‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 433 sur 527 · BRET — BRETAGNE · texte numérisé non relu

BRET — BRETAGNE

C'était un homme d'esprit, qui s'était fait beaucoup d'amis par son humeur agréable et par son caractère doux et bienveillant. On a de lui : 1° des romans qui se perdent dans la foule de ceux qu'on a publiés depuis; 2° des Mémoires sur la vie de Ninon de Lenclos (1751); 3° des Essais de Contes Moraux et dramatiques (1765); 4° des Poésies diverses (1772, 3 volumes}; 5° son Théâtre ( Paris, 1778, 2 vol. ), contenant plus'eurs comédies, dont neuf ont été jouées au Théâtre-Français, où les deux premières surtout eurent beaucoup de succès : l'École Amoureuse, en 1 acte et en vers (1745); la Double Extravagance, en 3 actes, en vers

(1750); Le Jaloux, idem (1755); l’'Humeur à l'épreuve,

en { acte, en prose, jouée en 1767, et en 2 actes, sous le titre Les Deux Sœurs, et remise sous son premier titre, en 1790 , au théâtre du Palais-Royal; l’Orpheline, ou le Jaux généreux, en 3 actes, en vers (1753); la Maison, ou l'Epreuve Indiscrèle, en 2 actes, en vers (1764); le Protecteur bourgeois, ou la Confiance trahie, en 5 actes, en vers (1763); Les Leltres anonymes, en 4 actes, en vers; les Deux Julies, ou le Père crédule , comédie-farce en 3 actes, en vers; 6° sept pièces que l’auteur n’a point fait entrer dans cette édition, et dont deux opéras comiques : le Déguisement pastoral (1744) ; le Parnasse moderne (1754); une comédie, Ze Quartier d'Hiver, jouée à Lyon en 1744; deux, tombées, au Théâtre- Français en 1747 et 1765 : Le Concert , qui, suivant Sainte-Foix, n'était pas le Concert spirituel; et le Mariage par dépit; enfin, deux représentées au Théâtre-ltalien en 1758 et 1761 : l’Entélement, pièce relative à la guerre musicale des lullistes et des ramistes ; les Deux Amis, ou le Vieux Coquet ; 7° l'Hôlel- Lerie, drame en 5 actes, en vers (1785), plusieurs fables, contes et autres poésies dans l’AZmanach des Muses, etc.

Quoique les ouvrages dramatiques de Bret soient écrits avec facilité, avec beaucoup d'entente de la scène, le style en est parfois trop naturel, et l'esprit y supplée trop souvent à la verve. Depuis 1774, l'ouvrage qui contribua le plus à sa réputation, par sa critique modérée, pleine de justesse et de goût, fut le Commentaire qu'il joignit à deux éditions qu’il publia du Théâtre de Molière, en 1773 et 1785, & volumes, et qui a été reproduit avec des suppléments dans c-lles qu'ont données Auger en 1818, et M. Taschereau en 1823. H. AUDIFFRET.

BRETAGNE, Brilannia, était le nom que portait dans la géographie ancienne l'ile formée par l'Angleterre et l'Écosse réunies. Ce nom, qui aurait dû plutôt être écrit Brittania, vient des deux mots gaulois brifh et fain, et signifie pays des Briltes ou Brelons. L'ile de Bretagne et sa voisine, l'Irlande, ont été visitées par les Phéniciens, qui allaient y chercher l’étain, et qui pêchaient sur leurs côtes une espèce de thon, qu’ils salaient et apportaient en Grèce. Leur entrepôt pour le commerce de l’ambre et pour celui qu’ils faisaient à Thulé était la pointe orientale de l’Angleterre ou la province de Kent, appelée déjà XKantium. 1] est fait mention de la Bretagne dans les fragments qui nous restent du voyageur Pythéas, antérieur au siècle d’Alexandre.

Dans l’ancienne géographie, non-seulement l'Angleterre et l'Irlande, mais encore toutes les petites tles qui les entourent, portaient le nom d’iles britanniques. Elles étaient originairement habitées par des Gaulois, qui furent successivement refoulés vers l'Écosse et Firlande. D'abord les Cimbres ou Kymres, connus sous le nom de Belges, après avoir envahi la partie septentrionale de la Gaule, passèrent également en Bretagne, où ils occupèrent la partie méridionale de l'ile. Plus tard, les Saxons et les Danois refoulèrent les Belges ou Kymres dans le pays de Galles et la province de Cornouailles, et les Bretons Gaulois au delà du retranchement d'Adrien.

