BERTHOLLET
universel et tellement populaire qu'il a introduit de nouveaux mots dans le langage usuel. Personne n'ignore aujourd’hui ce que c’est qu’une blanchisserie berthollienne. On dit même dans les ateliers bertholler, berthollage; on y entretient des ouvriers que l’on y appelle des bertholleurs. Rien ne met plus authentiquement le sceau au mérite d’une découverte. C’est la seule récompense qu’en ait tirée l’auteur, et il n’en désira point d'autre. Toujours étranger à ce qui n’était pas la science elle-même, il ne prit pas seulement d'intérêt dans ces fabriques élevées sur sa déccuverte. Les Anglais, qui la mirent les premiers en usage, voulaient lui marquer leur reconnaissance par de beaux présents. Tout ce qu’il accepta fut un morceau de toile blanchi par son procédé.
En étudiant sous toutes ses faces cet agent singulier du blanchiment, le chlore, Berthollet fit encore une découverte bien remarquable : celle de l'acide chlorique. Môlés à un corps combustible, ses sels détonent bien plus fortement que le nitre; bien plus aisément aussi, car il suffit de Les frapper. On proposa d’en substituer au nitre dans la composition de la poudre, Cette poudre serait terrible, mais elle est trop dangereuse. La première fois que l’on voulut en faire à Essonne, le choc des pilons la fit éclater ; le moulin sauta, et cinq personnes furent victimes de l’essai ; on n’a pas osé le renouveler.
Il existe cependant une composition encore plus effrayante, et c’est aussi Berthollet qui le premier l’a observée et dé- «crite. C’est l'argent fulminant, qui s’offrit à lui pendant ses recherches sur l’alcali volatil, et qu’il fit connaître en 1788. Depuis longtemps on possédait l'or fulminant, qu’une légère chaleur fait éclater avec fracas ; mais il n’approche pas de l'argent fulminant. Sur celui-ci le plus léger contact produit une détonation épouvantable. Une fois la préparation faite, on est presque condamné à n’y plus toucher; le moindre grain resté dans un vase peut tuer celui qui le frotterait; et cependant on n’a pas laissé que de tirer parti d’une composition imitée de celle-là, le mercure fulminant d'Howard, que l'on emploie maintenant à amorcer les fusils à percussion. Voyez FULMINATES.
En 1790, Berthollet réunit toutes ses recherches sur la {cinture dans un ouvrage élémentaire en deux volumes. Il y offre une théorie générale des principes de cet art; la doctrine des matières colorantes et de toutes les modifications qu’on peut leur faire subir, celle des mordants nécessaires pour les fixer, y sont exposées en détail; ce que l’on connaissait de plus avantageux alors y est expliqué; et, ce qui vaut mieux encore, on y trouve les idées qui peuvent conduire à découvrir des pratiques plus simples ou plus efficaces.
Lorsque la guerre dela révolution éclata, Berthollet était, après Lavoisier, le chimiste le plus connu du public, On recourut à lui au moment où la chimie devint pour la guerre un auxiliaire de première nécessité, lorsqu'il fallut demander à notre sol le salpêtre, la potasse et jusqu'aux matières colorantes, et qu’il fallut apprendre à faire en quelques jours toutes les opérations des arts. Chacun se souvient de cette prodigieuse et subite activité qui étonna l’Europe, et arracha des éloges même aux ennemis qu’elle arrêta : Berthollet et son ami Monge en furent l’âme. C’était d’après leurs instructions que cet immense mouvement était dirigé. Les chimistes que l’on chargeait des essais devenus mécessaires pour tant de procédés nouveaux ne travaillaient que sur leurs indications, et l'on dit que s’ils avaient voulu suivre tous les secrets qui se révélèrent à eux, des moyens destructifs plus intenses qu'aucun de ceux que l’on possède seraient sortis de leurs laboratoires.
