‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 448 sur 527 · BRIENNE — BRIÈVETÉ · texte numérisé non relu

BRIENNE — BRIÈVETÉ

connut lui-même la marche des colonnes qui venaient l’attaquer, et rappela les divisions de Ney : 36,000 Français allaient être assaillis par 123,000 adversaires , que pouvaient renforcer encore 68,000 hommes.

A deux heures de l'après-midi le prince de Wurtemberg, débouchant des bois qui longent la Gibrie, refoula nos avant-postes sur les hauteurs voisines, et attaqua le village avec six bataillons, une brigade de cavalerie et du canon. Nous n’avions là que deux faibles bataillons, qui ne se replièrent sur Petit-Mesnil qu'après avoir tenu bon plus d’une heure. Mais Victor, sentant l’importance de ce point stratégique, s’en rendit maître de nouveau par une brusque attaque. Cependant plus de 24,000 hommes s’avançaient contre la brigade Joubert, qui, trop faible pour résister avec ses 2,500 hommes, fut refoulée sur Morvilliers et obligée d’abandonner quatre canons dans des chemins défoncés. Marmont vit enfin qu'il était urgent de combler la lacune qui le séparait du centre, et la brigade Joubert reçut ordre d’appuyer sa droite sur Chaumesnil , le reste du corps d’armée devant suivre ce mouvement.

Malheureusement , sur ces entrefaites, le corps de Wrède ayant achevé de déboucher, son avant-garde attaqua les abattis dont le patriotisme des habitants de Morvilliers avait pendant la nuit couvert leur village, qu’un ruisseau séparait encore des ennemis. Le passage fut forcé, Marmont attaqué et son mouvement suspendu; une charge de 1800 de nos cavaliers, qui tentèrent de le soutenir, échoua contre 9,000 Austro-Bavarois, et le déployement continua sans que les alliés pussent cependant gagner du terrain. A quatre heures et demie, quatre divisions ennemies étaient déployées devant Morvilliers, lorsque le prince de Wurtemberg envoya demander du renfort à Wrède. Pendant que ceci se passait à notre gauche, les autres colonnes des coalisés s’avançaient sur la Rothière et Dienville. Ce dernier point fut vigoureusement défendu par le général de brigade Boudier, qui repoussa héroïquement à plusieurs reprises les attaques de deux brigades autrichiennes appuyées de dix canons. A la droite de l’Aube le général Gérard soutint jusqu’à la fin de la bataille les assauts réitérés de la division Giulay, malgré sa nombreuse artillerie. Au centre, le corps d'armée du général Sacken, arrivé devant la Rothière, avait engagé un combat terrible sur toute la ligne, sans pouvoir pendant deux heures entières entamer les divisions Colbert, Guyot et Piré, qui, malgré leur infériorité numérique, menacèrent plus d’une fois de broyer ses masses.

Blucher, voyant la bataille si longtemps stationnaire, résolut d'en finir en renforçant les colonnes d’attaque. A quatre heures, des réserves russes, celle des gardes, une division de grenadiers, deux brigades de cuirassiers, s’élançaient vers la Rothière. La faible division Duhesme, de 4,000 hommes, attaquée par 20,000, perdit la moitié du village jusqu’à l’église, mais empêcha l'ennemi de passer outre. Vers cinq heures les divisions Colbert, Guyot et Piré étaient rejetées sur Brienne par le poids de 15,000 cuirassiers, malgré les efforts des divisions Desnouettes et Briche pour prendre la cavalerie ennemie en flanc. Blucher profita de ces succès pour balayer le reste du village de la Rothière. Joubert ne put, malgré son héroïque défense, tenir à Chaumesnil contre des forces si supérieures. Sa retraite obligea Marmont à évacuer Morvilliers. Le prince de Wurtemberg, appuyé d’une brigade bavaroise et d’une division de grenadiers russes, atfaqua de nouveau la Gibrie, qui fut emporté après un combat opiniâtre, et Victor se replia sur Petit-Mesnil. Après cinq heures, les coalisés étaient ainsi maitres de la Rothière, de la Gibrie, de Chaumesnilet de Morvilliers.

Napoléon vit bien alors que la bataille était perdue; mais il s’agissait d’arriver à la chute du jour qui s’approchaïit, pour assurer la retraite de l'armée.

