‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 466 sur 527 · WARVILLE · texte numérisé non relu

WARVILLE

et déjà même presque commencée; il fut du nombre de ceux qui pensèrent qu’il convenait de la déclarer plutôt que de la subir, et fit enfin prévaloir cette opinion dans l’assemblée. Il prononça le 9 juillet un discours véhément contre le roi de Prusse et contre Louis XVI et sa cour ; il finissait par dire que frapper les Tuileries , c’élail frapper le mal dans sa racine.

Cependant, depuis longtemps déjà, des divisions avaient éclaté entre les divers côtés de l’Assemblée. Dès 1791 Brissot s'était trouvé en opposition avec Robespierre au club des Jacobins. Le 95 juillet 1792 il déclara à la tribune que les ennemis de la constitution pouvaient être divisés en trois classes : Zes rebelles de Coblentz, les partisans des deux chambres, et Les régicides, qui voulaient une république et un dictateur. 11 invitait les législateurs à réprimer également ces divers ennemis, Les girondins, ses amis politiques, qui furent aussi, par l'influence qu'il exerçait parmi eux, désignés sous le nom de brissotins, les girondins voulaient arrêter le char de la révolution, que les montagnards précipitaient en avant. Étaient-ils assez puissants pour faire faire halte au mouvement populaire? Avaient-ils cette fermeté de caractère qui peut seule s‘interposer entre les exigences d’une théorie aveugle et les nécessités de Pordre et du gouvernement? Il est permis d’en douter; mais il serait pénible aussi de penser que la révolution ne put se sauver elle-même qu'avec le régime de sang et de terreur que la Gironde tenta de prévenir, et dont elle aima mieux être victime que complice.

Le 10 août renversa le trône, déjà miné de toutes parts, et l'influence de Brissot s’affaiblit dès ce jour même, quoiqu’il eût quelques amis dans le nouveau ministère, tels que Roland, Servan, Clavière et Lebrun ; mais tout le pouvoir était tombé dans les mains de Danton, homme de violence et d'énergie, incapable de céder à aucun obstacle, même à la nécessité du crime. Le jugement du roi marqua: plus profondément encore la division des montagnards et des girondins. Les deux partis s’accusent réciproquement ; aux jacobins Brissot, Vergniaud, Lanjuinais, reprochent de ne vouloir que du sang. La gironde, au contraire, est accusée de royalisme. Brissot reste encore à la tête du comité diplomatique. C’est en son nom qu'il provoque la guerre contre l’Angleterre et la Hollande, dont les préparatifs hostiles annonçaient assez les projets. Mais la force n'était pas du côté des girondins; ils sont attaqués dans le sein de la Convention, suspendus le 31 mai, et mis en accusation le 2 juin, en présence d’une insurrection populaire.

C'était leur arrêt de mort. Brissot tenta de s’y soustraire; il s’éloigna de Paris. Son projet était de passer en Suisse, et il faut dire qu’il ne fut pas de ceux qui songèrent à faire marcher les départements contre la Convention. 11 fut arrêté à Moulins, transféré à Paris , et mis en jugement avec le reste des proscrits, dans les derniers jours d'octobre. La défense des girondins ne manqua ni de force ni de courage; mais était-il de leur dignité de se défendre? Y a-t-il encore quelque place pour la justice et la raison dans les jugements révolutionnaires, qui ne sont qu'un mensonge politique ?

Deux partis seulement se présentaient aux accusés : se taire

et dédaigner de prendre part à un débat hypocrite, ou proclamer hautement leur système, leur doctrine, en se portant accusateurs de leurs bourreaux. Mais pourquoi discuter sur des faits comme des prévenus vulgaires? pourquoi accepter le rôle d'accusés, invoquer des alibi, justifier les intentions personnelles? Dans les procès politiques, la barre de l'accusé est-elle autre chose qu'une tribune ? Après trois jours d’inutiles débats, la sentence de mort fut prononcée ; tous les condamnés montèrent sur l’échafaud le 31 octobre 1793. On rapportesur leurs derniers instants des détails pleins d'intérêt et de grandeur, Leur mort fut digne de leur vie. Brissot n’a laissé aucune fortune; c’est une gloire assez commune dans ces temps de desintéressement et de pas-

