‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 436 sur 527 · BRETON — BRETON DE LOS HERREROS · texte numérisé non relu

BRETON — BRETON DE LOS HERREROS

bune; il s’est élevé avec elle, il est tombé avec elle. Il est mort dans un âge avancé, plein de jours et plein de bonnes œuvres, après une existence des plus laborieuses et des plus méritantes. Nous ne voulons donc parler ici de Breton que comme d’un personnage historique à sa manière. Telle qu’elle est, cette figure de journaliste sans prétention et de sténographe modeste a sa place à part dans la galerie des portraits de ce siècle. Rien n’est plus intéressant, et, si nous pouvons nous permettre ce mot, rien n’est plus curieux que cette vie calme, mesurée et uniforme, accomplissant régulièrement son cours à travers les temps les plus orageux qui aient jamais bouleversé l’histoire, et venant tranquillement retrouver sa tombe à la place même de son berceau,

Il n’y a pas un homme de ce ternps-ci qui ait vu plus et qui ait vu mieux que Breton. Les philosophes qui écrivent l’histoire lui donnent leurs systèmes, les poètes leurs couleurs ; les hommes privilégiés qui font les événements sont trop acteurs pour pouvoir être juges. C’est comme dans les triomphes et les processions; ceux qui y figurent comme héros ou comme victimes, qui marchent avec les faisceaux et avec les fanfares, ne voient pas et n’entendent pas. Il n’y a que ceux qui occupent les fenêtres ou les estrades qui peuvent voir et juger successivement le monde qui passe. Eh bien, on pourrait dire que Breton a été pendant soixante ans à la fenêtre; soixante ans pendant lesquels l’univers a présenté des changements à vue et des effets de kaléidoscope comme nous n’en reverrons peut-être pas. Nous disons peut-être.

La sténographie est en quelque sorte un genre de daguerréotypie; c’est aussi une manière de prendre la nature sur le fait, dans son passage rapide comme l'éclair, sans l’embellissement de l’art, sans l’ennoblissement de l'idéal, mais avec l'exactitude cruelle et la crudité impitoyable de la réalité. Or, Breton a sténographié pendant toute sa vie; toutes les célébrités du siècle, en défilant devant lui, se sont trouvées traduites el reproduites sous sa plume, et pour ainsi dire plaquées sur sa page blanche, comme si elles avaient passé sous le rayon de lumière de la photographie. 11 a vu la muse de l’histoire sans ornements et sans parure, courant les rues telle qu’elle s'était levée le matin, sans avoir eu le temps de s'habiller ou de se costumer. On pourrait dire de lui qu'il a dressé le procès-verbal de ce siècle. Il a été le témoin de l’histoire, témoin modeste, impartial, véridique. Pour nous servir d’une expression un peu spéciale , il ne posait pas, et il ne faisait pas non plus poser les personnages qu’il avait vus. Les mofs de l’histoire, il les savait tels qu'ils avaient été dits, et non tels qu’ils avaient été faits. Bien souvent sa vieille et malicieuse mémoire a remis des phrases à leur place : bien souvent il a dit à la fable ses vérités. Breton était non-seulement le doyen, mais presque le créateur de la sténographie en France. C’est assurément l’homme d'Europe qui a le plus écrit : il a publié plus de cent volumes de voyages et de romans, traduits de l'anglais et de l'allemand. Il sténographiait déjà en 1792 ; ila été pendant trente-quatre ans sténographe au Moniteur et au Journal des Débats ; il a été pendant vingt-sept ans gérant de la Gazette des Tribunaux, participant à la rédaction du journal, aux “omptes-rendus des procès et aux traductions des causes étrangères. Il a écrit les débats des premières et des dernières assemblées délibérantes, les cours de Lagrange et de Berthollet, et ceux de Broussais. C’est quelque chose d’effrayant que de calculer la somme de paroles humaïnes que cette plume infatigable a versée sur le monde. On frémit quand on songe à tout ce que ce vieillard avait entendu pendant plus de soixante années, et quand on se figure toutes les voix dont il avait recueilli les sons se mettant à parler toutes ensemble et répétant ce concert à la fois sublime et monstrueux qui a rempli les échos de ce siècle,