Vers huit heures du soir elle commença, Ney et Nan-

souty se mirent les premiers en marche. Drouot incendia la Rothière pour contenir l'ennemi et couvrir le mouvement. Victor et Marmont s'ébranlèrent à leur tour, Les divers corps des alliés conservèrent leurs positions de l'entrée de la nuit, Notre perte s’éleva à 4,000 morts ou blessés et 1,000 prisonniers ; les coalisés eurent 6,000 morts ou blessés, L'importance de la bataille de Brienne parut telle à l'Allemagne qu'elle y fut célébrée dans des relations dignes des Mille et une Nuits. On n'y avait vu en définitive que 35,000 Français résistant avec un héroïsme admirable à 120,000 ennemis. G*! G. DE VAUDOXCOURT.

BRIERRE pe BOISMONT (ALEXANDRE - JACQUES- François), médecin, naquit, le 18 octobre 1797, à Rouen. Reçu docteur en 1825, il fut envoyé en Pologne avec Legallois, lors de l'insurrection de ce pays en 1851, par le comité polonais, et attaché à l'hôpital des gardes d'Alexandre à Varsovie. A son retour il reçut la croix d’honneur, ef fonda une maison à Paris pour le traitement des maladies mentales. Non-seulement il s’est occupé dés diverses affections de l'intelligence, mais il a aussi étudié avec non moins de talent celles que renferme le cadre immense des maladies nerveuses. Plusieurs de ses travaux ont été honorés de prix ou de médailles par l’Institut et l'Académie de médecine. Nous citerons de lui : Mémoire pour l'élablissement d'un hospice d'aliénés (1834), Influence de la civilisation sur Le développement de la folie (1839), de la Menstruation (1842), du Délireaigu (1545), des Hal- Lucinations (1845, in-8° ; 3° édit., 1806), histoire raisonnée des apparitions, des visions, des songes, de l'extase, du somnambulisme et du magnétisme ; de l'Interdiction des aliénés (1852), sur le Suicide et la folie-suicide (1854), réimprimé et augmenté en 1865; Études sur la paralysie générale (1860, in-8°), Responsabilité légale des aliénés (1863), des Maladies mentales (1865, in-8°), Esquisse de médecine mentule (1867, in-8°), etc.

BRIEUX (Jacques MOIÏSANT ve), littérateur normand du dix-septième siècle, naquit à Caen, vers 1614, de parents nobles, attachés à la réforme. Il fitses premières études à l'académie de Sedan; après avoir passé deux années à l’université de Leyde, où il reçut des leçons du célèbre Vos-

sius, il visita l’Angleterre, et recueilli, dans les manuscrits des bibliothèques de ce pays, des notes qu’il devait mettre plus tard à profit. De retour en France, il se fit recevoir avocat, et ne tarda pas à occuper une charge de conseiller au parlement de Metz, Alais sa santé, qui s’altéra de bonne heure, l'obligea de revenir à Caen. A dater de ce jour, il cultiva les lettres, non-seulement pour y trouver une distraction à ses souffrances, mais encore pour obéir à ses goûts les plus chers. Moisant de Brieux Tut le fondateur de l’Académie royale de Caen, don! les premières séances eurent lieu dans sa maison. En 1674, âgé de près de soixante ans, tourmentéde la pierre, il prit la résolution de se faire opérer; il expira peu de jours après.

Moisant de Brieux était bon poëte latin, savant critique et philologue distingué. Le recueil complet de ses œuvres, aujourd’ hui fort difficile à se procurer, se compose de quatre petits volumes, sortis des presses de Jean Cavelier, imprimeur à Caen. En voici le titre : Origines de quelques coutumes anciennes el plusieurs façons de parler triviales, avec un vieux manuscrit en vers touchant l’origine des chevaliers bannerels (1672); Recueil de pièces en prose et en vers (1674) ; le Divertissement de M. D. B. (1673); Poematum Pars allera (1669).

Les amateurs de livres rares, et même ceux qui veulent étudier l’histoire littéraire de notre vieille France, les compatriotes de Moisant de Brieux, achètent fort cher l’œuvre complète de ce philologue ; le dernier exemplaire, provenant de la bibliothèque de Ch. Nodier, a été payé 146 francs.

= A LE Roux DE Lincx.

