‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 428 sur 527 · BRESCIA — BRÉSIL · texte numérisé non relu

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du Paraguay et de la Plata ; au sud par la Banda Oriental ou république de l’Uruguay ; à l’est par l'océan Atlantique, qui baigne ses côtes sur un développement de plus de 6,500 ki-

Jomètres. Les limites politiques du Brésil ont été déter-

minées par des trailés conclus en 1777, 1778 et {801 avec l'Espagne ; mais comme elles n’ont été fixées par l’arpenlage que sur un très-petit nombre de points, la plus grande incertitude règne sur son étendue réelle, que le gouvernement, dans ses évaluations officielles, fixe à 12,663,819 kilom. carrés; longueur du nord au sud, 7,000 kilom.; largeur, 5,000. :

L'aspect du Brésil, vu de la pleine mer, est àpre et inégal; mais à mesure qu'on approche des côtes, les sites les plus pittoresques se dessinent à l’envi comme pour surprendre et éblouir les yeux. Ces côtes, par la direction qu’elles affectent, se divisent en orientale, qui est la plus longue, et court du sud-ouest au nord-est, depuis l’extrémité méridionale du territoire jusqu’au cap Säo-Roque, et em septentrionale, commençant au cap Säo-Roque pour se diriger vers le nord-ouest. Ces côtes, sans sinuosités considérables, n'offrent, à l'exception de l'estuaire de l’Amazone, que des golfes peu profonds. Des baies très-nombreuses forment, principalement sur la côte orientale, qui est la ‘plus élevée, les plus beaux ports du globe : Bahia, Rio-de-Janeiro, Porto-de-Seguro, Espiritu-Santo, Pernambuco, Angra-dos-Reys, Santos et Maranhäo. En pénétrant dans le pays, le sol s'élève graduellement à une hauteur de 1,600 à 2,000 mètres. Çà et là s'offrent des vallées remarquables par la pente abrupte de leurs berges; celle du Säo-Francisco est la plus belle. Au loin s'étend l’immense plaine de l’Amazone, qui a plus de 800,000 kilomètres carrés de superficie ; elle comprend toute la partie centrale de l'Amérique du Sud, la moitié du Brésil, une portion des républiques de Vénézuéla, du Pérou et de la Bolivie. La plaine du Rio de la Plata, qui a près de 600,000 kilomètres carrés de surface, embrasse une partie du Brésil, du Paraguay, de l'État de Buenos-Ayres, de la Banda Oriental et de la Patagonie. Ce sont ces fameuses pampas, dénuées d’arbres et couvertes d'innombrables graminées, qui rappellent les savanes du Mississipi, fandis que la plaine de Amazone, placée dans un climat plus chaud et plus humide, présente dans ses immenses forêts une force de végétation à laquelle rien ne peut être comparé dans les autres continents. Elle est traversée dans le nord par le vaste désert de Pernambuco, digne d’entrer en comparaison avec ceux de l'Afrique et de l'Asie pour l'étendue, l’aridité du sol, l'abondance et la mobilité du sable; il est borné par Pernambuco , le Säo- Francisco, Crato, Ceara et Natal. On y trouve quelques oasis d’une belle végétation, mais elles sont rares.

D'après la nature de son territoire, le Brésil se divise en trois régions distinctes; la côte , bande de terre de peu d’étendue , le plateau intérieur, coupé de nombreuses chaînes de montagnes, et la vaste plaine d’alluvion, peu accidentée, qu’arrosentl’Amazoneetses affluents. Le plateau intérieur se subdivise en trois fragments remarquables par leur élévation et leur étendue : ce sont le plateau de la Guyane, le plateau brésilien et le plateau central. Le premier embrasse l'ile im mense formée par l’Orénoque, le Rio-Negro, l’Amazone et l'Atlantique; sa surface est partagée entre le Brésil, la Guyane et la république de Vénézuéla. Sa hauteur est de 400 à 800 mètres. Le second comprend la partie basse des bassins du Säo-Francisco et du Parana , dans Minas-Geraës et Säo-Päolo, et les plus hautes terres de Rio-de-Janeiro, Espiritu-Santo, Bahia, Pernambuco et Piauhy; elévation moyenne : 300 à 500 mètres. Le troisième enfin se déroule à travers Matlo-Grosso, Goyaz et Säo-Pâolo, outre une partie du Rio de la Plata et de la Bolivie. Sa hauteur a été fort exagérée par les géographes ; elle ne dépasse pas 400 mètres.

Le caractère particulier de l'orographie du Brésil y dé-

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ermine de grandes variétés dans le système organique, aussi bien dans le règne animal que dans le règne végétal. L'aspect des forêts vierges, si bien décrites par Spix et Martius, a de tout temps excité l'admiration des voyageurs. La plus grande partie de l’intérieur du pays, depuis l’embouchure de l’Amazone jusqu'aux premiers contre-forts des Andes, surtout dans les latitudes septentrionales, forme une vaste et impénétrable forêt, dont les arbres sont enlacés jusqu'à leur sommet par de fortes lianes , des arbustes et des plantes parasites. Rien de plus majestueux que ces masses de végétation colossale qui semblent s’élancer du chaos et sous la voûte desquelles l’homme errant et craintif n’apparait que comme un insecte , comme un atome. Aussi ny séjourne-t-il presque pas. On y trouve fort peu d’habi- . fations , de même que sur les bords du Säo-Francisco; et la côte elle-même est couverte de forêts vierges à une grande distance dans le sud.

En prenant pour point de départ au sud la pointe d’un grand triangle dont la base séptentrionale serait formée par la chaîne de montagnes qui court du cap Oriental de Säo-Roque à l'extrémité occidentale de Cordillera geral, sur la Madeira, affluent de l’Amazone,-on rencontre d’abord, le long de la côte, la serra do Mar, d'une hauteur moyenne de 1,000 à 1,100 mètres au plus, de laquelle se détachent quelques rameaux isolés et qui sépare du plateau intérieur le littoral, étroite bande de terre, d'ordinaire extrêmement fertile, couverte, dans ses parties incultes, de forêts vierges, comme nous l'avons dit, et descendant par une pente rapide vers l'Océan. Cette chaîne, depuis le cap Frio, au-dessous de Rio-de-Janeiro, court au sud-ouest dans une direction presque parallèle à la côte, jusqu’au 26° 30’ de latitude sud. Là elle se divise en deux branches qui embrassent le bassin de l’Uruguay. Derrière, et presque parallèlement, se dessine au sud-ouest la Serra de Mantiqueira, dont elle est séparée par le bassin du Säo-Joäo-da-Parahyba. Cette dernière, qu’on pourrait considérer comme la chaîne centrale du Brésil, et dont les masses principales sillonnent les provinces de Minas-Geraès et de Goyaz, présente les sommets les plus élevés de tout le système brésilien : le Buquira, de 3,440 mètres, et le pic dos Orgaos, de 2,370. A partir de Villa-Rica, cette chaîne continue à courir presque directement au nord, parallèlement à la côte. Jusqu’aux sources du Rio das Contas et à la ville de Caytete dans la province de Minas-Geraès, c'est-à-dire depuis le 20° 30° jusqu’au {4° de latitude sud, elle porte le nom de serra do Espinhaço. C’est une suite de montagnes escarpées et déchirées. Dans sa partie méridionale, elle prend le nom de serra da Lapa. Deux rameaux s’en détachent, la serra de Sûo-Geraldo, dont le point culminant, l’Itacolumi, atteint une hauteur de 1,680 mètres; et vers le nord, dans la direction du nord-est au nord du Rio-Doce, entre ce fleuve et le Belmonte, la serra das Esmeraldas, fière de son Itambe, qui a 1820 mètres de hauteur.

Parmi les sommets les plus élevés de la serra do Espinhaço, on doit citer encore la Piedade (1770 mètres) et au sud-ouest le pic de Itabira (1590 mètres). La: partie septentrionale de cette chaine porte le nom spécial de serra Branca. Du 14° au 10° 30 de latitude sud, la cordillère principale continue à se diriger vers le nord, sous le nom de serra Tiuba, n’inclinant un peu à l’est qu'à son extrémité, lorsqu’elle approche du Säo-Francisco. Parallèlement à cette chaîne, et formant avec elle le bassin de ce dernier cours d’eau, s’élance, vers l’ouest, la serra da Tabatinga, depuis le 20° jusqu'au 11° 20° de latitude sud, où elle se bifurque. La branche orientale, dite serra de Piauhy, puis serra Ibiapaba, forme un large croissant, qui se déroule presque jusqu’à la mer au 3° de latitude sud. La branche occidentale, suivant une ligne plus droite vers le nord-nord-ouest, esse sur la rive orientale du Tocantin , au 4° 40’ de latitude sud, Elles embrassent toutes deux le bassin de la Parana-

C75 hyba et les provinces de Piauhy et de Maranhäo. De la branche orientale se détachent, au nord du Säo-Francisco, à la pointe la plus orientale de l'Amérique du Sud, dans les provinces de Pernambuco, Rio-Grande-do-Norte et Parahyba, plusieurs chaînons, tels que la serra Cayriri et la Borborema, qui s'étendent jusqu'à la côte. Les chaînes isolées de la serra Guamane et de la serra de Botarite appartiennent à la province de Céara. Les chaines parallèles de la serra do Espinhago et de la serra de Tabatinga sont soudées au sud, près de Villa Rica, par la serra Negra, chaînon qui court de l’est à l’ouest et ferme la vallée du Säo-Francisco. La serra da Tabatinga est également unie à la Cordillera-Gtande par un chaînon qui en jaillit, à angle droit, sous le 16° 40° de latitude sud, et qui porte le nom de Pyreneos.

La serra de Santa-Marta, qui se détache du nœud de la Cordillera-Grande et des Pyreneos, court au sud-ouest, depuis le 16° 30° de latitude sud jusqu’au 20°, où elle prend le nom de serra dos Vertentes. C’est le chaînon le plus méridional de la serra do Espinhaço. Du milieu des affluents de l’'Amazone, de l’Uruguay, du Xingu, du Topajos et de la Madeira, s’échappent dans la direction du nord, plusieurs chaînons, peu élevés, tous liés à leur extrémité méridionale par des chaînes transversales. Aucun d'eux ne mérite une attention particulière, si ce n’est la Cordillera geral, qui s’étend au sud-ouest depuis le 14° 10’ de latitude sud jusqu'à la Madeira, dans la province de Matto-Grosso, limitrophe de la Bolivie. Parmi ces chaînes de montagnes principales et secondaires on trouve dans les moins élevées du calcaire, dans les moyennes du granit, dans les plus hautes du calcaire et de l'argile schisteuse. Nulle part elles n’atteignent la limite des neiges; mais elles sont extrêmement importantes, à cause des pierres précieuses et de l’or qu'elles renferment dans leurs vallées et leurs ravins. On les considérait jadis comme faisant partie du système des Andes, comme en formant, pour ainsi dire, les premiers échelons; mais cette opinion a été abandonnée depuis qu’on sait que le plateau brésilien a une pente très-roide à l’ouest et qu’il est séparé des Andes par de vastes plaines, surtout dans la partie occidentale de la province de Matto-Grosso. Les chaînes de montagnes du Brésil sont presque toutes liées entre elles par des branches transversales et enserrent de nombreux vallons, de nombreuses vallées, de toutes formes.