La quatrième année de la guerre des Gaules César fit une expédition en Bretagne ; il y retourna l’année suivante,

mais ce ne furent que des reconnaissances sans résultat. Les Bretons achetèrent la paix, et restèrent indépendants. Deux fois l’empereur Auguste voulut faire la guerre aux Bretons. 11 en fut détourné la première fois par les supplications des ambassadeurs que ces peuples lui envoyèrent ; la seconde fois, par les hostilités des Salasses et des Cantabres. Lorsque Caligula se rendit dans les Gaules pour rançonner ce pays, il s’avançe jusqu’à Boulogne, menaçant d’envahir la Bretagne ; mais cette bravade n’eut aucune suite, Enfin , l'an 43 de l’ère chrétienne, l'empereur Claude passa lui-même, à la tête d’une armée, dans l’île, qui se soumit presque sans défense. Toutefois cette soumission ne fut pas de longue durée : à peine Claude eut-il quitté la Bretagne, que Plautius, qu’il avait laissé pour la gouverner, eut à lutter contre des révoltes partielles. Vespasien, qui lui succéda, acquit dans ce pays une grande réputation militaire, mais sans pouvoir en dompter les habitants. La guerre eontinua sous ses successeurs. Enfin C. Julius Agricola fut nommé par Vespasien gouvernenr de la Bretagne, et ce guerrier, dont Tacite, son gendre, à immortalisé la mémoire, après avoir soumis les Silures, les Ordovices et les Brigantes, porta la guerre chez les Pictes et les Calédoniens, habitants de l’'Écosse, et les força à reconnaître la domination des Romains. Agricola profita de sa victoire pour faire faire le tour de la Bretagne à sa flotte, qui soumit en passant les Orcades. Son départ, déterminé par la jalousie de Domitien, fit perdre à Rome le fruit de ses victoires sur les Pictes et les Calédoniens.

Environ trente ans plus tard (en 120 ), l'empereur Adrien vint visiter la Bretagne, où il s’appliqua à corriger les abus qui s'éla'ent introduits dans le gouvernement du pays, et se préoccupa surtout de s’assurer la possession tranquille de la. partie méridionale, A cet effet, il y construisit une muraille qui s’étendait, dans un développement de 80 milles romains ( 104 kilomètres }, depuis l'embouchure de la Tyne, près de Newcastle, jusqu'à l'Ztium æstuarium (Galway-Firth), en face d'Annan. Ses ruines sont encore appelées le rempart des Picles ( Picts-Wall). Lollius Urbicus, gouverneur de la Bretagne sous le règne d’Antonin le Pieux, ayant remporté de grands avantages sur les Calédoniens, étendit les frontières de l'empire de ce côté, et fit construire un nouveau retranchement entre la rivière d’Esk et l'embouchure de la Tweede (162). La province romaine de Bretagne resta tranquille pendant les dernières années du règne d’Antonin et sous celui de Marc-Aurèle. Mais dès le commencement de celui de Commode les Calédoniens franchirent le retranchement, battirent les troupes, et ravagèrent la Rretagne méridionale. Ulpius Marcellus les contint, et la Bretagne eut près de dix ans de repos sous son commandement ; mais après que Claudius Albinus, qui lui avait succédé, se fut fait reconnaître empereur et eut retiré de l’île la majeure partie des troupes pour renforcer son armée, les ravages des Calédoniens recommencèrent. Le nouveau gouverneur Lupus se vit contraint d'acheter la paix. Enfin l’empereur Sévère, s’étant débarrassé de ses deux rivaux Albin et Niger, se décida à passer lui-même en Bretagne pour y rétablir la tranquillité. 11 fit aux Calédoniens ( de 208 à 210) une guerre sanglante dans les bois et les marais. L'armée romaine y éprouva de grandes pertes; mais les Calédoniens, acculés au nord de l'Écosse, se soumirent, et Sévère porta les limites de l'empire un peu au delà d'Édimbourg, et un nouveau retranchement s’éleva de Linsithgow à Glasgow, entre les baies de Clyde et de Forth.