Mais ce qui donne à Bretou une physionomie toute parti-

culière, c’est précisément l'ordre et la méthode avec lesquels tous les événements de son temps se classaient dans son entendement sans le troubler. Spectateur non pas indifférent, mais impassible de cet immense drame qui se jouait dans le monde, il n’en faisait pas la critique ; il se bornait à faire ce qu'on appelle l'analyse de La pièce. C’est ainsi qu’il a vu et raconté cette séance du 10 août dans laquelle le malheureux Louis XVI, fuyant les Tuileries ensanglantées, se réfugia avec la reine, avec les enfants de France et Madame Élisabeth dans l’Assemblée Législative : « Le roi constitutionnel, dit Breton, se plaça d’abord sur un fauteuil à côté du président; mais bientôt, dès que le canon et la fusillade retentirent, on prétexta que la présence du monarque nuisait à la liberté des délibérations. Le roi, la reine, leurs augustes enfants, Madame Élisabeth et leur suite furent relégués dans la tribune du Logographe. « Mais, s'écria un membre, où donc « placera-t-on messieurs les journalistes ? — Ces écrivains, dit « Thuriot de La Rosière, sont stipendiés des contre-révolu- « tionnaires et du cabinet occulte des Autrichiens ; ils sont « payés pour dénaturer nos discours et les rendre ridicules ; « nous n'avons plus besoin d’eux ! » Telle fut la fin du Zogographe. »

Comme on le voit, déjà dans ce temps-là les orateurs se plaignaient qu’on rendit leurs discours ridicules. Nous sommes obligés de croire qu’il suffisait pour cela qu’on les reproduisit exactement, car jamais il n’y eut d’interprète plus fidèle et plus probe que Breton. C’est une justice qui a été souvent rendue au Journal des Débats, et que nous pouvons rappeler sans scrupule, qu’il s’est toujours fait remarquer par l'exactitude et l’impartialité de ses comptesrendus parlementaires. Breton avait sténographié le procès de Babœuf, celui de Georges et de Moreau, celui de la machine infernale. Ce même homme qui avait assisté à la déchéance de Louis XVI a assisté aussi à la séance du 24 février 1848. Il avait vu le {8 brumaire, il y était comme. sténographe ; et le 1° décembre 1851, comme nous l’avons dit, il sténographiait encore la dernière séance de l’Assemblée Nationale.

Il était d’une assiduité infatigable et d’une exactitude qui ne fut jamais mise en défaut. Comme souvenir personnel, je me rappelle qu’à la séance du 15 mai 1848, quand l’Assemblée Constituante fut envahie par MM. Blanqui, Raspail, Huber et leurs amis, voyant le bureau escaladé, les tribunes publiques et celles des journaux prises d'assaut, et ne sachant pas trop ce que pouvait être devenu Breton et la sténographie dans ce pandémonium, je me mis à prendre des notes rapides au crayon pour pouvoir raconter tant bien que mal la séance. Mais Breton avait imperturbablement sténographié tous les discours, toutes les interruptions , tous les cris, avec son sang-froid septuagénaire, et le lendemain la séance paraissait tout entière dans le Journal des Débats.

Breton était d’une obligeance constante et d’une ressource inépuisable; c’était une mine précieuse de souvenirs et de précédents. Il était toujours prêt au travail, et après avoir fait sa propre besogne, il se mettait tranquillement à traduire pour les autres des colonnes de journaux étrangers, car il savait à peu près toutes les langues de l’Europe. Il était interprète près les cours et tribunaux pour l’anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le hollandais et le flamand,

I ya, surtout en des temps d’agitation et d’ambition comme les nôtres, quelque chose qui inspire un véritable respect dans cette vie detravail honnête, régulier et incessant.

Le Dictionnaire de la Conversation doit à Breton l’article Sténographie, où il a fait l’histoire de l’art qu’il pratiquait, ainsi qu'un grand nombre d’autres articles, où cet excellent vieillard a le plus souvent consigné ses souvenirs personnels.

John LEMOINNE.