Le résultat naturel de la configuration du sol brésilien est subordonné au cours très-étendu de la plupart de ses fleuves, qui, bien que prenant leur source à de faibles distances de la côte, sont forcés de couler au nord ou au sud, parallèlement aux chaînes de montagnes sur un espace de plusieurs degrés, avant d'atteindre l’une de ses deux grandes artères, l’'Amazone ou la Plata, dans lesquelles se déchargent presque tous les cours d’eau qui sourdent entre la serra do Mar et les Andes. La majeure partie se jette dans Amazone, qui, lui aussi, coule d’abord du sud au nord et ne prend sa direction vers l’est qu’à son entrée dans le Brésil. Le premier de ses affluents de droite est Ja magnifique Madeira, qui descend de la Bolivie. Viennent ensuite le Topajos et le Xingu, dont les sources sont voisines. Parmi les affluents de gauche, on cite le Rio-Negro ou Japura, qui descend de la Nouvelle-Grenade. Non loin de l’'Amazone, en deçà de l’île Marajo, se dessine l'embouchure du Tocantin ou Para, formé de la réunion du Tocantin proprement dit et de l’Araguay ou Rio-Grande. Le Tocantin proprement dit recoit le Parana, et l’Araguay reçoit le Rio dos Mortes. Le Maranhäo , qui traverse la province du même nom, se jette dans la baie de Säo-Luiz, ainsi nommée de cette ville matitime. Plus à l’est, le Parnahyha ou Parahyba arrose la province du même nom, et se rend dans la mer après un cours de 150 kilomètres. Sur la côte orientale, formant la limite des provinces de Sergipe et de Pernambuco, le Rio Säo- Francisco tourne à l’est, aux deux tiers de son cours, après

avoir longé la serra do Espinhaço, qui le sépare de la côte, et ne se jette dans l'Océan qu'après un cours de 290 kilomètres : c'est le plus grand fleuve du Brésil; il descend de la serra da Canastra dans la province de Minas-Geraès.

Un gran nombre de rivières, plus ou moins considérables, s’épanchent aussi des montagnes parallèles à la côte, et suivent une direction opposée à celle des fleuves de l’intérieur. Les plus remarquables sont : 1° le Rio Grande de Belmonte ou Jiquitinhonha, qui prend sa source dans la serra do Espinhaço, arrose la province de Bahia, et a son embouchure près du Belmonte; 2° le Rio Doce, principal cours d’eau des provinces de Minas-Geraès et d’Espiritu-Santo, qui vient de la même chaîne de montagnes ; 3° le Säo-Joäo de Parahyba, ou du Sud, qui marque la limite entre la province de Espiritu-Santo et celle de Rio-de-Janeiro, et dont la source est.dans la serra Mantiqueira; 4° enfin, à l’extrémité méridionale de l'empire, le Jaeuhi ou Rio-Grande du sud, qui unit, comme un canal naturel, le lac dos Patos et le lac Mirim, Parmi les affluents que nous avons cités, il en est qui ont un cours égal à celui des plus grands fleuves de l'Europe, le Volga seul excepté.

C’est encore dans les montagnes du Brésil qu'ont leurs sources plusieurs fleuves considérables qui ne lui appartiennent pas, tels que les deux bras principaux de la Plata, le Parana, qui descend de la serra Mantiqueira dans la province de Minas-Geraès , le Tiète, qui vient de la province de Säo-Päolo, le Paraguay, qui descend des Campos Pareris dans la province de Matto-Grosso, et l’Uruguay, qui prend naissance dans la province de Rio-Grande du Sud. Les lacs sont nombreux dans les plaines , surtout dans le bassin de l’'Amazone et lorsque vient la saison des pluies; mais aucun n’a ni la surface ni la profondeur de ceux de l’Amérique du Nord. Le lac de Xarayu est même complétement à sec en été. Dans les provinces méridionales la Laguna dos Patos et le Mirim sont les plus considérables.

Le Brésil, dans sa configuration, présente peu de caps : on ne cite guère que celui de Säo-Roque ou Punta Petetinga, marquant l’angle formé par la réunion des côtes orientale et septentrionale, le cap Nord au-dessus de l'estuaire de l’Amazone, le cap Säo-Augustin dans la province de Pernambuco et le cap Frio dans celle de Rio-de-Janeiro; mais il possède plusieurs îles, dont les principales sont : Fernando de Noronha , flot stérile, lieu d’exil pour les criminels, et la Trinidade, toutes deux en pleine mer; Sainte-Catherine, dans la province de ce nom, Marajo ou Säo-Joäv, grande île alluviale aux embouchures de l’Amazone et du Para, formant à elle seule une comarca (un arrondissement) ; Maranhäo, à l'embouchure du fleuve de ce nom; Itaparica, à l'entrée de la baïe de Bahia; et Ilha Grande, dans la province de Rio-de-Janeiro.

Ce pays s'étendant, du nord au sud, dans un développement de près de 40 degrés, on conçoit que le climat doit y offrir des variations notables. Néanmoins, elles le sont moins que sur une étendue égale, sous une latitude plus élevée, le Brésil se trouvant presqu’en entier dans la zone torride et ses montagnes n'étant jamais couvertes de neige. Les nuances de son climat sont donc celles de la zone torride et des zones tempérées. On n'y connaît que la saison sèche (tempo de frio) et celle des pluies (£empo de chuva), bien caractérisées surtout dans le bassin de l’Amazone et sur les côtes, mais qui ne commencent pas partouten même temps. Le nord, situé dans le voisinage de l'équateur, est sujet à des chaleurs excessives, que les pluies, la rosée, l'humidité du sol ne combattent pas toujours efficacement; souvent le soleil y embrase l’atmosphère à un degré funeste pour tout être exposé à son action; le vent du septentrion brûle le sol, la végétation s’éteint, les sources tarissent. C’est alors qu’au travers des plaines sablonneuses , dont les limites fuient le voyageur, commencent ces émigrations de familles entières , dont les membres, hâves, exténués , semblables à des pro-

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cessions de spectres , vont cherchant avec angoisse dans l’immensité du désert un coin de terre qui leur fournisse un peu d’eau et quelques fruits. Vers le nord , au-dessus de Bahia, on a vu des années s’écouler sans qu’iltombät une goutie de pluie; et les moissons se perdre, les troupeaux périr faute d’eau. La température de la partie méridionale est beaucoup moins brûlante, le froid même s’y fait quelquefois assez durement sentir, surtout dans les montagnes, et il n’est pas rare d’y voir le thermomètre descendre jusqu'à 4° au-dessous de zéro. Sur les plateaux, dans les plaines, sur les montagnes , la nature est, en général, d’une prodigieuse activité; il y règne un printemps éternel, et les arbres y sont couverts en même temps de fleurs, de fruits verts et de fruits mûrs. La brise de mer se lève vers le soir et rafraîchit le corps abattu par la chaleur du jour ; les nuits sont froides, et la rosée tombe en abondance, mais jamais la neige. Dans les campos le climat est assez rude, quoique le froïd se manifeste plutôt par la sensation qu'il produit sur l'étranger venant des côtes, que par l’abaïssement notable du thermomètre. Les provinces du littoral, celles principalement qui longent les serras, sont assez chaudes; nulle part cependant la chaleur n’y est aussi insupportable que sur les rivages du golfe du Mexique, à Panama ou à Acapulco.

En général, c’est un pays fort sain; on n’y connaît pas ces brusques contrastes de température si fréquents sous la zone torride, A peine si parfois le vent d'ouest, passant au-dessus des vastes forêts et des grands marécages , vient apporter sa pernicieuse influence dans Fintérieur et y engendrer, surtout dans la saison des pluies, de dangereuses fièvres putrides, des catarrhes, des dyssenteries, des ophtalmies et des maladies de peau. La plupart des fléaux morbides de notre vieille Europe y sont inconnus; le choléra n'y a jamais pénétré. Région privilégiée entre la plupart de celles des deux Amériques, elle n’avait jusqu’à ces dernières années connu que de nom la fièvre jaune, cette peste des Indes occidentales. Malheureusement voilà qu’elle s’habitue à lui faire de périodiques visites. Ce qu'il y a de certain pourtant, c’est qu’elle y a jusqu’à ce jour exercé beaucoup moins de ravages qu'aux Antilles, à Panama, à la Vera-Cruz et à la Nouvelle-Orléans.

Si le Brésil ne possède pas cette variété de climats qui distinguent les pays montagneux du Nouveau-Monde, le Pérou, Quito, Cundinamarca, il n’en est pas moins riche en productions de la nature. La végétation y est mème si puissante, que souvent elle oppose de sérieux obstacles au colon; mais en même temps elle lui offre d'inépuisables ressources de bien-être, Martius, le savant botaniste, qui $’est occupé avec le plus de soin de la Flore brésilienne, assure avoir observé dans ce pays plus de quinze mille plantes nouvelles, jusque alors complétement inconnues. C’est dans ses forêts vierges que vient le meilleur bois de construction dont la durée égale la force; et de précieux bois d’ébénisterie, parmi lesquels on compte cinquante espèces de cèdres et plus de cent espèces de noyers. C’est là qu'on creuse dans d'immenses troncs d’arbres des pirogues qui portent jusqu'à soixante rameurs. On y recueille enfin divers bois de teinture qui sont l'aliment d’un grand commerce avec l’Europe, et en tête desquels il faut citer l’ibirapilanga ou bois du Brésil, quia donné son nom au pays, et le bois de Pernambuco ou de Fernambouc.