Peu après, Sévère mourut à York. Son fils Caracalla se fit ba‘tre par les Calédoniens, et reperdit les conquêtes de son père. Les limites de la Bretagne romaine reculèrent de nouveau jusqu’au mur d’Adrien. L'usurpateur Carausius essaya de les franchir, mais il fut également vaincu. Depuis ce temps, l’affaissement rapide de la puissance romaine ne permit plus aux empereurs de protéger efficacement la Bretagne romaine contre les Bretons calédoniens, ou pictes,

ou scotes. En 421 la nécessité de défendre l'empire contre les invasions des barbares fit même retirer les légions qui occupaient la Bretagne. En 446 les Bretons, ne pouvant plus résister aux incursions des Scotes et des Pictes, sollicitèrent un appui que l'empire n’était plus en état de leur accorder, En 447 ils appelèrent à leur secours les Angles et les Saxons. Mais leur chef Hengist s’empara du pays qu'il devait défendre, et contraignit Vortigerne ( Forlighearna), qui régnait depuis le départ des Romains, à lui donner sa fille, et à lui céder le Kantium. Peu à peu, les Bretons- Kymres ou Belges furent forcés ou de se soumettre ou de se réfugier dans les provinces de Galles ou de Cornouailles ; les Bretons gails ou gaulois s’éloignèrent vers le nord, et s’unirent aux Calédoniens, et la monarchie Anglo-saxonne s'établit dans la Bretagne romaine.

Un nombre assez considérable de Bretons-Kymres, qui, sous les ordres d’un chef nommé Conan, avaient suivi l’usurpateur Maxime dans les Gaules, s'étaient établis dans la partie del’'Armorique, qui est au nord-ouest de la Gaule. Après l'invasion des Anglo-Saxons, et pendant leurs guerres avec ces nouveaux dominateurs, plusieurs co'onies de Bretons-Kymres passèrent la mer, et s'établirent également dans l'Armorique, où il s'était formé un État qui prit le nom de Petite-Bretagne. Celni de Grande-Bretagne resta à l'ancienne île Britannique, dont la partie méridionale prit le nom d'Angleterre.

Dès l'an 284 quelques familles habitant les côtes de la Bretagne proprement dite, pour échapper aux ravages des pirates saxons , passèrent dans la Gaule. Dioclélien leur permit de s’y établir, et leur assigna des {erres dans le pays des Curiosolites et dans celui des Vénètes. En 364 eut lieu une seconde émigration. Ces deux établissements partiels furent suivis, vingt ans après, d’une émigration plus considérable, qui fonda un nouvel État. Maxime, gouverneur de la Grande-Bretagne, s'étant révolté contre l’empereur Gratien, et ayant usurpé la pourpre impériale, passa dans les Gaules avec toutes les troupes qu’il put réunir. Dans ce nombre se trouvait un corps assez considérable de Bretons, sous les ordres de Conan-Mériadec, neveu d’un prince ou régent indigène. Ma xime débarqua vers le lieu où s'élève aujourd’hui Saint-Malo. L'empereur Gratien, battu au débarquement, et ensuite près de Paris, se vit obligé de se renfermer dans Lyon, où il fut assiégé, pris et mis à mort. Après la bataille de Paris, Maxime avait confié à Conan le gouvernement de l'Armorique. Ce chef vint s'établir dans le centre de son commandement, non loin du lieu où il avait débarqué. Valentinien ayant vaincu et tué Maxime près d’Aquilée, traita ses soldats avec douceur, et permit aux Bretons qui étaient parmi eux d’aller en Armorique rejoindre Conan. Celui-ci continua de reconnaître l'autorité de l'empire, mais plutôt comme allié que comme sujet. Les Bretons insulaires ne pouvaient plus résister aux ravages réunis des Calédoniens et des Saxons; beaucoup d’entre eux passèrent encore en Gaule et se réunirent à Conan. En 410 ce dernier profita de la faiblesse de l'empire romain, ravagé en tous sens par les barbares, pour se déclarer indépendant et se faire proclamer roi des Bretons armoricains.

