BERTIN — BERTON
à Paris en 1797. Il étudia la peinture dans les ateliers de Girodet et de Bidault, et se fit remarquer dans les rangs de Pécole classique par quelques bons tabléaux qui lui valurent une médaille d’or en 1828 et la croix d'honneur en 1833 ; nous citerons une Vue de la forêt de Fontainebleau, au musée du Luxembourg; une Vue des Apennins, au musée de Montpellier; et a Tentation, à Saint- Thomas d'Aqnin. Inspecteur des beaux-arts sous le règne de Louis-Philippe, il remplit plusieurs missions en France et à l'étranger, et publia une série de dessins sous le titre de Souvenirs de voyages. À la mort de son frère cadet (1854) il prit la sigoature dn Journal des Débats, dont M. de Sacy eut la direction politique et littéraire. M. Édouard Bertin est mort à Paris le 13 septembre 1871. C’est le mari de sa nièce, M Bapñt, qui devint le principal propriétaire des Débats.
BERTIN (M'° Louise- ANGÉLIQUE), née aux Roches, près de Bièvre, le 5 janvier 1805, est la sœur de M. Armani Bertin, M! Bertin possède cette intelligence supérieure qui semble héréditaire dans sa famille, et qui, modifiée par sa qualité de femme, s’est 1.anifestée dans de gracieuses et belles compositions poétiques et musicales. C’est quelque chose d’extraordinaire, et qui mérite l’admiration, qu’une femme ayant fait applaudir la musique d’un grand opéra, Esméralda, à l'Opéra, pendant que l’Académie française couronnait son recueil de poésies intitulé Les Glanes.
Voici ce que M'° Bertin a publié, comme musicienne : le Loup-Garou, opéra comique en un acte, représenté à Feydeau le 10 mars 1827; Fauslo, opéra italien, en 4 actes, oué le 8 mars 1831; /a Esméralda, opéra en 4 actes, représenté le 12 novembre 1836; plusieurs ballades sur des paroles des Glanes. Comine poëte on lui doit le volume des Glanes, publié en 1842.
BERTINAZZI (CnarLes). Voyez CaARLIN.
BERTIUS (PirrsE), cosmographe célèbre et historiographe de Louis XIII, était né en 1565, à Beveren, en Flandre, et mourut à Paris, en 1629. Il commença ses études à Londres, où les troubles de religion avaient fait passer sa famille, et alla à l'âge de douze ans les terminer à Leyde, où le fit venir son père, qui était devenu pasteur protestant à Rotterdam. Dès l’âge de dix-sept ans il embrassa la carrière de l’enseignement public, et professa successivement en Flandre, dans le Hainaut, dans le Brabant, à Strasbourg. Il voyagea ensuite, dans le but de perfectionner son instruction, en Allemagne, en Silésie , en Bohême, en Pologne, en Russie et en Prusse, et revint à la fin de ses voyages occuper une chaire à Leyde. On avait en même temps chargé de la bibliothèque de l’'université de cette ville, et il en rédigea le catalogue. La part active qu’il prit ensuite aux querelles théologiques des partisans d’Arminius contre ceux de Gomar le força de quitter Leyde, après avoir perdu ses différents emplois. Chargé d'une nombreuse famille, Bertius passa en France, et, pour s'y assurer du pain, se convertit avec éclat au catholicisme, Les spéculations de ce genre ont rarement manqué leur effet. Celle-ci aussi fut couronnée de succès, et valut au néophyte une place de professeur surnuméraire de mathématiques au Collége de France, et le titre d'historiographe et de cosmographe du roi.
Bertius à laissé un grand nombre d'ouvrages. Nous ne parlerons pas ici de ses écrits de controverse, origine de toutes les misères de sa vie; nous ne citerons que celui de ses ouvrages scientifiques qui obtint le plus de réputation : le Thealrum Geographiæ veleris (2 vol. in-fol., 1618 et 1619, Elzevir). Le premier volume comprend la géographie de Ptolémée, en grec eten latin; le second renterme PItinéraire d’Antonin, la Notice des provinces de l'Empire, la Table de Peutinger avec les commentaires de Veller, un choix de cartes anciennes extraites du Parergon d'Ortelius, avec le texte descriptif de ce savant géographie. Bien que ce ne soil en définitive qu'une compilation assez mal exécutée,
surtout sous le rapport de la pureté des textes, le Theatrum de Bertius est encore aujourd’hui consulté par les savants.
