BRETAGNE — BRETELLES
bretons. Le duc d'Orléans s'évada de France, et se rendit en Bretagne.
Anne de Beaujeu n’en fut que plus ardente à suivre ses projets. Dès le mois de mai suivant (1487), elle fit entrer en Bretagne une armée française, qui prit Ploërmel et Vannes, et assiégea Nantes ; elle eut l'adresse d'écarter l’intervention de l'Angleterre. Le duc François, ayant renforcé son armée de corps allemands, espagnols, gascons, et de quelques volontaires anglais, soutint la guerre et obligea les Français à lever le siége de Nantes. En même temps, il négociait le mariage d'Anne, sa fille aînée, avec le roi des Romains. Mais en 1488 une nouvelle armée française entra en Bretagne, et cette campagne fut décisive. Les deux armées se rencontrèrent le 28 juillet à Saint-Aubin du Cormier : le maréchal de Rieux commandait les Bretons, et Louis de La Trémouille les Français. Ce dernier remporta une victoire complète; Louis d'Orléans fut fait prisonnier et envoyé à la tour de Bourges. Abattu par ce désastre, le duc de Bretagne fut obligé de recevoir la paix que lui dicta la France. La condition la plus importante fut la défense de marier sa fille sans le consentement du roi. François II mourut peu après, du chagrin que lui causa cette clause humiliante (7 septembre 1488 ).
Anne de Bretagne épousa le roi de France Charles VIII, qui l’assiégeait dans Rennes, et à qui elle fit cession de tous ses droits et même de l’exercice de la souveraineté. Réciproquement, si le roi décédait sans enfants avant la duchesse, il renonçaïit en sa faveur à tous ses droits sur la Bretagne, mais sous condition expresse que la duchesse épouserait ou le nouveau roi ou au moins son héritier présomptif, qui même ne pourrait aliéner le duché et ses appartenances qu'entre les mains du roi. Il est facile de voir qu’un contrat de mariage pareil consommait la réunion de la Bretagne à la France.
Charles VIIL, pendant les sept ans qu’il vécut encore, gouverna la Bretagne en son propre nom et sans aucune intervention de son épouse. Il laissa en mourant (1498) la couronne de France et le soin de consommer la réunion de la Bretagne au duc d'Orléans, qui fut Louis XII. Celui-ci, quoique marié depuis vingt-quatre ans, se hâta d’épouser sa veuve; la dispense du pape ne se fit pas attendre.
Après la mort d'Anne et celle de Louis XII, celui-ci ne laissant pas d’enfants mâles , la couronne de France revint au comte d’Angoulème, qui prit le nom de François I°'. Il avait épousé la princesse Claude, fille d’Anne de Pretagne, Le 22 avril 1515 la jeune reine cédait à son époux l’usufruit de la Bretagne, et, par un second acte, du 28 juin, elle lui faisait une cession et donation complète de ses droits et propriétés. A sa mort, en 1524, elle transporta par testament cette donation au dauphin son fils aîné, en n’en laissant au roi que l’usufruit. Cette donation fut ratifiée en 1532 par les états de Bretagne. Le dauphin étant mort en 1536, le titre de duc de Bretagne passa à son frère puîné Henri. Enfin, ce dernier étant monté sur le trône de France, en 1547, il n’y eut plus d’autres ducs de Bretagne que le roi de France.