Le nouvel État, qui formait à peu près la moitié de la 3° Lyonnaise, se composait alors de six peuplades : les Redons, les Curiosolites, les Osismiens, les Corisopiles, les Vénèles et les Namnèles, dont le territoire embrassait les départements actuels d’Ille-et-Vilaine, des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan, de la Loire-Inférieure, et qui avaient pour villes principales, les Redons : Condute (Rennes ) et Aletum (Quidallet, près de Saint Malo) ; les Curiosolites : Curiosolitum (Corseuil près de Dinan), et Ambiliales (Lamballe }; les Osismiens : Vorganium ( Carhaix) et Brivales (Brest); les Corisopites : Corisapitum (Quimper-Corentin) ;

les Vénètes : Dariorigum (Vannes) ; et les Namnèles : Con-

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divicnum ( Nantes). Ces peuples étaient des Gaulois proprement dits , distincts des Belges ou Kymres, et que César dir s'appeler dans leur langue Keltes ou Gails. Mais il se fit chez eux une révolution importante, sous le rapport du langage et des mœurs. Les Bretons arrivés en 284 et en 364, à qui les empereurs romains avaient fait distribuer des terres, avaient bien pu les recevoir comme etes ou leudes, c’est-à-dire colons ou vassaux ; mais ceux de Conan-Mériadec n'avaient pas été établis au même titre. Ils étaient, sous quelques rapports, les conquérants du pays, les compagnons du chef qui aspirait à la possession absolue des provinces qu’il gouvernait. Leur établissement fut, relativement aux Gaulois indigènes, à peu près pareil à celui des Francs, des Bourguignons et des Goths. La langue kymre, qui était celle des envahisseurs, devint la langue dominante ; mais elle éprouva elle-même une modification, résultant de l’infériorité numérique des Bretons ; elle se mélangea de gaulois, et s'écarta de sa pureté primitive. C’est ce qu’on observe en comparant le kymre armoricain ou langue bretonne avec le kymre de Cornouailles et du pays de Galles. Les règles grammaticales sont les mêmes dans les trois dialectes, mais le premier est mélangé d’un bien plus grand nombre de mots gaulois, ou galliques. C’est donc à tort que l’on a voulu voir dans le breton armoricain le véritable gallois. Ce breton armoricain se rapproche davantage du kymre dans les départements des Côtes-du-Nord, du Finistère et du Morbihan, sans doute parce que cette extrémité de la Gaule étant plus agreste et moins peuplée que les départements d’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure, les Bretons s’y établirent en plus grand nombre. :

Le troisième successeur de Conan, qui prenait également le titre de roi, et qui s'appelait Audren, se trouva déjà assez affermi pour pouvoir envoyer des secours aux Bretons de Cornouailles, dont les Alïns ravageaient les côtes, et y élablir son frère, qui prit aussi le titre de roi. Audren resta l’allié des Romains , et leur fournit un corps de troupes qui prit part aux victoires d'Orléans et de Châlons, dont le résultat fut la défaite d’Attila. Les princes ou chefs de la Bretagne continuèrent à porter le titre de roi jusqu’à Hoël 1°, qui monta sur le trône en 509. Après cette époque, l’usage général des princes de ce temps de partager leurs domaines entre leurs enfants morcela la Bretagne entre plusieurs comtes , indépendants les uns des autres, quoique celui qui était maître de Rennes s’attribuât la suzeraineté et prit le titre de roi. Cet état de choses dura jusqu’en 799, époque où Charlemagne fit la conquête de la Bretagne, qui resta soumise pendant son règne ; mais sous celui de Louis le Débonnaire elle essaya de reconquérir son indépendance. Deux comtes de Cornouailles, Morvan et Viomarch, se révoltèrent successivement, mais sans pouvoir se maintenir. La Bretagne fut réduite de nouveau, et Louis-le-Débonnaire y établit, en 824, pour gouverneur ou lieutenant général un Breton de naissance obscure, nommé Nomenoé, homme doué de rares qualités, qui profita des troubles intérieurs de la France pour consolider son autorité et préparer les moyens de conquérir son indépendance. Lorsque la bataille de Fontenai eut assez affaibli l'empire des Francs pour qu'aucun des fils de l'empereur Louis ne se trouvât en état d’entreprendre une guerre sérieuse, Nomenoé se déclara indépendant , et gagna, en 845, une grande bataille contre l'empereur Charles le Chauve. Deux ans plus tard il prenait le titre de roi. N

La dynastie de Nomenoé régna sur la Bretagne jusqu’en 1169. Deux de ses descendants seuls, Érispoé et Salomon II, eurent le titre de roi; les autres prirent indifféremimnent celui de comtes ou de dues. La Bretagne, morcelée par les partages qui recommencèrent à la mort de Salomon 111, ravagée par les Normands jusqu'à le élablissement en Normandie ( 912 ), ne jouissait que d'une indépendance précaire, lorsque le traité par lequel Charles le

