BERTON — BERTRAND DE BORN
puis devint chef du chant à l'Opéra sous l'administration de Picard jusqu’en 1815. Cette même année, le nombre des membres de la section de musique à l’Institut ayant été augmenté, il y fut nommé; et lors de la réorganisation du Conservatoire sous le nom d’École royale de Musique et de Déclamation, il y fut appelé comme professeur de composition et membre du jury d'examen, emplois qu’il a conservés jusqu’à sa mort. IL a formé pendant sa longue carrière un grand nombre d'élèves,
Berton n’était pas seulement musicien, il possédait des connaissances littéraires assez étendues ; il s’est abusé sur l’utilité de ses ouvrages théoriques : son Arbre généalogique des Accords, son Dictionnaire des Accords et son Traité
d'Harmonie n’ont obtenu aucun succès. Il a publié des articles dans quelques journaux, fourni à l'Encyclopédie moderne de Courtin ceux qui concernent la musique, et revu les définitions musicales de la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie Française. 11 a eu le malheur d’ecrire contre la musique de Rossini une brochure assez promptement oubliée pour que sa réputation n’ait pas eu à en souffrir.
Au reste, cette attaque, qui éfonnerait chez un musicien formé à l’école italienne si l’on ne savait combien il est facile de ne pas saisir le côté vrai des questions musicales, ne prouve rien contre le caractère et le mérite de Berton, qui tout au contraire a peut-être été le moins envieux des musiciens ; aucun n’a eu un plus grand nombre d'amis, que séduisaient surtout la parfaite égalité et la gaieté habituelle de son caractère, son extrême bienveillance pour tout le monde, le plaisir qu'il avait à obliger et surtout à protéger les jeunes artistes. Et pourtant cet homme d’une humeur si égale et d’un siexcellent cœur avait dès l'âge de vingt ans souffert les cruelles atteintes de la goutte, et les progrès de cette terrible maladie avaient suivi les années, en sorte qu’il restait souvent plusieurs mois entièrement perelu, mais conservant toujours une entière liberté d'esprit, et se plaisant inème dans cet état à créer certaines compositions burlesques qu’il affectionnait infiniment. Ayant toujours vécu en arliste, qui ne songe guère au lendemain, ne subsistait que de ses émoluments du Conservatoire et de l’Institut. Il expira le 22 avril 1844, à Paris. Adrien DE LAFAGE.
François BERTON, fils naturel du précédent et de Mne Maillard, actrice de l'Opéra, né en 1784, à Paris, écrivit pour Feydeau quelques ouvrages, qui eurent peu de succès. Il enseigna la vocalisation au Conservatoire, et mourut en 1832. — Son fils, Adolphe, chanta l'opéra en province et surtout au théâtre d'Alger. Il est mort dans cette ville en 1857.
Un petit-fils légitime d'Henri Berton, Claude-Francis, né en 1820 à Paris, embrassa la carrière dramatique et se distingua soit à Saint-Pélersbourg, soit à Paris sur les scènes du Gymnase et de l’Odéon, comme un des meilleurs interprètes de la comédie et du drame modernes. Il a épousé en 1842 la fille du comédien Samson.
BERTRADE ou BERTHE de Montfort, fille de Simon, comte de Montfort, et seconde épouse de Philippe 1‘, roi de France, avait été, jeune fille encore, mariée au comte
d'Anjou, Foulques Le Rechin, en 1089. Ce mari, vieux, difforme , usé par les débauches , avait déjà répudié deux femmes. 11 convenait peu à la belle comtesse de Montfort ; aussi, le roi Philippe 1°*, qui vivait séparé de Berthe, sa femme, étant venu à Tours, reçut de Bertrace une lettre de félicitation , qui n'était qu'un message d'amour. Le roi le comprit ainsi. Il prit un rendez-vous avec la belle comtesse, et l’enleva pendant qu’on bénissait les fonts baptismaux, le jour de la Pentecôte de l'an 1092. Une fois réunis, les deux amants s’occupérent du soin de légitimer eur amour par le mariage. Bertrade fit aisément annuler celui que la violence lui avait inposé précédemment ; et Philippe, sous prétexte de parente, fit casser le sien avec Berthe, qui du reste mourut peu de temps après. La bénédiction nup-
DICT, DE LA CONVERS, == T. Il
Liale leur fut donnée par l’évêque de Senlis à Paris, Maïs l’évêque de Chartres, Yves, se mit à protester, Un concile s’assembla à Autun le 6 novembre 1094, et Philippe y fut excommunié pour avoir épousé Bertrade, Le pape Urbain 11 défendit de célébrer le saint sacrifice partout où le roi se trouverait, Philippe alla trouver le pape à Nimes, et reçut labsolution après s'être engagé en plein concile à se séparer de Bertrade, Mais la vie lui devint insupportable, et il. reprit sa femme en 1097. La cour de Rome lança de nouveaux anathèmes. La mort vint soustraire Philippe à ses tourments, en 1108.