BERTON (Jean-Barrisre, baron), général de brigade , né le 15 juin 1769 à Francheval, près de Sedan (Ardennes), entra à l’école militaire de Brienne à l’âge de dixsept ans, lorsque Bonaparte en sortait. 11 passa de cette école à celle d'artillerie, qui venait d’être établie à Châlons (Marne), et fut ensuite nommésous-lieutenant dans la légion. des Ardennes. Promu au grade de capitaine dans les premières campagnes de la guerre de l'indépendance, il resta dans l’état-major de Bernadofte jusqu'en 1807. Le maréchal Victor, qui avait succédé à Bernadotte dans le commandement de son corps d'armée, promit à Berton, alors chef d’escadron , de le proposer pour le grade de colonel, en récompense de ses signalés services à la bataille de l'riedland. 11 n’obtint néanmoins ce grade que dans la campagne d'Espagne, en 1808.
Berton fut successivement chef d'état-major des généraux Valence et Sébastiani, Son courage, ses talents , croissaient avec le danger. II fit des prodiges de valeur à la bataille de Talavera ; à celle d’Almonacid , il enleva la position la plus élevée du double pic sur lequel cette ville est assise. A la bataille d’Occaña, il fit une charge brillante à la tête des lanciers polonais; son sang-froid et son habileté étonnèrent toute l’armée. Le prince Sobieski, à côté duquel il avait été blessé , l’embrassant en présence de son régiment : « Je ferai savoir à ma nation, lui dit-il, l'héroïque intrépidité avec laquelle vous venez de combattre à la tête de ses enfants; je demanderai pour vous la croix du Mérite militaire : les Polonais seront fiers de la voir briller sur la poitrine d’un brave tel que vous. » Berton, à la tête de deux mille hommes, s’empara de Malaga, défendu par sept mille Espagnols, qu’il fit prisonniers. I] fut nommé, par le maréchal Soult, gouverneur de la place qu’il venait de conquérir, La guerre n'offrit plus, après la bataille des Arapiles , qu’une suite de retraites. Berton se distingua par ses talents stratégiques. Un décret impérial du 30 mai 1813 le nomma général de brigade. 11 commandait une brigade à la bataille de Toulouse, où vingt mille Français eurent à combattre une armée triple en nombre, sous les ordres de Wellington, qui perdit plus de monde que les Français n'avaient de combattants.
Mis à la demi-solde en 1814, il reprit son rang dans l’armée nationale en 1815, et combattit à Waterloo à la tête des 14° et 17° régiments de dragons. De retour dans les murs de la capitale avec sa demi-brigade , il suivit l’armée sur les bords de la Loire. Après le licenciement, il sé fixa à Paris; mais il n’y jouit pas longlemps de sa liberté; il fut arrêté par ordre du directeur général de la police, Mounier, et détenu à la prison de l'Abbaye, dont il ne sortit qu'après cinq mois de caplivité, et sans avoir été mis en jugement 11 publia ensuite plusieurs ouvrages de stratégie, et adressa plusieurs pétitions à la Chambre des Députés, dans lesquelles il rappelait avec une énergie toute française les promesses royales de la proclamation de Cambrai, et réclamait l'observation fidèle de la charte. Le ministre de. la guerre Latour-Maubourg le fit rayer des contrôles de l’armée. Quelque ressentiment était permis à un vétéran de l'ancienne armée, dont le sang avait coulé sur tant dé champs de bataille, et qui se voyait arbitrairement éliminé des contrôles des braves et privé de sa retraite, II publia un mémoire contre le directeur général de la police, Mounier, auteur de sa longue et illégale détention; puis il partit pour la Bretagne, et, après un court séjour à Brest et à Rennes, il se rendit à Saumur. Ce fut là qu’il vit les chefs de l’asso= ciation patriotique connue sous le nom des Chevaliers de la Liberté. Cette association s'était formée depuis quelque temps; son but avoué était de signaler les abus, de pro= téger les libertés publiques et de maintenir les institutions
garanties par la charte. Berton eut quelques conférences avec les chefs de l'association. Il en accepta le commandement, à condition « qu'on ne tirerait pas un coup de fusil, même dans le cas où lon résisterait et où l’on prendrait l'initiative ». Il aurait ajouté « qu'il était louable sans doute de vouloir empêcher son pays d’être esclave, mais qu’il fallait surtout eviter l'anarchie... » Telle est la version confirmée par une lettre de M. Chauvet, qui a joué un grand rôle dans ce qu’on appela la conspiration de Saumur, lettre datée de Londres, du 22 septembre 1822. L'auteur, parvenu à échapper à toutes les poursuites de la police, s'était réfugié dans la capitale de la Grande-Bretagne.