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Simple céda la Normandie à Kollon vint encore compliquer sa position. Le roi de France transmit au nouveau duc de Normandie son prétendu doit de suzeraineté sux la Bretagne, et cet acte, qu'on ne peut expliquer que par les préjugés féodaux ;alluma entre les Bretons et les Normands une collision dont le résultat final fut un changement de dynastie. Conan IV ne put prendre possession du duché de Bretagne qu'avec le secours de Henri If, roi d'Angleterre, de cette même maison de Normandie à laquelle on avait attribué la suzeraineté de la Bretagne, et moyennant la cession du comté de Nantes. La guerre civile n’en continaa pas moins, et Conan se trouva à peu près réduit à la possession du comté de Rennes. Enfin, après avoir vu pendant dix ans son pays ravagé par les seigneurs bretons et par les Anglais ses adversaires, il eut la lâcheté de se mettre à la discrétion de ces derniers, en mariant sa fille unique Constance à Geoffroi, troisième fils de Henri IL. A peine ce mariage était-il conclu, que Henri 11 se hâtait de dépouiller Conan, et faisait reconnaitre duc de Bretagne son fils Geoffroi (1166). Mais il éprouva une vive résistance de la part d’Eudes de Bretagne, son cousin, second mari de Berthe; et ce ne fut qu’en 1169 que son fils put être couronné à Rennes.

Après la mort de Geoffroi (1186), sa veuve Constance fut reconnue duchesse de Bretagne, et dans le neuvième mois de son veuvage elle accoucha d’un fils, qui reçut le nom d'Arthur. La naissance du jeune prince dérangeait les combinaisons de Henri IT ; il se hâta de passer en Bretagne, et força Constance d’épouser Raoul, comte de Chester. Son successeur, Richard Cœur de Lion, ne se comporta pas mieux à l'égard de Constance. D’an autre côté, le roi de France, Philippe-Auguste, semblait avoir déjà conçu le projet de réunir la Normandie et peut-être ensuite la Bretagne à la couronne. Richard prétendait disposer de son neveu et de la princesse Éléonore. Philippe-Auguste offrait de son côté une protection qui n’était pas plus désintéressée,. Enfin, Constance ayant été débarrassée de son second mari, chassé par les Bretons, fit reconnaître son fils duc de Bretagne à l’âge de sept ans, en 1196. Richard, irrité, se saisit de Constance par une perfidie; et les Bretons remirent Arthur au roi de France. Après deux ans d'une guerre cruelle, Richard ayant été tué en 1199, son héritage fut disputé entre son frère Jean Sans Terre, qui se fit reconnaitre en Angleterre, et Arthur, qui, à l’aide de Philippe-Auguste, s’empara du Maine, de la Touraine et de l’Anjou. Mais ce dernier abandonna bientôt son protégé, fit la paix avec le nouveau roi d'Angleterre, et Arthur, réduit à la Bretagne, resta vassal de Jean (1200). L’année suivante la duchesse Constance mourut. Ayant fait rompre son second mariage, elle avait épousé en troisièmes noces Gui, vicomte de Thouars, dont elle eut trois filles. La guerre s’étant rallumée entre l'Angleterre et la France, Arthur prit le parti de cette dernière puissance ; mais il tomba bientôt au pouvoir de Jean Sans Terre, qui l’égorgea de ses propres mains, et jeta son cadavre dans la Seine.

Le parlement, ayant déclaré le meurtrier coupable de félonie et de trahison, confisqua toutes les terres qu’il possédait en France. Elles furent conquises par Philippe-Auguste, et réunies à la couronne. Cette réunion fut le terme de la rivalité des Capétiens et des Plantagenets ou princes de la maison d’Anjou. Il ne restait plus à décider que la succession de la Bretagne. L’héritière naturelle du duché était Éléonore, sœur aînée d’Arthur. Mais Ékonore, fille de Constance et de Geoffroi d'Anjou, était une Plantagenet. Philippe fit reconnaître duchesse de Bretagne Alix, fille aînée de Constance et de Gui de Thouars. Ce dernier fut nommé régent, mais sous l’autorité du roi de France, qui resta administrateur du duché. Quelques années plus tard, Philippe maria Alix à Pierre de Dreux, arrière-petit-fils de Robert de Dreux, second fils de Louis le Gros, qui fut reconnu en 1213 duc de Bretagne, vassal de la France,

