BRIGADE — BRIGADE DE SURETÉ
primait son brigadier (espèce de général). La loi de l'an vu (23 fructidor), rendue sur le rapport du général de Cessae, appellebrigades d'ouvriers artistes des corps au nombre de trente-deux, composés chacun de soixante hommes ; elle appelle demi-brigade des corps composés chacun de plus de trois mille hommes.
Occupons-nous uniquement de la brigade d'armée, ou de la brigade active, considérée comme un ensemble de corps brigadés, qu’il ne faut pas confondre avec ceux qui par le fait de l’embrigadement ont pris, à la fin du dernier siècle, une forme jusque là inusitée, en s’appelant demi-brigades. Dans les usages modernes, une brigade se compose ordinairement de la moitié d’une division ; elle est une agrégation tactique dans un corps d'armée ou dans une armée agissante. Gustave-Adolphe est l'inventeur des brigades ; il accoupla ses régiments d'infanterie en 1630; telle était sa terrible brigade jaune et bleue, nommée ainsi parce qu’un de ses régiments était à habit bleu, l'autre à habit jaune; mais dans cette union de deux corps en un ni les bataillons ni même les régiments n’opéraient comme unités tactiques ; aussi la brigade n’était-elle dans son armée qu’une fusion éventuelle de divers habillements ou armes s’amalgamant à raison de l’analogie tactique et de l’armement des soldats. Cette brigade n’avait encore rien de semblable à celle qu'on mettrait actuellement en ligne par régiments et bataillons. A limitation de Gustave, Turenne essaya de former dans l’armée française des brigades de trois à quatre mille hommes ; mais cet embrigadement réussit mal ; ce ne furent que des tâtonnements, parce que les troupes n'étaient assujetties à aucune règle précise de formation, et qu’elles étaient un composé de régiments, ou plutôt d’agrégations régimentaires, dont la force variait depuis quatre bataillons jusqu’à un demi-bataillon. Quelque imparfaites qu'aient été jusqu'aux temps modernes les brigades françaises, on peut les considérer de nos jours, suivant l'expression du colonel Carrion, comme les instruments de grande tactique, comme les seuls éléments en grand des armées.
La création des divisions dépouilla les brigades de leur importance : ce furent les divisions qui devinrent de grands membres de l’armée; il en fut ainsi jusqu’à la création des corps d’armée. La force que doivent avoir les brigades françaises et l'étendue de front qu’il convient de leur donner se rattachent à des questions jusque ici mal résolues. On n’est pas beaucoup plus avancé qu’au temps où l’Encyclopédie voulait vaguement qu’une brigade se composât d’un ou de plusieurs régiments. Dans les usages modernes, elle n’est le plus ordinairement que la moitié d’une division. On voit sous Louis XIV et Louis XV la brigade prendre pour dénomination le nom affecté au premier des régiments qui la composaient, c’est-à-dire le nom du régiment chef de brigade ; elle se formait tantôt de trois, de quatre, tantôt de cinq, de six, ou de huit bataillons. Les brigades de la milice prussienne étaient sous Frédéric II de cinq bataillons. Accompagnées de batteries d'artillerie, et fournies de tout le matériel de campagne, elles étaient commandées par un général de brigade. Nos premiers bataillons de miliciens s'embrigadèrent par cinq, à limitation des Prussiens. La milice anglaise a composé ses brigades de deux, &e trois ou de quatre bataillons, sous un major-général, ou plutôt général-major.