BRETON DE LOS HERREROS (Don ManueL), le poëte peut-être le plus populaire et le plus aimé qu’il y ait aujourd’hui en Espagne, est né le 19 décembre 1800, à Quel,

dans la province de Logroïo. Après avoir fait ses études à Madrid, il servit comme volontaire dans l’armée, de 1814 à 1822. 11 fut à cette époque placé dans le département des finances, puis nommé secrétaire de l’intendance de Jativa, et bientôt après de celle de Valencia. Constamment dévoué à la cause de la liberté, il dut renoncer à cette carrière lors du rétablissement du pouvoir absolu dans sa patrie. Pour ne pas Loinber entièrement à la charge de sa famille, il demanda au théâtre des moyens d’existence, et composa des pièces qui lui ont acquis une réputation durable. Ce ne fut qu’en 1834 qu’on songea de nouveau à lui confier à Madrid des fonctions publiques, qu'il ne sollicitait même pas; plus tard on ie nomma conservateur de la Bibliothèque nationale, etil perdit cet emploi en 1840, parce qu’un poëme de circonstance , composé par lui en l'honneur d’Espartero par ordre de la junte, n'avait obtenu aucun succès. Cependant l’Académie royale d’Espagne ne l’en admit pas moins, en 1837, au nombre de ses membres.

A l’âge de dix-sept ans Breton de los Herreros avait déjà composé une comédie : À La vejez viruelas, qui obtint en 1824 les honneurs de la représentation, et dont le succès fut des plus éclatants. Depuis lors, doué d’une fécondité et d’une racilité peu communes, il n’a pas fourni à la scène espagnole moins de cent cinquante ouvrages, les uns complétement originaux, les autres imités de vieux auteurs nationaux ou bien traduits du français et de l'italien; et la plupart de ces pièces ont obtenu les plus brillants succès, tant sur les théâtres de la capitale que sur ceux des provinces. Il a en outre publié des Poesias suellas (Madrid, 1831), ainsi que les poëmes satiriques : Contra el furor filarmonico, o mas bien contra los que desprecian el teatro español (1828); Conira los hombres en defensa de las mugeres (1829); El carnaval (1833); Contra la mania contagiosa de escribir para el publico (1833); La Hipocresia (1834); Contra los abusos y desproposilos introducidos en el arte de La declamacion teatral (1834); Recuerdos de un baile de mascaras, cuento en verso (1834); Epistola moral sobre las costumbres del siglo (1841). Tous ces poëmes se distinguent par l'élégance et en même temps par l'énergie de la diction, ainsi que par l’harmonieuse facilité de la versification. La satire et la comédie, voilà son véritable élément : il y est léger, original et complétement espagnol. Mais si ses œuvres dramatiques se distinguent plus par les effets de scène et par de brillants détails que par l'originalité de l'invention et la richesse de la composition, on peut dire de presque loutes qu’elles amusent le spectateur depuis la première scène jusqu’à la dernière. Dans ses derniers drames, il a su d’ailleurs se défendre de l'influence des classiques français, En 1858 il a publié un poëme intilulé La Desvergüenza (le Devcrgondage). On a donné une édition complete de son théâtre (1550 et suiv.).

BRETONS. Ce nom était un appellatir qui désignait les peuples de l'Angleterre méridionale ; ceux de 'Armorique gauloise ne l'ont porté que depuis l'établissement de Conan- Mériadec et de ses compatriotes (voyez BRETAGNE). Le nom de Bretons est dérivé du mot gaulois brith, brit ou breith, qui signifie peint, bariolé, tatoué, Encore aujourd’hui , les peuples de la petile Bretagne donnent aux insulaires de la grande le nom de Breizads. C'était donc une épithète, un sobriquet, qu'ils devaient, selon César, à l'usage qu’ils avaient de se peindre ou de se tatouer en bleu avec la guède (vilrum ou glastum). Du temps du conquérant romain, la plus grande partie de ce qui forme aujourd’hui l’Angleterre proprement dite, était habitée par des peuplades belges venues du continent opposé ; le nord de l’Angleterre et de l'Écosse l'étaient par des Gaulois indigènes. Le nom de Bretons n’a été porté que par les premiers, et ne s'est jamais appliqué aux Gaulois du nord de l’île. Ces derniers étaient divisés en deux peuples, les Calédoniens ( Kael-Dun, aujour

d'hui Kaeldoch), où Gaulois montagnards, et les Méates ou À

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