Le 24 février 1822, Berton se rendit, pendant la nuit, à Thouars, revêtu de son uniforme de général, la cocarde tricolore au chapeau, et à la tête de cinquante hommes armés. Le drapeau national flottait dans leurs rangs. Il proelama un gouvernement provisoire, qui devait être composé de cinq membres de la Chambre des Députés, dont les noms étaient indiqués. Cette proclamation fut publiée dans la ville ; il pourvut à la nomination de nouveaux fonctionnaires publics : quelques magistrats furent conservés. Berton prenait le titre de général commandant la garde nationale de l'Ouest. Bientôt, aux cris de Vive La liberté! vive Napoléon II! il se dirigea sur Saumur. Sa troupe se composait de vingt cavaliers et de cent vingt fantassins. Prévenues de sa marche, les autorités s'étaient mises sur la défensive ; il avait déjà traversé le pont Fouchard, quand le maire se présenta à lui, et obtint que son entrée serait différée au lendemain. Berton repassa le pont, le fit barricader, et établit des postes pour éviter d’être surpris. Il garda sa position jusqu’à minuit.
Informé alors que les autorités réunies avaient décidé de s'opposer de vive force à l’entrée de sa troupe le lendemain, il donna l’ordre de la retraite. Après avoir fait halte à Montreuil, il continua sa marche jusqu’à Brion. Son intention était de se replier sur Thouars ; mais toutes les précautions avaient été prises pour s'opposer à son retour. Il jugea à propos de renoncer à son entreprise; les chefs et les autres attroupés se séparèrent, et lui-même erra pendant quelque temps dans les départements des Deux-Sèvres et de la Cha-
rente-Inférieure. On avait fait courir le bruit qu’il était passé
en Espagne ; mais il s'était réfugié à Laleu, chez un de ses amis. Un sous-officier de carabiniers, Wolfel, avait obtenu sa confiance par toutes les démonstrations d’un dévouement sans borues et d’une discrétion à toute épreuve : c'était un traitre ; il avait tout révélé à son colonel, M. Bréon, et, d’après les ordres de ce chef, il avait continué des relations avec Berton, qu’il avait ordre de ne pas perdre de vue. Il poursuivit son rôle d'observateur tant que l’on conserva l'espérance d'obtenir quelques renseignements sur les projets du général et sur l’association des Chevaliers de la Liberté, que l’on supposait n'être autre chose que l’association des carbonari français ; mais quand on eut acquis la certitude Lue les Chevaliers de la Liherté n’avaient plus de centre &’:ction et que l'association était dissoute de fait, on donna à Wolfel l’ordre d’arrèter le général.
L'apparition d’une force armée considérable eût pu avertir Ber’ sn du danger dont il était menacé, et provoquer de sa part une vive et éclatante résistance. \Wolfel lui présenta plusieurs fois des militaires de son régiment, au nombre de trois, dont il lui garantissait le dévouement pour la cause de la liberté. Un jour qu’ils revenaient ensemble de la chasse, à peu de distance de la maison de M. Delalande, notaire, où ils étaient attendus pour diner, Wolfel le couche en joue, en lui disant : « Vous êtes prisonnier, » Les trois autres tiennent le général en arrèt, et sont prêts à faire feu. Berton, surpris, mais non effrayé, répond à Wolfel : « Je ne m'atfendais pas à cela de votre part, vous qui venez de n’embrasser. » Wolfel, sans l'écouter, avait ordonné aux trois soldats de tirer sur le prisonnier s’il faisait le moindre mou-
vement. 1! allait chercher un détachement qui était embusqué à quelques pas, quand il s'aperçut que Magnan , qui accompagnait le général, se disposait à entrer dans la maison pour amener du secours et le délivrer; il déchargea à l’ins tant ses pistolets sur lui, et l’étendit mort à ses pieds. Le général était sans armes. Le détachement ne se fit pas attendre, et le général fut conduit au château de Saumur, De l'or, peut-être, et toujours du mépris, c'était ce que la police devait à Wolfel pour prix de ses services : il fut immédiatement nommé officier.