DICT. DE LA CONYERS. — T. Ilis

Les règnes successifs des ducs de la maison de Dreux, Pierre 1°", Jean I°*', Jean 11, Arthur If et Jean I], n’offrent aucun événement bien important, Ils restèrent dans les intérèts de la maison de France, à laquelle ils appartenaient. L'alliance de Jean IH avec le roi d'Angleterre Édouard I* fut elle-même de peu de durée. Les flottes et les troupes auxiliaires anglaises se rendirent odieuses aux Bretons, et le duc Jean eut le bon esprit de céder au vœu public. Il fut en récompense créé pair de France par lettres-patentes de 1297; mais les Anglais ne perdaient pas de vue la Bretagne : en 1309, à l’occasion du mariage d'Isabelle, fille de Philippe le Bel, avec le roi Édouard, ce dernier eut l'adresse de faire insérer dans le contrat une clause qui lui transportait la suzeraineté de la Bretagne. Mais les états de ce duché, consultés par Arthur II, refusèrent d’y consentir.

La mort de Jean IL, arrivée en 1341, fut le signal d’une guerre civile qui ravagea la Bretagne pendant vingt-cinq ans, et la cause des guerres qui suivirent pendant soixante-dix. Le duc Jean, qui ne laissait point d'enfants, était l'aîné des trois fils d'Arthur II. Son frère puîné, Gui, comte de Penthièvre, était également mort, laissant une fille, nommée Jeanne, mariée à Charles de Blois, neveu de Philippe de Valois. Le frère cadet, Jean, comte de Montfort, était encore vivant. L'héritage fut disputé entre Jean de Montfort et.Charles de Blois, stipulant pour Jeanne sa femme. Le premier réclamait l'exécution de la loi salique , et l’exclusion des femmes, qui avait eu lieu, disait-il, en Bretagne, lorsqu'il se trouvait des héritiers mâles ; Charles de Blois répondait que les femmes ayant élé plusieurs fois admises au gouvernement, le droit de représentation devait exister en leur faveur ; qu’ainsi, Jeanne, représentant Gui, second fils d’Arthur, devait être préférée au troisième fils. El n’y avait point alors de droit public qui fixât l'ordre de successibilité en Bretagne. 11 était donc facile de prévoir que la discussion ne pourrait être vidée que par la force des armes, et il était inévitable que la rivalité de la France et de l’Angleterre ne vint prolonger la lutte en la compliquant. C’est ce qui arriva. Jean de Montfort, dès qu’il apprit la mort de son frère, se hâta d’accourir à Nantes, où il se fit reconnaître duc de Bretagne. Il se saisit avec la même rapidité de Rennes, de Brest, de Vannes et des trésors de son prédécesseur. Charles de Blois, beaucoup moins actif, en appela au jugement du roi de France, son oncle. Il était assuré du résultat favorable de cet appel. En effet, un arrêt du 7 septembre 1341, rendu par Philippe de Valois , en son parlement, adjugea le duché de Bretagne à Jeanne, à l’exciusion de Jean de Montfort. Ce dernier appela les Anglais à son secours, et la noblesse du pays se divisa entre les compétiteurs. Charles de Biois , entré en Bretagne avec une armée française, avant l’arrivée des Anglais, eut, dès la première campagne, le bonheur de faire prisonnier Jean de Montfort dans Nantes.

La guerre auraitété ainsi terminée, sans l’intervention d’une héroïne qui releva le parti vaincu. Jeanne de Flandre, épouse de Montfort, se trouvait à Rennes avec son jeune fils, âgé de trois ans. Sans se laisser effrayer par la captivité de son époux, elle se mit à la tête de ses partisans, et se retira avec l'élite de ses troupes à Hennebon, atin de conserver ce point de débarquement aux secours qu’elle attendait d'Angleterre. Assiégée dans cette place par Charles de Blois, son courage héroïque et la constance qu’elle sut inspirer à la garnison, en prolongèrent la défense jusqu’à larrivée des secours qu’elle attendait. Pendant le siége, et au moment d’un assaut furieux, elle sortit à la tête de trois cents cavaliers, et chargea si bien les assaillants, qu’elle les força à renoncer à l’assaut. Coupée de la place, elle gagna Auraï, réunit ce qu’elle put de ses partisans, et rentra le sixième jour par surprise dans Hennebon. A l’arrivée des Anglais, Charles de Blois fut obligé de lever le siége : il perdit successivement Guerande, Vannes, Carhaix, et éprouva un échec à Quimperlé. En 1342, une seconde tentative sur Hennebon n'eut pas un meilleur succès,