Pour Berthollet, ce qu'il voyail surtout dans ces dévedoppements extraordinaires de l’industrie humaine excitée par les plus grands intérêts, c'étaient des expériences chimiques faites sur une grande échelle, Les phénomènes de
l'extraction du salpêtre réveillèrent des idées qui déjà s6taient présentées plus d’une fois à lui, et qui embrassaient l'essence même de la force dont la chimie dispose. Il remarquait qu'à mesure que le dissolvant s'empare de plus de sel, la terre retient ce sel avec plus de succès; qu’undis-. solvant pur surmonte à son tour cette résistance, et que ces alternatives se répètent à plusieurs reprises. La nécessité d'employer de nouvelle eau bien avant que la première soit saturée, ces quantités toujours moindres que donnent les lavages successifs, lui firent conclure que Paffinité qui cause les dissolutions n’est pas une force absolue, mais qu’il y a dans ces phénomènes un balancement, un antagonisme de forces contraires. 4
Il avançait ainsi vers sa grande théorie des affinités, qui se développa tout à fait dans son esprit lorsque l'Égypte lui offrit dans le même genre des phénomènes encore plus caractérisés. |
Le général en chef de l’armée d'Italie avait connu Berthollet en 1796, à l’occasion d’une commission que celuici avait reçue du Directoire pour le choix des monuments des arts au prix desquels on avait accordé la paix aux princes de ce pays, et il avait pris plaisir à une simplicité de manières qui s’alliait à {ant de profondeur dans les idées. Pendant le séjour de quelques mois qu’il fit à Paris après le traité de Campo-Formio, il voulut employer ses loisirs à recevoir de lui des leçons de chimie, J1 lui fit confidence de son projet d'expédition en Égypte, et lui demanda nonseulement de l’y accompagner, mais de choisir des hommes capables de le seconder par leurs talents et leurs connaissances dans une entreprise où toutes les connaissances pouvaient trouver de l'emploi. On conçoit aisément à quel point devait plaire à un homme tout chimiste l’idée de visiter à son aise la patrie originaire de la chimie. Cependant les caractères mystérieux d’Hermès demeurèrent pour lui lettres closes; mais dans ce pays extraordinaire la nature parle aussi un langage particulier , et Berthollet sut l’entendre.
Les petits lacs placés à l'entrée du désert, et célèbres déjà dans l'antiquité par le natron , ou le carbonate de soude , dont ils sont des mines inépuisables, attirèrent toute son attention. C’est du muriate de soude, c’est-à-dire du sel ordinaire, qui en se décomposant sans cesse fournit continuellement autant de carbonate de soude que l’on vient en enlever ; et cependant ilne se trouve à la portée du sel que du carbonate de chaux, de la pierre calcaire, qui dans les circonstances ordinaires ne possède point la force propre à opérer cette décomposition, mais qui la prend lorsqu'à une température donnée l’eau salée filtre au travers de ses pores. La grande quantité relative de la chaux donne donc ici plus d'intensité à son action chimique; l'acide ne demeure pas exclusivement attaché à la base pour laquelle il a le plus d’affinité, à la soude; il se partage entre elle et cette autre base que la nature lui présente ensgrande masse, la chaux. C'était encore un effet de ce balancement de forces déjà observé dans les dissolutions du salpêtre, un nouveau pas dans cette appréciation des causes, bien plus compliquees que l’on ne croyait, qui opèrent dans les phénomènes chimiques. C'était aussi un pas de plus dans un des arts les plus utiles à la société , art que Leblanc avait déjà mis en pratique, mais qui depuis le retour d'Égypte a pris en France une extension surprenante, Je veux parler de la décomposition du sel marin pour en extraire la soude,
Mais ce qui préoccupait surtout Berthollet, c'était ses vues sur les lois de P’affinité, sans cesse présentes à son esprit, et que ces dernières observations mûrirent à son gré. Soumises d'abord en esquisse à l'Institut du Caire, publiées sous une forme plus étendue dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de 1801, appuyées sur un grand nombre de faits et d'expériences nouvelles, elles ont produit enfin, en 1803, la Slatique chimique, ouvrage dont le titre an
BERTHOLELET
nonce qu’il a pour objet ce balancement, cette espèce d'équilibre entre les forces qui maintiennent l'état d'un composé et celles qui tendent à en séparer les éléments.