Sous le règne de Henri II, ct dans la prévision de l’extinction de sa race, il s’éleva des prétentions au duché de Bretagne contre Henri IV. Ce dernier, ne descendant pas d'Anne de Bretagne, les descendants des filles de Henri II voulurent faire valoir leurs droits contre l’acte de réunion, Philippe, roi d’Espagne, veuf d'Isabelle, fille aînée de Henri II, réclamait le duché de Bretagne au nom de sa fille aînée, qui avait épousé le duc de Savoie. Le duc de Lorraine, époux de la princesse Claude, seconde fille de Henri I], élevait également des prétentions. Enfin, le duc de Mercœur, qui avait épousé Marie de Luxembourg, descendant par les femmes du comte de Penthièvre, espérait également raviver les droits de cette maison. Ce dernier concurrent s’était trouvé le premier en mesure de faire valoir ses prétentions, Aussitôt après l’assassinat du duc de
Guise, il fit signer la ligue en Bretagne. La province se partagea entre la ligue et le roi, et la guerre civile éclata. Après la mort de Henri III, la ligue reparut en Bretagne contre Henri IV, qui fut cependant reconnu par la ville de Rennes et par la plus grande partie des royalistes. L'année suivante (1590), un corps espagnol arriva au secours des ligueurs ; mais bientôt après la reine d’Angleterre y fit passer un renfort au parti royaliste. L’abjuration de Henri IV et la soumission de Paris (1594) ne mirent point encore fin à la guerre, que le due de Mercœur chercha, avec l’appui des Espagnols, à soutenir pour son propre compte. Cependant une tentative de débarquement des Espagnols ayant échoué par la destruction de leur flotte près de Brest (1597), et le royaume étant pacifié, le duc de Mercœur sentit la nécessité de se soumettre. Ayant obtenu des conditions avantageuses , par l'entremise de Gabrielle d’Estrées , maîtresse de Henri IV, la Bretagne fut pacifiée. Ici finit l’histoire de ce pays, que rien ne tendit plus à séparer de la France.
Les Bretons, comme les dépeint admirablement leur historien Daru, sont francs, braves, laborieux et économes; mais, entêtés dans leurs opinions et leurs préjugés, méfiants par un effet de leur opiniâtreté même, ils ont résisté aux innovations qui pouvaient améliorer leur état moral, et sont restés en partie étrangers aux frottements qui polissent les peuples. La principale cause en est dans le défaut de développement des facultés intellectuelles chez les classes inférieures. L'instruction ne s’y répandra que lentement, mais elle y arrivera : les Bretons sont aussi susceptibles que les autres Français de profiter de ses bienfaits. L'agriculture est imparfaite dans la Bretagne, à moitié couverte de bruyères ou de landes incultes. Les mines sont négligées. Les habitants des campagnes, couverts, sur plusieurs points, de sayons de peaux de chèvre ou de brebis, habitent encore trop souvent des cabanes obscures, malsaines et mal soignées ; leur nourriture est grossière et parcimonieuse.
Ce pays se divisait en deux parties, la Laute Bretagneet la basse Bretagne, subdivisées en plusieurs diocèses. La haute Bretagne renfermait les diocèses de Rennes, de Nantes, de Saint-Malo, de Dol et de Saint-Brieuc. La basse Bretagne comprenait ceux de Vannes, de Quimper, de Saint-Pol-de- Léon et de Tréguier. Aujourd’hui la Bretagne forme les départements de Pille-et-Vilaine, des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan et de la Loire-Inférieure. G*! G. DE VAUDONCOURT.
BRETAGNE (Toile de). Voyez Toie.
BRETAGNE ( A la mode de). Voyez Mone.
BRETAGNE (Nouvelle-). Voyez NouvELLE-BRETAGNE.
BRETELLES. C’est le nom donné à ces lanières qui, s'appuyant sur les épaules et embrassant verticalement la poitrine, fixent le haut des pantalons en arrière et en avant. Avant Bretelle, industriel qui lesinventa, le haut-de-chausses n'était un peu solidement fixé que par l'os des hanches, dont la saillie répondait de la décence. Les jeunes gens alors, mais surtout les enfants, fixaient le vé{ement essentiel au gilet. A cette époque, un cavalier devait surveiller son maintien et réfréner sa gourmandise, sous peine de paraître débraillé. Les bretelles favorisèrent peu à peu l’intempérance, donnèrent congé aux culottes courtes, et introduisirent l’usage des pantalons; sans les bretelles, on n’eût jamais songé aux sous-pieds , cette innovation révolutionnaire, qui heureusement commence à passer de mode. Un jour, sous-pieds et bretelles se firent antagonisme et contre-poids, Chaque mouvement du corps rejaillit sous la botte et sur les épaules, ce qui enrichit chemisiers et tailleurs, et quelquefois aussi nos orthopédistes. Ces pressions fortes et répétées , que le milieu des bretelles exerce sur les épaules, peuvent en effet, au moins chez les jeunes gens, surtout S'ils sont scrofuleux et disposés au rachitisme, déranger l’axe du corps, incliner la tige vertébrale, et causer des déviations ou même des gibhosités. Le danger en est plus grand que
jamais depuis qu'un caoutchouc trop peu élastique a remplacé sans prudence le fil de laiton du premier inventeur. Les spirales métalliques de Bretelle n'avaient qu’un grave inconvénient, c'était de prendre trop aisément le vert-degris. Convenons pourtant que les nouvelles bretelles, avec leurs pattes bifurquées, ont un grand avantage sur l’ancien modèle , lequel concentrait sur un trop petit espace les commotions du corps en mouvement. Aujourd'hui quelques jeunes gens affectent même de supprimer les bretelles, au moyen de la boucle qui assujétit assez imparfaitement le pantalon au-dessus des hanches. Cetteréminiscence du temps qui précéda Bretelle n’a guère réussi qu’au Pays latin.
