BRIS ET NAUFRAGE — BRISSAC
s'enrichit de la misère des marins que les flots mêmes avaient épargnés.
L'invasion des barbares dans l'empire romain renversa ces sages institutions, et l’atroce coutume de s'emparer des malheureux échappés au naufrage et de voler les débris de leur fortune fut remise en vigueur. Cependant ce droit horrible ne fut pas admis partout $ans réclamations ; le code des Visigoths condamnait à une amende considérable ceux qui piliaient les naufragés ; et l’empire d'Orient au moyen âge avait fait revivre les belles lois romaines à cet égard, Mais quand le système féodal eut embrassé la France comme un réseau de fer, les droits sacrés des naufragés, oubliés pendant les troubles, ne furent pas rétablis; les seigneurs féodaux trouvèrent plus agréable de mettre au nombre de leurs prérogatives le pillage des navires que l'orage poussait sur leurs côtes; quelques-uns même, ainsi que des chefs de brigands, s’entendaient avec les locmans ou pilotes pour faire échouer les navires sur des pointes de rochers; et c’est dans ces siècles que l’histoire de la Bretagne nous retrace la barbarie de certains habitants des côtes, qui attachaient pendant la nuit des feux à la queue des vaches ou aux cornes des taureaux pour tromper les yeux des marins qui s’approchaient de leurs rivages.
Alors s'organisa ce honteux brigandage, et il fut inscrit dans nos lois sous le nom de Droit de bris el naufrage. I passa à la couronne quand la royauté se substitua au pouvoir des seigneurs féodaux, et Louis XI l’énonçait en termes formels comme faisant partie de l’apanage.de son frère. Quand les prérogatives de l’amiral de France furent fixées, ce droit lui fut concédé, et il continua ainsi à être en usage avec quelques modifications, jusqu’à ce qu’enfin Louis XIV V'abolit entièrement dans tous les pays de son obéissance, par son ordonnance de 1681. Il fit même des réglements pour obliger les paroïsses voisines de la mer à aider dans le sauvetage des navires et des marchandises ceux qui feraient naufrage sur leurs côtes. Nous nous abstiendrons de donner des éloges à cette ordonnance; il est remarquable qu'elle n’ait pas été fâite et mise en vigueur plusieurs siècles plus tôt, car une loi de Richard Cœur-de-Lion avait déjà rendu cette justice aux marins qui échappaient au naufrage.
Théogène PAGE, contre-amiral,
BRISEURS D'IMAGES. Voyez TONGS TES.
BRISE-VENT, terme par lequel on désigne, en horticulture ou en jardinage, un rempart de paille ou de roseaux pratiqué pour mettre des plantes ou des couches à l'abri du vent. Ces brise-vent ou paillassons doivent être placés perpendiculairement, et maintenus dans cette position par le secours de piquets fichés en terre; ils ont communément de un à deux mètres de hauteur, et leur longueur est proportionnée au terrain que l’on veut abriter. On se sert aussi, pour le même objet, de lignes d’arbres rapprochés et tenus très-courts. Voyez Apr.
BRISGAU. Ce pays réuni au bailliage d'Ortenau forme l’une des plus belles et des plus riches contrées du grandduchéde Bade, où il fait es des cercles de Fribourg et de Lorrach.
Le Brisgau comprend une superficie d'environ 33 myriamètres carrés, et une population de 150,000 âmes répartie entre dix-sept villes, dix bourgs et quatre cent quarante villages. Ce pays est généralement montagneux, particulièrement aux environs de Triberg, de Saint- Pierre et de Saint-Blaïse ; il renferme les pics les plus élevés de la Forêt- Noire, dont les plateaux vont toujours en diminuant d’élévation, et en formant une suite de terrasses à mesure qu’ils se rapprochent davantage du Rhin, avec de fertiles plaines et de ravissantes montagnes, entre lesquelles serpentent des vallées étroites, parfaitement cultivées et extrêmement peuplées. Sur tous les points le sol est arrosé par de petits affluents du Rhin, dont les plus importants sont l'Elz, le Treisam, le Glotter, le Wicsen et le Neumagen. On y trouve
aussi plusieurs petits lacs, la plupart situés dans les parties les plus élevées de la montagne, Dans les plaines l’agriculture est pratiquée avec une remarquable intelligence. On y récolte d’excelleutes espèces de vins, d'excellents grains, et quantité de fruits, de chanvre et de légûmes de tous genres. La culture des pins dans les montagnes et les riches pâturages des vallées constituent les principales richesses des habitants de la Forêt-Noire, qui s'occupent avec succès de l'éducation des bestiaux , du flottage et du commerce des bois, de la fabrication de toutes sortes d'objets en fer et en bois, et surtout de celle des horloges et pendules si connues sous le nom d'horloges de la Forélt-Noire. L'exploitation de quelques mines donne en outre d'assez importants produits en fer, plomb, cuivre et argent.