Ceci se passait le 22 juin. Le général Berton et ses cinquante-cinq coaccusés furent, par arrêt de la cour royale de Poitiers, renvoyés devant la cour d’assises de Niort, dans le ressort de laquelle la conspiration avait éclaté ; mais sur la demande du procureur général, et malgré la plaidoirie de M£ O. Barrot, la cour de cassation renvoya l'affaire, pour cause de suspicion légitime et de sûreté publique, devant la cour d'assises de Poitiers. Le 26 août les débats commencèrent : quarante accusés étaient présents, et entourés de gendarmes armés de leurs carabines. Berton déclina la compétence de la cour, et insista pour son renvoi devant la Cour des Pairs, seule compétente pour juger les complots à main armée contre le gouvernement royal, Il avait choisi pour conseil et pour défenseur M° Mérilhou, qui accepta ; mais comme il appartenait au barreau de la cour de Paris, cet avocat ne pouvait, sans l'autorisation du garde des sceaux, plaider hors du ressort de cette cour. L’autorisation fut demandée et refusée pour des considérations politiques. M. Mérilhou écrivit au président de la chambre d'accusation de Poitiers, et demanda à défendre le général comme ami. Ce président promit de le permettre, si monseigneur le garde des sceaux ne s’y opposait pas. Nouveau refus ! Et cependant notre législation criminelle de toutes les époques consacre le principe que la défense est de droit naturel. Privé d’un défenseur de son choix, le général, pour se renfermer dans les restrictions du Code, désigna M° Mesnard, avocat à Rochefort, et, par conséquent, dans le ressort de la cour de Poitiers. Encore un refus! La cour nomma d'office un avocat de Poitiers, M° Barbau, qui n’accepta point. Par une nouvelle décision, elle lui substitua M° Draulf. Berton persista à demander M° Mesnard ; il n’y avait rien de raisonnable, de légal à objecter à sa requête. La protestation du général , fondée sur le droit naturel et sur la législation, fut rejetée. L’accusé se vit donc contraint d’accepter l’avocat d'office : il l’eût demandé lui-même s’il l’eût connu. M° Drault ne put lui parler qu’à travers deux grilles disfantes l’une de l’autre de quelques pieds, et en présence du geôlier et de deux gendarmes. Plus l'accusation est grave, plus il importe que l’accusé ait une libre communication avec son conseil. Cette communication fut refusée à M° Drault. Il y a plus, sa qualité d'avocat lui donnait le droit d’entrer dans la prison, et cette entrée ne lui était accordée que sur une permission spéciale du procureur général Mangin, visée par le colonel de la gendarmerie. M° Drault, avocat désigné par la cour elle-même, réduit par les plus arbitraires prohibitions à ne pouvoir présenter qu’une défense incomplète, dut s’en abstenir et protester contre tant d’illégalités flagrantes. C’était son droit et son devoir : il fut rayé du tableau.