BRETESSES ou BRETÈCHES , se dit, dans la science du blason , d’une rangée de créneaux sur une fasce , bande ou pal, ou bien s'entend des côtés d’un blason de plate figure. On dit écu bretessé simplement, quand les créneaux d’une fasce, d’un pal ou d’une bande se rapportent et sont vis-à-vis l’un de l’autre.
BRETEUIL ( Louis-Aucusre LE TONNELIER, baron DE ), ministre de Louis XVI, naquit, en 1733, à Preuilly en Touraine , d’une famille pauvre et de petite noblesse, Son oncle, l’abbé de Breteuil, chancelier du duc d’Orléans, se chargea des frais de son éducation, et le fit successivement nommer guidon dans les gendarmes, puis cornette dans les chevau-légers de Bourgogne. On le fit remarquer à Louis XV ; et dès la même année il fut envoyé près de l'électeur de Cologne, en qualité de ministre plénipotentiaire; le roi l’atacha ensuite à la correspondance secrète qu’il entretenait dans les cours étrangères, et que dirigeait le comte de Broglie. En 1760 il passa en Russie; et il était absent de son poste lorsqu'il apprit par un courrier l’assassinat de Pierre IX et l’avénement de Catherine II. Il se hâta de-retourner à Saint-Pétersbourg, où limpératrice lui fit le plus gracieux accueil. Ambassadeur en Suède, il appuya vivement le parti français dans la fameuse diète de 1769. Nommé l’année suivante à l'ambassade de Vienne par le duc de Choiseul , il fut presque aussitôt remplacé par le prince Louis, cardinal de Rohan; ce fut la première cause de la haine que se vouèrent depuis ces deux hommes. Envoyé à Naples, puis à Vienne par Louis XVI, en 1775, il assista, en 1778, au congrès de Teschen, qui étouffa l’embrasement près d’éclater en Europe pour la succession de l'électeur palatin de Bavière, Charles-Théodore, mort sans postérité,
Il revint en France en 1783, et fut nommé ministre d'État avec le portefeuille de la maison du roi et le gouvernement de Paris : c'était le département des lettres de cachet et du cabinet noir. Mais on doit dire que sous son administration le sort des prisonniers d'État fut amélioré, et qu’on commença à user à leur égard de quelque humanité. Cependant le baron de Breteuil ne recula jamais devant les mesures les plus arbitraires, On raconte que, pour prévenir les remontrances qu’on craignait de la part des parlements au sujet de l'enregistrement des édits bursaux de Calonne, il envoya aux commandants de la province de Languedoc dixhuit cents lettres de cachet en blanc. Heureusement on n'eut pas occasion d’en faire usage. L'affaire du Collier lui fournit une occasion de se venger du cardinal de Rohan : il le fit arrôter à Versailles même, étant encore revêtu de ses habits pontificaux. Cependant la mésintelligence ne tarda pas à se mettre entre Breteuil et Calonne; les deux rivaux ourdirent mille intrigues; enfin Calonne fut obligé de remettre son portefeuille ; mais son successeur Loménie deBrienne ne s’entendit pas mieux avec le baron, qui donna sa démission en 1788. 11 continua néanmoins à jouir de toute la confiance de Louis XVI. Il s’opposa de toutes ses forces à la convocation des états généraux que proposait l'archevêque de Sens, premier ministre.
Sa rentrée au pouvoir ne fut qu’une orageuse apparition ; il fut mis le 12 juillet 1789 à la tête de ce ministère improvisé par la peur, que son éphémère existence a fait ap-
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