Quelques historiens assurent que le pape aurait cédé de guerre lasse, et par la crainte d’exciter un schisme en France, et que Philippe et Bertrade auraient été définitivement absous. Bertrade avait payé bien cher le beau titre de reine de France. Elle avait été l'objet des plus ridicules calomnies; mais il parait démontré que sa conduite fut sans reproche , qu'elle aimait uniquement le roi son époux. Louis le Gros, fils aîné de Philippe et son successeur, avait pour sa belle-mère toute l'estime, toute la tendresse d’un fils. On peut opposer aux satires, au dévergondage d’incriminations d'Yves et de ses hargneux partisans le témoignage honorable du sage Suger, ami et premier ministre du roi Philippe. Bertrace était, à la mort de ce prince, dans tout l’éclat de sa beauté. Elle resta fidèle à la mémoire de son époux, et prit le voile parmi les religieuses de l’ordre de Fontevrault, qu’elle avait richement doté. Elle passa le reste de ses jours dans le monastère de Hautes-Bruyères, où elle mourut , le 19 janvier 1117 ou 1118.
Bertrade avait eu de son premier mariage, avec Foulques le Réchigné, un fils, qui fut depuis comte d’Anjou et roi de Jérusalem, et de son second mariage, avec leroi Philippe", deux fils et une fille : 1° Philippe, comte de Mantes et seigneur de Melun-sur-Yèvres et de Montlhéry ; 2° F lorus, Flore ou Fleuri, qui depuis épousa l’héritière de Nangis ; 3° Cécile, mariée en premières noces à Fancrède, prince de Tabarie, et ensuite à Ponce, comte de Tripoli. Durey (de l'Yonne.)
BERTRAND DE BORN fut à la fois un des plus
. célèbres troubadours et le plus grand batailleur peut-être du
douzième siècle. Vicomte de Hautefort, et châtelain redouté dans l’évêché de Périgueux, réunissant près de mille hommes sous sa bannière féodale, « il était, dit son biographe provençal, bon cavalier, bon séducteur de femmes (domnejaire) et bon troubadour. » Brave, infatigable, adroit et bien parlant, il embrassait également les bons et les mauvais projets, et tout son temps, même en campagne, il l'employait
à exciter de nouvelles guerres, tantôt contre le comte de Périgord, tantôt contre le vicomte de Limoges, tantôt contre son propre frère Constantin. « La paix ne me convient pas, dit-il lui-même, la guerre seule me plaît. Que d’autres cherchent, s’ils veulent, à embellir leurs châteaux et à se faire une vie douce, Pour moi, faire provision de lances, de casques, d'épées, de chevaux, c’est ce que j'aime. »
. Fidèle à cette ligne de conduite, Bertrand ne manqua pas de se méler de toutes les querelles de Henri LI, roi d’Angleterre, et de ses fils, Richard comte de Poitou et Henri duc de Guienne, que ce prince avait imprudemment associés à sa couronne. Intimement lié avec ce dernier, qui était l’ainé, Bertrand le poussa à se révolter contre son père et à se déclarer souverain des possessions continentales dont le gouvernement lui avaitété confié. Sous son inspiration, en 1173, les principaux seigneurs d'Aquitaine se confédérèrent avec Henri Le jeune roi, et Louis VII de France reconnut ce dernier. Mais, au grand chagrin de Bertrand, et tandis qu’il poussait la guerre avec vigueur, Henri se sobsut à son père. Néanmoins, la ligue formée et excitée par ses chants subsista, grâce à lui, et il continua la lutte. « Puisque le seigneur Henri, s’écria-t-il, n’a plus de terre et qu’il n’en veut plus avoir, qu’il soit proclamé le roi des lâches. Puisqu’il à rain es Poite vins et qu'il leur à menti, qu'il n
compte plus être aimé d’eux. » Et les Aquitains répétaient avec enthousiasme ce cri; mais les chances de la guerre leur furent contraires. Richard Cœur de Lion vint en force mettre le siége devant le château de Bertrand. Le troubadour, bien que trahi par ses alliés, négocia si adroitement que Richard, troubadour lui-même, lui fit merci et luirendit son château. Bertrand se vengea alors d’Alphonse d’Axagon, dont la trahison avait hâté la prise d’Hautefort, par un sirven(e. ,
