‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 464 sur 527 · BRISSON — BRISSOT DE WARVILLE · texte numérisé non relu

BRISSON — BRISSOT DE WARVILLE

que, dans l'impossibilité de sortir de Paris, il se prêtait en apparence aux volontés de la ligue pour sauver sa vie et celle de sa famille. 11 peut aussi être resté au milieu de l’insurrection pour rendre service à la cause du roi dans ce poste périlleux. Achille de Harlay, qui ne le pensait pas, l'appelait Barrabas, au lieu de Barnabas ou Barnabé. Mézeray lui reproche d'avoir voulu nager entre deux parlis. On peut consulter encore sur ce point Pasquier et de Thou. Quoi qu'il en soit, le parti que Brisson avait embrassé le eonduisit à sa perte. Devenu suspect aux Seize par sa mansuétude envers des partisans du roi traduits en justice, et probablement aussi par une vague connaissance que l’on eutde sa protestation, les plus furieux de ses ennemis le firent arrêter le 15 novembre 1591, au moment où il se rendait en toute sécurité au parlement. Saisi àneufheures du matin, conduit au Petit-Châtelet et confessé à dix, il fut pendu à onze à une poutre de la chambre du conseil, parce qu’on voulait profiter de l’effervescence du peuple. 11 avait supplié ses bourreaux de lui laisser achever en prison un de ses ouvrages déjà fort avancé, mais on ne l’écouta pas. Le lendemain, son corps fut exposé sur la place de Grève, au milieu d’autres morts, avec un écriteau portant : Barnabé Brisson, chef des hérétiques et des politiques. « Miroir, certes (dit Pasquier dans sa préoccupation contre les égarements de la foule), et exemple admirable pour enseigner à tous magistrats de ne se rendre populaires. »

Brisson joignait à un degré surprenant la connaissance du droit à celle des littératures anciennes et de l’histoire. Son érudition nous paraît aujourd'hui fréquemment indigeste, il est vrai, mais C'était le défaut général de son temps et de son école. Ses principaux ouvrages sont : 1° le dictionnaire qu’il composa sur le droit romain sous le titre : De verborum quæ ad jus pertinent significatione (Lyon, 1559, in-

folio), augmenté par Tabor et Itter (1683 et 1721), et refondu avec succès par J.-G. Heineccins (Halle, 1743). A.-G. Cramer a publié en 1815 un Supplément à ce lexique. Il faut aussi considérer comme tels plusieurs articles importants du Magasin de Droit civil, par Hugo. 2° De formulis et solemnibus pop. remani verbis (Paris, 1583, in-folio, dernière édition, par Bach, Leipzig, 1754). 3° De regio Persarum Principatu, ouvrage publié la dernière fois à Strasbourg, en 1710, avec des notes. 4° Le Code Henri. — Les divers traités de Brisson sur des parties isolées du droit ont été recueillis en un volume, Paris, 1606 , et réimprimés à Leyde en 1747. Muwrz.

BRISSON (MarauriN-JACQuES ), né le 30 avril 1725, à Fontenai-le-Comte (Vendée), censeur royal, membre de l'Académie des Sciences, et ensuite membre de l'Institut national, depuis son origine. Il avait montré dès son jeune âge les plus heureuses dispositions pour les sciences naturelles , et il leur consacra sa vie entière. Ami et collaborateur de Du Fay, de Réaumur, il les aida dans leurs plus importantes opérations, et se fit dans le monde savant une réputation telle qu’on le désigna pour enseigner aux enfants * de France les éléments de l’histoire naturelle et de la phy-

sique. Successeur de l'abbé Nollet au Collége de France, il prouva dès l'ouverture de son cours que la perte que venait de faire la science pouvait être réparée. Il occupa cette chaire depuis 1770 jusqu’à son décès, arrivé le 23 juin 1806, à Croissy, près de Versailles. Un fait physiologique fort Curieux se rattache à cette mort. Quelque temps auparavant une attaque d'apoplexie avait altéré toutes ses idées, effacé toutes ses connaissances, même celle de la langue française, etil ne prononçait plus que des mots du patois poitevin qu’il avait parlé dans son enfance et oublié depuis.