Les palmiers, ces princes du règne végétal, abondent aussi au Brésil; ils y offrent une grande variété d'espèces. Les cocotiers, importés d'Afrique, comme l’élis de Guinée, y ont réussi parfaitement. Les dattiers poussent d'eux-mêmes, A côté de ces arbres précieux , fleurissent le bananier, qui croit encore sans culture et dont on cultive une variété venue des Indes orientales; l'arbre à pain, l’oranger, le limonier, une multitude d'arbres résineux et beaucoup de fleurs qui le disputent aux nôtres pour l'éclat de leurs nuances et le charme de leurs parfums. L'expérience a appris à tirer

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du règne végétal des baumes, des médicaments, surtout lipécacuanha, la salsepareille, le ricin; il fournit, en outre, des épices : la cannelle, dont l’arbuste croît à l’état sauvage, le poivre, la vanille , le gingembre, le coton, le tabac. Les fougères , ces plantes si modestes dans nos climats, se présentent dans ce pays avec toute la majesté des pins. A côté s'élèvent des forêts d'araucaria et des milliers de végétaux devenus nécessaires à l’Europe pour ses arts et ses manufactures. Sur les vastes plateaux de Minas-Novas, on trouve lés carascos, ou forêts naines, explorées par M. Auguste de Saint-Hilaire, immenses agglomérations d’arbustes d’un mètre à peu près de haut ,-où domine la mimosa dumelorum, mimeuse épineuse, dont le feuillage est d’une délicieuse élégance. Quand le terrain s’abaisse, on rencontre kes cattingas, qui tiennent le milieu entre les forêts vierges et les carascos, et qui présentent un épais fourré de broussailles, de plantes grimpantes et d'arbrisseaux, au milieu desquels s'élèvent, comme des baliveaux, les arbres de moyenne grandeur. La sécheresse depouille les ca/tingas de leur feuillage, et les oiseaux, les insectes, cessent d’y séjourner dans la saison des pluies. Le riche sol du Brésil s’est, en outre, montré favorable à un grand nombre de plantes exotiques : le café n’y a pas moins bien réussi que la canne à sucre; le froment , l'orge y prospèrent, au moins dans les hautes régions, le riz partout, ainsi que les légumes d’Europe, les pommiers, les poiriers, les figuiers ; mais le climat y parait moins propice à la vigne. Une abondance extraordinaire de fourrage permet d’y élever de nombreux troupeaux.

Dans les vallées règ ve une éternelle verdure; le sol y est partout d’une étonnante fertilité. Sans chariue, sans herse, sans pioche, sans bêche, sans même gratter la terre, en y laissant séjourner seulement la cendre des bois qu’on incerdie, on y récolte du maïs, des pommes de terre, du manioc, poison subtil, qui passé au four, râpé, réduit en poudre, ou délayé, remplace le pain dans l’intérieur du pays, des patates douces, des melons ordinaires, des melons d’eau, des citrouilles, du thé de toutes qualités, du cacao, de l'indigo, du safran, du piment, etc. Les fruits du pays sont abondants et savoureux. On cite, entre beaucoup d’autres, la goyave, qu’on rencontre partout sur les côtes, la figue de Surinam, qui vient sur les ronces et les terrains abandonnés ; l'ibipitanga, qui ressemble à la cerise ; la mangabe, dont on extrait une espèce de vin, le cajou, l’araça , au goût acidule, le sapoti, l’abbio, le cambuca, la jabaticaba, le fruit du comte , ia mangue, le coco , l'ananas, la banane, beaucoup de limons, enfin, d’oranges, de citrons, etc.

Le règne animal n’y est pas moins riche. Si les animaux du Brésil et de l'Amérique méridionale, en général, n’offrent pas les proportions colossales de ceux de l'Afrique, ils se distinguent au moins par la variété de leurs formes et la beauté de leurs couleurs. Toutes ces forêts, quand le temps est beau et la température douce, sont peuplées d’oiseaux d’une rare beauté; la famille des perroquets s’y diversifie à l'infini : ce sont les aras au cri rauque, les araras aux joues nues, les amazones au plumage vert, les tavouas, les criks, les caïcas, les guaroubas; puis viennent les jacamars émeraudes, tes pics, les martins-pêcheurs, les todiers, les motmots, les manakins rouges, jaunes, noirs, à tête de feu , les rupicoles, les colibris, appelés en portugais béija- Jlors (baïse-fleurs), les oiscaux-mouches , vrais bijoux de la nature, les guitguits azurs, les spatules roses, les fourniers sombres, les picucules , les sittines, les synallaxes, les tijucas noirs, les bataras, les somptueux cotingas , les averanos, les grallaries, les caciques, les caronges, les chipiùs, les jacarinis, des milliers de colombes au plumage puancé, des poules, des pigeons, des canards, des oies sauages , les couroucous dorés et massifs, le sasa, mangeur d’arum, les anis, les coucouas, les guiras, les basbacous, ies tamatias, les aracaris à la languc barbelée, le sariama,

qui rappelle le messager du Cap, l’ema ou nandu, qui est l'autruche de l'Amérique, le chimango, terrible oiseau de proie, le héron et beaucoup d’autres échassiers , {els que le kamichi, le courliri, et le savacou au bec bizarre; enfin, sur l'Atlantique , le pélican au large gosier et la. frégate au vol rapide.

La famille des singes n’est ni moins nombreuse ni moins variée : ici l'atèle aux longs bras et la gotriche à la queve prenante se balancent sur les lianes des fleuves; plus loin l’alouate fait entendre sa voix de stentor, le sapajou maraude, le saki s'endort dans sa barbe, le tamarin, le rosalia et le ouistiti jouent avec grâce, tandis que l’unau et lai se frainent lents et paresseux. On trouve encore au Brésil le coati au nez mobile, le kinkagou, diverses espèces de tigres, l’onça, le jaguar, la jaguarète, le couguar, des loups, des renards, des cerfs, le margay, le collocola, le pagero, la paca, l’agouti, le cabiai, le chien sauvage, le cobaye, le moco , le tatou, la capivara, le tamandua, le fourmilier à la langue extensible, la loutre d’une très-grande espèce, fort recherchée pour sa fourrure, le tapir ou anta, le pécari, espèce de porc à glande fétide; un grand nombre de serpents, dont quelques-uns sont d’une dimension prodigieuse, comme le sucuri, serpent amphibie le plus gros du Brésil, Le serpent à sonnettes, le boa, le surucoucou, Piliboca ; des lézards et des vipères de très-grande espèce. Mille papillons aux plus brillantes couleurs se jouent sur les fleurs et les arbustes ; des myriades d'insectes phosphorescents éclairent la nuit la plus sombre; mais à côté volent lourdement des chauves-souris dangereuses pour les chevaux; les millepieds, lesscorpions vous menacent ; les chenilles, les fourmis, les barates corrompent vos mets comme de nouvelles harpies ; les moustiques troublent votre sommeil , et couvrent votre visage d’enflures et de plaies; enfin, les chiques ou bichos , s’introduisant dans la plante des pieds à travers la chaussure la plus épaisse, vous occasionnent presque sans relâche de cuisantes douleurs. I1 faut être habitué à ces hôtes incommodes pour reconnaître qu’au Brésil la somme du bien l'emporte de beaucoup sur celle du mal; quelques semaines de séjour ne suffisent pas pour cela.

Les chevaux, les bœufs, les moutons, les chats, les chiens, presque tous ies quadrupèdes domestiques d'Europe s’y sont abondamment propagés. Le cheval, de race andalouse, a perdu de son feu et de sa fierté, mais il est intelligent et robuste; on ne l’attèle jamais. Les mulets sont nombreux dans les provinces méridionales. Le gros bétail donne: moins de lait, mais sa peau, sa chair, sa graisse, ses cornes sont d’un bon produit. Le porc se multiplie extraordinairement et s’engraisse avec une étonnante rapidité. Les chèvres forment de grandes troupes, et sont recherchées pour ’abondance de leur lait. On élève moins de brebis. De nombreux essaims d’abeilles donnent de la cire et du miel. La cochenille, production naturelle du pays, est peu cultivée, de même que le ver à soie, qui donne cependant un fil plus fin et plus solide en même temps que celui des Indes. Les rivières, les lacs, les côtes abondent en excellents poissons ; la baleine s’ébat sur les côtes; on rencontre de nombreuses tortues dans les parages du Nord. Les fleuves peu rapides et quelques lacs sont infectés de caïmans et de crocodiles.

Quelques provinces du Brésil sont renommées pour leurs richesses minéralogiques ; mais généralement oma évalué beaucoup trop haut la production en or de ce pays. La première mine qu’on en découvrit dans Säo-Päolo, dès 1577, était si abondante, que longtemps cette province fut regardée comme un nouveau Pérou. Elle n’était cependant rien, comparée aux riches veines de Minas-Geraès découvertes en 1698, et dont le produit a été pendant quelques années si considérable, qu'il fut question d’entourer la province d’une enceinte de murs pour en défendre l’accès. En 1718 on trouva celle de Villa-Bella dans Matto-Grosso. Elle est moins riche que

celles de Villa-Rica, Campanha, Tejuco et Paracatu , dans Minas-Geraès, lesquelles ne furent découvertes que postérieurement. Les meilleurs lavages sont ceux qui s'étendent dans un vaste rayon autour d'Ouro-Preto, autrefois Villa- Rica, dans cette province. Là est établie la fonderie impériale pour tout ce minerai, là se perçoit le quint ou la cinquième partie pour legouvernement. On porte aujourd’hui ‘à cinq millions la valeur déclarée du produit de ces mines. La quantité d’or exploitée en fraude est évaluée au tiers du produit déclaré. Plusieurs rivières, particulièrement celles qui ont leurs sources dans la $erra dos Vertentes, roulent de l'or. Non-seulement ce précieux métal se trouve dans Minas- Geraès, Goyaz et Matto-Grosso, mais encore le fer et le cuivre sont répandus à profusion dans les montagnes et le sel dans les plaines qui les avoisinent. Avec un peu plus d’activité les colons tireraient des profits plus considérables de leurs mines de fer de: Säo-Päolo et de Minas-Geraës ; le sel marin s’exploite en grand dans les provinces de Rio-de- Janeiro, Para, et Rio-Grande du Nord. 11 existe dans celle de Säo-Päolo une espèce particulière d’aimant (le martite). On montre dans le cabinet d’Ajuda, à Lisbonne, un fragment de mine de cuivre vierge, extrait d’un vallon du Brésil : il pèse 1,280 kilogrammes, et a un mètre environ de long sur soixante-dix centimètres de large et trente centimètres d'épaisseur; il existe, en outre, dans le pays des mines d'argent, de platine, de plomb (Abante et Cuyabara), de soufre, de mercure, de houille, d’ardoises, de pierres meulières et à aïguiser (surtout dans la province Sainte-Catherine), etc. Ce fut vers le commencement du dernier siècle que les premiers diamants furent découverts dans le district de la serra do Frio ; beaucoup se cachent sous la croûte des montagnes, mais il faudrait quelque travail pour les en extraire; ils sont généralement enveloppés de terre ferrugineuse et de petits cailloux roulés. On en rencontre à Matto- Grosso, Säo-Päolo, Goyaz, Minas-Geraès, surtout dans la sauvage serra do Frio, à Fajaès, dans la serra Sincura, dans l’arrayal Diamantino, dans les bassins du Säo-Francisco et du Jiquitinhonha. Le produit, qui s’en élevait à plus de 50,000 carats par an en 1770, n’est plus aujourd’hui que de moitié. Une quantité presque égale est exploitée et vendue en fraude. Les mines du Brésil ont donné le plus gros diamant connu, celui de l'empereur, qui pèse 1680 carats et ne vaudrait pas moins de 140 millions de francs d’après la inanière ordinaire de calculer la valeur de ces gemmes. Ces mines s’exploitent pour le compte du gouvernement, sous la surveillance d’une junta impériale, Les (opazes, qui abondent à Capas, sont plus grosses que celles de Saxe et de Sibérie; leur couleur est jaune paille ou jaune roux; il y en a aussi d’un bleu verdâtre. Souvent elles deviennent électriques à l’action du few. Les tourmalines prennent le nom d’émeraudes quand elles sont vertes, et de saphirs quand elles sont bleues. 11 y a enfin des améthystes, des rubis, des cymophanes et divers cristaux de roche et aigues-marines.