et, malgré un assez grave échec que Jeanne de Montfort essuya sur mer près de Guernesey, elle n’en continua pas moins la guerre en Bretagne. Cette même année le roi d'Angleterre vint en personne à son secours , et s’avança jusque devant Rennes. Le roi de France accourut de son côté, et pénétra jusqu’à Ploëérmel. Mais au mois de janvier, par la médiation du pape, une trêve de trois ans fut conclue entre les deux souverains, et le champ de bataille resta abandonné aux partisms de Blois et de Montfort.

Deux incidents vinrent renouveler bientôt toute l’activité de la lutte. Le premier fut la mort d’Olivier de Clisson, seigneur breton, du parti de Charles de Bloiset dela France: accusé et, dit-on, convaincu d’intelligences avec l'ennemi, il fut arrêté et décapité à Paris (1344), sans autre forme de procès, avec plusieurs autres seigneurs normands et bretons. A celte nouvelle Jeanne de Belleville, sa veuve, ayant réuni quelques troupes, s’empara par surprise de plusieurs places tenues par les troupes de Charles de Blois, et les remit avec sa petite armée à Jeanne de Montfort. Le second incident fut la délivrance du comte de Montfort, qui, ayant pu s'évader de Paris, vint se mettre à la tête de ses partisans (1345); mais il mourut peu après, à Hennebon, laissant à sa veuve le soin des intérêts de leur fils. Après la mort de Jean de Montfort, quelques succès partiels et la prise de Quimper (1346) semblèrent donner la supériorité à son compétiteur. Mais la bataille de Crécy l'ayant privé de l’appui de la France, Charles de Blois reperdit bientôt ces avantages, et fut complétement battu et fait prisonnier à la bataille de la Roche-Derrien (1347 ). Son épouse, Jeanne de Bretagne, imita le courageux exemple de Jeanne de Montfort : s'étant mise à la tête de ses partisans, elle profita de la haine qu’inspiraient les Anglais pour soulever les peuples pendant la captivité de son époux. Ces hostilités darèrent neuf ans, et Charles de Blois n’obtint la liberté, en 1356, que moyennant une rançon d’environ un million. Pendant ce temps, la guerre, qui n’était presque qu’un brigandage réciproque, n’offrit d'autre événement mémorable que le célèbre combat des Trente; mais cette bravade de courage mutuel n’eut aucune influence sur les événements.

Deux nouveaux champions, devenus lun et l’autre célèbres, Olivier de Clisson, dans le parti de Montfort, et Bertrand Duguesclin, dans celui de Blois, avaient déjà paru sur la scène. Le honteux traité de Londres, stipulé par le roi Jean, fait prisonnier à Poitiers (1359), en abandonnant la Bretagne aux Anglais, aurait dès lors décidé la question en faveur de Montfort , si les états généraux de France ne se fussent réservé le droit de prononcer sur sa validité. Le traité de Bré- Lign y (1360) remit la décision à l'arbitrage des deux rois de France et d’Angleterre ; mais les conférences ouvertes à cet effet n’amenèrent aucun résultat. En 1363 les deux rivaux, se trouvant en présence sur la lande d’Evran, entre Dinan et Bécherel, conclurent un traité qui partageait la Bretagne entre eux. Jeanne de Brelagne, mécontente de ce partage, força son époux à rompre le traité, et la guerre recommencça. Enfin, en 1364, les armées se rencontrèrent une dernière fois à Auray. Charles de Blois, ayant attaqué Pennemi contre l'avis de Duguesclin, perdit la bataille et la vie. Ses fils étant retenus à Londres en otage pour sa rançon, la couronne de Bretagne passa définitivement sur la tête de Jean de Montfort par le traité de Guéranue (1365). Sa veuve conserva le comté de Penthièvre. La Bretagne avait été ravagée vingt-trois ans, et 200,000 hommes avaient péri pour décider si elle aurait pour duc un imbécile bigot et superslitieux (Charles de Blois), ou un fou furieux , dont les caprices troublèrent et compromirent le pays pendant trente ans.