BRIEVETE (en latin brevitas, fait de brevis, courte

durée d’une chose), qualification ou plutôt qualilé de re

qui est court, car bien rarement la brièveté est regardée comme un défaut : celle même dela vie, dont nous nous plaignons, n’est réellement regrettable que relativement au bon emploi qu’on fait de l'existence et au bien qu'elle laisse inachevé, Tant d'hommes l’usent dans l'exercice du mal, que, pour eux et la société, on peut dire trop souvent, lorsqu'ils arrivent au terme fatal, que leur vie a été trop longue de moilié. Dans les écrits, dans les discours, la brièveté est bien plus souvent aussi une qualité qu’un défaut. La langue française a trouvé le secret de joindre la brièveté à la clarté, sans nuire à l'élégance : ce sont ces qualités qui ont assuré sa prééminence, et qui l'ont rendue d’un usage si universel. Il y a une brièveté qui vient de la sécheresse et du peu d’étendue de l'esprit : celle-là est un défaut ; celle qu’il faut louer, c’est la brièvelé qui est le produit de la réflexion et du jugement (voyez ConcisioN).

BRIE Y, petite ville de France, sur un coleau escarpé que baigne le Woigot, à 27 kilom. de Metz, avec 1,996 âmes (1872). Elle possède un tribunal civil, une église du quinzième siècle, des restes de ses anciennes fortificalions, et une bibliothèque publique. La paix du 26 février 1871, qui enleva la plus grande partie de la Moselle à la France, respecta Yarrondissement de Briey, qui fut réuni presque en entier au département de la Meurthe, qualifié, dès lors, de Meurthe-et Moselle.

BRIFAUT ( Cuarces), membre de l’Académie Frangaise, naquit à Dijon, le 15 février 1781. Son père était un simple artisan, recommandable dans sa profession. L'abbé Volfius, en ce temps-là évêque constitutionnel de la Côted'Or, trouvant dans le jeune Brifaut d’heureuses dispositions, résolut de les faire fructifier en lui ouvrant les portes de lécole centrale, devenue depuis le lycée de Dijon. Le jeune homme justifia par ses progrès l'intérêt qu’il avait inspiré à son protecteur. Fixé à Paris en 1804, le comte Berlier, conseiller d'État, lui accorda une protection toute particulière. Il travailla pour plusieurs journaux, notamment pour la Gazette de France. Ses principaux titres littéraires sont une tragédie de Ninus IT, qui fut assez favorablement aceueillie, malgré les critiques méritées qui fondirent sur elle aux premières représentations, et une autre tragédie de Jeanne Gray, reçue au Théâtre-Français en 1807, dont le gouvernement impérial ne permit pas la représentation, et qui fut fort mal accueillie du public quand elle put étre jouée, en 1814. M. Brifaut donna plus tard, en 1820, une troisième tragédie : Charles de Navarre, qui réussit mieux Jeanne Gray, quoiqu’elle n’obtint qu’un succès bien

ible.

Les autres ouvrages qu'il a publiés sont : 1° la Journée de l’Hymen, 1810; 2° une Ode sur La naissannce du roi de Rome, 1811; ces deux pièces ont été aussi insérées dans le recueil officiel intitulé : L’Hymen et la Naissance, 1812, donné en prix à tous les lycées de l’Empire; 3° Rosemonde, poème en trois chants , 1813 ; 4° S/ances sur le retour de Louis XVILI, mai 1814; 5° Olympie, tragédie lynque, en collaboration avec Dieulafoi, musique de Spontini, jouée en 1819 : 6° Dialogues, contes el autres poésies { 2 vol 1824). C'est à l’aide de cet estimable bagage que M. Brifaut entra, en 1826, dans l’Académie française.

Depuis cette époque il se renferma dans un long silence qu'il ne rompit qu’une fois, en 1829, pour publier un poëme, Le Droit de vie ou de mort; et deux fois dans l'Académie pour répondre aux discours d’Ancelot (1841) et de M. de Falloux (1857). Quelques semaines plus tard, il mourut à Paris, le 5 juin 1857. Sa plume cependant n’était pas restée oisive; il laissa à deux amis, MM. Rives et Bignan, le soin de publier ses œuvres choisies (6 vol, in-8), dont plusieurs sont inédites, comine les Récits d'un vieux parrain, mémoires personnels de l’auteur, Les Passe-temps d'un reclus et les Amours d'un sexagénaire, Brifaut était un homme de beaucoup d'esprit et de

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