Pour l'or, comme pour les diamants et les picrres, on n’exploite en général que le lit des torrents; tout le travail se borne au simple lavage. Là encore, comme dans l’agriculture , l’homme blanc descend à peine à une légère surveillance , et les nègres sont les seuls ouvriers. Nulle part, malgré leur richesse, l'exploitation des mines n’est aussi lucrative que l’agriculture et l'éducation des bestiaux; elle a été longtemps si inintelligente , qu’une partie du produit se perdait, et qu’on abandonnait la mine avant de l’épuiser, Il n'en est plus de même aujourd’hui : il y a dans la province de Minas-Geraès plusieurs mines exploitées par des compagnies anglaises, où l’on emploie des colons, et où l’on se sert d'instruments perfectionnés. Celle de Gongo Socco mérite d'être visitée. C’est un village des plus beaux, des plus industrieux, ‘habité par plus de huit mille Anglais et Brésidiens, tous blancs et libres.

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Il est impossible d'évaluer d’une manière précise la population de l'empire. Les chiffres officiels du gouvernement la portaient, en 1867, à 9,858,000 individus libres, à 1,674,000 esclaves et à 500,000 Indiens, formant un ensemble de 12,032,000 habilants. Les Indiens se composent d’indigènes, vivant à l’état sauvage ou habitant des demeures fixes, et qu'on désigne sous le nom de Cabocles. La majeure partie de la population occupe les villes bâties le longdes côtes; les immenses provinces de Matlo Grosso, de Goyazet de Para sünt en grande partie désertes, Les indigènes ont disparu de presque toutes les provinces du littoral. Un nombre assez considérable habite, dans un état de demi-civilisation, des villages de l’intérieur, s’occupant de l'exploitation des produits bruts de la nature ou bien d'agriculture, mais seulement pour leur subsistance. Dans les provinces septentrionales, sur les bords de l’Amazone, la population consiste presque : uniquement en Indiens, dont l’existence est paisible, sans grands besoins, mais aussi sans grande utilité pour l’État. Des tribus indépendantes parcourent les vastes contrées du nord et de l’ouest, où les Européens n’ont pas encore formé d'établissements. Les unes font avec les blancs un commerce d'échange, les autres vivent en état d’hostilité constante avec eux et ieur ferment autant que possible l'accès de leurs déserts.

On sait que la population indigène de l'Amérique du Sud est divisée en une multitude mfinie de tribus. On en compte dans le Brésil seul plus de cent qui se regardent mutuellement comme des races différentes; mais ces petites peuplades s’éteignent peu à peu, et l’on ne retrouve plus aujourd’hui beaucoup de tribus mentionnées par les anciens voyageurs. À en juger par leurs langues et leur manière de vivre, toutes appartiennent à une souche commune, dont l'idiome s’est successivement divisé en une foule de dialectes, parmi lesquels on distingue celui des Tupi. De toutes les nations indigènes, c'est celle qui s’est le plus ressenti du voisinage des Européens. Sa langue est la plus répandue; c’est le brésilien proprement dit : aussi l’appelle-t-on Zingoa geral, langue générale. Après les Tupi, on remarque les Tu-

pininquins et les Tupinambas, répandus dansla province de Bahia, et dont le nombre décroît sensiblement, et, à l’autre extrémité de l'empire, les Guaranis des sept missions, dans la province de Säo-Pedro, lesquels, joints à ceux du Paraguay , forment {out ce qui reste du grand empire des jésuites; les Omagoas , aujourd’hui peu nombreux et vivant le long de PAmazone : c'était jadis le peuple navigateur de l'Amérique méridionale; les Aymores, Bolocudos, et Coroados, terribles anthropophages, qui occupent l’espace parallèle à la côte, entre le Rio Pardo et le Rio Doce, et dont les principales habitations sont le long de ce dernier fleuve et du Belmonte, dans les provinces de Minas-Geraës, de Porto-Seguro, d’Espiritu-Santo et de Bahia, races au corps horriblement tatoué, aux lèvres, aux oreilles, démesurément agrandies par des cylindres de bois, peuples effroi des planteurs, dont ils dévastent les champs et brûlent les habitations, heureux encore ceux-ci quand les barbares ne teignent pas leurs bras dans le sang humain; les Puris d’Espiritu-Santo sur la rive droite du Rio Doce; les Mundrucus, nation belliqueuse cet féroce, la plus puissante du Para, entre le Xingu et le Tapajos, en ce moment alliée des Llancs; les Tamoyos, de la province de Riv-de-Janeiro, nation jadis puissante , qui s'éteint et disparaît; les Taperivas, qui errent dans le nord; les Carijas, de la province de Säo-Päolo; les Guaycurus, dont la taille dépasse souvent six pieds, fixés entre les rives supérieures du Parana et du Paraguay, vivant de chasse, de pêche et de leurs , nombreux troupeaux, se divisant en trois classes, les nobles , les guerriers et les esclaves, formant üne grande confédération aristocratique, en paix depuis 1791 avec les Brésiliens, et appelés aussi Cavalheiros, parce qu’il font toutes leurs expéditions à cheval; les Guanas, de la partie méridio-

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nale de Matto-Grosso, dont le plus grand nombre est devenu agricole; les Bororos, autre nation nombreuse de la même famille; les Manitivritanos, Chamacocos , et Ajuacas, peuples belliqueux et féroces , alliés des blancs, anthropophages autrefois et faisant la chasse aux hommes pour fournir des esclaves à leurs nouveaux amis : ils habitent les limites de Vénézæéla, ainsi que les Marépizanos et les Guaipunabis, avec lesquels ils sont souvent en guerre ; enfin les Manaos, nation nombreuse et guerrière du Para, dont une grande partie a embrassé le christianisme et vit mêlée à d’autres peuples le long du Rio Negro, à Tamalonga et à Thomar. Ils ont joué un grand rôle dans le mythe de l'El Dorado des Omaguas, et leurs anciennes doctrines religieuses rappelaient dans leur Manary, ou auteur du bien, et leur Saranha, ou auteur du mal, le dualisme des vieux Scandinaves.

Les nègres libres forment la portion la plus considérable de la population, après les esclaves. La multitude de ceux-ci est, comme dans toute l'Amérique, un fléau pour le pays. Bien qu’on eût appris depuis longtemps à connaître dans certaines provinces, comme dans celles de Bahia et de Pernambuco, le danger de leur supériorité numérique, on ne laissait pas, avant la suppression définitive de la traite, d'importer sans cesse d’Afrique de nouveaux nègres en si grande quantité, qu’en 1841 Pernambuco seul en reçut plus de 5,000. Heureusement la prupart vivent dans le célibat et ne se multiplient pas considérablement. On rencontre surtout les mulâtres dans les provinces du littoral, et les métis dans celles de l’intérieur ; les uns èt les autres tendent de plus en plus vers la civilisation, et beaucoup envoient leurs enfants étudier dans les écoles d'Europe, surtout dans celles de France.

A peu d'exception près, les blancs descendent des colons portugais. Quoiqu'’ils portent à différents égards les traces de leur origine , l'influence d’un autre genre de vie, d’autres occupations, d’un autre gouvernement, a développé en eux des traits de caractère qu’on ne rencontre pas chez le Portugais et qui lui sont même antipathiques. En outre, l’éducation se répand de plus en plus dans les différentes parties de l'empire. On rencontre dans les hautes régions et dans la classe moyenne de véritables lumières, un bon ton et des formes vraiment polies. Les mœurs s’épurent de plus en plus. Le fanatisme et l'intolérance ne règnent depuis longtemps nulle part; l’impiété et le mépris de la religion, qui leur avaient succédé, sont aussi passés de mode. L'éducation n’est plus négligée, et l’on a eu à se féliciter de l'habitude prise par certaines familles de faire élever leurs enfants en France. Il en est résulté une pépinière de jeunes talents qui peuplent aujourd’hui les administrations, la magistrature, les chambres, et se distinguent dans les lettres, les sciences et les arts. Le caractère du peuple varie, au reste, selon les provinces. A l’extrémité méridionale de lempire, dans le Rio-Grande du Sud, se perpétue une race énergique et rude, qui, comme les Gauchos des Pampas, s'occupe de l’éducation des bestiaux et couve aussi de fréquentes velléités d'indépendance.

Depuis quelques années le gouvernement central s’est particulièrement occupé du soin de faire disparaître les différences qui existaient, sous le triple rapport intellectuel, moral et religieux, entre les diverses masses disséminées sur un aussi vaste espace, et il songe sérieusement à combattre par la diffusion des lumières les caprices révolutionnaires qui de temps en temps se sont fait jour sur tel ou tel point de l'empire. Le salut lui viendra de la liberté de la

. presse, qui existe au Brésil plus que partout ailleurs sans entraves ni lisières. Plus de journaux politiques, littéraires, historiques, scientifiques même se publient à Rio-de-Janeiro que dans beaucoup de nos capitales d'Europe; et des villes de moindre importance n’en sont pas même dépourvues, tant le pouvoir a à cœur de favoriser le développement com-

plet de toutes les connaissances humaines, Rio-de-Janeiro, qui en 1820 ne possédait qu'une imprimerie, en compte “aujourd'hui plus de trente, On n’y publiait alors qu'un seul écrit périodique ; elle en voit paraître en ce mome t plus de vingt, dont un français et un anglais. Dom Jean VI avait créé l’école des Beaux-Arts en appelant au Brésil plu: sieurs artistes français de mérite.