BRISSOT i E WARVILLE — BRISTOL

sions énergiques, mais elle mérite encore d'être citée. Comme écrivain, il a toujours travaillé avec trop de rapidité pour avoir pu donner à ses écrits la profondeur, la correction et la maturité qui peuvent seules obtenir les suffrages de la postérité, Sa Théorie des Lois Criminelles appartient à l'école de Bentham, et a commencé à poser les bases du système de modération dans les peines, qui a fini par prévaloir. Il y a quelques pages bien pensées dans son Traité de la Vérité. Quant à ses écrits politiques, ils ont été se perdre dans l'oubli où s’engloutissent tant de talents et de hautes pensées à nos époques de troubles et de dissensions civiles, On a publié il y a quelque temps des mémoires composés avec ses papiers. Ils ne sont pas sans intérêt ; mais l'éditeur n’a pas assez songé que des détails curieux pour une famille souvent offrent peu d’attrait au public. Ses mœurs étaient aussi pures que son âme était élevée. Ami des quakers , il conservait dans son extérieur, sans affectation pourtant, la simplicité que ces sectaires ont adoptée. Cette notice ne peut être mieux terminée que par un extrait des Mémoires de madame Roland,.où elle trace le portrait de Brissot. « Ses manières simples, sa franchise, sa négligence naturelle, me parurent en parfaite harmonie avec l’austérité de ses principes. Mais je lui trouvais une sorte de légèreté d'esprit et de caractère qui ne convenait pas également bien à la gravité de sa philosophie; elle m’a toujours fait peine, et ses ennemis en ont toujours tiré parti. A mesure que je l'ai connu davantage, je l’ai plus estimé. Il est impossible d'unir un plus entier désintéressement à un plus grand zèle pour la chose publique, et de s'adonner au bien avec plus d’oubli de soi-même. Mais ses écrits sont plus propres que sa personne à l’opérer, parce qu’ils ont toute l’autorité que donne à des ouvrages la raison, la justice et les lumières, tandis que sa personne n’en put prendre aucune, faute de dignité. C’est le meilleur des humains, bon époux, tendre père, fidèle ami, vertueux citoyen. Sa personne est aussi douce que son caractère est facile ; confiant jusqu’à l’imprudence, gai, naïf, ingénu comme on l’est à quinze ans, il était fait pour vivre avec des sages, et pour être la dupe des méchants. Savant publiciste, livré dès sa jeunesse à l'étude des rapports sociaux et des moyens de bonheur pour l’espèce humaine, il juge bien l'homme, et ne connaît pas du tout les hommes. Il sait qu'il existe des vices, mais il ne peut croire vicieux celui qui lui parle avec un bon visage; et quand il a reconnu des gens comme tels, il les traite comme des fous qu’on plaint, sans se défier d'eux. Il ne peut pas haïr; on dirait que son âme , toute sensible qu’elle soit, n’a point de consistance pour un sentiment aussi vigoureux. Avec beaucoup de connaissances, il a le travail extrêmement facile, et il «compose un traité comme un autre copie une chanson. Aussi l’œil exercé discerne-t-il dans ses ouvrages, avec un fonds excellent, la touche hâtive d’un esprit rapide et souvent léger. Son activité, sa bonhomie, qui ne se refuse à rien de ce qu’il croit être utile, lui ont donné l’air de se mêler de tout, et l’ont fait accuser d’intrigues par ceux qui avaient besoin de l’accuser de quelque chose. Le plaisant intriguant que l’homme qui ne songe jamais ni à lui ni aux siens, qui a autant d'incapacité que de répugnance pour s'occuper de ses intérêts, et qui n’a pas plus de honte de la pauvreté que de crainte de la mort, regardant l’une et l’autre comme le salaire accoutumé des vertus publiques. Je l'ai vu consacrant tout son temps à la révolution, sans autre but que de faire triompher la vérité et de concourir au bien général, rédigeant assidûment son journal, dont il aurait pu faire un objet de spéculation , se contentant de la modeste rétribution que lui donnait son associé. » Des souvenirs de famille, qu’il nous a été permis de recueillir, confirment en ous points ce portrait. Brissot a mérité ce que dit de lui son collaborateur Girey-Dupré : Il a vécu comme Aristide, il es! mort comme Sidney. ViviEN , de l'Institut.

