BRETONS
rare que le clocher paroïssial s'élève au centre de la commune, qui, à parler exactement, n’a pas de chef-lieu, Placées, comme elles le sont presque partout, auprès du temple rustique, il est naturel que les écoles soient peu fréquentées. De retour sous le toit paternel, l'enfant, qui r’entretient de rapports avec ses auteurs que par la communauté de l’idiome celtique, a bientôt oublié des leçons reques à longs intervalles. Ainsi, cet idiome triomphe de la :angue française sous le chaume de la vieille Armorique, et y régnera longtemps de génération en génération. Ne croyez done pas que là on puisse s'entendre sur vos nouvelles mesures; ne comptez guère plus sur le respect exigé en faveur de votre système métrique et décimal. Réfractaire à votre science, le paysan bas-breton calculera comme ses pères, mesureràa Comme eux, parlera comme eux; et tout au plus, subjugué par le succès récent d’un voisin, il adoptera quelque méthode inusitée d'agriculture. Encore faudra-t-il qu’il s'écoule des années avant qu'il s’y décide,
Le caractère du Bas-Breton n’a pas subi les modifications remarquées chez le peuple de Paris depuis l’époque où l’empereur Julien le jugeait triste et taciturne. Il est resté tel en Bretagne que le lui à donné primitivement le culte druidique, sur lequel a éte entée une religion sévère; il est tel qu’il devait résulter d’un ciel inclément, de vents presque continuels, de tempêtes qui enlèvent les toitures des édifices, de travaux contrariés par des pluies glaciales ou des sécheresses prolongées, d’une nourriture sobre, céréale en majeure partie, et qui sous un climat froid et nébuleux appelle des excitants alcooliques, dont le propre est de conduire le paysan, comme les classes populaires, à l’intempérance. Celle-ci est trop avantageuse au fisc pour n’être pas affligeante pour la morale. De cette lutte contre les autans, de cette culture pénible sur un sol tourmenté, devait naître une opiniâtreté au niveau des obstacles à vaincre, une humeur mélancolique, un langage durement accentué une gravité qui ne s’oublie que dans l'ivresse des foires et des fêtes patronales, une danse monotone, une joie triste, de la lenteur dans la démarche, de l’hésitation dans les premiers mouvements; mais une ténacité invincible dans les déterminations une fois prises, un oubli de tout péril personnel, et un mépris de la mort calme et sans jactance.
La conformation physique du Bas-Breton esten rapport avec sa physionomie morale, Vous trouverez en Basse-Bretagne peu de tailles sveltes et élancées. La grande majorité de la population ne surpasse pas pour les hommes la hauteur de cinq pieds (ancienne mesure), et pour les femmes celle de quatre pieds dix pouces. Le corps des premiers est osseux , la poitrine est large, le cou est court et fortement musclé ; la tête, généralement plus voisine de la rondeur que d’une forme ovale, est volumineuse; l'œil, souvent déprimé dans son orbite, est surmonté d’épais sourcils; la pensée y réside profondément ; elle n’en jaillit pas de prime abord : il faut l’interroger, et alors elle se manifeste dans la fermeté du regard; l’action marche bientôt à la suite, et quelquefois sous l’incitation d’une colère tranquille. Gardez-vous dans ces occasions de vouloir y apporter aucun obstacle : vous arrêteriez plutôt le torrent qui descend des montagnes ou le souffle impétueux qui en balaye les gorges.