La littérature de ce pays peut non-seulement s’enorgueillir d’un glorieux passé dans lequel brillent les noms de Gonzaga , Caldas, Claudio, Duräo, Basilio da Gama, Gusmäo, Alvarenga, Francisco de Lemos, San-Carlos, Gregorio de Mattos; mais on y publie encore des ouvrages littéraires et scientifiques, qui prouvent que le goût s’y perfectionne ; les poésies de Gonsalves Dias, Magalhaëns, Texeira-Sousa , Norberto, Porto-Alegro, Januario, Paramagua, Pedra Branca et José Bonifacio d’Andrada, les romans populaires de Macedo , les œuvres littéraires et historiques de Pereira da Silva, Säo-Leopoldo, Acioli, Pizarro, Varenhagen et de beaucoup d’autres encore, en sont la meilleure preuve. Longtemps la litlérature nationale, par lassitude des Grecs et des Romains reproduits sans cesse par les Portugais, est allée chercher ses modèles chez les Français, chez les Anglais, chez les Allemands eux-mêmes. Le peintre poëte Araujo Porto-Alegre la guide maintenant de plus en plus dans une voie complétement indépendante.

Les écoles supérieures existent principalement dans la Capitale, qui possède une université, une école de médecine, une école des ponts et chaussées, une école d’artillerie, une école decommerceé, un observatoire, etc., etc., etqui partage avec Bahia les écoles de chirurgie, avec Säo-Päolo les écoles de droit, avec Bahia les Académies des Beaux-Arts, avec Para ( Belem) les jardins botaniques. Outre la bibliofhèque impériale, venue de Portugal, le siége de l’empire en a deux autres, celle des Bénédictins et la billiothèque nationale, qui compte déjà 62,000 volumes, non compris quelques précieux manuscrits. On doit citer encore les bibliothèques de Bahia et de Säo-Päolo. On trouve, en outre, dans la capitale le cercle de lecture brésilien avec une bibliothèque de 12,000 volumes, le cercle de lecture portugais avec une bibliothèque de 18,000 volumes, un institut anglais et uninstituf allemand ( Germania ). N'oublions pas l’Institut historique et géographique du Brésil, fondé depuis 1839 et qui publie des mémoires et une intéressante revue trimestrielle.

Bahia , Para , Porto-Alegre ( dans le Rio-Grande duSnd). Nossa Senhora da Vittoria (dans l’Espiritu-Santo }, Säo- Päolo, Villa-Réal de Cuyaba, Villa do Rio Pardo ( dans le Rio-Grande), Caxoeira ( dans le Bahia ), Parahyba, ete., etc, possèdent aussi d’estimables écoles, des cours très-suivis de philosophie, des chaires d’études classiques, etc., ete. Mais c’est surtout pour les sciences naturelles que les Brésiliens montrent le plus de goût. L’instruction élémentaire est encore frès-arriérée, bien qu’elle soit gratuite, et en1868 les écoles publiques ne comptaient que 107,483 élèves.

L'Eglise catnolique, qui est celle de l'Etat, mais qui n’en exclut aucune et laisse à toutes le libre exercice de leur culte, s’occupe, depuis quelques années, avec une ardeur digne d’éloges de la civilisation et de la moralisation du peuple. Elle possède plusieurs temples, dignes d’admiration à l’extérieur.et à l’intérieur, dans lesquels le service divin est célébré avec un éclat et une pompe qu’on chercherait en vain dans beaucoup de nos cathédrales d'Europe; et pourtant le peuple brésilien, bien différent en cela des habitants des républiques de l'Amérique du Sud, n’a aucun penchant à la superstition et moins encore au fanatisme. À la tête des affaires ecclésiastiques est l’archevèque de Bahia, qui a sous lui 11 évêques suffragants, 12 vicaires généraux et 1,297 curés, Les protestants ont leurs temples et leurs cimetières.

L'agriculture et le commerce n’ont fait des progrès récls

clans Île Brésil que depuis les grands changements politiques qu ont attiré l'attention du gouvernement sur ces deux

sources fécondes de la richesse nationale et amené l’abolition-

complète de beaucoup de lois oppressives. Cependant l’immense étendue du territoire de l’empire, sa minime population relative, l'habitude du travail des esclaves, le penchant inné et presque traditionnel d’un trop grand nombre de blancs à la paresse, apportent encore de sérieux obstacles à la culture du sol ; et il n’est pas rare de trouver, dans les environs même des grandes villes , de vastes étendues de terrain fertile laissées en friche. A peine la sixième partie du sol est-elle concédée et à peine la cinquantième partie estelle livrée à l'exploitation ou à la culture. Le commerce, au contraire, est assez considérable, favorisé par le grand nombre d’excellents ports qui s'ouvrent sur la côte orientale en face de l’ancien continent, Le commerce en gros se concentre en meïeure partie dans les mains des Portugais, des Anglais, des Français, des Américains du Nord, des Hollandais, des Allemands; celui de détail entre celles des Français , des Portugais et des Brésiliens. La dissémination de la population et le manque de voies de communication entravent le commerce intérieur. On n'a pas de chiffres officiels exacts sur son importance.

Malgré la contrebande, qui, quoiqu’elle aït beaucoup diminué, se pratique cependant encore sur une trop grande échelle, les revenus des douanes du Brésil sont considérables. Les principaux articles d'importation sont l’eau-devie, l’huile d’olive ( de Portugal et d’Italie ), le savon, le goudron, les cordages, les cuirs ouvrés , la morue sèche, les chaussures, la houille, la bière anglaise, le thé, les chapeaux, les peaux tannées, la farine, les étoffes de coton, de laine, de soie, la quincaillerié , les ustensiles de fer, les vases de grés, le beurre ( d’Irlandé et de France ), les meubles , le papier, la poudre, le jambon, le fromage ( de Hollande), les vins (de Portugal et de France ). Ces divers articles sont débarqués dans les ports de Rio-de-Janeiro, Bahia, Pernambuco, Maranhäo, Para, Parahyba, Rio-Grande du Sud, Santos, Macayo et Ceara, proportionnellement à la consommation de ces localités et de celles qu’elles approvisionnent. L’exportation prend surtout la route de la Grande- Bretagne, des États-Unis, de la France et du Portugal. Elle consiste en café, sucre, or, diamant; peaux et cornes de bœufs ; rhum, cacao, tabac, bois de teinture et de droguerie, coton, vanille, quinquina, plus une petite quantité de thé, dont la culture a été récemment introduite à Säo-Päolo. La valeur annuelle des importations est d’environ 150 millions de francs; celle des exportations monte à près de 200 millions. Malgré la fraude, on a exporté en Europe, durant ces dix dernières années, pour plus de 70 millions de francs de diamants et d’or. En somme, depuis trente ans , le commerce du pays a triplé d'importance.

L'industrie y est longtemps restée plus stagnante encore que dans l’ancienne Amérique espagnole ; elle ne consistait qu’en sucreries, distilleries de rhum, tanneries et quelques fabriques de cotons grossiers. Aujourd’hui elle prend de tous côtés l’essor, et laisse bien loin en arrière celle des républiques environnantes, que le Brésil surpasse aussi de beaucoup en population, en richesse, en commerce, en civilisation. A la suite des maisons anglaises, françaises, allemandes et suisses, dont nous avons parlé, des artisans de ces différentes nations sont venus s'établir dans le pays. On y a déjà fondé quelques fabriques importantes; il s’y en établira beaucoup d’autres, car le peuple brésilien est en inarche, et rien ne l’arrêtera désormais dans la voie du progrès.

La douare prélève sur la plupart des marchandises importées 20 pour 100 de la valeur. En vertu d’un traité conclu en 1827, et qui a expiré en 1844, l'Angleterre jouissait de l'avantage de ne payer que 15 pour 100. Les villes anséatiques, la Prusse, l'Autriche, ete., ont aussi conclu des

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traités de commerce. Ce n’est, du reste, que depuis le 18 février 1808 que les ports du Brésil sont ouverts indistinctement à toutes les nations. La traite des noirs est aujourd’hui prohibée. Cependant en 1841 quarante-sept navires de divers tonnages faisaient encore voile des côtes du Brésil pour celles d'Afrique, où ils prenaient des chargements d’esclaves , qu’ils débarquaient secrètement sur le littoral. On a calculé que depuis la signature du traité avec l'Angleterre pour la suppression de la traite, en 1831, il n’avait pas été introduit au Brésil, dans un espace de dix ans, moins de 300,000 nègres. Enfin en 1850 les chambres ont assimilé le trafic de chair humaine à la piraterie. Afin d’attirer dans le pays des colons libres, dans l'intérêt de l’industrie, le gouvernement a, par un décret du 18 avril 1818, établi un fonds de secours destiné à encourager la colonisation, et a pris lui-même la direction des anciennes colonies de la couronne.

Les provinces du Brésil sont au nombre de 20 : Rio-de- Janeiro, Säo-Päolo, Sainte-Catherine, Säo-Pedro du Sud, Matto-Grosso, Goyaz, Minas-Geraès, Espiritu-Santo, Babia, Sergipe, Alagoas, Pernambuco, Parahyba , Rio-Grande du Nord, Ceara, Piauhy. Maranhäo, Parana, Para et les Amazones, dont les capitales et villes sont: Rio-de-Janei. ro, Säo-Päolo, Nossa Senhora do Destero, Porto-Alegre, Villa- Bella ou Matto-Grosso, Goyaz, Villa Imperial do Oiro Preto, Victoria, Bahia, Sergipe, Alagoas, Pernambuco ou le Recif, Parahyba, Natal, Ceara ou la Fortaleza, Oyeras, Säo-Luiz ou Maranhäo , Para ou Belem, etc.