L'action chimique, selon Berthollet, s'exerce en raison de l’affinité et de la quantité de chacun des corps mis en contact. L’affinité d'un corps pour un autre peut s'exprimer par la quantité qu’il doit en dissoudre pour en être saturé, ou, en d’autres termes, par sa capacité de saturation. Lorsque deux acides agissent à la fois sur une base, ils agissent chacun en raison de leur masse et de leur capacité de saturation, mais ces trois substances demeureraient unies et ne formeraient qu'un même liquide, et il en serait de même de la dissolution commune de deux composés binaires : leurs quatre substances demeureraient ensemble, s’il ne survenait pour les séparer des causes étrangères à leurs affinités mutuelles. Mais ces trois, ces quatre substances, peuvent former, prises deux à deux, diverses combinaisons; et si l’une de ces combinaisons est de nature, dans les circonstances données, à devenir cohérente ou à se changer en un fluide élastique, il se fait alors un précipité ou il s'élève une vapeur, et le liquide ne garde que les substances que ces causes n’en ont pas séparées. Rarement encore la séparation estelle complète. Pour qu’elle le soit, il faut que l'échange des combinaisons n’ait laissé au liquide aucune force dissolvante sur le composé qui tend à se précipiter ou sur celui qui cherche à devenir élastique. Ce n’est donc point une aflinité élective qui sépare ces combinaisons nouvelles, mais leur propre nature, leur plus ou moins de tendance à changer d'état. Il en est de même des simples dissolutions : laffinité considérée à elle seule les opérerait dans toutes sortes de proportions, si telle de ces proportions, à l'instant où elle se réalise, n'amenait pas un effet qui contrarie ceux de V'affinité, comme une cristallisation ou une évaporation. C’est alors seulement qu’il se forme des composés à proportions fixes. Telles sont, dans leurs plus simples expressions, les idées fondamentales de Berthollet; mais ledétail des applications qu’il en fait et des expériences qu’il imagine pour en démontrer l’exactitude serait infini. ‘
La force avec laquelle le charbon retient l'hydrogène, les combinaisons sous lesquelles cet hydrogène en est chassé par la distillation, remplirent encore ses loisirs, et furent dans la suite d’un grand secours à ceux qui s’occupèrent de perfectionner et de rendre usuel l'art de l'éclairage par le gaz inflammable. 11 semblait de sa destinée que ses recherches les plus abstraites comme les plus simples devinssent aussitôt profitables et sur une échelle immense. En s’occupant du charbon et de ses propriétés antiseptiques, il imagina un jour qu’en charbonnant l'intérieur des barils on pourrait conserver l’eau plus longtemps dans les voyages de long cours. Enfin, dans un dernier mémoire sur l’analyse des substances végétales et animales, il a préludé en quelque sorte aux méthodes découvertes par MM. Gay-Lussac et Thénard pour réduire à leurs éléments par la combustion ces combinaisons compliquées.
Ainsi se sont passées les cinquante années que Berthollet a consacrées sans relâche à sa science favorite, voyant alternativement naître de ses recherches ou quelque vérité neuve, ou quelque aperçu profond, ou quelque procédé d’un emploi immédiat. Aussi ne lui fut-il pas difficile de conserver le calme de l'esprit et de n’être point troublé par les choses du dehors. C’est une tranquillité dont Berthollet a joui peut-être plus qu'aucun homme dans sa position. Toujours prêt à remplir ses devoirs, toujours courageux, mais toujours désintéressé, ce qui lui arriva d’heureux ne fut point provoqué par ses sollicitations, et son propre avantage ne le retint jamais quand il lui fut possible d’empêcher le mal d’autrui. Dans le temps où la terreur régnait seule en France, il ne craignit point de dire la vérité à ceux dont un mot donnait la mort, et l’affection qu’à une autre époque lui montra l’homme qui distribuait des couronnes ne l’engagea point à lui faire sa cour.