En 1182, toujours sous l'inspiration de Bertrand, Henri, prince faible et indécis, se révolta de nouveau, sans trop savoir pourquoi, contre son père; mais sa mort, arrivée bientôt après , laissa derechef le troubadour exposé seul à la colèré du roi d'Angleterre, qui vint l’assiéger dans Hautefort, et, malgré sa vigoureuse résistance, le fit prisonnier (1184). Amené devant le redoutable vainqueur , d’un mot il sut désarmer sa colère. « C’est donc vous qui vous vantiez d'avoir lant d'esprit? lui dit le roi. — Je pouvais dire cela dans un temps, repartit Bertrand; mais en perdant votre fils j'ai perdu tout ce que j'avais d'esprit et d’habileté. » Au nom de son fils, le roi d'Angleterre se prit à pleurer et s’écria : « Bertrand, malheureux Bertrand! c'est bien raison que vous ayez perdu Pesprit depuis que mon fils est mort, car il vous aimait uniquement ;.et pour l'amour de lui, je vous rends votre liberté, vos biens, votre château. » Et il lui rendit tout en effet, poussant la générosité jusqu’à lui faire compter cinq cents marcs pour payer les frais de la guerre. Mais Dante, moins facile à apaiser, n’en 4 pas moins placé l’auteur de ces guerres parricides dans un des cercles de son Enfer, où il nous peint Bertrand portant sa tête séparée de son corps en guise de Janterne.
Bertrand, au fond peu touché dela clémence de Henri, ne cessa point d’exciler des guerres, et peu après il eut la joie de voir Richard Cœur de Lion, qui avait succédé à son frère Henri dans le gouvernement de l’Aquitaine, et qu'il avait surnommé Oui-et-non , prêter loreille à ses conseils ét sur le point de se révolter contre son père. Avant que les armes eussent décidé du sort de cette révolte, le vieux roi d’Angleterre était mort (1188), el Richard lui ayant succédé de droit, les plans de Bertrand durent changer. Une nouvelle croisade était alors réclamée à grands cris; le nouveau roi d'Angleterre était jeune et aventureux ; le roi de France, Philippe-Auguste, bien plus politique, avait néanmoins l'ambition de rivaliser en tout avec Richard : Bertrand ne crut pouvoir-mieux faire que d'envoyer, d’un coup, les deux puissants ennemis de son pays en Palestine, Du haut des murailles de son château, il fit, par ses sirventes, pour la liberté de l’Aquitaine ce que les papes firent tant de fois du haut du saint-siége pour agrandir leur pouvoir : il prêcha la croisade. Sans jamais s'éloigner de Hautefort, Bertrand ne cessait de gémir sur les envahissements des Sarrasins , et déplorant la lenteur des seigneurs el des rois à les réprimer, il plaisantait lui-même sur son inaction vo- Jontaire, tout en gourmandant celle des autres.
Les sirventes de Bertrand eurent la plus grande influence sur l'opinion publique; le roi d'Angleterre et le roi de France s’observaient l'un l’autre, et aucun d'eux ne voulait partir le premier; enfin, entraînés par le cri de la chrétienté , ils partirent ensemble, en 1191. On sait l'issue désastreuse de cette expédition, et la captivité de Richard. Lorsqu'il revint, il trouva ses domaines continentaux envalis , soit par Philippe, soit par ses vassaux d'Aquitaine. 11 parvint à soumettre ses vassanx , et guerroya avec eux contre Ja France, Mais la fougue chevaleresque de Richard et des Aquitains se trouva bientôt paraiysée par le génie politique du roi de France, qui finit par arracher la paix À Ri- Card, Ce n'était pas le compte de l’Aquitaine, et Bertrand provoqua de nouveau la guerre entre ses deux puissants Voisins par un sirvente, À ce nouveau manifeste en vers,