Les nombreux et savants ouvrages de ce savant physicien sont avec ceux de Nollet, de Du Fay et de Réaumur, l’histoire la plus complète de l’état des sciences naturelles à Ja fin du dix-huitième siècle. Il publia en 1754 le Système du règne animal et Ordre des Oursins de mer, traduit de Th. Klein

(3 vol. in-8°); en 1756, le Règne animal, divisé en neuf classes, avec la division et description des deux premières, savoir celles des quadrupèdes et des cétacés ; en 1768, Ornithologie, ou Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces, el leurs variétés (6 vol. in-4° avec planches); en 1781, Dictionnaire raisonné de Physique (2 vol. in-4°, avec atlas) ; en 1784, Observations sur les nouvelles découvertes aérostatiques et sur la probabilité de pouvoir diriger les ballons ; en 1787, De La Pesanteur spécifique des corps (in-4°); en 1789 et 1800, Éléments ou Principes Physico-Chimiques, à l'usage des écoles centrales (il avait été professeur à l’école centrale des Quatre-Nations), 4 vol. in-8°; en 1797, Principes élémentaires de l'histoire naturelle et chimique des substances minérales (in-8°) ; en 1799, Instructions sur les nouveaux poids et mesures (in-8°), et Réduction des mesures et poids anciens en mesures el poids nouveaux , etc. On doit encore à Brisson une traduction de l’Histoire de l' Électricité de Priestley. Durey (de l'Yonne). BRISSOT, BRISSOTIENS. Ilne s’agit point ici de Brissot de Warville ni des adhérents à ses principes, qui partagèrent sa proscription. Pierre Brissor était un médecin du Poitou , au seizième siècle. Chaud partisan de Galien et d'Hippocrate, adversaire prononcé de la médecine arabe, alors dominante au sein de l’école, il soutenait que dans la pleurésie il fallait saigner du côté où est le mal, et non du côté opposé, comme le prétendait Avicenne. Les expériences qu'il fit pendant les épidémies de 1515 et de 1516 à Paris obtinrent, dit-on, le plus grand succès ; mais il trouva un adversaire acharné dans Denys, médecin de Charles- Quint. Les deux sectes se distinguèrent par les noms de Brissotiens et de Dionysiens ; mais il n’y eut d’autre sang répandu que celui des malades. BRETON.

BRISSOT DE WARVILLE, député à la Convention nationale, né à Chartres, le 14 janvier 1754, était fils d’un traiteur. Une vocation naturelle le porta dès ses plus jeunes ans vers l'étude et la réflexion; il se formait à l’austérité des vertus républicaines dans la lecture de Plutarque, ce livre des nobles âmes, qui fit aussi l’enseignement de Jean-Jacques et de Mn® Roland; il se préparait à l'étude des langues et à celle des sciences, dont elles sont le plus utile instrument; il rêvait de Cromwell; il subissait l'influence de la philosophie novatrice et radicale par laquelle le dix-huitième siècle avait préludé aux grands et terribles événements qui devaient marquer sa dernière période. Paris aftira bientôt à lui le jeune étudiant de Chartres. On le destinait au barreau; il se fit recevoir avocat. Alors se trouvaient jetés de tous côtés, dans l’obscurité, sans nom, sans avenir probable, mais avec la soif de la gloire et la haine d’un gouvernement sans dignité, tous les hommes auxquels la révolution devait donner un nom, fatal pour quelques-uns , glorieux pour la plupart. A Chartres, Brissot avait connu Bouvet, membre de la Constituante, où il avait siégé sans éclat ; Sergent, que les massacres de septembre ont cruellement illustré; Pétion,

- qui devait plus tard partager les destinées politiques de la

Gironde. A Paris, il se trouva placé chez le même procureur que Robespierre, livré alors à des études de morale et de législation ; il se lia avec Marat, occupé à des travaux purement scientifiques. Il prévoyait peu sans doute qu'il aurait un jour à combattre les infâmes attaques du dernier, et que l’autre l'enverrait à la mort.

Le barreau, avec ses discussions positives et ses intérêts étroits, offrait peu de charme à son esprit spéculatif; il se voua aux travaux plus attrayants des lettres. Ses premières études lui fournirent l’occasion d'écrire sur les lois criminelles; et son ouvrage, pour étre tombé dans l'oubli, n’a peut-être pas été sans influence surles réformes qu’a subies cette partie de notre législation. 11 embrassa donc la profession d’homme de lettres : cette profession offrait peu de ressources à un homme nouveau, qui la suivait sans fortune et sans esprit

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