DICT. DE LA CONYERS. — T, Il.

BRISSOTINS. Voyez Brissor DE WARVILLE.

BRISTOL, l’une des plusimportantes villes de commerce de l'Angleterre, constitue avec sa banlieue un territoire à part dans le comté de Somerset. Elle est située dans une belle vallée et bâtie presque circulairement sur les flancs d’une montagne, aux bords de l’Avon et du Froome, dont le lit a été considérablement élargi, entouré de quais et rendu navigable pour des bâtiments du port de mille tonneaux, à environ quiuze kilomètres de la mer et à deux cents de Londres. Elle possède un port spacieux pour les bâtiments de long cours, à la construction duquel on a employé, de 1803 à 1809, plus de 600,000 liv. sterl., ainsi que plusieurs faubourgs, mieux bâtis que la vieille ville, qui est fort irrégulière, entre autres le beau faubourg de Cliton, où l’on remarque les places de Royal York-Crescent et de Lower Crescent. -

Cette ville, siége d’un évêché, possède un grand nombre d’églises et de chapelles, dont les plus remarquables sont la cathédrale, édifice gothique de cent huit mètres de long, l’église de Sainte-Marie-Redcliffe, qui a récemment subi de grandes réparations, et la chapelle du lord-maire, un magnifique palais épiscopal, une bourse construite en 1760 dans le style grec, plusieurs banques particulières, un théâtre que Garrick déclarait être le meilleur qu’il eût jamais vu, sous le rapport de ses dimensions ; un palais de commerce, orné d’un portique grandiose, où les négociants se réunissent tous les jours de trois à quatre heures. Parmi les sept ponts unissant entre eux ses différents quartiers, séparés par les deux rivières qui viennent y mêler leurs eaux, on doit plus particulièrement mentionner le pont suspendu jeté sur l’Avon, haut de 70 mètres et large de 10, sous lequel les navires du plus fort tonnage peuvent passer, toutes voiles déployées ; déjà détruit en 1809 par un accident, ij s’est écroulé, le 20 mars 1855 à la suite du choc d’un paquebot. En fait d’édifices publics, il faut encore citer le palais de justice, le bazar couvert, construit en 1827 sur l'emplacement du cimelière Saint-Jacques, et un h6te] de ville aux proportions grandioses, ainsi que les gares des chemins de fer de l'Ouest et du Nord.

On trouve à Bristol un hospice pour les aveugles, une maison de correction pour les filles perverties, un refuge pour les pauvres, ainsi qu’un grand nombre d’hôpitaux ef d'établissements de bienfaisance. Il y existe aussi une université fondée par souscription et ouverte en 1829, un collége , une école de marine et divers autres établissements d'instruction publique, un institut littéraire et une bibliothèque de 15,000 volumes. Les nombreuses fabriques de la ville livrent à la consommation des tapis, des étoffes de laine et de coton, de la dentelle, des toiles à voile, des savons, des soieries, des chapeaux, des cuirs, des poteries, des aiguilles, des ustensiles en laiton et en étain, de l’huile de vitriol, de la térébenthine et des matières colorantes. On y voit aussi une grande quantité d’affineries de cuivre, de raffineries de sucre, de distilleries, de brasseries, de filatures et de savonneries, Le voisinage de houillères importantes y a favorisé la création d'importantes usines. Enfin Bristol est renommé par ses excellents ateliers de constructions navales; de ses magnifiques docks sont sorlis, entre autres bâtiments, le Demerara et le Great-Easter n.