Le règlement de 1753 (17 février), indiquant le mode de rassemblemert de l’armée , détermine la formation en brigades. Cette disposition a été recopiée de règlement en règlement, jusqu'en 1792 (5 avril), époque où la brigade a été confiée à un chef qui de 1793 à 1815 s’est appeié général de brigade, de 1815 à 1848 maréchal de camp et denouveau général de brigade depuis 1848. La brigade n’a pas encore positivement detactiqueécrite ; iln’existe pas d'école de brigade ; il n’est établi de règles pour l'alignement des brigades que dans les évolutions de lignes de 1791, c’est-à-dire dans un
document vague, dont il faut consulter l'esprit, non la lettre, puisqu’il n'était pas reconnu tactiquement de brigade en 1791. L'ordonnance de composition de 1788 essayait d’instituer en temps de paix les brigades sous forme permanente ; elle divisait l'armée en cinquante-deux brigades. C'était un résultat de l'opinion de Guibert, qui voulait qu'en guerre on mit ces brigades à trois mille cinq cents hommes. Cette formation, alors tant blâmée, a réussi dans divers services étrangers. Les brigades permanentes et les divisions permanentes y sont adoptées, et probablement un jour les brigades cessant,en France, d’être temporaires, éntreront suivant une mesure précise dans les divisions d'armée, et auront une force et une forme constitutives et pareilles pour toutes. En cela nous imiterons la milice russe, imitatrice elle-même des théories françaises. Aujourd’hui , celle-ci tient en permanance les brigades d’armée comme nous étions à la veille de le faire en 1788, et elle compose ses brigades d’infanterie de trois régiments de bataille, et d'un régiment de chasseurs à pied. Une brigade d'armée ne deviendrait alors un cadre administratif que dans le cas où elle serait détachée loin de la métropole et livrée à elle-même, ou du moins immédiatement soumise aux décisions qui lui seraient transmises par la correspondance ministérielle ; dans tous les autres cas ellene formerait jamais un cadre administratif. En cemoment chez nous la brigade se compose de deux régiments, au moins , soit d'infanterie, soit de cavalerie, sous les ordres d’un général de brigade. II faut deux pu trois brigades pour une division. Lorsque les circonstances l’exigent, on forme des brigades mixtes d'infanterie et de cavalerie légère : elles sont spécialement chargées du service d'avant-garde.
Dans un sens plus restreint, brigade est une subdivision de compagnie de gendarmerie, composée de cinq à six hommes, à pied ou à cheval, sous les ordres d’un brigadier. Les brigades sont réparties dans les communes de France pour le service de la police de sûreté. G*! BaRDIN.
BRIGADE DE SÛRETÉ. Pour apprécier l'utilité d’une institution, il est quelquefois nécessaire de détourner les yeux de la honte de son origine, comme aussi trop souvent les plus nobles créations dégénèrent entre les mains des hommes. Que de choses sublimes dans leur principe se sont lentement dépouillées de tous leurs brillants attributs pour tomber enfin dans une dégradation dont il est difficile qu’elles se relèvent! Par un retour opposé, de la souche la plus ignoble peut éclore un germe fécond , que le temps développe et fortifie, en le purgeant peu à peu de toutes les souillures de ses premières années. Ces dernières réflexions peuvent s'appliquer à la brigade de süreté. En effet , il faut bien l'avouer, c’est à Vidocaq qu’elle doit sa naissance. Ce célèbre forçat, évadé du bagne de Toulon ou de Brest, mais appréhendé de nouveau, était en 1812, détenu à Bicêtre, où il attendait le moment d’une réintégration, qu’il voulait éviter à tout prix. Une idée lumineuse le sauva de ce malheur. Il offrit à la police de la servir /oyalement, et, par compensation, ne demanda que la liberté, Quelques défiances, bien légitimes sans doute, vinrent à la traverse. Cependant , comme le nouveau postulant était de ces hommes qu’il vaut mieux avoir pour ami que pour adversaire, la police accepta le pacte, et nous ne pouvons que lui en savoir gré. Après un noviciat de deux mois à la Force, Vidocq fut jugé digne du bien auquel il aspirait. Une évasion adroitement concertée le transporta bientôt sur un théâtre plus digne de son génie. Dans les nouveaux rôles qu'il y remplit , il s’attira de plus en plus la confiance de l'administration qui l’employait. Enfin il parut mériter d’être chef de service, et la brigade de sûreté vit le jour.