Chacune de ces provinces est administrée par un chef supérieur civil délégué du pouvoir exécutif et décoré du titre de Président, nommé par le gouvernement central, qu’il représenteet ayant la surveillancedes autorités inférieures, Chaque province possède, en outre, une assemblée législative de 24 à 36 membres, et une chambre provinciale, celle-là élue directement, celle-ci au second degré, et qui votent les impôts et les dépenses. Outre les attributions de représentant et délégué du pouvoir central, le président est le chef du gouvernement provincial etl’exécuteur deslois provinciales votées par les chambres. Les provinces sont subdivisées en commarcas ou arrondissements, ayant leurs tribunaux administratifs, judiciaires et de police. Toutes ces provinces et commarcas se relient à la capitale de l'empire, qui est Rio- Janeiro, municipe libre, quin'appartient àaucune province. Il résulte de l’ensemble de ces rouages une grande centralisation politique unie à une immeuse décentralisation administrative, chaque province ayant sa recette particulière, qu'elle administre elle-même, et une recette générale qui fait retour au trésor central de la capitale de l'empire. C’est la fédéralisation de l'Amérique du Nord perfectionnée, s'alliant à une royauté constitulionnelle héréditaire.

Les divers pouvoirs de l'Étatsont : le législatif, lejudiciaire, le modérateur et l'exécutif. Le législatifest confié à un sénat, dont les membres sont nommés à vie, et à ane chambre des députés, dont les membresélus pour quatreans reçoivent une indemnité durant les sessions. Ces aeux cnïmpbres, élues dans chaque province par le peuple, concourent à la confection des lois, mais la chambre des députés a l'initiative de la proposition des impôts, de la fixation du chiffre de l’armée et de la marine, du recrutement , de la mise en accusation des ministres et du choix de la dynastie, en cas d'extinction de la famille impériale. Aucun acte des deux chambres n’a force de loi sans la sanction de l’empereur. Les chambres sont convoquées chaque année; chaque session dure quatre mois. Le pouvoir judiciaire, aussi libre que les autres, est chargé de l'application des lois, Le pouvoir modérateur consiste dans le droit qu'a l’empereur de faire grâce, de convoquer les chambres dans l'intervalle des sessions et de sanctionner les lois. Le pouvoir exécutif est entre les mains de l'empereur. Les ministres sont responsables. La constitution garantit aux citoyens la liberté individuelle, la liberté religieuse, Vinviolabilité des propriétés, le libre exercice de l'industrie et

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le liberté complète de la presse. La noblesse n'est pas héréditaire Les revenus de l'empire, qui n'étaient en 1820 ‘que de 38 millions de francs, se sont élevés, en 1870, à plus de 227 millions ; les dépenses étaient alors. évaluées à 190 millions. La dette publique, divisée en dette étrangère et dette brésilienne, montait, à la fin de 1869, à 160,859,750 Ir, chiffre que la guerre et les emprunts é'evaient le 30, avril 1871, à 1,709,972,150 fr. — L'armée de terre se compose de 20,000 horames sur le pied de paix; dans la dernière guerre elle a été portée à 42,000 hommes. La garde nationale complait, à la fin de 1869, 603,931 hommes, dont 88,383 appartenant à la réserve, Dans la même année l’empire possédait 8 vaisseaux de ligne, 82 canonnières à vapeur et 16 bâtiments cuirassés.

L'histoire du Brésil remonte peut-être plus haut que celle du Pérou et du Mexique. La découverte faite en 1845, dans l'intérieur de ce pays, des ruines d’une ville magnifique, fort ancienne, avec de superbes édifices et des inscriptions d’une écriture inconnue, semblerait confirmer cette opinion, généralement admise. Pour nous, Européens, cette histoire ne commence cependant qu'au seizième siècle. Ce fut le hasard seul qui, en 1500, y conduisit Pedro Alvarès Cabral, navigateur portugais ; mais on a tout lieu de croire que dès l’année précédente l'espagnol Vincent Yanez Pinson avait visité les environs de l'embouchure de l’Amazone, ou du moins les côtes de l'ile Maranjo. Toutefois, le Portugal se borna d’abord à envoyer au Brésil des malfaiteurs, des juifs, des femmes de mauvaise vie, et d’en rapporter du bois de teinture et des perroquets, On y déporta plus tard des individus condamnés par Finquisition, et ces malheureux finirent par y cultiver avec tant de succès la canne à sucre, transplantée de l'ile de Madère, que les produits de cette culture devinrent bientôt un important objet d'exportation. Ce ne fut qu’en 1531 que, convaincu enfin des avantages de la conquête, le Portugal y dépêcha comme gouverneur Thomé de Sousa, qui fonda, en 1549, la ville de Bahia ou Säo-Salvador. Les jésuites s’efforcèrent de civiliser les naturels, et le roi dom Jean II autorisa en outre la noblesse de son royaume à y fonder des fiefs, mesure qui hâta singulièrement le défrichement du pays.

Au commencement du dix-septième siècle, la prospérité de ce pays excita la convoitise de la France, de l'Espagne et de la Hollande. Cette dernière puissance enleva une grande partie de la colonie aux Portugais, malgré les efforts d’AIbuquerque et d’autres chefs. Une révolution ayant renversé Philippe IV du trône de Portugal pour y placer la famille de

Bragance, un arrangement eut lieu, d’après lequel les,

Hollandais consentirent à céder aux Portugais les provinces du Brésil qui n’étaient pas encore tombées en leur pouvoir. Cependant, le gouvernement batave ayant, à force d’oppression, poussé à bout les colons portugais, ils coururent aux armes, etachevèrent, en 1654, la délivrance de leur patrie américaine. L'importance du Brésil pour le Portugal allait toujours en augmentant ; en 1698 on y découvrait des mines d’or et en 1730 des mines de diamants, et de cette époque jusqu’en 1810 la colonie ne rapporta pas à la métropole moins de 14,280 quintaux d’or et de 2,000 livres pesant de diamants.

Jusqu’en 1808 le Brésil avait été administré comme une colonie portugaise, Jean VI, chassé par les Français de ses États d'Europe, y ayant transporté sa résidence, un décret du 16 décembre 18135 éleva ce pays au rang de royaume allié du Portugal. Mais ce prince avait en le tort grave d’augmenter les impôts, de réclamer, comme droit régalien, la propriété.des mines d'or et de pierres précieuses découvertes même dans des domaines particuliers, et dese montrer sans cesse partial pour les Portugais, ses compatriotes, dans l’administration de la justice. Les avantages que le séjour de la cour avait procurés au Brésil, tels que la réforme de nombreux abus, l'établissement de la liberté du commerce, les

DIGT, DE LA CONYERS. — T. Il.

progrès de la colonisation et de la civilisation, navaie,st pu apaiser un mécontentement qui jetait dans le pays des racines de plus en plus profondes. L'exemple des coionies espagnoles ne fut pas perdu, et les idées d’émancipation se répandirent avec la rapidité de l'éclair, Les troupes brésilien nes se trouvèrent en contact avec les insurgés de la Plata, quand Jean VI prit possession de Montévidéo, Un soulèvement républicain qui éclata à Pernambuco, en avril 1817, fut le prélude de la révolution. Les troupes révoltées demandèrent qu'on appliquât au Brésil la constitution proclamée à Lisbonne, en août 1820, et le prince royal dom Pedro, fils de Jean VI, la jura en son nom et au nom de son père le 26 février 1821. La pénurie du trésor força le roi à suspendre son embarquemént pour Lisbonne qu’il avait ordonné. Le sang Coula dans plusieurs émeutes, et les 21 et 22 avri! Jean VI fit disperser par ses troupes les électeurs qui deman daient la Constitution espagnole.

Las d’un pays qu’il n'avait jamais aimé, le roi s’embarqua le 26 avril pour le Portugal, en déclarant son fils dom Pedro prince régent. Sourdes à leur intérêt, les cortès portugaises repoussèrent de Jeur sein les députés du Brésil, et décidèrent que ce pays continuerait à être administré comme une colonie. Dom Pedro, qui préférait le Brésil au Portugal, et qui avait la ferme volonté de préserver de l'anarchie la patrie de son choix, refusa, le 9 janvier 1822, de retourner à Lisbonne, et força les troupes portugaises à s’embarquer pour celte destination. Au mois de juin il convoqua une assèmblée constituante, et le 18 décembre il prit le titre d’empereur, qui lui avait été décerné le 12 octobre par la chambre des députés. Dès le 1° août l’indépendance du Brésil avait été proclamée. Cependant les idées démocratiques se propageaient de plus en plus sous l’influence des loges maçonniques. Les frères d’Andrada, ministres de l'empereur, essayèrent de jeter les bases d’un gouvernement stable en fondant le parti républicain et le parti portugais en un seul. Mais cette tâche était au-dessus de leurs forces, et l’empereur se vit forcé de renoncer à leurs services le 11 juillet 1823. Cependant les troupes brésiliennes avaient occupé Montévidéo en décembre 1822, et Bahia en juillet 1823. Tandis que dom Pedro travaillait à faire reconnaître le nouvel empire par les puissances étrangères, la restauration du pouvoir absolu en Portugal par la révolution de mai 1823, remplissait les Brésiliens de méfiance pour les Portugais établis parmi eux et qui occupaient des postes plus ou moins importants dans l'administration et dans l'armée. Il en résulta des chocs violents entre les individus d’abord, puis entre les partis, et enfin des luttes dans le congrès.

Le {0 novembre, des troubles sérieux éclatèrent à Rio-de- Janeiro; les nouveaux ministres durent donner leur démis-

’ sion, et l’empereur enloura de troupes son château de Saint- Christophe, situé à peu de distance de la ville. Le 12 il fit entrer ces troupes dans la capitale, cerna l’assemblée législative, et en força les membres à obéir au décret de dissolution qu'il venait de rendre. Au bout de quinze jours il convoquait un nouveau congrès, auquel il:soumettait, le 11 décembre, un projet de constitution très-démocratique, qui fut voté et auquel on prêta serment le 9 janvier 1824. Cette loi fondamentale conférait un pouvoir extraordinaire aux députés , enlevait à l’empereur le ve{o absolu et abolissait tous les priviléges. Cependant le parti républicain se souleva à Pernambuco, qui fut soumis après un long siége, le 17 septembre 1824, par l’arméc du général Lima et par Ja flotte de lord Cochrane.