Le commerce de Bristol a surtout pour débouchés l’Irlande etles Indes occidentales, et emploie environ 2,000 navires, dont 300 appartiennent à son port. Elle exporte principalement les produits fabriqués dans les villes voisines, | et ses importations consistent surtout en tabac, vins, cafés .:

sucres, rhums, térébenthines, qu'elle tire de l'Amérique, de a France, de l’Allemagne et de la Russie. Elle expédie aussi chaque année de nombreux bâtiments à Terre-Neuve pour la pêche. Le commerce y est encore rendu plus actif par les chemins de fer qui la relient à Londres, Birmin- | yham, Exeter, La population de Bristol n’a cessé de s’ac-

PS

croître : en 1851, elle était de 116,094 âmes, ÿ compris les faubourgs, et en 1871 elle atteignait le chiffre de 182,524. Les eaux minérales de Bristol, Ho{wells, situées dans une ravissante contrée, entre Bristol et Clifton sur l’Avon, attirent chaque année un grand nombre d'étrangers. Les pierres ou diamants de Bristol, pierres fausses imitant le diamant, qu'on trouve aux environs de la ville, sont en grand renom,

On appelle canal de Bristol un golfe de l'océan Atlantique qui pénètre dans les terres entre les côtes méridionales du pays de Galles et celles de Devon, et entre Hartlands et Saint-Gavers-Point, et où vient déverser ses eaux la Severn, dont la large embouchure forme déjà comme un petit golfe. La marée y atteint une hauteur de 3 à 4 mètres, quelquefois même, par les grandes eaux, de 5 à 8 mètres, et permet aux navires de long cours de remonter jusqu’à Bristol.

La tradition veut que Bristol existât dès le quatrièmé siècle de notre ère, et il en est déjà fait mention vers l’an 430 comme d’une place extrêmement forte. Vers la fin du douzième siècle elle passait pour une ville aussi riche qu’importante. La fondation de son évêché date du règne de Henri VIII. Mais sa grande prospérité commerciale ne remonte qu’à l’année 1727, époque où des travaux d’art rendirent l’Avon navigable.

Le 28 octobre 1831 une formidable émeute éclata à Bristol à l’occasion de l’arrivée dans cette ville de sir Ch. Wetherell, qui venait d’y être nommé recorder après avoir manifesté dans le parlement une opposition haineuse contre le bill de la réforme parlementaire. La populace assaillit l'hôtel de ville et les prisons, détruisit la maison de correction (Bridewell), les bureaux de la douane, le palais épiscopal, et pilla diverses autres maisons, qu'elle livra ensuite aux flammes. Ce ne fut que le 31 octobre, et après un combat des plus vifs, que les troupes envoyées sur les lieux purent rétablir le bon ordre, On porte à cinq cents le nombre des victimes de ces déplorables scènes, et on évalue à plus de 300,000 livres sterl. les dégâts commis dans cette occasion.

BRISTOL est aussi le nom de divers districts et villes des États-Unis, entre autres d’un canton de l’État de Rhode-Island avec la ville du même nom pour chef-lieu, un bon port, une marine importante et 3,500 habitants ; d’un bourg de 1,900 habitants dans l’État de Connecticut; enfin d’un canton de l'État de Massachusetts, de 15 myriamètres carrés de superficie, avec une population de 64,000 âmes.

BRISURE, synonyme de fracture, se dit particulièrement, dans la plupart des arts mécaniques, d’une forme donnée à une ou plusieurs parties d’un tout en conséquence de laquelle on peut les séparer, les réunir, les fixer dans une direction rectiligne, les disposer en angles, en plier les parties les unes sur les autres, les raccourcir, les étendre, etc.

En termes de fortification, on nomme brisure de la courline une ligne de huit à dix mètres, en prolongement de la ligne de défense qui sert à former ce qu’on appelle le Jlanc couvert.

En termes de blason, la brisure est une altération de la simplicité et intégrité de l’écu, par l'introduction de certaines pièces ou figures qui servent à la distinguer des armes pleines d’un aîné ou d’un descendant légitime, et qui sont propres à celles des cadets ou des bâtards d'une famille. Tels sont le lambel, la bordure, la filière, l'engrélure, le bâton péri et le filet en bande ou en barre (dans ce dernier cas marque de bâtardise). La brisure passe à toute la postérité, et ne cesse que lorsque le droit ouvert de succession a rendu le plus proche de la race habile à hériter du titre d’aînesse et des pleines armes.

BRITANNIA (Pont).Ce pont tubulaire jeté entre l’A n- 8leterre et l'ile d'Anglesey, sur le golfe de Conway et le canal de Menai, est assurément un des travaux les plus admirables qui aient jamais été exécutés. 11 consiste en un

Page 1