Le règne de Jean TV de Montfort ne fut remarquable que par la querelle que son ingratitude et sa perfidie lui suscitèrent avec Olivier de Clisson, et ses démélés avec la France, causés par son affection pour les Anglais. Son fils Jean V lui succéda en 1399, et n’eut pas une con-

BRETAGNE

duite plus sage. Le duc Philippe de Bourgogne, régent de France pendant la démence de Charles VF, s'empara également de la régence de la Bretagne, qu’il exerça pendant cinq ans. Le duc Jean, devenu majeur pendant les troubles qu’allumaient en France les rivalités des.deux princes du sang et l’inconduite d’Isabeau de Bavière, ne se fit remarquer que par la versatilité avec laquelle il passa d’un parti à l’autre. Les vingt dernières années de son règne furent, en outre, troublées par les querelles que lui suscita la maison de Penthièvre, héritière des prétentions de Charles de Blois. Son fils, François I®°, qui lui succéda en 1442, n’occupe de place dans l’histoire que par ses démélés avec son frère Gilles, qu’il fit empoisonner et étouffer, et par les remords qui le firent descendre au tombeau quarante jours après (juillet 1450). 11 eut cependant soin de régler d'avance la succession de Bretagne, en y appe- Jant les mâles, tant qu'il s’en trouverait, à l'exclusion des filles. Son frère Pierre IT, prince bigot et dur, régna obscurément jusqu'en 1457. Il eut pour successeur son oncle Arthur III, comte de Richemont, connétable de France depuis trente ans. Ce guerrier, affaibli par l’âge et de nombreuses campagnes, mourut à la fin de 1458; et la couronne de Bretagne passa, d’après les dispositions de François J°", à son neveu François II de Bretagne, fils de Richard, comte d'Étampes.

Le règne du duc François II commença par quelques actes d’une administration sage; il reconnut l’autorité suprême des états en matière d'impôts; il favorisa l’industrie par destraités de commerce et par l'établissement de quelques manufactures. Mais bientôt la faiblesse de son caractère le livra à l'influence des favoris. Dès 1465 il entra dans la ligue du bien public. Quelque temps après qu’elle eut été dissoute, le duc François conclut une paix séparée avec la France. Mais bientôt il rompit de nouveau avec Louis XI, et s’allia avec les ducs de Berri, d’Alençon et de Bonrgogne, et avec l'Angleterre, la Savoie et le Danemark. Repoussé ” de la Normandie, qu’il s’était proposé d’envahir, et menacé dans la Bretagne même, il se vit obligé de se soumettre de nouveau et de conclure une paix désavantageuse en 1468. Cependant il continua à négocier avec les princes français et le roi d'Angleterre. Ces menées amenèrent une nouvelle guerre, qui se termina en 1473 par une trêve convertie en traité définitif en 1475. La paix dura jusqu’à la mort de Louis XI (1483), malgré la méfiance continuelle qui régnait entre les deux princes. Le roi de France, poursuivant toujours ses projets sur la Bretagne , avait acheté (1479) les droits des maisons de Blois et de Pentbièvre. Le duc, de son côté , avait resserré son alliance avec l’Angleterre, en promettant sa fille Anne au fils du roi Édouard IV (1481). Mais la mort du jeune prince (1482) rompit ce mariage menaçant pour la France. Pendant la minorité du roi Charles VII, sous la régence d'Anne de Beaujeu, la politique du duc François continua à le porter à chercher dans l'alliance de l’Angleterre un appui contre les dangers dont le menaçait Ia France, I] était alors entièrement gouverné par son premier ministre Pierre Landaïs. Après le supplice de cet ambitieux, le duc se réconcilia avec la France, et se hâäta de convoquer les états, pour y assurer la succession ducale à ses deux filles, Anne et Isabelle, à l'exclusion du prince | d'Orange, du sire d’Albret et du vicomte de Rohan , descendants mâles de la maison de Montfort, mais par les femmes. Peu après (1486) il tomba dangereusement malade, La régente de France se hâta de faire avancer des troupes vers Angers pour prendre possession, au nom des droits de la maison de Blois, de l'héritage qu’elle croyait prêt à échoir ; mais le duc guérit, et, piqué de ces démonstrations, ilse hâta de former contre la régente une ligue, dans laquelle entrèrent Maximilien , roi des Romains, le roi de Navarre , les ducs d'Orléans, de Lorraine et de Foix , les comtes d'Angoulême, de Nevers, de Dunois, et beaucoup de seigneurs français et

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