Après de longues conférences qui s’ouvrirent à Londres et se continuèrent à Lisbonne, puis à Rio-deXJaneiro, un accommodement fut enfin conclu, le 15 novesbre 1525, entre le Portugal et le Brésil. Jean VI reconnut l'indépendance du nouvel empire ct la souveraineté de dom Pédro. Une seule question n'avait pas été résolue, celle de la succession au trône de Portugal : elle se présenta à la mert de Jean VI.

ke 10 mars 1826. La constitution défendant à l’empereur de sortir du Brésil sans la permission du congrès, dom Pedro, par acte du 2 mai 1826, abdiqua la couronne de Portugal en faveur de sa fille, dona Maria da Gloria, après avoir donné à ce royaume une constitution libérale. Cependant l’intronisation de la nouvelle reine éprouvant en Europe des obstacles graves par suite de l’usuürpation de dom Miguel, la déclaration que fit l'empereur qu'il soutiendrait au besoin par les armes les droïts de sa fille mécontenta les Brésiliens, qui craïgnirent de voir les ressources de leur pays s’épuiser dans un intérêt dynastique. On se plaignait aussi du nombre toujours croissant d'officiers étrangers. Le Brésil venait de soutenir deux ans de guerre contre Buénos-Ayres ; le résultat de cette lutte fut l'indépendance de la Banda- Oriental. Dom Pedro avait épousé en premières noces l’archiduchesse Léopoldine , belle-sœur de Napoléon ; devenu veuf, il sollicita et obtint la main de la princesse Amélie de Leuchtenberg, fille de notre prince Eugène. La nouvelle impérairice débarqua, avec son frère, à Rio-de-Janeiro le 17 ocfobre 1829, Cette nouvelle union semblait promettre à dom Pedro un règne long et fortuné ; il n’en fut pas ainsi.

Déjà le congrès de 1829 avait, à plusieurs reprises, manifesté une si vive opposition, que l’empereur s'était vu obligé de le dissoudre le 3 septembre. A la fin de cette année, il fit une concession à l'opinion publique en composant son ministère presque exclusivement de Brésiliens; mais il ne put regagner la confiance publique, et les attaques des journaux continuèrent avec un redoublement de violence jusqu’à l’ouverture de la session, le 3 mai 1830, où il présenta, de guerre lasse, une loi restrictive de la liberté de la presse. Un voyage qu'il fit à Minas pour essayer de reconquérir l'opinion n'ayant pas répondu à son attente, il rentra, le 15 mars 1831, à Rio-de-Janciro, au milieu d’une indifférence générale, qui affligea profondément son cœur. Le 6 avril éclata un soulèvement, à la suite duquel ce prince si bienveillant etsi énergique abdiqua, le7, en faveur de son fils; et le 13 ils’embarqua pour l’Europe avec l'impératrice el le frère de cette princesse. Son rôle était fini en Amérique ; un autre non moins brillant commençait pour lui en Portugal, où, après de brillants succès, après avoir foudroyé l'usurpation et replacé sa fille, dona Maria, sur le trône de ses ancêtres, i] mourut enseveli danssa gloire, ainsi que son beaufrère, son compagnon d'armes, le duc de Leuchtenberg.

Quant au Brésil, il a continué, non sans quelques rudes secousses, à marcher dans les voies de progrès et de liberté que lui avait ouvertes le fondateur de son indépendance. La minorité du jeune cinpereur, dom Pedro I1, a été une époque difficile à traverser. Heureusement le Brésil est arrivé au but. Le congrès de 1834 a, de sa propre autorité, apporté une modification importante à la constitution en accordant à chaque province un corps législatif à l'instar des États-Unis et en lui abandonnant le maniement de ses affaires inténeures, administratives, judiciaires , financières el municipales. Cette modification hardie a sauvé l'unité de l'empire et l’hérédité du trône. Elle a été généralement acceptée avec joie, quoïqu’elle soit devenue encore un prétexte de troubles dans quelques provinces. En 1835 la chambre des députés élut à une grande majorité Diego Antonio Feijo régent de l'empire fédératif, excluant la reine de Portugal de la succession au trône, et, en cas de mort de dom Pedro II , encore mineur, appelant à lui succéder sa sœur dona Januaria. Sous la nouvelle régence les partis con- {inuèrent à se montrer si violents, que Feïjo dut donner sa démission en septembre 1837. Les députés élurent à sa place l’ancien ministre de la guerre Pedro Araujo de Lima. Celui-ci se maintint jusqu’au mois de juillet 1840, où il voulut dissoudre la chambre, qui s’en vengea en proclamant dom Pedro 11 majeur à l’âge de quinze ans,

Quand lejeune prince eut pris possession de la couronne, le 28 juiliet 1846, des troubles éclatèrent, fomentés surtout

BRÉSIL — BRÉSILLET

au nom de la république fédérative. Ils furent comprimés définitivement,par la victoire que le général Caxias remporta, en 1842, à San-Lucia, et depuis lors don Pedro, gouvernant sans opposition, put s'appliquer à développer le commerce du Brésil et son influence dans l'Amérique méridionale, Il abolit en 1850 la traite des noirs. En 1851, l’armée brésilienne, unie à celle d'Urquiza, fit lever le siége de Montevidco, puis elle contribua puissamment à la victoire de Monte-Caseros (3 fevrier 1852), qui mit fin à la dictature de Rosas, Après de grandes difficultés, un traité de navigation et de commerce conclu entre le Brésil et le Paraguay ouvrit les portes jusque-là fermées du Paraguay et du Parana, il fut renouvelé le 12 février 1858. Des traités de commerce furent également signés, l’un avec l'Uruguay, le 4 septembre 1857, l’autre avec le Pérou, le 22 octobre dela même année, pour Ja navigation de l’'Amazone. Le sénat et la chambre des déput:s de Rio Janeiro avaient adopté, en 1855, sur la proposition du gouvernement, une nouvelle loi électorale; qui substituait l'élection par district à l'élection par province, Cette réforme fut complétée, en 1860, à l’aide d’une autre loi, qui augmenta le nombre des électeurs du second degré, et supprima les députés suppléants élus jusque-là en même temps. que les députés titulaires, avec mission de les remplacer en cas d'absence où de maladie, ce qui donnait l'eu à des abus.

Vers la fin de 1864, le Brésil , qui artiçulait de nombreux griefs contre le gouvernement de Montevido, et qui en avait demandé en vain à plusieurs reprises la réparation amiable, résolut d'en tirer satisfaction par les armes. La guerre fut de courte durée et se {ermina, le 20 février 1865 ; le Brésil victorieux se tourna alors contre le Paraguay, don! le président Lopez avait appuyé Montevideo. Un traité conclu, le 4 mai 1865, entre le Brésil, Montevideo et Buenos Ayres, réunit ces trois puissances dans l’entreprise difficile de soumettre le Paraguay, pour mettre fin à sa situation isolée et imepagçante au milieu des autres États de l'Amérique du sud. Les troupes alliées eurent d’abord à forcer le Parana, sur la rive nord duquel Lopez avait accumulé les fortifications et les approvisionnements; elles n’y réussirent que le 23 avril 1866, Lopez, contraint de se retirer sur la forteresse d'Humaïta, se soutint pendant plus de deux ans dans cette nouvelle position, Les navires cuirassés de la flotte brésilienne parvinrent enfin à détruire les barrages qui empéchaient l'accès de la forteresse, dont les alliés se rendirent maîtres le 25 juillet 1868. La dernière ligne de fortifications des Paraguayiens, à Angostura , fut enlevée le 27 décembre suivant, et la flotte alliée put pénétrer dans le port de l'Assomption. Tout semblait terminé, quand oa apprit que Lopez avait réorganisé son armée à Carro Léon. Le gouvernement de Rio-Janeiro redoubla d'efforts, et pour éviter tout conflit entre les généraux argentins et brésiliens, nomma, vers le milieu de 1869, commandant en chef des forces alliées le comte d'Eu, fils aîné du duc de Nemours et gendre de l’empereur don Pedro 11. Le nouveau général enleva, le 12 août 1869, après un combat acharné, la forte position de Peribebutry, qui était devenue la capitale de Lopez, et par une seconde victoire, encore plus sanglante, remportée en septembre, le réduisit définitivement à l'impuissance. Lopez toutefois résista encore jusqu'au 15 mars 1870, où il fut tné les armes à la main, avec son fils. Cette guerre avait coûté au Brésil environ un milliard de fr.

BRESIL ( Bois de ). Ce bois de teinture provient du cæsalpinia brasiliensis, grand arbre de la famille des papilionacées , qui croft dans l'Amérique méridionale. Ce bois est dur, pesant, compacte, d’un rouge de brique sur une tranche récente de la scie, maïs brunissant par le contact de l'air. Il est susceptible d'un assez beau poli. Il nous arrive en bûches laillées à la hache. Le principe colorant de ce bois a été isolé par M. Chevreul, qui l'a nommé brésiline,

BRÉSILLET ( Bois de ). Ce bois de teinture provient de même que le bois de Brésil d'une espèce du genre cæsal-

BRÉSILLET — BRESLAU

pinia, qui croit principalement à la Guiane, et qu'on trouve aussi, quoique en moindre abondance, dans les Antilles. Le brésillet nous arrive recouvert d’un aubier blanchâtre; l'intérieur est rouge-brun, parsemé de veines transversales plus foncées. Il fournit moins de couleur rouge à la teinture, et d’une qualité moins belle que le bois de Brésil. Il nous èst apporté en bâtons de cinq centimètres environ de diamètre, dépouillés de leur écorce.

On donne le nom de brésillet des Indes au bois de sapan, qui provient du cæsalpinia sapan. Cet arbre croît aux Moluques , au Japon, au Brésil et dans les Antilles. Le bois de sapan est dur, pesant, compacte, d'un grain fin, prenant un beau poli, 11 est d’une couleur rouge beaucoup plus pâle que celle du bois de Fernambouc. Il donne un beau rouge sur laine et coton. Il nous arrive en bûches dépouillées de leur aubier.

BRESLAU (en langue slave Wratislawa ), chef-lieu de la Silésie prussienne ainsi que de la régence du même nom, située au centre de cette province et comprenant la partie septentrionale de la basse Silésie et le comté de Glatz, avec une superficie de 136 niyriamètres carrés et une population de 1,367,479 âmes. Seconde ville de la monarchie prussienne eu égard au nombre des habitants, et considérée comme la troisième capitale de la Prusse, Breslau est bâtie dans une vaste et fertile plaine, à l'embouchure de l’'Oh'au dans l’Oder, qui la traverse en ÿ formant plusieurs bras, et se compose de la Vieille et de la Nouvelle ville, et de sent faubourgs en partie détruits lors du siége qu’elle soutint en 1806, mais qui depuis ont été presque entièrement reconstruits d’après un plan régulier. De nombreux ponts unissent entre elles les différentes part'es de la ville, qui compte aussi beaucoup de places publiques, entre autres le Grand-Marché ou le Ring, au milieu duquel s'élève l'hôtel de ville et où on voit une statue équestre en bronze de Frédéric le Grand; le Salzring, ou place Blucher, où se trouve la statue en bronze que la province de Silésie a fait élever au général Blucher; le Maïché-Neuf, où existe une fontaine jaillissante dite de Neptune; la place Tauenzien, ornée d’un monument en marbre à la mémoire de Tauenzien, qui défendit héroïquement Breslau à l’époque de la guerre de Sept ans.