Napoléon, parcourant les lignes de son armée pendant que se livrait la bataille de Lutzen, fixa son attention curieuse sur quelques compagnies de conscrits à figures impassibles, que leur chef de bataillon haranguait dans une langue inconnue : ces figures commencèrent par devenir soucieuses, ensuite elles s’animèrent; bientôt la voix du jeune commandant éclata dans un dernier cri de vigueur ; le fameux Torré-penn (cassez-leur la tête) fut prononcé, et lon marcha résolument devant une batterie chargée à mitraille. La moitié de cette brave jeunesse y périt, mais l’autre enieva deux canons , bientôt dirigés par elle contre l'étranger, dont les artilleurs gisaient assomimés sur leurs
695% pièces. C'était le bataillon du Finistère, à peine formé trois mois auparavant, auquel son chef (M. Pascal Keranvéyès) adressait des paroles puissantes , empruntées au dialecte celtique , leseul que ces jeunes gens connussent,
Interrogez les officiers de marine : ils vous diront que le matelot provençal ou hordelais a de l'intelligence , qu’il ne manque pas d'activité, qu’il est propre à un coup de main ; qu’obéissant au porte-voix, il sera prompt à la manœuvre ; que dans un grain ou un remous il aura vitement cargué les voiles, et que pendant un temps donné il résistera à une bourrasque. Mais parlez-leur d’une tempête prolongée , telle qu’on en essuie au cap Horn ou aux approches du cap de Bonne-Espérance, ils opineront tous pour le matelot de la Basss-Bretagne, car ils savent bien que celui-ci, dans son flegme, abordera les huniers sans murmure au milieu des éclairs ; qu'iltiendra sur la vergue pendant les nuits les plus orageuses; que trempé d'une pluie glaciale il continuera son dur service ; qu'avec deux doigts d’eau-de-vie sur l’estomac et une feuille de tabac dans la bouche, il luttera aussi courageusement contre l'ennemi que contre la tempête, et surtout si cet ennemi appartient à la Grande-Bretagne.
Le Bas-Breton en effet a la haine de l'Anglais; il ne sait pas pourquoi , il ne saurait le dire : elle est dans son sang, elle est dans les récits du foyer paternel , elle est dans les contes des veillées, comme dans les chants populaires, nous dirions presque dans l'air que l'enfant respire. Voyez ces visages mornes, ces têtes entourées d’une chevelure épaisse qui retombe à flots sur de larges épaules , cette stature roide, juchée sur des sabots qui lexhaussent de dix centimètres, ce justaucorps qui recouvre autant de gilets qu’en dépouille Auriol dans une course du Cirque-Olympique, ces braies plissées et gonflées comme deux ballons qui, tenant à peine sur les reins, descendent jusqu’à des guêtres de cuir noir posées à cru sur la jambe; voyez cette démarche rendue lente par l’accoutrement qui la gêne, ces lèvres paresseuses qui vous font attendre une réponse où brille l'épargne des paroles , cette indécision qui semble soupçonner votre véracité, car le paysan bas-breton est naturellement défiant : eh bien, criez à son de trompe qu’une descente d’Anglais s’est effectuée sur le littoral de la vieille Armorique, et tout cela retrouvera de la vie ! Les vieillards redemanderont à leur mémoire le souvenir des anciens griefs vrais ou supposés ; les adultes détacheront du manteau de la cheminée leurs fusils pour les fourbir; les femmes et les enfants crieront; les travaux agricoles seront suspendus: de tous les animaux qui composent la richesse de la ferme, le cheval sera seul soigné, et les hommes valides marcheront. Sur des lèvres naguère immobiles se placera la menace ; l’imprécation retentira dans les chemins de traverse; les yeux presque éteints auront des éclairs ; les groupes se formeront à la porte des églises, sur la tombe des ancêtres; des messes seront payées aux recteurs ; des ex-voto seront promis aux autels; les bourgs et les villes offriront le même spectacle d'animation; et à tant de haïines, qui ne formeront qu’une seule et immense haine, il ne faudra que des chefs pour les conduire à la victoire! Ce n’est pas une simple guerre qui s’improvisera : vous seriez tenté de dire que l’on va courir à une vengeance.
La foi du Bas-Breton va jusqu’à la superstition. Pour lui, il est peu de fontaines ou de grottes qui n’aient un patron dans le ciel. A chaque bienheureux de la légende armoricaine est affecté le droit &e guérir; à tel mal suffit telle oraison; de telle rencontre on tirera tel présage : s’il menace un enfant, on ira trouver le prêtre, qui récitera les premiers versets de l'Évangile selon saint Jean, après lui avoir posé un bout de l’étole sur la tête. Ne mécontentez ni les mendiants ni les vieilles femmes : vous avez beau appartenir au dix-neuvième siècle , vous ne seriez pas à l'abri des mauvaissorts qui vous seraient jetés. Cependant ces pauvres, ces vieillards, ont leur part dans la justice distributive du paysan bas-breton. Aucun
| ne se montrera à la porte des cabanes sans recevoir son au-
mône : celle-ci consisteraen pain, en farine ou en menuemonnaie; on s’entretiendra familièrement avec lui; on en apprendra les nouvelles qu'il recueille ou qu'il promène de village en village. Dans les repas de noces, dans les danses dont ils sont suivis, les pauvres ont une place acquise; assis à table immédiatement après les autres convives, ils sont servis par les jeunes époux. Bientôt ils ouvriront le bal champêtre avec eux ; le nouveau marié prendra par la main une mendiante , dont les guenilles auront été lessivées pour ce jour solennel, et un vieil estropié s’accostera sans craintt de la jolie fille qui vient de prononcer le serment de l’épouse.