A l’époque de la domination romaine, que rappellent encore une foule d’antiquités, le Brisgau faisait partie du pays des Alemans et était habité par l’une de leurs tribus, celle des Brisigarii. Au moyen âge ce gau fut gouverné par des comtes, et à partir du onzième siècle par les Beslilons, devenus plus tard ducs de Zæbringen. A l'extinction de leur race, en la personne du duc Berthold V, dit Le Riche, mort en 1218, une partie du Brisgau passa sous l'autorité des margraves de Bade, descendants du duc de Zæbringen, Berthold 1°, et une autre partie aux gendres du dernier comte, les comtes de Kybourg et d’'Urach. Hedwige, fille et héritière du dernier comte de Kybourg, ayant épousé le comte, devenu plus tard l’empereur Rodolphe 1% de Habsbourg, cette partie du Brisgau devint la propriété de la maison de Habsbourg.
Après avoir acheté en 1370 au comte d'Urach Fribourg, chef-lieu du Brisgau , l'Autriche sut insensiblement s’adjuger la souveraineté de tout le pays, de sorte qu’en 1386 le duc Frédéric d'Autriche réunissait déjà sous son autorité presque tout le Brisgau, à l'exception de Badenweïbern et de quelques petites parcelles de territoire qui passèrent sous les lois des souverains de Bade. A l’origine l'Autriche fit administrer le Brisgau par des baillis; mais en 1470 la mauvaise gestion du bailli Pierre de Hagenbach fut cause qu’on y convoqua des états provinciaux à l'effet d’administrer le gau de concert avec eux. Depuis cette époque le Brisgau parlagea toujours, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, les destinées de l'Autriche et des contrées du Haut-Rhin.
Aux termes de la paix de Lunéville, en 1801, l’Aufriche céda le Brisgau avec l'Ortenau (à l'exception du Frickthal], qui comptait une population de plus de 20,000 âmes répartie sur une superficie d’un peu plus de 275 kilomètres carrés, et que la France fit réunir à la république Helvétique), au duc de Modène. À la mort de ce prince, arrivée en octobre 1803, il eut pour successeur son gendre, l’archiduc Ferdinand d'Autriche, qui prit le titre de duc de Brisgau: Mais la paix de Presbourg le contraignit à faire la cession de son duché au grand-duché de Bade et au royaume de Wurtemberg, et celui-ci fit, moyennant indemnité, abandon de sa portion au grand-duché,.
BRISOIR. Voyez BRoYE.
BRISSAC (Famille de). La maison de Cossé-Brissac, appartenant à l’ancienne chevalerie, et l’une des plus illustres de France, tire son nom de ta terre de Cossé dans le Maine et de celle de Brissac dans l’Anjou. Elle a donné quatre maréchaux de France, six chevaliers des ordres du roi, un grand maître de l'artillerie, deux colonels généraux d'infanter'eet plusieurs gouverneurs de provinces. La branche ainée, devenue ducale én 1611, s’est éteinte le 9 septembre 1792, par la mort du duc de Brissac, massacré au château de Versailles.
Nous consacrons un article spécial au maréchal dit Ze beau Brissac. Son frère Arthur de Cossé-Brissac fut aussi un capitaine distingué. Il signala son courage et son dévouement dans diverses campagnes, de 1551 à 1567, et reçut de Charles IX le bâton de maréchal de France, Détenu pen-
dant dix-sept mois à la Bastille par ordre de Catherine de Médicis, sur le soupçon d’avoir pris parti pour le duc d’alençon, il ne recouvra sa liberté que sous Henri III, et mourut en 1582.