Parmi ses nombreuses églises, toutes surmontées de tours fort élevées, onze appartiennent aux protestants et le reste aux catholiques. La plus remarquable parmi les premières est celle de Saïnte-Élisabeth, construite par la bourgeoisie de 1253 à 1257, avec un clocher de 198 mètres d’élévation, renfermant une cloche du poids de 220 qu'ntaux et plusieurs autres de moindre volume. On y admire aussi un orgue de toute beauté ; et elle renferme beaucoup de tombeaux, ainsi qu’une bibliothèque riche en manuscrits. Les plus belles églises catholiques sont : la cathédrale, placée sous l’invocation de saint Jean, monument dont on attribue la construction à l’évêque Walther 1°° (1148-1176), mais qui date plus vraisemblablement du treizième siècle. Elle est ornée de deux tours, que des incendies ont successivement dépouillées de leur flèche, en 1540 et en 1759, et d’un grand nombre de chapelles, avec un maitre autel en argent massif d’un travail remarquable et beaucoup d’autres productions de l’art; l’église de la Croix, bâtie de 1288 à 1295; l’église Notre-Dame (1330-1369); l’ancienne église des Jésuites et l'église Sainte-Dorothée, l'édifice le plus élevé de toute la ville. 11 y a, en outre, à Breslau une grande synagogue et seize autres de dimensions moindres.

La ville de Breslau contient encore d’autres édifices remarquables ; nous citerons : l'hôtel de ville, monument du quatorzième siècle, orné de belles sculptures, et surmonté d’une haute tour dentelée, avec une belle horloge; la bourse ; le château royal; le collége des Jésuites, construit sous le règne de l’empereur Léupold I‘, et affecté aujourd’hui au service de l’université ; l'hôtel de la régence ; le palais de justice; le palais épiscopal ; l'hopital de Tous les Saints; le

théâtre de la ville, ferminé seulement en 1841, et appartenant à une société d’amis de l’art dramatique; le palais des États provinciaux ; l’Intendance et la Bibliothèque, la gare du chemin de fer, la plus belle de la Prusse, ete, Toute la ville est éclairée au gaz, Elle est le siége des autorités supérieures, tant civiles que militaires, de la province, d’un gouverneur général, d’un consistoire évangélique, d’un prince évêque et d’un chapitre catholique relevant immédiatement du pape, d'un comptoir de la Banque royale, etc. La population de Breslau à pris un rapide accroissemeit dans notre siècle; en 1831, elle était de 82,894 habitar.{s ; en 1864, de 156,854; et en 1871, de 193,000 dont les (rois quarts professaient la religion luthérienne,

On y trouve un grand nombre de fabriques, dont les plus importantes sont celles de sucre, de tabac, d'huile, de quincaillerie, d’orfévrerie, de toiles peintes, de garance, de draps, de cuirs, d’épingles, d’aiguilles, d’eau-de-vie, de poteries, de chapeaux de paille, de crayons de mine de plomb, de cire à cacheter et de toile. 11 y existe également de grandes brasseries et de grandes fabriques de vinaigre, et pendant longtemps la ville a possédé une fonderie de canons. Le commerce des toiles, des draps, des liqueurs, et en général des produits du sol, des mines et des forges, mais surtout des laines, favorisé par de grands marchés et des foires importantes, y est des plus actifs; et la navigation sur l'Oder, exploitée en grand par deux puissantes compagnies, met la ville en communication presque quotidienne avec Hambourg. Quatre chemins de fer contribuent à donner encore plus d’activité au mouvement commercial. L'un, celui de la haute Silésie, conduit d’une part, par Oppeln et Kosel, à Cracovie et à Varsovie, et de l’autre à Vienne. Le second, celui de Breslau-Schweidnitz-Freybourg, conduit à Schweidnitz et à Freybourg; le troisième, celui de la basse Silésie et de la Marche, conduit d’une part, par Eiegaitz et Bunzlau à Berlin, et de r’autre à Dresde; le quatrième eufin se dirige, par le nord, vers Posen et Slettin.

En fait d'établissements scientifiques existant à Breslau, il faut mentionner en première ligne son université, fondée en 1702, à l'instigetion des Jésuites, par l’empereur Léopold I", comme faculté de théologie et de philosophie catholiques, et nommée d’abord Zeopoldina, en l'honneur de ce prince. Ce ne fut qu’en {811, et lorsqu'on lui eut adjoint l’université de Francfort sur l’Oder, qu’elle devint une uni: versité complète comptant quatre facultés, dont l’une, celle de théologie, est divisée en faculté de théologie protestante et en faculté de théologie catholique. La dotation annuelle de l’université fut alors portée à 320,000 francs, en même temps qu’on en augmentait le personnel enseignant ; et bientôt elle put rivaliser avec la nouvelle université de Berlin. A l’université sont adjoints une bibliothèque de 300,000 volumes, un jardin botanique, des collections d'instruments de physique et de chimie, de minéralogie, de zoologie et d’astronomie, un observatoire, un amphith(âtre et un muséum d'anatomie, deux instituts cliniques et un musée archéo!ogique. Dans ces dernières années, le nombre des étudiants a° varié entre 800 et 900. Breslau possède en outre quatre bibliotheques publiques, diverses socictés savantes, une 50ciété biblfque et une société des missions, une société philomatique, l’Académie Léopoldine des naturalistes, une société des Arts et Métiers, diverses collections d'archéologie et d'objets d’arts, un cabinet de médailles, et les archives de la Silésie, l

Il est déjà fait mention vers l’an 1000 de Breslau, sous les noms de Wracislawa où Wortizlawa, comme d'une ville importante, Après que le duc Wladislas eut (té expulsé de la Pologne par ses frères (1148), la Silésie fut séparée de ce royaume par l'intervention de l’empereur Frédéric 1° (1160), et Breslau devint alors la capitale d’un duché indépendant, En 1241, lors ce l'invasion des Mongols, elle fut brûlée par sa propre garnison. À la mort du dernier duc, Ilenri VI (1835),

qui ne laissa point de postérité, la ville et la principauté échurent comme fief immédiat au roi Jean de Bohême, et par conséquent à la maison de Luxembourg. Deux grands incendies, arrivés en 1342 et 1344, détruisirent presque complétement la ville, que l’empereur Charles IV fit ensuite rebâtir d’après ses plans et qu’il agrandit considérablement du côté de l’Ohlau. Lui et ses successeurs lui accordèrent aussi d'importants priviléges, de sorte que sa prospérité et son importance s’accrurent rapidement. En 1418, sous le règne de Wenceslas, la bourgeoisie se révolta contre le sénat, qui affectait des tendances aristocratiques, et beaucoup de sang fut répandu à cette occasion. Plusieurs sénateurs, entre autres, furent égorgés. En 1420 l’empereur Sigismond tira, il est vrai, vengeance de ces excès en envoyant au supplice vingt-trois des meneurs de l'insurrection; mais il décida en même temps qu’à l'avenir quatre membres désignés par les différentes corporations de la bourgeoisie feraient partie du sénat.

Dans la guerre des Hussites, Breslau se déclara contre ces sectaires, puis contre Georges Podiebrad, lorsque celui-ci fut proclamé roi de Bohème ; cependant il réussit à se rendre maitre de la ville. Plus tard, elle embrassa le parti de Mathias Corvin de Hongrie, à l'effet d'obtenir de lui aïde et protection contre Georges. Son ministre Stein entra en Silésie et en Lusace avec lé titre formel de gouverneur; et il établit en qualité de capitaine de la principauté de Breslau et de président du sénat un homme entièrement à sa dévotion, Ilenri Dompnig , qui détruisit les institutions municipales el -éduisit presque à néant l'autorité du sénat. Mais celui-ci, quand le roi Mathias vint à mourir, réussit à ressaisir son ancien pouvoir, et résolutalors de se venger des gouverneurs qui lui avaient été imposés. Stein fut assez heureux pour s'échapper; mais Dompnig fut pendu.

Lorsque le roi Louis II de Hongrie eut péri à la bataille de Mohacs, Breslau et la Hongrie passèrent, en 1527, sous l’autorité de Ferdinand d’Autriche, beau-frère du roi défunt. Quelques années auparavant, la grande majorité des habitants avaient embrassé le protestantisme ; mais l’évêque, le chapitre, les couvents et les monastères demeurèrent fidèles à la foi catholique,

Pendant la guerre de la succession d’Autriche, Breslau, à la suite d’une surprise, tomba, le 10 août 1741, au pouvoir du roi de Prusse, Frédéric 11, qui lui accorda divers droits et priviléges. C’est aussi dans cette ville que fut signée, le 4 juin 1742, entre la Prusse et l’Autriche, la paix qui assura à la Prusse la possession définitive de la Silésie. À l’époque de la guerre de sept ans, les Autrichiens commandés par le prince Charles de Lorraine y battirent, le 22 novembre 1757, les Prussiens, inférieurs en nombre, commandés par le duc Brunswick-Bevern, qui fut fait prisonnier. Mais à la suite de la victoire qu’il remporta à Leuthen, le 5 décembre 1757, Frédéric 11 reprit bientôt possession de Breslau, où 21,000 Autrichiens durent mettre bas les armes devant lui, En 1760 Laudon Lenta de s'emparer de Breslau par un coup de main el un bombardement ; mais Tauenzien s’y défendit si bravement, que l'ennemi dut lever le siége.

A l’époque de la guerre soutenue contre la France par la Prusse et la Russie, Breslau fut assiégée, du 7 décembre 1806 au 7 janvier 1807, par un corps d’armée aux ordres du général Vandamme et composé en grande partie de Bavarois et de Wurtembergeois. Le commandant de la place, Thiele, fit alors incendier les faubourgs; mais après avoir soutenu le feu de l'ennemi pendant plusieurs semaines, force lui fut de rendre la ville aux Français, qui en rasèrent les fortifications et comblérent les fossés. Plus tard on les a transformés en promenades magnifiques.

C’est de Breslau que, le 17 mars 1813, le roi Frédéric-Guillaume LI lança sa fameuse proclamation À mon peuple, qui avait pour but de soulever les populations prussiennes Contre la tyrannique domination de Napoléon. Au mois de

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