Les accusés étaient conduits à l’audience sur des charrettes fermées , garrottés avec des chaînes ou des cordes, et les soldats de leur nombreuse escorte avaient l’ordre de faire fermer toutes les fenêtres dans les rues qu’ils traversaient pour aller de la prison au palais. Le général se maintint dans un système absolu de dénégations quant à l’existence d’un complot ; ilsoutint que l'unique but de sa démonstration était d'obtenir le redressement des abus et l’accomplissement de toutes les garanties stipulées par la charte, sans l'emploi de moyens de vive force. Les débats se prolongèrent pendant dix-sept jours. Cinq accusés furent condamnés à la peine
de mort, les autres à un long emprisonnement. Les enfants du général n'avaient pu, avant l'arrêt, voir leur père, et cependant ils y étaient formellement autorisés par le ministre de la guerre et le garde des sceaux. Ces deux ministres avaient sans doute en secret donné des ordres contraires au procureur général de Poitiers , qui refusa impitoyablement toute communication du père avec ses fils. Ces jeunes infortunés, instruits du fatal arrêt et munis de nouvelles permissions ministérielles, s’étaient hâtés de se rendre de Paris à Poitiers pour recevoir les derniers embrassements de leur père. Ils arrivèrent trop tard. Le pourvoi, appuyé sur des motifs qui semblaient devoir déterminer infailliblement la cassation de l’arrêt, avait été rapidement jugé, el le rejet transmis à Poitiers par estafette dans la nuit du 4 au 5 octobre 1822.
Sur les cinq condamnés à mort, trois étaient contumaces ; le général Berton et le docteur Caffé, ancien chirurgien-major des armées, étaient seuls présents. Caffé avait dans tout le cours des débats montré le plus noble caractère, et s'était défendu avec un rare talent. Dès que le rejet du pourvoi lui eut été notifié, il s’ouvrit l'artère crurale. Le bourreau ne trouva plus qu’un cadavre. Berton restait seul. Les tristes préparatifs ne furent terminés qu’à onze heures du matin. Berton, dont les cheveux étaient coupés, et déjà tout préparé pour l’échafaud , fut conduit dans la cuisine de la prison, où l’attendaient deux missionnaires, mandés pour la double exécution. Le suicide de Caffé avait rendu inutile ke ministère de l’un des deux. Tous deux étaient restés. « Messieurs, leur dit Berton, dispensez-vous de m’accompagner ! je sais aussi bien que vous tout ce que vous pouvez me dire, » Une petite charrette l’attendait dans la cour. Il y monta d’un pas ferme, et les deux missionnaires se placèrent à ses côtés. II franchit avec une tranquille gravité les degrés de l’échafaud, en répétant ces cris : Vive La liberté! Vive la France! Deux minutes après il n’était plus. Ses feux fils n’avaient pu le revoir à ses derniers moments; ils demandèrent qu’il leur fût permis de couvrir d’une pierre le lieu où leur père avait été inhumé. Cette dernière grâce leur fut refusée! :
Le procès du général Berton eut un long retentissement en France. L'opinion publique, déjà froissée par le zèle farouche déployé dans le cours de cette affaire par le trop fameux Mangin, flétrit du nom d’assassinat une condamnation que le pouvoir n’eût peut-être pas obtenue du jury, si la défense avait été libre. II y a dans ce fait une preuve de plus que la position des Bourbons n’était pas tenable.
Durey (de l'Yonne),
BERTON (Henur MONTAN), compositeur de musique, né à Paris, le 17 septembre 1767, était fils de Pierre Montan Berton, compositeur, chanteur, acteur, organiste, et enfin chef d'orchestre, puis directeur de l'Opéra, qui, comme on le voit, jouissait d’une des plus belles positions musicales qui fussent alors. "Destinant son fils à sa profession, il lui fit apprendre la musique dès l’âge de six ans, et bientôt après le violon , en sorte qu’à quinze ans le jeune Henri, qui en 1780 avait perdu son père, fut admis à l’orchestre de l'O. péra comme surnuméraire , et devint titulaire l’année suivante. Il reçut des leçons de composition de Rey, professeur et compositeur médiocre, qui ne parut pas soupçonner les heureuses dispositions de son élève. Par bonheur l'opinion de son maître ne le découragea pas, et, sans trop s’inaquiéter de la rigueur des règles du contre-point, il chercha d’abord à se rendre compte de la musique qu’il exécutait à l'Opéra et de celle qu'il allait entendre aux Italiens les jours où il n’était pas occupé.