Ce ne fut d’abord qu’une faible escouade de quatre acolytes, que Vidocq recruta parmi ses anciens camarades, Autour de ce mince noyau vinrent se grouper par la suite de nouveaux éléments d’une nature parfaitement homogène. En 1817 on comptait jusqu'à douze membres dans la com-
pagnie. Elle avait déjà rendu quelques importants services ; mais dès cette époque la nouvelle phalange devint véritablement la terreur des malfaiteurs de toutes sortes qui infestaient la capitale, Ces derniers dès lors ne la désignèrent plus que sous le nom de Za Rousse. Dans le cours des années 1823 et 1824 la brigade de sûreté prit un nouvel accroissement; le nombre des agents dont elle se composait fut porté à vingt-huit, et jusqu’en 1827, époque à laquelle Vidocq fut remplacé par son ancien secrétaire Coco-Lacour, ce nombre fut peu augmenté. Depuis, le service de sûreté à vu augmenter encore le nombre de ses agents. Son personnel a dû subir aussi des épurations. Pendant longtemps il pe fut recruté que dans les prisons. Aujourd'hui, dit-on, il ne faut avoir subi aucune condamnation pour en faire partie. Le service des agents de la police de sûreté consiste principalement à surveiller les lieux publics, à procéder à l’arrestalion des repris de justice, à éclairer les juges sur les antécédents des individus arrêtés, etc.
BRIGADIER,. Il y avait autrefois des brigadiers dans tous les corps de la maison du roi, dans l'artillerie, le génie et les carabiniers. Leurs fonctions, toutes particulières, ne s’étendaient pas au delà du corps auquel ils appartenaient; il y avait aussi des brigadiers des armées du roi ; c’étaient des officiers généraux qui étaient subordonnés aux lieutenants généraux et aux maréchaux de camp. Ce litre était assez équivoque. Il existe encore dans l’armée espagnole, et a cessé d’exister dans l’armée russe. En France, leur brevet ne léur donnait aucune autorité particulière, ni pendant la guerre, ni pendant la paix ; ils tiraient tout leur pouvoir des lettres de service qu’ils obtenaient. Ce grade répond à peu près à celui d’adjudant général, qui a existé durant les guerres de la Révolution et les premières guerres de l'Empire. Il était intermédiaire entre ceux de colonel et de général de br'gade,
Il y a encore de nos jours dans la gendarmerie à pied et à cheval des brigadiers, dont le grade correspond à celui de caporal d'infanterie de ligne, et dont les titulaires commandent des brigades de six hommes à pied ou de cinq hommes à cheval, casernées dans de petites localités.
Ce grade correspond aussi à celui de caporal, dans les escouades de la garde de Paris à pied et à cheval, dans les corps de l’ex-garde impériale, dans l'artillerie, dans tous les régiments de cavalerie, et enfin dans tous les bataillons de chasseurs à pied,
Dans les préposés des douanes, le grade de brigadier équivaut à celui de sergent et celui de sous-brigadier à celui de caporal, Les employés de l’octroi, les sergents de ville et les garçons de la Banque ont aussi des brigadiers.
BRIGAND , BRIGANDAGE, On entend par brigand celui qui commet des vols à force ouverte sur les grands chemins, et par brigandage la profession de ceux qui exercent ces vols. Mais ces mots ont reçu dans le monde une plus grande extension; on les applique aussi aux extorsions ou concussions dont les particuliers ne peuvent pas se défendre, ainsi qu'aux individus qui s’y livrent impunément, à l'abri des lois et des vices de notre organisation sociale. Ce qui caractérise surtout les brigands, c’est leur organisation en bandes armées , qui attaquent les voyageurs, les diligences, les maisons isolées; elles ne craignent pas parfois de livrer aux gendarmes de véritables combats, Dans la Provence on entend parler de temps à autre de ces associations redoutables de malfaiteurs. En Italie le brigandage n’a jamais cessé d'être organisé dans les Apennins et les Abruzzes, En Espagne il est encore une puissance, et on a vu des bandes en Catalogne arrêter et détrousser des convois de chemins de fer. En Angleterre il faut remonter aux temps du fameux Jack Sheppard pour trouver la dernière trace du brigandage, Quelques chefs de brigands sont devenns célèbres, comme Cartouche, Mandrin, fra Diavolo, Schinderhannes.
En 1861, après la grise de Gaële, se formèrent dans plu-