Il ne manquait de courage d'aucune sorte. Momentanément chargé, après le 9 thermidor, de la direction de l’agriculture, il affronta, pour conserver les parcs de Sceaux et de Versailles, tout ce qui subsistait dans la Convention de la fureur révolutionnaire, et celui de Sceaux n’a été détruit que pendant son absence. En Égypte, Monge et lui ne s’exposaient pas moins que les militaires de profession : ils se montraient partout, Devenu inséparable de Berthoilet, Bonaparte le prit avec lui, et l’embarqua à limproviste pour ce retour qui devait produire en France une si prompte et si grande révolution. Dans cette immense puissance où il fut bientôt porté, au milieu de ce tourbillon qui ne lui permettait de prendre de rien une connaissance approfondie, son chimiste d'Égypte était devenu pour lui une sorte de savant officiel; et si quelqu'un ne lui faisait pas sur un objet scientifique une réponse assez précise à son gré, il avait coutume de dire, et quelquefois avec humeur : Je le demanderai à Berthollet. I s'était habitué à placer toutes les découvertes chimiques sur sa tête, et il a fallu plus d’une fois que Berthollet, qui ne voulait point se parer du bien d'autrui, lui répétât les noms des véritables auteurs.
En de telles circonstances, un peu d’assiduité l'aurait conduit à une aussi haute fortune qu'aucun des amis du nouveau maître. Ce fut le moment qu'il prit pour se confiner à la campagne. Nommé successivement administrateur des monnaies, sénateur, grand officier de la Légion d'Honneur, grand’croix de l’ordre de la Réunion, titulaire de la sénatorerie de Montpellier, il conserva toujours et les mêmes manières et les mêmes amis. Sa vanité ne fut pas mise en jeu plus que son ambition. Lorsque ceux qui se trouvaient dans une,posifion élevée reçurent des titres et des insignes héréditaires, et que chacun s’efforçait de faire placer dans ses armoiries quelque emblème des faits dont il tirait le plus de gloire, il ne voulut mettre dans les siennes que son chien, que l'emblème de l’amitié et de la fidélité.
Aussi était-ce au milieu de l’amitié qu'il vivait dans sa retraite, mais d’une amitié encore toute chimique : il y avait construit un laboratoire ; il y formait à la science des jeunes gens dont il avait pressenti le mérite, et plus d’un chimiste renommé lui a dû la première direction de son génie; il y exerçait une noble hospitalité envers les chimistes étrangers, et même envers ceux d’entre eux qui avaient le plus combattu ses idées. Le monde doit à ces réunions savantes les trois excellents volumes connus sous le titre de Mémoires de la Société d’Arcueil. Berthollet fut le promoteur et le président de cette société. « Il y trouvait, dit-il dans sa préface , la douce satisfaction de contribuer encore à la fin de sa carrière aux progrès des sciences auxquelles il s'était dévoué, plus efficacement qu'il n'aurait pu le faire par ses propres travaux : » dernier trait de modestie, car les mémoires qu'il a insérés dans ces volumes ne sont inférieurs ni à ceux qui les avaient précédés, ni même à ceux de ses jeunes émules.
11 ne fallait rien moins qu’un grand chagrin domestique pour altérer le bonheur d’un tel homme, et comme s’il ne devait point y avoir d’existence exempte de revers, il en éprouva un, et des plus cruels : la mort de son fils unique, arrivée avec des circonstances déchirantes. Dès lors toute gaieté fut perdue pour lui. Pendant le peu d’années qu'il survécut, son air morne et silencieux contrastait péniblement avec ses habitudes antérieures ; on ne le vit plus sourire; quelquefois une larme s'échappait malgré lui ; une discussion importante de physique ou de chimie, quelque expérience neuve et riche en conséquences, pouvait seule fixer assez ses idées pour le distraire de sa douleur.
Sa dernière maladie fut de celles qui surprennent ef désespèrent toujours la médecine. Un ulcère charbonneux venu à la suite d’une fièvre légère le dévora lentement pendant plusieurs mois, mais sans lui arracher un mouvement d'impatience. Cette mort qui arrivait à lui par le chemin de la douleur, dont, comme médecin, il pouvait calculer les
pas et prévoir l'heure, il l'envisagea avec constance jusqu’à son dernier moment.