Le mendiant en effet, dans sa vie errante, jouit, avec les tailleurs, du privilége de préparer les conventions matrimoniales. Ceux-ci, toutefois, ont plus d'occasions que l’autre de mettre les futurs conjoints en rapport: chargés de confectionner , sans restriction, les vêtements des deux sexes (ce qui les met en faveur auprès des jeunes femmes), par bandes, leur grand bâton blanc à la main, ils vont passer des semaines d’une ferme à l’autre. C’est à qui aura le bonheur de les installer dans la grange qui va devenir leuratelier; quatre fois, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, on leur présente une nourriture délicatement apprêtée , et à laquelle ils ne manquent jamais de faire honneur. Mais leur rétribution métallique est minime, une pièce de cinquante centimes est le salaire le plus large accordé à leur travail, sur lequel chaque servante s’est réservé des droits qui font partie de ses gages. Chose extraordinaire ! chose presque incroyable! partout bien accueillis, fêtés même, les tailleurs sont partout un objet de mépris quasi légal. Un enfant naît-il mal conformé, « on en fera un tailleur, » disent les père et mère; est-il plus tard atteint de quelque infirmité, on le réserve à la même profession ; si son intelligence se développe tardivement, il n'échappera pas à cette destinée!
Le grand défaut du peuple de la Basse-Bretagne consiste, nous l’avons déjà dit, dans l’abus des fiqueurs spiritueuses ; enlevez à l’intempérance les campagnes et les villes de la vieille Armorique, et vous aurez un peuple grave, peu démonstratif, mais n’oubliant ni le bien ni le mal qu'on lui a fait , endurci à la fatigue, soumis aux lois, mais murmurant contre l'impôt du selet du tabac, chérissant par-dessus fout son clocher, et mourant quelquefois de nostalgie quand il s'en éloigne. KÉRATRY.
BRETONS (Chevaux). Voyez CHevaL.
BRETFTE, BRETTEUR. La brelte que portaient nos aïeux était une espèce d’épée longue et étroite , une rapière, une arme d’estoc. Son nom de bretle lui venait de ce qu’elle avait été originairement fabriquée en Bretagne. On appelle aussi quelquefois Brelle, au lieu de Bretonne , une femme ou une fille née en Bretagne, et Basse-Brelte celle qui est née dans la Basse-Bretagne.
De brette on a fait les verbes breller et brelailler et le mot bretteur, nom pris toujours en mauvaise part, et par lequel on désigne encore les gens toujours prêts, sur le moindre prétexte, à tirer la brelfe du fourreau , pour venger une prétendue injure , ou même faisant métier de provoquer et d’insulter les gens honnêtes et paisibles, afin d’avoir l’occasion de se mesurer avec eux, et de faire ainsi, sans beaucoup de danger et à peu de frais, montre d’un courage qui n'est pas toujours à l'épreuve de toutes les rencontres. C'est ce que l'on a également nommé ferrailleur, et ce qu’on peut appeler, en termes plus relevés, si la chose en vaut la peine, spadassin.
