‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 465 sur 527 · BRISSOT DE · texte numérisé non relu

BRISSOT DE

d’intrigue. 11 ne tarda point à s’y trouver dans l’abandon, et à recueillir le découragement pour prix de ses efforts consciencieux et désintéressés. D’Alembert l'avait repoussé avec froideur; Voltaire avait répondu par quelques mots de bienveillance à l'envoi de sa Théorie des Lois criminelles; il s’était trouvé en relation avec Linguet, La Harpe, Palissot, Marmontel; il avait mérité les éloges de Servan, Dupaty, Condorcet et Mirabeau; mais l'avenir ne s’ouvrait point devant lui. Il se sentait mal à l’aise au milieu de cette vieille s0ciété, dont il provoquait la régénération sans l’espérer encore. Le besoin d’un air plus libre le poussa hors de France. L’Angleterre offrait alors aux esprits agités par des rêves d'indépendance le spectacle d’un gouvernement constitutionnel. La littérature de nos voisins était peu connue de nous, leurs institutions politiques l’étaient moins encore : Brissot voulut les étudier. 11 se rendit à Londres, y établit une correspondance suivie, et vint travailler à Boulogne au Courrier de l'Europe. C’est dans cette ville qu’il épousa la fille d’une digne femme, qui aimait à se prendre à tous les sentiments généreux , et de qui l’auteur de cette notice, son petit-fils, a pu, il y a quelques années encore, recueillir les traditions de lout ce qu'il y avait de pur, de simple et de vertueux dans l’homme qu’elle avait choisi pour son gendre.

Brissot revint bientôt en France; il ne tarda pas à être dénoncé etenvoyé à la Bastille, C’était le disposer mal à rester dans sa patrie. La vie lui était lourde; la prison toujours menacçante, les libellistes déjà ameutés contre lui, le besoin même, contre lequel son désintéressement nel’avait pas misen garde, tout devait le porter vers une autre existence. Il passe en Amérique, admire la noble simplicité de Franklin, reçoit la bienveillante hospitalité de Washington, et s’enthousiasme des doctrines de Penn et des quakers. Le voilà enfin au milieu de ces institutions qu'il a toujours aimées, chez un peuple riche de bien-être et d'indépendance ; il a trouvé une terre d’asile. Mais bientôt le bruit de nos premières agilations politiques traverse les mers et le rappelle en France, où il doit aussi mettre la main à l’œuvre, et porter la cognée dans le vieil arbre du despotisme,

Ilétaitde ces hommes nouveaux que les révolutions mettent sur la scène , et il y apportait une partie des qualités que réclame un pareil rôle : une grande activité d’esprit, une âme élevée, un patriotisme sincère. Mais, il faut bien le reconnaître, les embarras de sa position, les orages d’une jeunesse aventureuse, quelques relations mauvaises, contractées dans ses travaux littéraires, devaient altérer son influence, et le désignaient d'avance aux poignards de la calomnie. Ses travaux du Courrier de l'Europe l'avaient habitué à la guerre des journaux. Il crée Le Patriote français, qu'il soutient avec une infatigable persévérance, 11 fonde ainsi, un des premiers, cette presse périodique, appelée à tenir une grande place dans l’histoire des gouvernements, et qui s'éleva à la puissance d’une autorité politique. Dans cette œuvre, il était aidé par Roland et sa femme, l’un des plus mâles caractères de notre révolution, par Girey- Dupré et par Mirabeau lui-même,

Au 14 juillet 1789 il était membre du corps municipal de Paris : ce fut lui, dit-on, qui reçut les clefs de la Bastille, dans laquelle il avait été enfermé cinq ans auparavant. Enfin, en 1791, après onze ballottages successifs, il fut appelé à l'Assemblée législative comme député de Paris. Ses connaissances politiques, son activité, le destinaient à y jouer un rôle important. Il y proposa peu delois; mais il était du comité diplomatique, et il exerça ainsi une grande influence sur les déterminations relatives à la paix et à la guerre. 1] fut aussi un des plus ardents promoteurs de la liberté des noirs et des hommes de couleur. Au mois de janvier 1792 il dénonça les projets de l'Autriche, et proposa d’en exiger une $atisfaction, se plaignant de la conduite des ministres de France, surtout de celle de M, Delessart, contre lequel il sollicita un décret d'accusation. La guerre étail résolue hors de France,

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