. Et indépendamment des pêches dans les mers du Nord, elle a également pris une part des plus actives aux pêches de la baleine dans les mers du Sud ; industrie que Brème a introduite la première et qu'elle exerce encore aujourd'hui presque seule parmi les Allemands.Ses principaux objets d'importation sontle tabac, l'huile de baleine, le sucre, le café, le vin, le riz, le coton, les cuirs, les bois de teinture et les grains. Ses exporlations consistent en produits des manufactures et des mines de