BREUGHEL (Pierre), chef d’une célèbre- famille de peintres flamands, dit aussi, en raison du caractère ou des sujets ordinaires de ses lableaux, Pierre le Drôle ou Breughel Le Paysan , naquit en 1510 suivant les uns, et en 1530 suivant les autres, à Breughel, village peu éloigné «le Breda, dont il prit le nom, et fut l'élève de Pierre Kock van Aelst. Il voyagea en France et en Italie, recucillant partout
BRETONS — BREUILLES
les points de vue ou les sujets naturels qui lui plaisaient, et à son retour dans sa patrie, il se fixa à Anvers, où il fut reçu membre de la Société des Peintres, ef où il épousa la fille de son maitre. Plus tard il s'établit à Bruxelles, où il mourut, en 1570 suivant les uns, et en 1590 suivant les autres. Dans ses noces de paysans, ses fêtes et ses danses champètres, il a peint sous de vives couleurs la joie franche de l’homme des champs, telle qu'il l'avait observée de ses yeux d'artiste. Une de ses toiles les plus célèbres est cella qu’on voit dans la galerie de Vienne, portant la date de 1563 et représentant la construction de la Tour de Babel. Beaucoup de ses tableaux ont été gravés par d’autres sur cuivre, mais il gravait aussi lui-même à l’eau-forte.
Pierre BREuGuEL, son fils, dit Breughel Ze jeune, ou l'Infernal, parce qu’il traitait de préférence des sujets où il fallait accumuler les contrastes les plus frappants, comme les scènes de brigands, d’évocations de démons et de sorcières, etc., né à Bruxelles, en 1569, mourut en 1625. Son Orphée séduisant les divinités infernales par les accents de sa lyre, qu’on voit dans la galerie de Florence, et sa Tentation de saint Antoine sont des tableaux de premier ordre.
Jean BreuGuez, frère du précédent, dit Breughel de velours, parce qu’il ne porfait guère que des vêtements de cette étoffe, naquit suivant les uns en 1568, et suivant les autres en 1575. Il mourut en 1640, et même dès 1625 à ce que prétendent quelques auteurs. Ce fut un artiste extrémement fécond, quiexcella dansle paysage et dans la peinture des petites figures, sujets qu’il exécutait d'ordinaire avec la plus minutieuse exactitude. Il peignit aussi, pour d’autres maîtres, tantôt des fonds de paysage, tantôt des figures sur un fond; c’est ainsi qu’il fit un tableau d'Adam et Eve dans le paradis terrestre dont Rubens exécuta les deux figures principales. Cette toile et ses Quatre éléments, de même queson Vertumne et Bellone, œuvres également exécutées en société avec Rubens, sont les productions les plus remarquables de Breughel de velours.
Son fils, Jean BREUGHEL, reçu membre de la confrérie de Saint-Luc d'Anvers en 1629, imita sa manière.
Les autres membres de cette famille qui vécurent en des temps postérieurs sont : Ambroise BREUGHEL, qui fut docteur de l’Académie de Peinture d’Anvers, entre 1635 et 1670, et se fit une réputation comme peintre de fleurs; Abraham BreuGueL, dit Rhingraf ou le Napolitain, remarquable peintre de fruits, de fleurs et d’oiseaux , né à Anvers, qui résida longtemps à Rome et à Naples, et mourut dans cette dernière ville, en 1690 ; son frère, Jean-Baptiste BREUGHEL, comme lui peintre de fleurs et de fruits, mais artiste d’un talent bien inférieur, mort à Rome, après 1700; enfin Gaspard Breucuez, fils d'Abraham, qui cultiva le même genre que son père.
BREUIL, terme d’eaux et forêts, qui signifieun bois taillis, ou buisson fermé de haïes et de murs, dans lequel les bêtes ont accoutumé de se retirer. Ce mot, dont M. Hase fait remonter l’étymologie au grec zéptéohov, que les Grecs modernes prononcent brivolion, et qui dans le Levant a signifié au moyen âge un verger, un jardin cultivé devant la maïson, a formé par la suite plusieurs noms de lieux : une partie de la place Saint-Marc à Venise a été appelée Broglio, d’un petit bois qu’il y avait autrefois en cet endroit, et ce nom est devenu aussi celui de plusieurs familles, par exemple celles des Broglie, des Debreuil, des Dubreuil, etc,
BREUILLES. En termes de marine, on appelle ainsi toutes les petites cordes, telles que martinets, garcettes, petites cargues, etc., qui servent à carguer ou trousser les voiles, opération pour laquelle a été fait le verbe breuiller ou brouiller.
On donne encore le nom de breuilles aux entrailles où intestins des poissons, et l’on dit, par exemple, qu'avant de caquer le hareng, il faut lui arrachor les breuilles.