Berthollet mourut le 6 novembre 1822, âgé de soixantequatorze ans. Georges CUVIER, de l’Académie des Sciences.
BERTHOLLET (Poudre fulminante de). Voyez Fu- MINATES.
BERTHOUD (Ferpiann), né le 19 mars 1727, à Plancemont, dans le canton de Neuchâtel, mort le 20 juin 1807, à Groslay, près de Montmorency, contribua puissamment au perfectionnement de la géographie et de la navigation en faisant les premières horloges marines, ce qui lui mérita d’être nommé successivement horloger-mécanicien de la marine pour la construction et l'inspection des horloges à longitude, membre de l’Institut, de la Société Royale de Londres, et de la Légion d'Honneur. 11 a publié plusieurs ouvrages dans lesquels il expose les principes de son art,
BERTHOUD (Louis), neveu et digne élève du précédent, remporta, en 1798, le prix proposé par le gouvernement pour le perfectionnement des horloges marines. Il fut membre de l’Institut et horloger de la marine, ainsi que l'avait été son oncle, dont il continua les travaux avec succès. T1 mourut jeure encore, le 17 septembre 1813.
BERTIN (ANroine). Né le 10 octobre 1752, à l’île Bourbon, une année avant Parny, il vint comme lui étudier à Paris, et obtint de brillants succès au collége du Plessis. Suivant Ginguené, il aurait même remporté le prix d’honmeur; mais cette assertion paraît tout à fait dénuée de fondement. Ainsi que le chantre d’Éléonore, il entra de bonne heure au service, et devint même chevalier de l’ordre de Saint-Louis. En 1777 et 1778 il exerça les fonctions d’écuyer auprès du comte d’Artois, et reçut des bienfaits de ce prince et de la reine Marie-Antoinette,
Aussi spirituel que brave et galant, Bertin manifesta dès l’âge de vingt ans un vif penchant pour la poésie. Une foule de jolis vers de sa composition étaient répandus dans la société. Il avait même imprimé, dit-on , un petit recueil de poésies en 1773, année du départ de Parny pour l’île Bourbon; ce recueil n’a laissé aucune trace; les érudits même et les bibliographes ne croient pas à son existence, malgré Vassertion positive de Ginguené. Quelle que soit la vérité à ce sujet, Bertin, dans ses premiers essais, suivait l’école de Dorat, avec lequel il avait contracté des liaisons de plaisir ; il imitait la manière, le coloris faux et brillant de ce poëte, qui gâta comme à plaisir quelques dons heureux de la nature. Le succès universel de Parnyet le discrédit rapide de Dorat dessillèrent les yeux de son élève. Enflammé du désir d'obtenir aussi quelque gloire, il embrassa Parny, etquitta Feuillancourt, leur retraite commune, pour un séjour plus solitaire, et ses joyeux amis pour les élégiaques de l’antiquité; il ne se contenta pas d'étudier avec soin Catulle, Tibulle et Properce , il les traduisit avec soin et en fit des extraits considérables avec l'intention de leur donner place dans ses élégies françaises. Avant que ce fait ne m’eût été révélé par le chantre d’Éléonore, confident de tous les secrets de Bertin, une lecture attentive et mes souvenirs m'avaient appris qu’il n’écrit presque jamais d’original.
Bertin demande son goût et ses peintures de la campagne à Tibulle, son esprit à Ovide, son enthousiasme d’amant à Properce, ses vives images des plaisirs des sens à Catulle ou à Jean Second, sa tendresse et ses larmes au chantre d’'Éléonore. Presque toutes les élégies qu’il publia sous ce titre charmant : Les Amours, se composent de nombreux Jarcins, qu’il dissimule plus ou moins bien, mais qui n’entrent pas toujours à propos dans le cadre de la pensée première. Aussi manque-t-il entièrement d'unité dans la composition et de couleur propre dans le style. Quelquefois il reproduit les anciens avec un rare bonheur ; telles de ses imitations de Tibulle sont peut-être supérieures à toutes les imitations que l'on a faites de ce poêle parmi nous, Mais la fureur de copier entraîne le chantre d’Eucharis au point de