Timoléon ne Cossé, dit Ze comte ne Bnissac, fils de Charles, avait déjà mérité par sa valeur les plus hautes distinctions militaires, lorsqu’en 1569 il fut tué, à vingt-cinq ans, au siége de Mucidan, en Périgord. Charles II DE Cossé-Brissac, son frère, servit en Piémont sous leur père, et y resta jusqu’à l’évacuation de ce pays, en 1574. Monté sur la flotte de Strozzi, lors de l’expédition des Açores en 1582, il en ramena les débris après la défaite, prit une part active à la lutte du roi contre les Seize, abandonna le parti royal, accepta de Mayenne le gouvernement de Ja Rochelle, et, gouverneur de Paris pour la Ligue, avec le titre de maréchal, en 1594, en remit l’année suivante Jes clefs à Henri IV, qui lui conserva ses titres et dignités, et l’employa dans plusieurs affaires importantes. Créé duc et pair en 1611, il se signala, en 1617, à l’assemblée des grands du royaume, et mourut en 1621, au siége de Saint-Jean d’Angely.
Jean-Paul-Timoléon ne Cossé-Brissac, né en 1698, soutint glorieusement le nom de ses ancêtres. Il servit d’abord en 1714 sur les galères de Malte, se signala au siége de Corfou, ainsi que dans diverses actions contre les Turcs, fut, à son retour, créé mestre de camp, puis, en 1768, élevé à la dignité de maréchal de France, et mouruten 1784. Louis-Joseph-Timoléon , duc ne Cossé-Brissac, son fils ainé, fut tué en 1757 à Ja bataille de Rosbach, ne laissant pas de postérité.
Louis-Hercule-Timoléon, duc ne Cossé-Brissac, pair et grand pannetier de France, gouverneur de Paris, capitainecolonel des Cent-Suisses de la garde du roi et chevalier de ses ordres, né en 1734, fut nommé en 1791 commandant général de la garde constitutionnelle de Louis XVI. Décrété d’accusation lors du licenciement de ce corps en 1792, il fut transféré à Orléans, puis à Versailles, où il fut massacré, dans les premiers jours de septembre, avec les autres prisonniers.
Timoléon ne Cossé, duc pe Brissac, de la même branche que les précédents, né en 1775, servit d'abord comme volontaire dans la garde constitutionnelle de Louis XVI, et disparut de la scène politique jusqu’à l’Empire, où il devint chambellan de madame mère et préfet, d’abord du département de Marengo, puis de celui de la Côte-d’Or. Lors de la première invasion , il prit des mesures énergiques pour arrêter les progrès des alliés. Mais, dégagé, par la mauvaise fortune de Napoléon, de ses serments et de la fidélité qu'il lui avait vouée, il envoya son adhésion au rétablissement des Bourbons. Élevé à la pairie en 1814, le duc de Brissac, qui avait constamment voté en faveur des principes monarchiques, se rallia plus tard à la nouvelle royauté créée par la révolution de Juillet. La révolution de février lui enleva son siége au Luxembourg, mais en 1852 ila accepté une candidature au conseil général de Maine-et-Loire.
BRISSAC ( CuanLes ne COSSÉ-), maréchal de France, né en 1506, fut, dès sa jeunesse, attaché au dauphin, I] débuta dans la carrière des armes en 1528, et se distingua au siége de Naples, où il fut fait prisonnier par les Espagnols. 11 n'avait alors que vingt-trois ans. Du reste, il déploya de grands talents dans toutes les guerres que François I°" eut à soutenir, et rendit à ce prince d'éminents services. En 1547 il fut nommé colonel de la cavalerie légère. A peine Henri II eut-il succédé à son père, qu’il prodigua ses faveurs à Brissac : il le décora du grand collier de son ordre, et lui donna la charge de grand maitre de l'artillerie, Peu de temps après, Brissac fut envoyé en ambassade à Charles-Quint, et joignit la réputation de politique habile à celle de bon capilaine, La guerre ayant éclaté en Italie, Henri lui confia le gouvernement du Piémont, et le nomma en même temps