Il est à croire que les opéras de Paesiello, qui alors s’introduisaient en France, frappèrent vivement son iinagination, car ses premiers ouvrages s’écartaient notablement du système de chant français alors en usage, dans lequel il était si rare de rencontrer une pensée mélodique habilement dé-
veloppée. Il avait débuté par des cantates ou pièces analogues, exécutées au Concert spirituel dont son père avait. eu la direction ; mais il désirait ardemment mettre en musique une œuvre dramatique, et il s’essaya en 1786 dans un acte intitulé Le Premier Navigateur, qui n’a jamais été représenté ; il en écrivit l’année suivante un autre sur des paroles de Morlière; cet ouvrage, qui portait pour titre Ze Dame invisible, était achevé lorsquele jeune auteur se sentit fout à coup frappé de vives craintes pour le résultat, en sorte qu’il n’osait faire aucune démarche pour en obtenir la représentation, M'° Maillard, première cantatrice de l'Opéra, s’intéressait vivement à lui; elle s’empara de la partition, et, sans le lui dire, la porta au célèbre Sacchini, qui, trouvant dans cet essai les germes d’un beau talent, et voyant surtout avec plaisir un jeune compositeur français se rapprocher autant qu’il le pouvait du beau style et de la belle manière de l’école italienne, voulut voir l’auteur, et lui dit de venir chaque jour travailler chez lui. Berton avait trouvé précisément le maître qui lui convenait le mieux, car Sacchini se contentait de corriger ses compositions, èn lui indiquant sommairement ce qui était défectueux et l'habi- : tuant surtout à ne jamais négliger la pureté et la beauté de la mélodie.
Ces leçons ne durèrent pas longtemps, car Sacchini mourut dans l’année même ; son élève en avaït heureusement profité. Ne songeant plus à sa Dame invisible, il écrivit en 1787 Les Promesses de Mariage, composition légère et gracieuse donnée à la Comédie Italienne, et suivie rapidement de deux autres actes, Les Brouilleries (1789) et les Deux Sentinelles (1790), dont le succès fut grandement dépassé par les Rigueurs du Cloître, en deux actes, paroles de Fiévée, données presque aussitôt après. On aurait tort de croire que le succès prodigieux de ce dernier ouvrage vint surtout des M paroles ; la musique y entra pour une bonne part. En 1790 Berton avait fait répéter à l’Opéra Cora, en trois actes, que la situation politique empêcha de représenter. Huitautres pièces, parmi lesquelles on remarque Ponce de Léon, dont il avait écrit les paroles et la musique, se succédèrent jusqu’en 1798. L'année suivante parut Montano et Stéphanie, chefd'œuvre de l’auteur et l’un des ouvrages les plus remarquables qui se soient montrés sur la scène française depuis le mouvement musical opéré dans le dernier quart du dixhuitième siècle. Grâce, énergie, élégance de mélodie, originalité dans la cantilène, habileté et sagesse dans l’orchestration, tout s’y rencontre à un degré éminent, et aucun morceau faible ne suspend l'admiration de l'auditeur. Cet ouvrage produisit sur le public une impression qui ne s’est ralentie à aucune des nombreuses reprises qu’on a faites de ce beau drame, qui marqua la place de Berton parmi les premiers compositeurs français,
Nous ne pouvons citer ici tous ceux des ouvrages de Berton qui ont obtenu plus ou moins de succès; mais nous devons au moins mentionner d'une manière spéciale Le Délire (1799), Aline,reine de Golconde (1803), ouvrages qui, dans des genres fort différents, ne sont pas inférieurs à Montano ; la Romance (1804), où se trouve un duo comique, chef-d'œuvre d'esprit et de goût mélodique ; les Maris garçons (1806), Françoisede Foix (1809), les Mousquelaires (1824); tous ces ouvrages ont été représentés au théâtre Feydeau. Berton a aussi donné à l’Académie de Mus sique seul ou en société plusieurs opéras et ballets; parmi ceux qui n’appartiennent qu’à lui on remarque Virginie (1823); ses œuvres de théâtre, en y comprenant les grandes cantates, s'élèvent à plus de cinquante-cinq. Il est en outre auteur de quantité de romances et de plusieurs charmants canons de société, dont quelques-uns sont devenus populaires.
Lors de la première ôrganisation du Conservatoire de Musique à Paris, en 1795, Berton y fut nommé professeur d’harmonie. De 1807 à 1809 il eut la direction de l'Opéra-Buffa,